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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 18:04

Chers lecteurs,

 

Wackes Seppi se charge d’inaugurer la nouvelle année avec cette analyse des assertions du FiBL (Institut de recherche  de l'agriculture biologique, Suisse) sur les vertus supposées de l’agriculture biologique.

Cette année s’ouvre sur le meilleur classement jamais obtenu par Imposteurs, au 1008ème rang des blogs d’over-blog, ce qui semble une assez bonne performance si on considère que cette plate-forme en héberge probablement plus de 2 millions (1 500 000 en 2009 selon Wikipédia). Au cours de l’année 2011, le nombre de pages lues a oscillé entre 15000 et 25000 par mois . Pour être précis, le record a été atteint en mars avec 24943 pages vues . Le nombre de visiteurs (250 en moyenne) a cru plus vite que le nombre de pages lues, et dépasse régulièrement les 400 visiteurs quotidiens (avec des creux à  moins de 150 pendant les vacances).  26% des visites proviennent de moteurs de recherche, et 16% de liens proposés sur la toile vers nos articles. Nous récoltons en grande partie ainsi les fruits du travail de nos lecteurs .

Un bilan positif, donc, mais ça n’est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers.

A tous, je souhaite donc une excellente année 2012.

Anton Suwalki

 

Agriculture biologique : un FiBL bien faible, par Wackes Seppi

Un visiteur occasionnel de ce site, qui a manifestement un faible pour le FiBL (Institut de recherche  de l'agriculture biologique, Suisse) et l'agriculture biodynamique, en a interpelé les contributeurs [1] : « Lequel d'entre vous a déjà constaté les effets ou l'absence d'effet d'un itinéraire cultural biodynamique ? Personne ? Qui d'entre vous a déjà visité l'essai DOC (Dynamic, Organic, Conventionnel) du FIBL [...] [2] ? Personne ? »

Pour notre part, nous confesserons volontiers notre ignorance.  Ce n'est pas faute d'avoir exercé notre curiosité : s'agissant de l'agriculture biodynamique, il n'y a rien de scientifiquement convaincant sur la Toile, à notre connaissance, sur les mérites de la préparation bouse de corne, dite « 500 » [3], ou encore sur l'efficacité de la peau de mulot brûlée au moment où Vénus est devant la constellation du Scorpion [4].  Quant au document du FiBL, il est quasiment introuvable pour un non-initié, et nous sommes redevables à notre interpellateur pour nous avoir fourni le lien et permis une recherche plus détaillée grâce à des mots clés tirés de ce document.

Cette discrétion du FiBL est d'autant plus étonnante qu'il s'agit d'une plaquette vantant les bienfaits de l'agriculture que nous appellerons ci-après « organique » (biodynamique et biologique), le cas échéant ; elle est fondée sur les résultats de 21 années d'essais comparatifs (entre 1978 et 1998) de trois types d'agriculture (biodynamique, biologique et conventionnelle, cette dernière en deux variantes, avec ou sans fumure organique) ; et elle est sobrement (c'est de l'ironie) intitulée Le bio améliore la fertilité du sol et la biodiversité.

Il y a lieu de souligner que la plaquette n'est pas outrancière et qu'elle fait état de bon nombre de résultats qui ne plaident pas en faveur des modes de culture organique.  Mais les artifices du marketing ont été déployés, et l'agriculture organique a été présentée sous ses plus beaux atours.  Le résumé en témoigne d'entrée de jeu : « Les résultats à long terme de l'essai DOC montrent que les systèmes d'agriculture biologique permettent une production agricole qui, malgré ses rendements plus bas, économise les ressources parce qu'elle utilise beaucoup moins d'intrants.  Mais ce n'est pas tout : l'agriculture biologique favorise aussi la vie du sol et améliore la biodiversité de la flore adventice et de la faune. »

Il est aussi extrêmement difficile de relier cette plaquette à des articles scientifiques de portée internationale.  Il semble qu'il n'y en ait qu'un, de quatre pages ou moins, derrière un péage [5].  Et c'est encore plus étonnant quand on sait qu'il s'agit des fondements de deux affirmations souvent répétées : que les rendements des systèmes organiques sont inférieurs – ou ne sont inférieurs que – de 20 pour cent à ceux du système conventionnel ; que ces systèmes sont économiquement viables et permettent une utilisation durable des ressources [6].

Plaquette publicitaire ? Autant dire que le scientifique et le praticien resteront sur leur faim.  On trouve cependant quelques explications sur l'essai DOC dans Science [7], ainsi que deux présentations que l'on appellera ci-après, par référence à leur URL, « présentation pro-bio » [8] et « présentation congresviti » [9].  Mais le scientifique et le praticien resteront encore sur leur faim.

Nous n'insisterons pas sur un argument qui fait les choux gras des chercheurs militants – ou plutôt des militants chercheurs – souvent épinglés par Imposteurs : le FiBL est manifestement affligé d'un conflit d'intérêts, l'institut de recherche qu'il est censé être étant une officine de promotion de l'agriculture organique [10].  Cette constatation n'autorise pas un rejet catégorique de ses productions intellectuelles, tel que le pratiquent lesdits militants et leurs coreligionnaires, mais commande de les examiner avec une prudence redoublée.

Une prudence qu'appellent de toute façon les différences entre les versions allemande, anglaise et française de la plaquette.  Ainsi, les introductions sont différentes et, pour prendre un exemple simple, dans le tableau de la page 4, la ligne UGBF/ha engrais de ferme est fausse.  Ça fait chenit !

On peut aussi s'interroger sur le délai relativement important entre la fin de la période d'essais (la campagne 1998) et la publication de la plaquette (août 2000 pour les versions allemande et anglaise, mai 2001 pour la version française) ; l'article scientifique a été encore plus tardif (manuscrit soumis en février 2002).  Et sur l'absence de suite, alors même que la plaquette annonçait le plan de culture pour 1999-2005.

Comparer des modes de culture très différents n'est pas chose aisée sur le plan méthodologique.  Le FiBL a choisi de le faire sur la base d'une même rotation culturale sur sept ans, censée représenter un compromis entre les trois modes étudiés.  On trouve donc (plaquette, tableau de la page 5), pour 1978-1984 : pomme de terre et engrais vert en dérobé ; blé d'hiver et dérobée fourragère ; chou cabus ; blé d'hiver ; orge d'hiver ; prairie temporaire (graminées-trèfle) ; prairie temporaire.  Dans la rotation suivante (1985-1991), le chou a été remplacé par de la betterave rouge.  La période 1992-1998 a vu l'engrais vert disparaître et une année supplémentaire de prairie temporaire remplacer l'orge d'hiver. Enfin, le cycle 1999-2005 se composait comme suit : pomme de terre ; blé d'hiver suivi d'un engrais vert (dérobée fourragère dans les cycles précédents) ; soja suivi d'un engrais vert ; maïs ensilage ; blé d'hiver ; prairie temporaire ; prairie temporaire.  Trois espèces étaient cultivées chaque année (en 1998, par exemple : blé d'hiver, prairie temporaire et betterave rouge) [7].

Nous ne discuterons pas ces choix, puisqu'ils représentent un compromis.  Mais il nous faut souligner que les rotations – ainsi que la fumure organique – présupposent un régime de polyculture-élevage.  Les conclusions qu'en tire le FiBL (et bien d'autres, bien plus imprudents, à sa suite) doivent par conséquent être limitées à un mode de production particulier (ce qui vient d'être écrit ne préjuge pas de la pertinence desdites conclusions).

Aucune explication sérieuse n'a été fournie sur l'évolution des rotations d'un cycle à l'autre.  Selon la plaquette (page 5), « [a]u début de chaque nouvelle période d'assolement, la rotation culturale est légèrement réadaptée aux besoins de la pratique et de la recherche en consultant toutes les personnes concernées ».  Ce n'est pas une adaptation légère que d'introduire en 1999 du soja (qui semble incongru dans la région de Bâle... mais c'est une légumineuse fixatrice d'azote) et du maïs ensilage (hérétique en biodynamie).

Mais il y a pire.  Le FiBL n'a communiqué, dans la plaquette et les présentations subséquentes, que sur les rendements du blé, de la pomme de terre et de la prairie temporaire, faisant donc l'impasse sur le chou cabus (pourquoi a-t-il été abandonné au profit de la betterave rouge, qui est encore moins une plante de grande culture ?), l'orge, le soja et le maïs.  Aucune indication sur les rendements dans les informations complémentaires publiées dans Science [7].

Son silence crée le doute, et le doute engendre la suspicion.

Et la suspicion est justifiée.  On ne dispose que de graphiques présentant des moyennes, de peu de valeurs réelles, et de résultats surprenants.

La plaquette ne fournit pas de repères chiffrés pour les rendements réels. En revanche, la présentation congresviti [9], qui a l'avantage de porter sur quatre cycles (mais en partie seulement, pourquoi ?) nous apprend par exemple (page 5) que le rendement moyen du blé conventionnel a été de 45 quintaux à l'hectare (selon le graphique suivant, ce sont des quintaux de matière sèche, mode d'expression de résultats peu conventionnel...) sur quatre cycles, de 1978 à 2005 ; les rendements en biologique et biodynamique s'établissent, à vue de nez, à 80-85 % du précédent.  Dans le détail (page 6), les rendements étaient – étonnamment – très similaires dans le premier cycle (1978-1984) à – étonnamment encore – environ 35 quintaux ; ils ont augmenté et divergé dans le cycle suivant (en gros 50 et 40 quintaux, respectivement) pour se rapprocher un peu par la suite, et s'écarter à nouveau.  Mais le graphique ne comporte aucune indication pour la biodynamie dans le cycle de 1999-2005.  Étonnant !

La page 12 de cette même présentation nous livre deux chiffres pour la période 1978-1998 (trois cycles – pourquoi le cycle suivant n'a-t-il pas été inclus ?) : le rendement moyen aurait été de 56 quintaux à l'hectare en conventionnel et 47 en « bio » (nous mettons des guillemets pour signifier notre perplexité face à la signification de cette abréviation).  À l'évidence, ces rendements ne sont pas exprimés en matière sèche.  Mais il est aussi difficile de les réconcilier avec les 44 quintaux en conventionnel annoncés dans la présentation pro-bio [8, diapo 7] pour la même période.

En bref, il y a des incohérences ; au mieux des points à éclaircir.

Quoi qu'il en soit, ces 56 et 47 quintaux à l'hectare donnent un écart de 16 % (le « bio » a produit 16 % de moins que le conventionnel) ou 19 % (le conventionnel a produit 19 % de plus que le « bio »).  Que devient cet écart dans la communication ? Selon la plaquette (page 6) : « Pendant la première période d'assolement, les rendements du blé d'automne des différents systèmes d'agriculture sont restés comparables.  Ensuite, les différences de rendement entre les procédés habituellement pratiqués ont atteint entre 11 et 14 %. »  Dans New Scientist : « le blé d'hiver biologique a atteint 90 % » [11].  Dans Nature, l'écart devient « 10 % ou moins » pour le blé et la prairie temporaire [12].

À l'évidence, aucune de ces affirmations ne reflète la réalité des 16 % ou 19 %.

Pour la pomme de terre, le rendement moyen en conventionnel a été de 53 tonnes à l'hectare sur trois cycles [8, diapo 7] et 49 tonnes à l'hectare sur quatre cycles [9, page 5], les rendements en biologique et biodynamique s'établissant à environ 60 % de ces chiffres.  Les auteurs du FiBL annoncent de 35 à 40 % d'écart [9, page 7](nombre de cycles non précisé) et, dans la plaquette, de 34 à 42 % sur trois cycles (page 6).  Cela paraît cohérent.

Mais la pomme de terre illustre un autre problème.  Les graphiques font état d'un traitement (« procédé » selon leur terminologie) appelé « minéral » et censé faire apparaître les performance d'un régime de fertilisation exclusivement minérale.  Toutefois, selon les explications fournies dans la plaquette (page 4), ce traitement était sans fertilisation durant le premier cycle (1978-1983) ; ses rendements avaient été catastrophiques (environ la moitié du conventionnel).  La plaquette en tenait compte d'une certaine manière dans ses graphiques sur l'évolution des rendements (page 6), en reliant ceux du premier et du deuxième cycles par un traitillé.  Cette subtilité a disparu de la présentation congresviti [9, page 6].  Et la tromperie – car il s'agit bien de cela – y est consommée par le fait que le rendement moyen du minéral (page 5) inclut, à l'évidence, les rendements du premier cycle sans fertilisation (l'écart de près de 15 % entre conventionnel et minéral ne peut que s'expliquer ainsi, les deux régimes ayant produit des rendements équivalents lors des trois cycles suivants) ; du reste, la présentation pro-bio [8, diapo 7] n'affiche pas cette différence.

Mais venons-en à l'essentiel : Le FiBL écrit dans la plaquette, en chapeau de la partie Le bio atteint-il des rendements corrects ?(page 6) : « L'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne. » Il est impossible de savoir comment cette « moyenne » a été calculée ; ce pourrait être une moyenne arithmétique des rendements moyens du blé (A), de la pomme de terre (B) et de la prairie temporaire (C), peut-être pondérée par les occurrences dans la rotation (soit 2A + B + 2C).  En soi, elle n'a guère de sens.  Elle en a encore moins lorsqu'on constate que, par exemple, les rendements du blé conventionnel du premier cycle sont très faibles (dans les 35 quintaux en matière sèche) et étonnamment semblables, même pour le témoin non fertilisé.  Le FiBL n'offre aucune explication pour ce résultat, pourtant incroyable.

S'agissant de la pomme de terre, le FiBL précise dans la plaquette (toujours page 6) qu' « [e]n plus d'un rendement global plus faible, la proportion de marchandise commercialisable s'est révélée plus faible dans les procédés biologiques à cause de la diminution du rendement au triage et de l'augmentation des dégâts du ver fil de fer (taupin) ».

La plaquette ne chiffre pas cette différence, pourtant essentielle, et aucune des présentations examinées ici n'en fait état.

Nous avons trouvé un graphique sur les rendements nets dans une présentation faite à la deuxième conférence européenne sur la transformation de la pomme de terre [13, page 26].  Une comparaison de deux graphiques permet d'évaluer la différence très grossièrement.  Elle était nulle lors du premier cycle, et s'établissait à un tiers lors des deux suivants (les trois quarts de la récolte étaient commercialisables en conventionnel, la moitié seulement en organique).

En bref, l'affirmation selon laquelle « [l]'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne » est selon notre analyse, au bas mot, outrancière.

La démarche scientifique – et par conséquent la communication – n'est pas meilleure s'agissant du poste de variation le plus important entre les systèmes de culture, la fertilisation.

Les trois traitements principaux (biodynamique, biologique, conventionnel) ont été déclinés en deux variantes : demi-dose de fertilisation organique et dose pleine.  Le FiBL a choisi de ne communiquer que sur la dose pleine...  Voilà donc un institut de recherche qui décide in fine de garder pour lui seul – taire, cacher, dissimuler, etc. – les résultats de la moitié de l'investissement dans son projet de recherche (en fait, beaucoup plus si l'on considère les extraordinaires limitations décrites ci-dessus) !

Un tel institut ne peut, tout simplement, pas être crédible en dehors du cercle des adeptes.

La dose a aussi été exprimée en une unité assez vague, l'UGBF.  Selon des textes officiels suisses, l'unité de gros bétail-fumure correspond à la production annuelle moyenne d'engrais de ferme d'une vache de 600 kg [14].  Mais reste à savoir dans quel mode de conduite du troupeau et mode de gestion de l'engrais.  Or les trois traitements n'ont pas reçu la même fumure ! En effet, c'était respectivement du fumier composté et du purin (biodynamie), du fumier mûr et du purin aéré (biologique), et du fumier en tas et du purin (conventionnel).  En d'autres termes, les comparaisons sont devenues difficiles, ces matières n'ayant pas la même valeur fertilisante [15], ni le même devenir une fois épandues.

La présentation congresviti [9] contient un graphique éloquent sur l'évolution de la matière organique du sol (page 8).  Il n'est pas vraiment à l'avantage du mode biologique qui ne fait pas mieux que le conventionnel avec fumure organique.  Dans leurs commentaires (page 9), les auteurs font mine de s'extasier devant le fait que seule la biodynamie a préservé la teneur en matière organique du sol.  « C’est impressionnant – écrivent-ils – étant donné que ce procédé reçoit 15 % de moins de matière organique que les procédés O [biologique] et C [conventionnel] (car pertes plus élevées lors du compostage des engrais de ferme) ! » Et ils livrent en même temps l'explication : « lors du compostage, des humines sont formées. Elles sont très stables et contribuent à l’augmentation du taux de matière organique dans le sol. » Le résultat doit donc être attribué au mode de gestion du fumier, pas au mode de culture.  On soulignera par ailleurs la dérive sémantique, du reste assez systématique : le mot juste n'est pas « augmentation », mais « maintien ».

La vérité qui dérange a été énoncée honnêtement dans la plaquette (page 8) : « On constate depuis le début de l'essai DOC une diminution de la teneur en matière organique dans tous les procédés ».  Mais la communication se devait de minimiser ce fait.  Le chapitre de la plaquette Le bio fait-il du bien au sol ? ne présente donc pas de graphique sur l'évolution du taux de matière organique dans le temps, mais sur la répartition du carbone entre les diverses sortes d'humines (logiquement à la fin de la période d'essais).  Il faut donc un effort d'interprétation pour déduire de ce graphique que le biologique n'est pas meilleur que le conventionnel avec fumure organique.  Par ailleurs, le chapeau – ce que l'on retient d'une lecture cursive – est une lapalissade pour la première partie : « La fumure organique influence positivement la teneur du sol en matière organique et empêche l'acidification du sol. »

Dans les commentaires de la présentation congresviti [9, page 10] on trouve aussi, sans support graphique ou autre preuve : « Les sols bio ne se sont pas acidifiés ».  Ce graphique, on le trouve en revanche dans la plaquette (page 8) avec ce commentaire : « Par rapport à la situation de départ [à vue de nez 6,3], le pH a fortement augmenté dans le procédé bio-dynamique [6,7], légèrement augmenté dans le procédé organo-biologique [6,45] et légèrement diminué dans les deux procédés conventionnels [6,2 et 6,1].  Cette diminution est certainement due à l'effet acidifiant des engrais minéraux utilisés » (les valeurs de pH entre crochets et les italiques sont de nous).

En bref, une communication à géométrie variable, même sur un sujet trivial : l'acidité du sol se corrige par un chaulage (et, sans surprise, c'est la sole biodynamique qui a reçu le plus de calcium...).  Pour faire bonne mesure, la présentation pro-bio [8, diapo 9] propose un graphique invraisemblable pour la teneur du sol en matière organique ;  invraisemblable sur le plan didactique (l'ordonnée va de 0 à 18 g C/kg de sol, alors que les valeurs rapportées vont en gros de 12 à 16) et factuel (les valeurs de départ, en principe identiques, s'échelonnent de 14 à 16).

Mais revenons à la fumure organique.  La dose correspondait à 1,2 (cycles 1978-1984 et 1985-1991), puis 1,4 UGBF/hectare (1992-1998).  La réglementation européenne de l'agriculture biologique limite le chargement à 2 UGB par hectare [16].  L'essai du FiBL, avec trois années de cultures fourragères sur sept lors du dernier cycle, ne peut dès lors qu'être représentatif d'une exploitation de polyculture-élevage disposant d'une importante surface de prairies permanentes ; et d'une exploitation dans laquelle les éléments fertilisants sont transférés de ces prairies vers les surfaces labourées ; et donc d'une exploitation dans laquelle une partie est appauvrie tandis que l'autre n'est même pas maintenue à niveau [17].

Enfonçons le clou : « L'agriculture biologique doit tabler sur des rendements plus faibles de 20 % en moyenne », selon les termes de la plaquette, est une généralisation abusive, et ce, à partir d'une expérimentation qui, selon notre analyse, ne permet même pas une telle conclusion pour une exploitation correspondant aux critères de l'expérimentation.

Quant à la fertilisation totale, la communication primaire n'est pas non plus exempte de critique.  Si des chiffres moyens sont donnés dans Science [5], il faut se contenter dans la plaquette d'un graphique sur les apports – toujours moyens – par année (page 5) et d'un commentaire général selon lequel « [l]a fertilisation des procédés conventionnels respecte les "Données de base pour la fumure des grandes cultures et des herbages" des stations fédérales de recherches » (page 4).

Le graphique précité est commenté comme suit : « Au chapitre des apports d'éléments nutritifs, la différence la plus nette concerne l'azote minéral, dont les procédés biologiques ont reçu 65 % de moins.  Les fumures phosphatées et potassiques ont été quant à elles respectivement 40 et 45 % plus faibles dans les procédés biologiques que dans le procédé conventionnel. »  Le FiBL a donc choisi de ne pas communiquer sur l'azote total, pour lequel la différence est moins nette (quelque 35 % en moyenne sur trois et quatre cycles).  Il n'explique pas non plus l'origine de l'azote minéral pour les modes biodynamique (censé ne pas recevoir d'engrais minéraux) et biologique (censé ne recevoir que des poudres de roche et du patentkali) ; il ne commente pas non plus la répartition des apports dans le temps.

La communication secondaire est quant à elle contestable, sinon détestable.  Ainsi, dans New Scientist, Paul Mäder est cité comme ayant déclaré que l'apport de fertilisants tels que l'azote a été réduit jusqu'à 50 % pour les systèmes organiques [18].  C'est là une exagération.  Dans la présentation congresviti [9, page 7] il est écrit que « le bio a reçu environ 50 % de moins de fumure ».  C'est une exagération et une ineptie : une moyenne ou toute autre valeur agrégeant N, P et K n'a aucune valeur.  Pour le profane et en termes simples : l'azote se lessive et se perd (la fameuse pollution par les nitrates), le phosphore et la potasse peuvent se stocker dans le sol.  Une carence en azote se paie comptant ; pour P et K, on peut faire une impasse de fertilisation si le sol est bien pourvu.

Le FiBL conclut donc, par exemple dans la présentation congresviti [9, page 7], que « [l]e bio est plus efficace que le conventionnel, car les différences de rendements sont bien plus faibles que les différences dans les apports de fumure et de phytosanitaires ».  Dans la diapo suivante, les auteurs admettent, certes, que dans les systèmes organiques « [l]a teneur du sol en P et K facilement assimilable a diminué », mais prétendent que « [l]a teneur du sol en réserves de P et K est restée stable ».  Selon la plaquette, elle a diminué, et même considérablement (voir le résumé de la page 2).

En résumé : la méthodologie est discutable, mais c'est inévitable ; la communication primaire est insuffisante (la plaquette est lacunaire et trompeuse, tandis que la communication scientifique ne porte qu'incidemment sur la question essentielle, l'intérêt agronomique et économique des itinéraires organiques) ; la communication secondaire (les présentations et les déclarations et échos dans la presse) est pour le moins indigente.

Il faut aborder à ce stade la relation entre fertilisation et rendement et, par voie de conséquence, la conception même de l'essai.  À l'évidence, celui-ci souffre d'une sous-fertilisation.  La plaquette en fait état, notamment dans le chapitre Les exportations et les apports d'éléments nutritifs sont-ils en équilibre ? (page 7) et le chapitre Le bio épuise-t-il les sols ? (page 9).  Le FiBL répond à cette question par : « Conséquence des bilans de fumure négatifs, les teneurs en phosphore et en potasse très solubles diminuent nettement, alors que les réserves de ces éléments diminuent moins vite. »

Les rendements du blé, après un premier cycle inexplicablement bas, ont atteint un (modeste) pic lors du deuxième puis ont décliné.  Pour la pomme de terre, la chute a été continue et très importante (sur quatre cycles de l'ordre de 20 % en conventionnel, 35 % en biologique, et 45 % en biodynamique).  La prairie temporaire est plus stable, voire en légère augmentation.  Il faudrait toutefois moduler ces observations par une analyse à la lumière, notamment, des variétés utilisées.  Ainsi, pour le blé lors du premier cycle (1978-1984), c'était Probus, une variété inscrite en Suisse en 1948, en bout de course, et sensible aux rouilles jaune et brune ; les suivantes (Sardona, Ramosa et Tamaro) n'ont pas fait de grandes carrières en Suisse [19].  Pour la prairie temporaire, on a utilisé le mélange 330 lors des premier, deuxième et quatrième cycles, et le mélange 430 lors du troisième.  Pourquoi est-on revenu au 330 lors du quatrième cycle ? On ne peut s'empêcher de penser que c'est parce que le mélange 430 a été catastrophique en biologique...

Quoi qu'il en soit, ce que le FiBL appelle « conventionnel » est en fait la « production intégrée » des Suisses, un mode à intrants réduits bénéficiant de primes.  Ce mode sous-évalue la performance potentielle ; les modes organiques reflètent raisonnablement ce que peut faire un agriculteur-éleveur compte tenu des limitations et contraintes imposées par ces modes (et la réglementation).  En conséquence, le FiBL sous-évalue l'écart, et il en a conscience ainsi que le montre l'article dans Nature [12].  Et il y a de quoi s'inquiéter de l'épuisement progressif du sol (profond et au départ bien pourvu dans le cas de l'essai du FiBL), que l'augmentation de l'activité biologique rapportée par le FiBL ne peut que compenser en partie et, surtout, temporairement.  C'est toute la problématique exposée avec brio sur le plan historique par Jean Boulaine [17].

Sommes-nous trop sévères, voire injustes ?

Paul Mäder et Andreas Fliessbach concluent leur présentation pro-bio [8] – de 2004 – en soulignant que des recherches sont nécessaires au niveau de la ferme pour confirmer les résultats des essais en laboratoire et plein champ.  Les statistiques sur le monde réel existent pourtant, même si elles sont relativement rares – la filière bio n'aime pas communiquer sur ses performances [20] – et qu'elles doivent être maniées avec précaution.  La parcimonie statistique a une cause : ce n'est pas 20 % d'écart comme le prétend le FiBl, mais plutôt, au bas mot, le double [21].

Il est donc difficile de ne pas pointer ici, à nouveau, un problème de langue de bois, sinon de double langage, de la part du FiBL.  Cette précision indispensable sur la valeur toute relative de l'essai DOC ne figure pas dans la plaquette ; et les gens du FiBL n'ont pas réagi quand d'autres prenaient leurs 20 % d'écart pour une norme générale définitivement et scientifiquement prouvée.

Les auteurs de l'article dans Science [5] ont toutefois fait état d'un écart de 30 à 40 % en Europe pour le blé.  Pourquoi n'ont-ils pas donné les chiffres réels pour la Suisse, qu'ils ne pouvaient ignorer, le FiBL étant lui-même producteur de statistiques [22] ?

Dans Nature [12], un des auteurs, Andreas Fliessbach, admet que l'écart entre conventionnel et biologique pourrait être « plus grand dans d'autres parties de l'Europe du fait que l'agriculture non-biologique suisse est moins intensive que certains autres systèmes » (cela va du reste dans le sens de ce que nous écrivions plus haut, en plus ampoulé).  Ce faisant, il laisse entendre que les 20 % du FiBL sont représentatifs de la situation réelle en Suisse.  Difficile, dans ce cas précis, d'attribuer la responsabilité de cette ambiguïté – pour rester dans le registre du correct – au journaliste.

Dans les versions allemande et française de la plaquette, Urs Niggli écrit dans l'introduction (page 3) : « Aujourd'hui, plus personne ne doute que l'agriculture biologique fonctionne ! » Pourtant, dans le chapitre Le bio atteint-il des rendements corrects ? (page 6), il doit être le co-auteur de : « L'avenir de cet essai montrera si l'intensification des processus de transformation qui se déroulent dans les sols bio permet aux systèmes agricoles bio de compenser la baisse en éléments nutritifs du sol. »  En d'autres termes, ils ont posé la question de la durabilité.

Une question qui se pose avec une grande acuité quand l'on considère leurs propres observations sur la chimie du sol, plus précisément l'épuisement des réserves de phosphore et potasse.

Une question à laquelle, sauf erreur de notre part, le FiBL n'a pas répondu par un suivi des communications sur l'essai DOC [23].  À moins que ce suivi, ce soit précisément son silence, maintenant plus que décennal [24].

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[1]  Commentaire N° 23 :

http://imposteurs.over-blog.com/article-le-velot-d-or-a-jean-pierre-frick-56596478-comments.html#anchorComment

[2]  https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1190-dok.pdf

Pour la version anglaise : https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1090-doc.pdf

Pour la version allemande (vraisemblablement originale, mais c'est la troisième édition qui est sur la toile – pourquoi ?) : https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/do-1089-dok.pdf

[3]  http://www.bio-dynamie.org/fondements-agriculture-biodynamique/preparations-biodynamiques/preparation-bouse-de-corne-et-preparee.htm

Êtes-vous croyant ? « Actuellement, on peut dire que la bouse de corne préparée (500P) a fait ses preuves tant dans les grandes cultures, la culture de prairies, le maraîchage, l’arboriculture et dans la viticulture. »

[4]  Pour le texte complet (en anglais) de Rudolf Steiner :

http://wn.rsarchive.org/Lectures/Dates/19240614p01.html

[5]  Mäder P., Fließbach A., Dubois D., Gunst L., Fried P., Niggli U. (2002) Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming. Science 296, 1694-1697

http://www.sciencemag.org/content/296/5573/1694.abstract

Résumé : « An understanding of agroecosystems is key to determining effective farming systems. Here we report results from a 21-year study of agronomic and ecological performance of biodynamic, bioorganic, and conventional farming systems in Central Europe. We found crop yields to be 20% lower in the organic systems, although input of fertilizer and energy was reduced by 34 to 53% and pesticide input by 97%. Enhanced soil fertility and higher biodiversity found in organic plots may render these systems less dependent on external inputs. »

Un texte a été publié à :

http://www.mindfully.org/Farm/Organic-Farming-Fertility-Biodiversity31may02.htm

On trouvera une traduction française à :

http://users.skynet.be/etc/AB-pdf/Sfbd296.pdf

[6]  Par exemple Organic farming 'a realistic choice'

http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/2017094.stm

Dans l'article qui fait l'objet de la note [5], on trouve en introduction : « We found crop yields to be 20% lower in the organic systems, although input of fertilizer and energy was reduced by 34 to 53% and pesticide input by 97%. » Et, en conclusion : « We conclude that organically manured, legume-based crop rotations utilizing organic fertilizers from the farm itself are a realistic alternative to conventional farming systems. »

[7]  http://www.sciencemag.org/content/suppl/2002/05/30/296.5573.1694.DC1/MaederSuppl.pdf

[8]  http://www.pro-bio.cz/bioakademie2004/materials/prezentace/a/Andreas%20Fliessbach.pdf

[9]  http://www.bio-dynamie.org/programmes-en-formatpdf/congresviti/fiblessaidoclevite.pdf

[10]  Voir par exemple une autre plaquette publicitaire – facilement accessible, elle –, 90 arguments en faveur de l'agriculture biologique

https://www.fibl-shop.org/shop/pdf/1441-arguments.pdf

[11]  20-year study backs organic farming

http://www.newscientist.com/article/dn2351

[12]  Green fields are efficient – Organic farming means quality, not quantity.

http://www.nature.com/news/1998/020527/full/news020527-12.html

« Organic yields were on average around 20% less than when chemicals were used. The difference ranged from a roughly 40% decrease for potatoes, which need more nutrients and suffer from blight, to 10% or less for wheat and grass. The gap could be greater in other parts of Europe, says Fliessbach, as Swiss non-organic farming is less intensive than some systems. »

[13]  http://e-collection.library.ethz.ch/eserv/eth:24661/eth-24661-01.pdf

[14]  Par exemple :

http://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/environnement/eau/fichiers_pdf/dispositions_legales_epandage_purin_fumier.pdf

[15]  À preuve, il est précisé dans la plaquette que « le changement de fournisseur d'engrais de ferme a provoqué dans le procédé bio-dynamique un apport de potasse presque deux fois plus élevé pour la troisième période d'assolement » (italiques ajoutés par nous).

[16]  Voir par exemple :

http://www.certisys.eu/doc/RX2049fr.pdf

[17]  On lira avec intérêt Quatre siècles de fertilisation, Jean Boulaine

http://www.inra.fr/internet/Hebergement/afes/pdf/EGS_2_3_Boulaine1995.pdf

http://www.inra.fr/internet/Hebergement/afes/pdf/EGS_2_4_boulaine95.pdf

[18]  Voir note 11 pour le lien.

« "The input of nutrients like nitrogen were as much as 50 per cent lower, so overall the organic system was more efficient," he told New Scientist. »

[19]  Voir par exemple : Die Weizenzüchtung in der Schweiz, Dario Fossati et Cécile Brabant, AGRARForschung 10 (11-12): 447-458, 2003

http://www.agroscope.admin.ch/data/publikationen/ch_ame_03_pub_3890_d.pdf

Texte français (scanné) : http://www.agroscope.admin.ch/data/publikationen/ch_ame_03_pub_RSA_35_4_169-180_f.pdf

[20]  Voir par exemple Quel rendement en 2009 pour les blés bio ?

http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article609

[21]  Voir par exemple Rendements des grandes cultures bio en Haute-Normandie, Alter Agri, mars-avril 2005, page 14

http://www.itab.asso.fr/downloads/AlterAgri/AA76.pdf

Plus récent, mais sans comparaisons avec le conventionnel, Variétés et rendement des céréales biologiques – Récolte 2010

http://www.franceagrimer.fr/Projet-02/08publications/08publi_pdf/08pub_pdf_cere/2011/Pubcere062011/repart_var_bio062011.pdf

[22]  Voir par exemple The hidden below ground life in biodynamic Agriculture -Results obtained in the DOK trial, page 17 :

http://www.tecpuntobio.it/Documenti/mader.pdf

Ce document n'est malheureusement pas daté, tout comme le tableau qui a été utilisé dans d'autres présentations.  Selon des publications compilées par un chercheur du FiBL, le rendement du blé organique en Suisse s'établirait à 64-75 % du conventionnel.

Voir aussi DOK VersuchLeistungsfähigkeitderBio-Systeme, Paul Mäder et Andreas Fließbach :

http://www.agroscope.admin.ch/aktuell/02720/02722/02771/02772/index.html?lang=de&download=NHzLpZeg7t,lnp6I0NTU042l2Z6ln1acy4Zn4Z2qZpnO2Yuq2Z6gpJCDfIN8e2ym162epYbg2c_JjKbNoKSn6A--

La diapo 7 présente les rendements du blé sur 100 exploitations avec une ventilation selon le nombre d'années écoulées depuis la conversion.  Le nombre d'exploitations nous paraît trop petit pour qu'on puisse se prononcer sur l'évolution des rendements dans le temps.

La diapo suivante présente les rendements en pommes de terre de 40 exploitations qui en cultivaient plus de 2 ares ; mais c'est uniquement des exploitations « bio » !

[23]  Notre quête de documents a aussi révélé : Soil organic matter and biological soil quality indicators after 21 years of organic and conventional farming, Andreas Fließbach, Hans-Rudolf Oberholzer, Lucie Gunst, Paul Mäder, Agriculture, Ecosystems and Environment 118 (2007) 273–284.

http://www.ask-force.org/web/Organic/Fliessbach-Soil-Organic-Matter-21-years-2007.pdf

Le manuscrit a été soumis en avril 2005, et il a fallu plus d'un an pour produire et faire accepter une version révisée.  L'article présente des données pédologiques diverses se rapportant à 1998, soit la fin du troisième cycle de culture.  En fait, les échantillons de sol avaient été prélevés le 15 mars 1998, avant la fin du cycle.  Alors que l'on se trouvait dans la dernière année du quatrième cycle, cet article n'est donc qu'un recyclage de données anciennes.  Et il est silencieux sur ce qui intéresse le praticien.

[24]  Il y a cependant eu un communiqué de presse, le 14 août 2006, sur la Poursuite du plus ancien essai européen de longue durée en grandes cultures biologique

http://www.fibl.org/fr/medias/archives-medias/archives-medias06/communique-medias06/article/poursuite-du-plus-ancien-essai-europeen-de-longue-duree-en-grandes-cultures-biologique.html

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