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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 13:34

              Vous avez sans doute lu sur Imposteurs le début du « feuilleton » consacré au livre de Jacques Testart « A qui profitent les OGM ? », paru aux éditions du CNRS, et bourré d’erreurs et de mensonges.

J’ai écrit à la conseillère éditoriale pour m’en étonner (voir copie du mail ci-dessous).

 

 

          Au même moment j’apprenais l’existence d’un mission  « sciences citoyennes » au sein du CNRS confiée à Marc Lipinski, conseiller régional Europe-Écologie-Les-Verts, et ancien vice-président de la région Île-de-France.

 

                    Comme c’est étrange !

 

                     Dans un communiqué du 13 mars, l’AFIS évoque le parfum lyssenkiste de ce projet, et rappelle qu’il n’y a pas plus de science « citoyenne » que de science « bourgeoise » ou « prolétarienne ». (1)

 

                 Ceux qui ne se rendraient pas compte du danger de ce projet pour la qualité et l’intégrité de la recherche scientifique devraient jeter un coup d’œil sur le site de la Fondation Sciences Citoyennes, présidé par …le citoyen Jacques Testart, par ailleurs grand amateur de tribunaux d’exception (2). Ils y trouveront par exemple un manifeste lancé entre autres par Danielle Mitterrand et Vandana Shiva dans une conférence sous les toits de l’UNESCO en Juin 2009 : l’avenir des systèmes de connaissance.  Tout un programme !

 

L’obscurantisme de ce projet saute aux yeux notamment dans ce passage :

« Le Manifeste appelle à une démocratisation des connaissances à tous les niveaux. Elle ne peut être garantie que par une participation égale et démocratique de tous les citoyens à la construction de ces connaissances, et par une réhabilitation des savoirs traditionnels des communautés autochtones et des femmes, qui ont guidé l’évolution de l’humanité depuis des siècles. » (2)

 

                Si la direction du CNRS laisse les Testart & co pervertir la science à ce point, je ne donne pas cher de l’avenir de cet organisme. Car la « science citoyenne » n’est pas seulement un truc démagogique.

 

            Si par « démocratisation » des connaissances, on entendait la diffusion de celles-ci et leur acquisition par le plus grand nombre,  personne ne  devrait s’y opposer. Mais il ne s’agit pas de cela, il s’agit au contraire de dévaluer la science au profit de la pseudoscience et de toutes sortes de croyances. Voilà ce qu’entend ce manifeste par démocratisation des connaissances. 

 

              C’est une sinistre plaisanterie que de laisser croire que moi, citoyen lambda, je vais participer « à la construction des connaissances » à pied d’égalité avec les chimistes pour décider de la validité de la datation à partir du Carbone 14  et voter pour déterminer qui a raison. Nul doute que les citoyens adorateurs du « Saint-Suaire » de Turin (4), de toute bonne foi, considéreraient que leur foi a davantage de valeur que la démarche scientifique pour construire les connaissances. Personne de toute façon ne peut croire qu’il s’agit bien de cela.

 

                Derrière les soi-disant « citoyens », se cachent en fait des « ONG » à la poursuite de buts idéologiques ou politiques, et qui ne représentent qu’elles-mêmes. Très clairement, celles-ci veulent détruire la science. Elles veulent qu’on puisse dire que 2 et 2 font 10, ou bien qu’ « on ne peut pas faire de statistiques sur les nombres entiers »,etc.  (5)…La « réhabilitation des savoirs traditionnels des communautés autochtones », est la position radicale du relativisme culturel des idéologues postmodernes (6), qui nient la valeur de la recherche de la réalité objective par la méthode scientifique et son universalité.  Qui placent sur un pied d’égalité savoir scientifique, croyance et charlatanisme. Ce qui implique par exemple que l’astrophysique et l’astrologie (« savoir traditionnel » s’il en est) correspondent à deux disciplines d’égale valeur scientifique, et ce faisant, de nommer Élisabeth Tessier directeur d’un laboratoire au CNRS !

 

                La référence à la réhabilitation des communautés autochtones ET des femmes correspond à la thèse de Vandana Shiva selon laquelle la science n’est qu’une manifestation de l’oppression occidentale (7), c’est à-dire en dernière analyse de l’homme blanc. Cela implique notamment qu’une femme ferait de la science autrement qu’un homme. C’est en réalité une offense raciste et sexiste envers tous les non-européens ou toutes les femmes qui ont contribué ou contribuent à l’avancée des sciences. 


                   Comment la direction du CNRS peut-elle ainsi laisser gangréner l’institution par ces idées et cet activisme antisciences d' organisations militantes, au risque de renoncer à sa mission pour devenir une tribune pour tous les charlatanismes ?

                 

Signalons pour conclure, que mon message à la conseillère éditoriale des éditions du CNRS n’a pas reçu de réponse. Comme quoi, il y a citoyen et citoyen.

Anton Suwalki

 


 

Message envoyé à Marie Bellosta, Éditions du CNRS

La politique éditoriale des éditions du CNRS est formulée de la manière suivante :

« Notre vocation ? En tant que maison d’édition du CNRS, nous publions le meilleur de la recherche française et européenne, qu’elle provienne des laboratoires, des universités ou des centres d’excellence. Mais cette mission essentielle auprès de la communauté savante ne se départit jamais d’un autre souci, tout aussi fondamental : transmettre l’avancée des connaissances auprès du grand public afin que la science soit au cœur de la Cité. »

Après avoir lu le dernier livre de Jacques Testart que vous avez publié : « A qui profitent les OGM ?» , je me demande sincèrement , en tant que citoyen , s’il correspond vraiment à ces nobles objectifs. Mon propos n’est bien sûr pas de contester le droit d’être opposé aux biotechnologies, ce que Mr Testart ne manque pas de clamer à longueur d’ondes et de chroniques diverses, mais de m’étonner qu’il n’y ait pas au sein d’une maison d’éditions d’une institution prestigieuse, de filtre minimum permettant d’éviter qu’on écrive à peu près n’importe quoi en abusant de son autorité de chercheur.  Car les mensonges et la mauvaise foi sautent aux yeux : par exemple lorsqu’il prétend qu’il faudrait manger plusieurs kilos de riz doré pour obtenir les apports nécessaires en vitamine A. Une tromperie délibérée, car Mr Testart ne peut pas ignorer que c’est faux. Je vous invite à en découvrir bien d’autres sur mon site Imposteurs dans le « feuilleton » dédié à ce livre :

http://www.imposteurs.org/

 Le livre de jacques Testart participe-t-il vraiment à la transmission de « l’avancée des connaissances auprès du grand public » ?



Notes :

A lire sur le même sujet :

http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/200313/la-science-citoyenne-illustree-quon-se-le-dise-au-cnrs

Le Communiqué de l’Union rationaliste :

Mission CNRS « sciences citoyennes » : une manœuvre politicienne

http://www.union-rationaliste.org/index.php/29-tribunes/communiques/521-mission-cnrs-sciences-citoyennes-une-manoeuvre-politicienne

 

(1) http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2081

(2) http://www.imposteurs.org/article-les-technophobes-veulent-un-tribunal-russell-contre-les-crimes-du-nucleaire-civil-81705359.html

http://www.tribunalrusselnucleaire.org/

(3) http://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2010/09/DP_Manifeste_sur_l_avenir_des_systemes_de_connaissance_12-11-09.pdf

(4)  http://www.unice.fr/zetetique/articles/HB_suaire_C14.html

 (5) allusion aux carabistouilles statistiques de Séralini, lui aussi bon candidat citoyen à la rénovation des « systèmes de connaissance »

http://www.imposteurs.org/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-retour-sur-les-carabistouilles-statistiques-assumees-par-seral-112923200.html

(6) lire à ce propos Why the postmodern attitude towards science should be denounced, M Kuntz, Européan molecular biology organisation,  2013

(7) Citée dans Impostures  intellectuelles,  de Sokal & Bricmont, 2004

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commentaires

judi poker online 25/08/2016 14:17

Thanks for sharing such a good information for other man. im so apreciate that.

Sceptique 29/03/2013 07:33


Je pense depuis longtemps que le mythe du péché originel(ou originaire), au moins tel qu'il est présenté par le christianisme, dénonce le savoir comme fondamentalement subversif. D'où sa
réservation à ceux qui sont capables de le garder caché (Le Nom de la Rose). Sa divulgation ayant permis le développement de la science, et cette dernière faisant peur, à la fois par son ampleur,
et par les pouvoirs qu'elle donne aux hommes, il est dans la logique des fondamentalistes du culte de la nature de combattre la science comme une subversion dangereuse. Quoi de plus simple que de
la placer sous le contrôle de ceux qui ne la possèdent pas?

Proteos 23/03/2013 00:35


Invoquer Lyssenko ne rend pas bien ce que tentent de faire les associaitions, souvent anti-. Ces associations sont toutes entières tournées vers l'atteinte de leurs buts
à l'aide de moyens médiatiques. Comme elles représentent une minorité, il leur faut une justification raisonnable en plus du bruit qu'elles font. Elles sont donc toujours à la recherche
d'arguments raisonnables. Pour elles, obtenir qu'une publication ait un label qui sonne scientifique, peu importe d'ailleurs qu'il le soit vraiment, est très intéressant. Ça leur permet d'avoir
des articles de presse qui relaie leur pensée.


Il y a évidemment diverses gradations dans les labels, c'est pour ça qu'elles cherchent les labels des institutions de recherche historiques. Elles ne cherchent pas à détruire la science, pour
elles la science n'est qu'un outil à utiliser pour leur cause ou à décrédibiliser pour arriver à leurs fins. Ils n'ont rien à faire des dommages à plus long terme. C'est ainsi que les écolos
utilisent à fond les rapports du GIEC en nous disant à raison que c'est le consensus scientifique et qu'il faut l'accepter … alors qu'ils ne voient pas qu'ils ont miné le terrain avec leurs
méthodes de lutte contre le nucléaire et les OGMs, entre autres.