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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 10:57

La peur du cancer fait vendre : après Séralini, Servan-Schreiber, David Khayat vient de publier un livre au titre racoleur : Le vrai régime anti cancer (1),

 

         Dominique Belpomme, lui aussi investi sur ce créneau porteur du marché littéraire se devait de rappeler son existence au monde …et Le Monde du 8 juin lui donne donc une tribune pour le remettre dans la course:

 

Existe-t-il un vrai régime anti-cancer et si oui quel est-il ? (2)

 

L’individu y fait preuve d’un talent incomparable pour tirer la couverture vers lui, quitte à réinterpréter à sa guise les données scientifiques et les dires des uns et des autres pour les faire coller à ses thèses.

 

Comment discréditer un concurrent qui dit la même chose que vous :

 

« Faisant suite au livre Anti cancer (Robert Laffont, 2007) de David Servan-Schreiber, l'ancien directeur de l'Institut national du cancer (l'Inca), David Kayat a crée un trouble dans l'opinion en intitulant son livre Le vrai régime anti-cancer (Odile Jacob, 2010), signifiant par là que seul le régime qu'il préconisait avait un effet "anti-cancer". Pourtant la publication des résultats de l'étude européenne EPIC, la plus importante étude épidémiologique connue à ce jour dans le domaine de la nutrition, dément formellement les affirmations des uns et des autres, en démontrant par les chiffres que manger des fruits et légumes ne protège d'un cancer que de façon marginale. Ainsi ces résultats s'opposent-ils aux allégations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirmant que manger chaque jour cinq fruits et légumes différents protège du cancer et, indirectement, confirment les travaux de l'Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse, l'Artac (sa chose à lui)»

 

Belpomme fait donc endosser à Khayat la célèbre recommandation de l’OMS, alors que celui-ci émet sur ce sujet comme sur bien d’autres  un avis très proche du sien :

«Le lien entre prévention et fruits et légumes est finalement bien moins impressionnant qu’on aurait pu le penser (..)Tiens donc ! Pour éviter le cancer, il faut qu’on se gave de fruits et légumes tous les jours sans d’ailleurs bien savoir lesquels, et pourtant, les plus grands experts mondiaux nous affirment qu’il est impossible de conclure de façon irréfutable que ceci sert réellement à quelque chose…»(1)  

  

Technique imparable de Belpomme : Je prête à mon concurrent une position qu’il n’a pas, « formellement infirmée » par une étude récente, qui confirme ce que je dis depuis longtemps et,  « indirectement » ,les travaux de l’ARTAC… Vous voyez bien, moi seul suis crédible.

 

 

Ce que dit l’étude EPIC, et ce que ne dit pas Belpomme :

 

Or si l’étude en question (3)  relativise très largement la contribution globale des fruits et légumes à la prévention du cancer - diminution du risque de l’ordre de 3% par portion de 200g de fruits et légumes absorbées (4) , elle ne remet absolument pas en cause l’intérêt des fruits et légumes pour l’équilibre alimentaire, la prévention d’autres maladies, notamment les maladies cardio-vasculaires. Un fait que Belpomme occulte de façon irresponsable dans ses interventions médiatiques, et qui remet en cause leurs bénéfices à cause des pesticides.

 

 

Et surtout, l’étude EPIC n’apporte ,même indirectement, aucune eau au moulin de Belpomme qui croit pouvoir conclure que ses résultats « confirment les travaux de l'Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse, l'Artac, indiquant que ce sont les substances chimiques cancérigènes (pesticides, nitrates, additifs, etc.) présentes dans notre alimentation qui sont les véritables agents responsables des cancers ». Nous avons ici un détournement sans vergogne des conclusions de l’étude. Rappelons que Belpomme (que les académies et instituts compétents ne semblent pas prendre au sérieux (5)), qui prétend à tout va que 75% des cancers dans les pays développés sont dus à la pollution,  n’a pour autre instrument de mesure que  son flair et pour argument fort le « bon sens » :

 

«  [Mais], d'ores et déjà, le bon sens devrait prévaloir. Depuis Hippocrate, tous les médecins savent que manger des aliments de mauvaise qualité est nuisible à notre santé. Or c'est tout le contraire qu'on voudrait nous faire croire : qu'on peut vivre sans maladie dans un environnement pollué. »

 

Ca, c’est de la science dure !

 

Prosélyte bio :

 

Personne ne s’en étonnera, ces pensées profondes débouchent sur un plaidoyer en faveur du bio :

 

« les substances chimiques cancérigènes (pesticides, nitrates, additifs, etc.) présentes dans notre alimentation qui sont les véritables agents responsables des cancers. D'où l'intérêt théorique du bio puisque les aliments certifiés "bio", en principe, n'en contiennent pas. (…)

 

Cependant un tel avantage du "bio" vient d'être récemment contesté par deux ex-chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) affirmant qu'étant donné la valeur nutritionnelle équivalente du "bio" et du "non-bio", le "bio" ne peut pas être considéré comme étant meilleur pour notre santé (Les Cahiers de la nutrition et de la diététique, avril 2010). Cette allégation est péremptoire et non fondée scientifiquement, puisque dans leur analyse de la littérature scientifique, ces deux ex-chercheurs de l'Inra n'ont pas tenu compte des contaminants et additifs présents dans les aliments "non-bio".»

 

En réalité, ce sont les allégations de Belpomme, qui n’ont strictement aucune valeur. Allégations qui reposent uniquement sur la superstition :

« naturel »=bon 

« chimique » (de synthèse) = mauvais

 

Contrairement à ce qu’affirme Belpomme, une douzaine d’additifs alimentaires sont autorisés pour les conserves bio, et les pesticides autorisés en agriculture bio (pyrèthres, sulfates de cuivre, huile de neem, roténone -récemment interdite-) sont très  loin d’être sans danger. Pour le bio comme pour le conventionnel, tout est bien sûr question de dose. Mais peut-être le professeur n’a-t-il jamais entendu parler de LMR (limite maximale autorisée) ?

 

L’étude citée (Léon Gueguen, Gérard Pascal) , qui tire des conclusions analogues à celles d’une récente étude britannique (6), a bel et bien étudié les résidus de pesticides dans les produits issus de l’agriculture conventionnelle :  Il faut croire que Belpomme  ne l’a pas lue.

 

La synthèse des éléments comparatifs…:

-          avantages pour le bio sur certains points (ex, davantage de vitamine C dans les légumes et fruits)

-          avantage pour le conventionnel sur d’autres points (ex, céréales plus riches en protéines, moins de mycotoxines)

…ne font pencher la balance ni dans un sens ni dans l’autre.

 

Belpomme a tout faux et, au fond,  il doit le savoir, si on se réfère à sa conclusion désopilante :

« S'il n'y a effectivement pas de preuve scientifique démontrant que manger "bio" protège contre ces affections ou maladies, il n'y a, non plus, aucun argument pour affirmer le contraire, à savoir que manger "bio" ne protège pas »  (sic !)

 

Le bonhomme a probablement pris des cours de logique auprès de José Bové.

 

Anton Suwalki

 


 

 

 

Notes :

(1)http://hebdo.nouvelobs.com/sommaire/dossier/098208/le-vrai-regime-anti-cancer.html

http://www.liberation.fr/societe/0101642529-cancer-couacs-en-cuisine

sur le blog doutes à gogo :

http://www.doutagogo.com/article-les-colporteurs-anti-cancer-51078008.html

(2)http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/08/existe-t-il-un-vrai-regime-anti-cancer-et-si-oui-quel-est-il-par-le-professeur-dominique-belpomme_1368880_3232.html

(3) Fruit and Vegetable Intake and Overall Cancer Risk in the European Prospective Investigation Into Cancer and Nutrition (EPIC)

http://jnci.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/102/8/529?maxtoshow=&hits=10&RESULTFORMAT=1&andorexacttitle=and&titleabstract=fruits+vegetables+cancer&andorexacttitleabs=or&andorexactfulltext=and&searchid=1&FIRSTINDEX=0&sortspec=relevance&resourcetype=HWCIT

(4) avec toutefois une bénéfice supérieur pour les personnes fumant ou fortes consommatrices d’alcool

 (5) Lire « les causes du cancer en France » :

http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/pdf/cancer_13_09_07.pdf

(6) Nutritional quality of organic foods: a systematic review

American Journal of clinical nutrition (2009)

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commentaires

antigone 20/11/2016 10:21

incroyable, tous les négationnistes se donnent RV depuis déjà un bail pour, avec TRUMP aujourd'hui, continuer leurs merveilleuses "petites affaires" sur le dos de la santé du vivant. Autrefois " on ne savait pas" aujourd'hui "on sait" et cela ne décourage pas les négationnistes de nuire. Je pleure pour le monde que je vais laisser après ma vie. Il faut entendre la haine qui se distille quand quelqu'un dit que la pollution est fatale ( "Le bonhomme a probablement pris des cours de logique auprès de José Bové": quelle interjection injurieuse! .) Pourtant il faudrait être niais pour ne pas comprendre cela, est-ce la niaiserie seule qui nous est promise en partage? Je suis effarée par l'excitation pour un Eldorado funeste. Messieurs mesdames les affairistes vous avez aussi des enfants, pensez au monde que vous léguez à votre descendance. Pitié pour elle si nous, ne vous intéressons pas.

comtezer0 13/05/2016 08:03

Anton Suwalki, où sont vos arguments ?

Où est le schéma démontrant l’absence d'interaction dans l'organisme au niveau hépatique de toutes ces molécules discriminées ?
Où sont les photos des organes de patients malades, les bilans des autopsies, les résultats de laboratoire sur les expériences avec les animaux ?

Jewely 13/12/2015 20:14

Renseignez-vous avant de critiquer le Docteur Belpomme, qui lui, a eut un immense courage d'ouvrir une brèche là où personne ne l'a fait !
En effet, il existe réellement des personnes intolérantes aux champs électromagnétiques qui vivent un calvaire au quotidien.
Maintenant, vous pensez ce que vous voulez, mais personnellement vous ne me convaincrez absolument pas avec une "pseudo analyse" qui pour moi ne veut rien dire, sachant que je suis personnellement atteinte du syndrome d'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques et que mes jours sont à présent en danger.

Sam 03/11/2014 15:32

je vous signale que le Prof Belpomme est Professeur de médecine oncologique à l'Université Paris V, Président de l’insitutit de recherche européen sur le cancer et l'environnement.

Laurent Berthod 18/02/2012 22:38


Rectification pseudo.

Il avait pas mis de msqueLaurent Berthod 18/02/2012 22:34


Faut pas faire attention. José Veys n'est qu'un bionimenteur parmi tous les autres.

José VEYS 18/02/2012 15:15


Imposteurs + 1 ? - Signé : un vieux jardinier qui s'étonne de la virulence de ce plaidoyer contre le prof. Belpomme et consorts, et qui s'inquiète quant à la crédibilité de vos propositions trop
manifestement partiales, partielles et désagréablement péremptoires.

douar 13/07/2010 11:56



@gil Kressmann


Si le bio ne peut pas recourir aux biotechnologies pour améliorer la productivité, il y a un autre moyen pour répondre à l'offre sans exploser les coûts de revient, c'est d'avoir de grosses
structures de production. En Allemagne, on rencontre des structures pour la production de légumes bio de plus de 700 ha. En Grande Bretagne, des producteurs de lait bio de 3000 ha... Jusqu'à
présent, rien ne l'interdit, mais dans le bio, "small is beautiful" est toujours sous jacent même s'il n'est pas exprimé.



tybert 13/07/2010 11:28



peut-être un peu HS mais pour ceux qui sont à l'aise dans la langue de Goethe ( ou de Brecht selon votre coloration politique.) voici un blog anti-antiOMs tenu par un checheur en biotechnologie


http://gute-gene-schlechte-gene.de/


 



ptoufle 13/07/2010 10:55



Je suis plutôt d'accord, sauf que désormais ce sont les industriels et distributeurs qui poussent pour que la demande s'accroisse. Pas un moment sans qu'on ne soit sollicité par une publicité
ventant le bio pas cher dans les rayons de tel ou tel magasin. Un tel tapage pourrait bien finir par susciter la demande, d'autant que celle-ci est actuellement satisfaite par une part importante
d'import.



Astre Noir 13/07/2010 08:01



@ Kressmann :


Vous dîtes :


Pourtant le gouvernement veut faire passer cette part de marché à 6 % en 2012 puis 20 % en 2018


 


Une petite nuance : Ce n'est pas la part de marché que veut faire augmenter le
gouvernement, mais la SAU cultivée en bio.


 


A part ça, je suis globalement d'accord avec vous



KRESSMANN 12/07/2010 23:19






 


LA PROCHAINE BULLE : L’AGRICULTURE BIO ?


 


Malgré Belpomme et autres sponsors de l'agriculture bio, malgré toutes ces promesses de lutte contre le cancer, le
marché de l'agriculture biologique est extrêmement fragile parce qu’il est très étroit . Peu de consommateurs acceptent de payer les produits biologiques de 50 à 70 % plus cher que les
produits de l’agriculture conventionnelle ( Enquête Que Choisir ou Linéaires) comme l'atteste la part de marché des productions biologiques: 2% en France. Cette différence de prix est d'autant
moins justifiée que les produits de l'agriculture bio se banalisent de plus en plus au fur et à mesure que l'agriculture conventionnelles progresse dans ses pratiques environnementales et
qualitatives. Pourtant le gouvernement veut faire passer cette part de marché à 6 % en 2012 puis 20 % en 2018. Pour atteindre cet objectif très ambitieux, les producteurs devraient probablement
abaisser leurs prix de vente pour être plus compétitifs par rapport aux produits issus de l’agriculture conventionnelle, l’inélasticité de la demande par rapport au prix ayant ses limites. Il
faut donc baisser aussi les coûts de production du bio pour ne pas prendre sur les marges. Or les coûts de production sont très supérieurs en agriculture biologique par rapport à l'agriculture
conventionnelle du fait des faibles rendements hectares consécutifs au principe de base de l'agriculture biologique: ne pas utiliser des produits chimiques de synthèse. Une solution pour
l'agriculture biologique serait d'accepter le recours aux biotechnologies vertes pour augmenter les rendements des productions végétales tout en n'utilisant pas de produits chimiques.
Malheureusement pour elle, les agriculteurs bio, ou plutôt les idéologues de l’agriculture bio, ont en décidé autrement en refusant les apports des biotechnologies vertes. Indépendamment ce cette
impasse technique, on peut être inquiet pour l'avenir de l'agriculture bio en France à court et moyen terme. Les nouveaux producteurs bio qui se lancent vont très probablement constater que la
demande ne suit pas au prix où les produits bio doivent être vendus pour être rentables. Conséquences de cette offre pléthorique ? les prix s’effondreront à la hauteur du développement de
l’offre. Les nouveaux producteurs bio y perdront beaucoup d'argent. Et de plus ils entraineront dans leur chute ceux qui avaient fait ce choix avant eux et qui se trouvaient relativement protégés
par l'étroitesse du marché et une certaine rente de situation. Encourager le développement d’ une production sans créer les conditions pour que la demande suive : on appelle cela créer une bulle.
On aura une fois de plus oublié qu’il n’y a pas de développement durable sans rentabilité économique et réponse à un marché. 


 


Gil KRESSMANN 



cdc 12/07/2010 14:05



Le nom de Belpomme apparaît de manière hallucinante chez tous les blogs et pseudo-documentaires gloom & doom sur le cancer, mais j'ignorais qu'il eût sa petite entreprise...



l'autre pierre 07/07/2010 22:22



Belpomme nous prend aussi pour des betteraves bio


Ces betteraves bio qui intoxiquent les écoliers


Sur que si un quelconque produit conventionnel avait été en cause belpomme et compagnie journalistique en aurait fait tout un plat
aussi indigeste. Mais là curieusement silence radio !


http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/morbihan/morbihan-pres-de-400-ecoliers-intoxiques-a-lorient-inzinzac-et-auray-07-05-2010-902793.php?xtmc=intoxication
alimentaire&xtcr=3