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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 16:59

Maltraiter les chiffres est une pratique constante dans les études menées par l’équipe du CRIIGEN. Toutefois, dans l’effort désespéré de défendre la crédibilité de sa dernière étude, GES a franchi un nouveau pas. Celui-ci contestait jusqu’à présent que des variations puissent être statistiquement significatives mais sans signification biologique. Il est à présent à l’origine d’une innovation majeure qui va certainement révolutionner la science : si on comprend bien ses dires, on peut désormais interpréter les résultats d’une étude biologique sans recourir à l’analyse statistique. Dans le reportage de France 5 ( OGM, vers une alerte mondiale ?), il déclarait texto que ses résultats n'étaient en effet pas significatifs, mais affirmait dans la foulée que ça ne changeait rien pour lui. "Pas besoin de chiffres devant ces graphiques" se justifiait-il après nous avoir expliqué en long en large et en travers à quel point la méthodologie de son étude était rigoureuse (1).

 

          C’est bien connu, les graphiques parlent d’eux-mêmes…. N’hésitant pas à revisiter les fondements de la statistiques, il en rajoute une couche : « La statistique n'est pas la vérité en biologie, c'est un des éléments de rapprochement par rapport à tout le reste, c'est-à-dire les rats, la pathologie, la biochimie, les organes et ce que nous faisons c'est quand on compare par exemple 12 à 4 c'est dire "et bien, c'est 3 fois plus.(…) On ne peut pas comparer statistiquement des nombres entiers, et là ce sont deux nombres entiers de tumeurs au cours du temps. ». Vous avez bien lu, on ne peut pas comparer statistiquement des nombres entiers.  Nous voilà au moins rassurés sur le fait que GES maîtrise parfaitement ses tables de multiplication. Mais au-delà, il étale avec une grande candeur  son incompétence!

 

          Le petit exposé et l’expérience ci-dessous permettent de comprendre que non, décidemment, les graphiques ne parlent pas d’eux-mêmes et que les propos de GES sont parfaitement ineptes.

 

Les tests statistiques sont d’une grande importance dans tous les domaines de la science, et plus particulièrement dans le domaine de la biologie où on constate une grande variabilité entre les individus. Prenez par exemple une analyse de sang humain et observez les bornes inférieures et supérieures des paramètres mesurés : le dépassement de celles-ci ne signifie pas obligatoirement un état pathologique mais correspondent à un niveau d’alerte. Voici quelques paramètres :

Leucocytes : 4000 à 10000/mm3 soit de 1 à 2,5

Polynucléaires neutrophiles 2000 à 7500 soit de 1 à 3,75

Lymphocytes : 1000 à 4000  soit de 1 à 4

Gamma GT : de 15 à 85 soit de 1 à 5,7

etc…

 

Sachant que ces valeurs sont établies à partir de la variabilité constatée dans des études de population, on comprend bien que l’on peut trouver des écarts considérables entre les moyennes de deux petits échantillons subissant exactement le même traitement (2 échantillons de 10 par exemple), par le simple fait du hasard.  Voilà pourquoi une analyse statistique des résultats est toujours nécessaire, même si l’interprétation statistique des résultats ne suffit pas.

 

Appliquons maintenant cela aux rats morts de l’expérience de GES pour goûter tout le sel de ses propos. Le choix de présentation des résultats est déjà plus que discutable, ainsi que l’ont noté les agences d’expertise (3) . Données censurées , détermination de la longévité moyenne interne à l’expérience, détermination arbitraire de la date de mesure du taux de mortalité. Rien de tout cela n’est vraiment innocent : si GES avait choisi le taux de survie à deux ans, cela aurait eu l’énorme inconvénient de faire apparaître que le taux de survie du groupe témoin mâle était le plus mauvais, hormis ceux d’un seul groupe (régime OGM+RR 11%).

 

Afin de voir à quel point les graphiques parlent d’eux-mêmes, nous prendrons les taux de survie à deux ans issus  de l’étude de GES et nous les comparerons avec ceux de 10 groupes de 10 rats générés de manière aléatoire sur la base des taux de survie indiqués par les laboratoires Harlan qui a fourni les rats (3) : 32% pour les mâles, 48% pour les femelles. Petit exercice réalisé à partir d’un programme très simple sous le logiciel SAS. Les résultats comparés à ceux de GES proviennent du premier tirage effectué de la sorte . Les deux barres en rouge correspondent au nombre de survivants dans les groupes témoins de l’étude.

 

ges_stat.JPG

 

Moralité : A moins d’être doué d’une acuité visuelle surhumaine (ou d’une mauvaise foi sidérale, au choix), comme c’est le cas du professeur caennais, il faut bien reconnaître qu’aucune différence ne saute aux yeux entre les résultats de GES et ceux produit par le hasard facétieux.  Dans le cas des mâles, le hasard produit même un peu plus d’écart entre les valeurs extrêmes. Dans le cas des femelles, les résultats sont inversés à la faveur d’un taux de survie très élevé dans le groupe témoin, résultat qui sort d’ailleurs de l’intervalle de confiance à 95%.

 

Il est à noter qu’une simple confrontation de ce genre avec les données de Harlan aurait permis à GES d’éviter le ridicule . Si le hasard produit autant de fluctuations que son expérience, il est impossible d’extraire des résultats la moindre conclusion en relation avec les différences de traitement des groupes. D’autant plus que ces résultats n’ont strictement aucune corrélation avec la dose.

 

Soyons positifs et reconnaissons finalement que la leçon de science que GES nous à infligée mériterait de rester dans les annales : au chapitre « les grosses bourdes à ne pas commettre dans l’interprétation des données d’études ».

Anton Suwalki 

 

 

 

http://psymath.blogspot.fr/#!/2012/10/seralini-naime-pas-les-statistiques.html

(commentaires repris à Nicolas Gauvrit)

(2) http://gmopundit.blogspot.com.au/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html#!/2012/10/gmo-statistics-part-18-seralini-repond.html

(3) http://www.math.u-psud.fr/~lavielle/commentaires_stat.pdf

 

 A relire sur le même sujet :

http://imposteurs.over-blog.com/article-29829309.html

traduction d’un texte de Christopher Preston

http://gmopundit.blogspot.fr/2007/03/lies-damn-lies-and-statistics.html

 

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commentaires

windows online help 17/05/2014 13:45

I have been reading articles about the studies conducted by CRIIGEN. There are a lot of researches going on in the science field. I hope the study on Maize goes really productive. I look forward into reading more such informative articles. Thanks for the share.

Wackes Seppi 13/12/2012 15:15


 On peut aussi lire avec très grand intérêt :


 


http://psymath.blogspot.fr/2012/10/seralini-naime-pas-les-statistiques.html


 


 

bob 12/12/2012 21:58


Nature pense a Séralini:  Know when your numbers are significant


 


 


 


 

Laurent Berthod 06/12/2012 00:04


Le dernier
article d'Alain de Weck, à propos de l'article de Séralini, pour la première fois c'est dit franchement et sans détour : "Pour les anglo-saxons et bien d’autres, ce genre de
comportement est clairement qualifié de fraude scientifique."


Et dans sa réponse à un commentaire : "La prochaine étape, en ce qui me concerne, devrait être l’introduction de procédures académiques sur la violation de la convention de Bologne
et les conventions universitaires qui en découlent concernant l’intégrité scientifique. La science a en fait les moyens juridiques de se défendre ; il y est trop peu souvent fait appel. Cela est
quelque chose de sérieux et de justifié, qui sera à mon avis plus efficace pour la cause de la vérité que la poursuite d’invectives sur blogs ou par presse interposée, où tout a déjà été dit et
redit."

Lamarse 05/12/2012 22:51


Merci beaucoup pour votre réponse très complète, je vais de ce pas consulter les publications ainsi que le blog que vous mentionnez.

Heliantus 05/12/2012 15:10


@ Lamarse


Je ne suis pas sûr qu'il existe un test statistique capable de sortir quelque chose de solide à partir des données de Séralini - c'est le GIGO, garbage input, garbage output.


Un des principal problèmes est le faible nombre de rats par échantillon (10 par sexe), et les nombres sont trop proches : 2 ou 3 rats morts dans les contrôles, pour 1 à 7 rats dans les essais,
sans effet-dose visible (les 7 rates morts, c'est pas pour la dose la plus forte). On peut se fixer sur le groupe de 7 rats morts (ce que Séralini a fait), mais on peut tout aussi bien prendre un
des groupes au round-up, avec un seul mort, et décreter que le round-up protège contre le cancer.


Si Séralini avait séparé ses 200 rats en deux groupes de 100, l'un au maïs GM, l'autre au maïs ordinaire, on aurait une meilleure base...


(oui, je sais, les reproches que je fait à m'étude de Séralini, on peut aussi les faire à des études pro-OGMs. Sauf que bon, y'a des études pro-OGMs à long terme, sur plus de 20 animaux par
échantillons, et fait dans des universités sur fond publics, mais c'est bizarre, on n'en parle pas de ces études... Dans le même journal où Séralini a publié, il y avait une revue par une équipe
française de 24 études d'origines variées : "Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: A literature review". C. Snell et al. /
Food and Chemical Toxicology 50 (2012) 1134–1148)


Ceci dit, des gens ont essayé de faire des stats sur Séralini. Si vous arrivez à lire l'anglais, essayez là


http://scienceblogs.com/insolence/2012/09/24/bad-science-on-gmos-it-reminds-me-of-the-antivaccine-movement/


C'est le blog d'un chirurgien-chercheur en cancer du sein, et il affiche plusieurs liens vers d'autres blogs scientifiques anglophones, dont quelques-uns qui ont essayé un peu de stat'.


(au passage, les blogs scientifiques français, y'en a pas des masses - un autre secteur où nous autres chercheurs français on est en retard...)


J'ose espérer qu'en tant que chirurgien, il n'est pas suspect d'être payé par Monsanto.

bob 05/12/2012 04:51


«Au passage je plains sincèrement les doctorants qui l'ont suivit...»


 


C'est pas comme si il en était à son premier coup d'essai. Quelqu'un qui vise bac+8 ou plus doit avoir la
présence d'esprit de vérifier les publications de son directeur de thèse. Et si ça n'a pas été fait je pense qu'en moins d'un ou 2 mois de travail on doit se rendre compte que l'équipe en place
est uniquement là pour casser de l'OGM et non pas apporter des faits... 

zdravo 05/12/2012 00:39


FCT va-t-il retirer la publi' ?


http://www.newscientist.com/blogs/shortsharpscience/2012/11/retraction-gm-crop-cancer-study.html


 


Réaction sur la réponse de Séralini dans FCT :


http://alaindeweck.blog.lemonde.fr/2012/12/01/la-reponse-scientifique-de-seralini-et-al-a-leurs-critiques/

Il y en a bien d'autre.
Je pense qu'on est arrivé à un point de non-retour pour Séralini : retrait de la publication ? Pénalités administratives ? Il doit y avoir des sanctions, car sinon c'est la porte ouverte à tout
et n'importe quoi.

Au passage je plains sincèrement les doctorants qui l'ont suivit...

Lamarse 04/12/2012 21:43


Bonjour,

Pourquoi ne pas effectuer un test de normalité sur une population de rats et si c'est possible un test paramétrique simple sur les groupes de rats présentés dans l'étude de Mr Seralini ? Il serai
alors possible de déterminer si ces derniers ne sont pas différents des rats non alimentés avec le maïs NK 603... J'ai quelques souvenirs de statistiques, malheureusement trop faiblards pour me
pousser à m'y replonger.

Respectueusement.

Stéfanie 04/12/2012 13:48


Bonne initiative ! .....


ça n'apportait rien à votre blog .... Ce personnage était un sot prétentieux .....


Bon , ça permettra sans doute au grumeau grommelant ses gros mots orduriers de se poser en victime , mais cela aussi est sans importance car tout était faux chez le grumeau .....

Anton Suwalki 04/12/2012 09:52


Le dernier immondice de Cetrumo est parti à la benne à ordures.

Vincent 03/12/2012 19:02


"Pourquoi prêcher aux convaincus ? Même moi je sais que les études de Seralini sont foireux. Le problème n’est pas là." : où est-il, alors?

Laurent Berthod 30/11/2012 22:43


Des bourdes ? Non ! Un trucage délibéré, qui mériterait qu'il soit viré de l'université qu'il déshonore et déconsidère.

Sceptique 30/11/2012 06:39


Cher Anton,


Bravo pour ce travail de détective, qui fera plaisir à ceux qui aiment la Raison, et gémir ceux qui ne l'aiment pas. Hélas, GES continuera obstinément, la Passion ayant, chez lui et ses
partisans, étouffé la Raison. Il n'y a pas d'activité de pensée ( ou de penser), qui ne soit exposée à cette rupture d'équilibre entre raison et passion. Cette dérive était autrefois contenue ou
corrigée. Elle est aujourd'ui permise. Il faut espérer qu'elle ne deviendra pas, par l'effet d'une dictature, obligatoire. Il y a un antécédent.