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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 19:30

Par Wackes Seppi

 

 

Sciences & Avenirdéraille...

 

Nous avons vu dans l'épisode précédent que Sciences & Avenir [1] avait publié un billet, en grande partie repris d'une dépêche de l'AFP, sur le dernier grand œuvre de l'équipe Séralini [2] sous un titre et un chapeau vachards : « Affaire Séralini [...] », un point d'interrogation de doute sur l'annonce fracassante du « très controversé Pr Séralini [qui] persiste et signe [...] », tout cela en trois lignes.

 

C'était publié le 31 janvier 2014.

 

Nous avons trouvé – par hasard – un autre billet de S&A, intitulé plus sobrement « Les pesticides jusqu'à "mille fois plus toxiques" qu'annoncé selon une étude » [3], reprenant la dépêche telle quelle.

 

C'était publié la veille, le 30 janvier 2014, mais mis à jour le 2 février, ce qui complique l'interprétation de cette bizarrerie.  Le principe du rasoir d'Ockham voudrait que deux personnes ont travaillé indépendamment l'une de l'autre, mais la mise à jour du premier article le 2 février, alors que le deuxième était déjà publié, pose problème.  Faut-il dès lors croire qu'il y a des conflits d'opinions, avec une bonne dose d'exaspération de l'un des protagonistes devant les truandages scientifiques et médiatiques ?

 

 

...Générations Futures aussi, mais différemment

 

Comment leurrer le lecteur ? En suggérant que les adjuvants ne sont pas testés...

 

L'équipe Séralini écrit ainsi en ouverture du résumé de sa publication : « Les pesticides sont utilisés dans le monde entier sous forme de mixtures appelées formulations.  Elles contiennent des adjuvants qui sont souvent gardés secrets et sont appelés "inertes" par les fabricants et un principe actif déclaré, qui est habituellement testé seul. »

 

Et, dans le texte : « Les adjuvants dans les pesticides sont généralement déclarés comme inertes, et pour cette raison ils ne sont pas testés dans des essais réglementaires à long terme. »

 

Dans la communication avec le concours de l'AFP, cela donne : « "Nous avons étendu les travaux que nous avons faits avec le Roundup et montré que les produits tels qu'ils étaient vendus aux jardiniers, aux agriculteurs, étaient de 2 à 1.000 fois plus toxiques que les principes actifs qui sont les seuls à être testés in vivo à moyen et long terme", a-t-il déclaré jeudi à l'AFP. »

 

Générations Futures, c'est-à-dire M. François Veillerette, avait suivi la même démarche dans son communiqué [4], reprochant à la « procédure d’évaluation du risque actuelle des pesticides [de ne pas prévoir] l’obligation de tests pour la toxicité chronique des pesticides en formulation. »

 

Mais la dépêche de l'AFP – dont on peut penser qu'elle a été visée par M. Séralini – se poursuivait ainsi : « Avant mise sur le marché, seuls les effets de la substance active sont évalués et non ceux des produits commercialisés auxquels ont été ajoutés des adjuvants. »

 

Mme Eugénia Pommaret, directrice générale de l'UIPP, avait donc estimé nécessaire de faire une mise au point : « les produits mis en vente (substances plus coformulants) sont évalués au préalable dans le cadre de la réglementation européenne, contrairement à ce qui a été affirmé à l'occasion de la communication de ces travaux » et « [l]es coformulants (antimousses, mouillants...) sont encadrés, comme toute substance chimique, par la règlementation Reach » [5].

 

M. Veillerette n'a pas apprécié de se faire ainsi rappeler à l'ordre et a publié un « Générations Futures réagit au mensonge par omission de l’UIPP suite à la publication de la nouvelle étude de l’équipe de G E Séralini sur les effets des mélanges de pesticides ! » [6].

 

L'UIPP est présentée comme « le lobby des fabricants de pesticides » et Mme Pommaret comme « ex-responsable environnement de la FNSEA et maintenant directrice de l’UIPP (!) ».  Le dénigrement des interlocuteurs est manifestement un... adjuvant de la communication de GF !

 

Sur le fond, « l’UIPP oublie de dire l’essentiel, à savoir que les formulations de pesticides ne sont pas évaluées pour leur toxicité chronique (à long terme),mais seulement pour leur toxicité aigüe! Il s’agit là d’une omission de taille puisque l’étude de Séralini montre justement que c’est le mélange de la substance active avec les adjuvants – ce qu’ont appelle la formulation- qui pose problème car la présence des adjuvants augmente considérablement la toxicité de cette formulation. »

 

L'« étude » de M. Séralini montrerait la carence de l'évaluation de la toxicité chronique des formulations sur la base d'un trempage de cellules de 24 heures ? On est morts de rire !

 

Mais dénoncer un mensonge (allégué...) par omission n'est pas assez percutant.  M. Veillerette accuse donc : « L’UIPP prend vraiment les gens pour des imbéciles en continuant à essayer de leur faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes et que les produits qu’ils commercialisent sont parfaitement évalués ! »  Fameux homme de paille !

 

Il est vrai que quand on fait dans le militantisme, on ne se refuse rien.

 

Et il ajoute : « Leur communication relève du mensonge par omission et ceci est d’autant plus inacceptable que l’ANSES elle même a relevé le manque des tests sur les effets chroniques des pesticides tels qu’ils sont vendus et utilisés comme une faille majeure dans le dispositif d’évaluation. »  Dans le paragraphe précédent – puisque le militantisme exige que l'on assène un argument plutôt deux fois qu'une – c'était : « L’ANSES (l’Agence de sécurité sanitaire) connait d’ailleurs parfaitement ce manque et demandait par la voix de son directeur, M Mortureux, la mise en place de tests pour évaluer la toxicité chronique des pesticides en formulation dès 2012 ! »  La même remarque avait été faite dans le communiqué précédent, avec pour référence : « Cf. Avis de l’ANSES sur l’étude de GE Séralini de 2012 » [7].

 

Que c'est ondulant et vague ! Dans l'avis visé, le nom de M. Mortureux n'apparaît qu'une fois : comme signataire du document...  lequel contient aussi la phrase suivante : « L’évaluation d’une préparation concerne pour la santé humaine les risques que leur utilisation peut entraîner pour l’applicateur du traitement, le travailleur agricole intervenant sur le végétal traité et toute personne passant à proximité lors de l’application, ainsi que les risques pour le consommateur (risques chroniques et aigus pour les adultes, bambins et nourrissons, pour des régimes alimentaires différents et pour les eaux de boisson) » (c'est nous qui graissons).  C'est certes descriptif, sans valeur forcément probante, et du reste complété par des explications plus détaillées sur la méthode d'évaluation (pp. 10 et 11).

 

Du reste, réagissant à l'avis de l'ANSES sur l' infâme « étude » sur les rats, GF écrivait en octobre 2012 : « GF regrette cependant que l’ANSES n’aille pas jusqu’à demander une évaluation systématique de la toxicité chroniques des OGM et des pesticides en formulation. » [8].  Ça, c'est la phrase précédant l'inévitable décharge d'adrénaline du porte-parole François Veillerette : « Il est scandaleux que des produits aussi préoccupants que des OGM et des pesticides ne fassent pas l’objet d’une évaluation systématique de leurs éventuels effets chroniques [...] ».

 

Peut-on écrire : « Il est scandaleux que GFprennent vraiment les gens pour des imbéciles » ?

Wackes Seppi

 


Notes :

[1]  http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140130.OBS4526/affaire-seralini-les-pesticides-mille-fois-plus-toxiques-qu-annonce.html

 

[2]  http://www.hindawi.com/journals/bmri/aip/179691/

Cliquer sur « Provisional PDF » en haut, à droite.

 

[3]  http://www.sciencesetavenir.fr/sciences/20140130.AFP8900/les-pesticides-jusqu-a-mille-fois-plus-toxiques-qu-annonce-selon-une-etude.html

 

[4]  http://www.generations-futures.fr/pesticides/nouvelle-etude-scientifique-les-produits-pesticides-des-centaines-de-fois-plus-toxiques-pour-des-cellules-humaines-que-leur-matiere-active-seule/

 

[5]  http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/phytos-l-uipp-demande-une-expertise-neutre-de-le-derniere-etude-du-professeur-seralini-83688.html

 

[6]    http://www.generations-futures.fr/pesticides/etude-seralini-mise-au-point-de-generations-futures-sur-les-mensonges-par-omission-de-luipp/

 

[7]  http://www.anses.fr/sites/default/files/documents/BIOT2012sa0227.pdf

 

[8]  http://www.generations-futures.fr/ogm/ogm-avis-de-lanses-affaire-seralini/

 

 

 

 

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Published by Anton Suwalki
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commentaires

http://www.lyceelapie-luneville.fr 25/11/2015 04:42

De son côté, C. Vélot n'est pas non plus en reste en matière de méconnaissance du sujet qu'il prétendait traiter.

AlainCo 17/02/2014 14:45

je vous laisse y répondre
http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=12505

en croisant avec une affaire où on ne serait certainement pas d'accord (mais ou la science par les preuves a raison) il y a un problème avec la presse scientifique, et même les grosses églises scientifiques comme le cern.. ilos ont compreis que internet libérait la parole, et permettait autant aux idiotise qu'on idées hérétiques et vraies de circuler....

alors ils utilisent des technique de guerre de l'information, de désinformation, de mensonges éhontés répétés par des potes, des prix pour manipuler des gamins (et je parle même pas de greeneries, mais de hardscience) ...
c'est le bazar.

Clair de Lune 13/02/2014 02:39


Excellent commentaire, Phurias. Entièrement d'accord.

Phurias 10/02/2014 20:01


La question que l'on devrait se poser à la base c'est : Qu'est-ce qui mérite de devoir être testé avant d'être utilisé ? et sur quelle durée et quelle ampleur ces tests doivent être conduits. Car
selon le périmètre que l'on s'impose au départ on peut aller de "peu de chose" (on ne teste que ce qui présente un risque aigû et cela se voit vite et avec des essais de faible taille) jusqu'à en
arriver à consommer tout le PIB mondial si l'on veut être sûr archisûr sur un très grand nombre de cas de figure et sur une très longue durée. Hélas, entre temps il nous faut vivre et nourir nos
carcasses....Car si l'on exige des certitudes sur les OGM, on devrait aussi exiger des certitudes sur tout le reste, c'est à dire sur à peu près tout : ma côte de boeuf que je ne recuis jamais
deux fois de suite de la même manière est-elle à chaque fois d'égale inocuité ? (à vrai dire personne ne peut le savoir avec certitude) etc... a-t-on testé les effets longue durée de la
consommation de pomme de terre ? non ! alors est-on sûr ? A-ton testé en laboratoire les effets de la présence de champs électriques pendant 50 ans avant de se donner le droit d'utiliser le
courant électrique ? non car toujours il faut vivre et cela nous conduit quand même à "oser vivre" donc à "oser". La quête du risque zéro est une quête qu'il faudrait reconnaître comme
parfaitement vaine. Non la science ne garantira jamais au sens réel du mot garantie. Bref que les citoyens comprennent celà. Pourquoi exiger de la société, de l'Etat, des autres qu'ils aient des
solutions sans risque là où tout un chacun est parfaitement incapable d'agir en garantissant l'absence totale de risque...