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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 17:10

Dans la mesure où la psychanalyse dans sa version originelle prétend que la libido et nos pulsions sexuelles sont à l’origine de tous nos problèmes psychiques et de nos « conflits intérieurs », on pourrait s’attendre à ce qu’elle soit la discipline reine pour résoudre tous les troubles de nature sexuelle.

 

L’évaluation de la psychanalyse dans ce domaine n’a pas été faite dans le rapport de l’INSERM de 2005 sur l’efficacité comparée de 3 psychothérapies (1), censuré par ¨Philippe Douste-Blazy , le ministre de la santé de l’époque . L’ annonce scandaleuse de cette censure se fit devant un parterre de psychanalystes lacaniens applaudissant à tout rompre Douste-Blabla affirmant que la souffrance psychique ne s’évalue pas.

 

Il existe cependant des indices assez probants permettant de considérer l’hypothèse selon laquelle la psychanalyse est aussi inefficace dans le traitement des dysfonctionnements sexuels qu’ailleurs. Son mépris pour les thérapies qui soignent ce qu’elle traite dédaigneusement de « symptômes ».

 

Un témoignage de Pascal de Sutter, docteur en psychologie et sexologue clinicien , pratiquant des sexothérapies éprouvées (2) nous en donne quelques indications dans le Livre noir de la psychanalyse. Citons-le intégralement (3)

 

« Je me souviens d’un patient qui avait fait huit ans de psychanalyse pour un problème d’éjaculation précoce. Je cite ce cas, car il s’agit d’un exemple où la psychanalyse avait été bien vécue.

Cet homme de quarante-trois ans reconnaissait que sa cure lui avait fait du bien. Il avait réfléchi à son enfance, à son père absent, à sa mère dominatrice et au sens de sa vie. Il comprenait mieux sa sexualité. On lui avait expliqué qu’il éjaculait trop vite pour « se venger de sa mère » (sic !!!) . Cela l’avait soulagé de donner un sens à son problème sexuel. Il se sentait mieux, moins inquiet. Je lui demandai alors pourquoi il venait consulter ; Il répondit cette phrase éloquente souvent entendue : « Ma psychanalyse m’a permis de comprendre mon problème, mais maintenant  j’aimerais pouvoir vraiment m’en débarrasser » .

Après 10 semaines de sexothérapie, ce patient avait appris à gérer son excitation sexuelle. Sa vie sexuelle s’était radicalement améliorée »

 

« Accessoirement » aussi, la vie sexuelle de sa (ou son ?) partenaire !

 

Deux enseignements essentiels semblent s’imposer de  cette histoire à la fois comique et navrante.

 

1)  On peut être à la fois éjaculateur précoce et sous d’autres aspects, long à la détente !

Désolé, j’ai pas pu m’empêcher…

 

2) La psychanalyse, qui dans sa version la plus extrémiste en France considère comme quasi-fasciste la notion même de résultats et d’évaluation, sous couvert de découvrir le sens caché des pathologies, maintient les individus sur lesquels elle a réussi à mettre le grappin dans leur misère, qu’elle soit psychique, affective, ou sexuelle comme dans le cas qui nous intéresse ici. Les 3 souffrances étant dans ce cas intimement liées.Le pauvre homme qui a trouvé positif de s’inventer une histoire autour de son nombril, au risque évident de sombrer dans l’égocentrisme le plus total, a dû en même temps souffrir inutilement pendant 8 ans, et faire souffrir inutilement sa partenaire !

 

La sexualité est une activité très intéressante. La démarche pseudo-scientifique de la psychanalyse continue à priver des hommes et des femmes d’accéder dans ce domaine à ce qui devrait être considéré comme un des droits de l’homme (et bien sûr de la femme) parmi les plus fondamentaux : l’épanouissement sexuel.

 

Anton Suwalki





  Notes :

 

(1)3 psychothérapies étaient évaluées : les thérapies psychanalytiques brèves, les thérapies familiales, et les thérapies cognitives et comportementales. C’est bien sûr la publication des piètres résultats des thérapies d’inspiration psychanalytique qui ont déclenché la fureur des lacaniens.

(2)il existe néanmoins des troubles sexuels d’origine organique qui ne peuvent être résolus par ce type de thérapies, le mérite des sexologues scientifiques est aussi de reconnaître leurs limites et d’orienter leurs patients vers des médecins lorsqu’ils soupçonnent que les problèmes de ces derniers sont de cette nature.

(3)  Les surlignages sont de moi.Anton

 

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commentaires

Omni Tech Support 03/11/2014 10:59

I believe that no one in this world is completely normal. Every one has some kind of psychic problems, but in most cases they know what the psychic problem they have is and a control over it. When we lose that control, everything goes wrong.

luc marchauciel 10/09/2009 19:17

Oui, Anton, il faut absolument que tu dénonces tes voisins tortionnaires à la cause freudienne. Ou à BHL, qui postera sur Youtube une très belle intervention filmée, chemise ouverte, dans laquelle il dénoncera devant l'Histoire et en faisant des moulinets avec les bras le scientisime aquaphile des mollahs stalino-nazis.Non ce qu'il faut faire, pour ta petite voisine, c'est organiser sur les 10 prochaines années des séances de parole libre à 40 euros l'une, au bout de laquelle elle vaincra (peut être, peut êre pas, c'est pas ça qui compte, c'est la liberté du sujet analysant qui compte) sa peur de l'eau, en comprenant que si elle ne voulait pas aller à l'eau, c'est parce qu'elle n'a pas réglé le conflit avec sa mère, dont elle ne parvient pas à se détacher, l'eau symbolisant évidemment le liquide ammiotique dans lequel baigne le sujet-bébé désirant.Bon, quand la voisine aura compris ça, elle saura toujours pas nager, mais elle se sentira plus sujet en tant qu'analysante-anlysée, et c'est ça le plus important, non ?

tonton Sigmund 10/09/2009 17:53

Consternant, effectivement, de lire par ex., dans la présentation de l'éditeur donnée sur le site : "Il arrive qu'une loi provoque la colère de ceux qu'elle voulait protéger.", modèle de présentation perverse du problème. L'objectif de la loi était avant tout de protéger les patients, et non les psychanalystes, comme feint de le croire cette madame. Et le reste est à l'avenant.Quant au présentateur de l'émission, Jacques Munier, c'est en effet le type-même de journaliste serveur de soupe dénué de la moindre once d'esprit critique
Ça pourrait passer s'il invitait des représentants de "courants de pensée" (?) suffisamment divers, mais comme ce n'est pas le cas, son émission est juste insupportable sur la durée.tonton

anton suwalki 10/09/2009 17:45

"le journaliste sert la soupe à une représentante de la "Cause" lacanienne qui explique que les TCC c'est le nazisme et que ses praticiens torturent leurs patients."Dis Luc, mes voisins ont une petite fille qui a peur de l'eau et ils essaient de lui faire surmonter sa peur des méthodes dignes des TCC, ils lui font mettre les pieds dans la pataugeoire, pour la mettre en conifance, puis l'amène dans le petit bassin dans 30 cm de profondeur debout, la prennent dans leurs bras , essaie de lui faire faire la planche... Crois-tu que j'ai repéré un couple de dangereux nazis ?

luc marchauciel 10/09/2009 17:30

Je viens d'entendre cette émission stupéfiante sur France Culture : le journaliste sert la soupe à une représentante de la "Cause" lacanienne qui explique que les TCC c'est le nazisme et que ses praticiens torturent leurs patients. Est évoqué le grand combat des psychanalystes pour leur liberté d'arnaquer autrui, avec en tête le chevalier à la chemise blanche BHL pour qui la défense de la démocratie (comme d'hab , tout ce qu'il fait, qu'il  pisse ou qu'il se mette les doigts dans le nez, c'est pour la défense de la démocratie) passe donc seulement  par le bombardement de Belgrade et de Gaza, mais aussi de toute forme de démarche scientifique en psychiatrie. N'est pas évoquée la question de la réelle torture qui a consisté pour des générations de fans de Bettelheim  à expliquer à des parents que si leur enfant était autiste, c'était de leur faute. La défense de la liberté du sujet analysant ne s'est pas arrêtée à d'aussi triviales considérations.http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/aplusduntitre/index.php

tonton Sigmund 12/08/2009 13:50

Cher Sceptique,"Au contraire de vous, j'accepte tout homme tel qu'il est, dans son infinie complexité, qui n'est jamais sans rapport avec son histoire."Où ai-je dit que je n'acceptais pas l'homme tel qu'il est (et vous le premier) dans son infinie complexité ???Mais une chose est d'accepter l'homme. Tout autre chose est d'être d'accord avec n'importe quelle idée... sous prétexte qu'elle vient d'un homme qui a une histoire (ce qui est a priori le cas de TOUT homme). J'ai simplement dit qu'une discussion sur le parcours ne saurait servir de caution aux idées. Une idée est correcte ou non, quel que soit le parcours de son "propriétaire". Des tas de gens ont été fascinés par Hitler, des tas d'autres ont été éblouis par Staline, ce qui pouvait probablement s'expliquer par leurs parcours (ceux des gens, pas ceux de Staline et Hitler). Est-ce que ça doit rendre nos deux héros plus sympathiques et leurs idées plus désirables ?Le problème avec vous, c'est que vous mettez de l'affectif, de l'émotif, du sentimental, du subjectif là où l'on s'attendrait à du rationnel et de l'objectif. C'est un autre registre, certes estimable (pas de pb d'échelle de valeurs pour moi), mais qui n'est pas celui que je recherche, surtout sur ce blog (et relisez la note (5) de mon post précédent). C'est d'autant plus irritant que cela ressemble, ici, à une fuite.Mais sinon, donc, pas de problème, je vous accepte tout à fait comme vous êtes (simplement, était-ce le seul enjeu sur ce blog ?). Bien à voust. S.

Sceptique 12/08/2009 10:10

à Luc MarchaucielJe dévie? Mais par rapport à quoi? À quelle Vérité, totale, absolue, définitive? Mon parcours et son aboutissement sont différents des vôtres...et "vice versa", pour reprendre la remarque de Tonton Sigmund. Je suis parti du même point d'origine, je le rappelle.Et les vôtres sont mis en position de référence pour disqualifier le mien (sans en savoir rien). Ce que je sépare, l'humanisme et les sciences de la nature, vous en faites un système unique.Il y a une unité de l'homme, mais elle ne monte pas à ce niveau là. 

Luc Marchauciel 12/08/2009 09:04

"Au contraire de vous, j'accepte tout homme tel qu'il est, dans son infinie complexité, qui n'est jamais sans rapport avec son histoire."Je ne vois pas une virgule dans l'argumentation de Tonton qui aille à l'encontre de ça.Vous déviez, Sceptique, vous déviez...

Sceptique 12/08/2009 07:52

Désolé, tonton Sigmund, je ne pensais pas qu'un tel fossé puisse exister entre nous. Apparemment il ne peut être comblé et nous en resterons là. Je n'ai pas trouvé dans Bouveresse de quoi me couvrir la tête de cendres. Il y a de nos jours de nombreux philosophes misanthropes, voire inhumains, mais il y en a d'autres qui aiment l'humanité telle qu'elle est. Je les fréquente.Au contraire de vous, j'accepte tout homme tel qu'il est, dans son infinie complexité, qui n'est jamais sans rapport avec son histoire. 

tonton Sigmund 11/08/2009 17:36

Cher Anton, il faudra nous dire à combien de mots on doit limiter les posts. J'avais pourtant partagé le mien en deux, mais une partie a de nouveau sauté "entre les deux". Voici de quoi faire la jonction.Cordialement.« Quand on a vécu, comme c'est mon cas, pendant une trentaine d'années dans le monde philosophique, on a été amené à lire ou à entendre des absurdités telles qu'on est bien obligé de se dire, comme George Orwell: « Il faut appartenir à l'intelligentsia pour croire des choses pareilles : aucun homme ordinaire ne serait assez sot pour cela. » Lichtenberg dit aussi quelque part que quelqu'un qui déciderait de vivre selon les principes qui gouvernent la psychologie d'un philosophe serait probablement bon pour l'asile de fous. Je ne suis pas particulièrement cho­qué par les réactions de méfiance des gens qui ne sont pas du métier, parce que je les partage souvent. » (1)
Un peu plus loin, lorsqu’il ajoute : « Mais une des choses que je reproche le plus à la communauté philosophique, spécialement en France, est précisément de ressembler beaucoup trop à une communauté de croyants. Il y a, dans la communauté philosophique, beaucoup trop de réflexes et d'automatismes qui sont de nature religieuse, en parti­culier une tendance à adorer les héros et les saints du moment d'une manière qui revient toujours plus ou moins à les soustraire une fois pour toutes à la critique réelle. C'est une forme de piété dont je suis tout à fait incapable. J'ai toujours pensé qu'il devait régner dans ce domaine la démocratie la plus parfaite (je veux dire que le droit de critique appartient à tout le monde et que le devoir d'ac­cepter la critique s'impose à tout le monde). Je crois aussi que la philosophie n'est surtout pas faite pour se raconter des histoires pieuses et édifiantes, y compris à propos de l'importance de ce qu'elle fait ou de celle des figures héroïques qu'elle vénère, celles de l'actualité, bien entendu, mais aussi celles que la tradition a consacrées. » (2), ou encore : « La philosophie, en France, c'est souvent ce qui devient possible quand on s'est libéré à peu près de toutes les contraintes qui ont cours ailleurs, en par­ticulier dans la logique et dans les sciences, et l'idée d'in­troduire des contraintes du même type en philosophie est toujours ressentie un peu comme une forme de répression policière. » (3), je suis toujours en phase avec lui.
 
 
« Comme je le disais dans mon dernier commentaire, les différents arts, la littérature, le cinéma, la peinture, aussi, en ont retiré plus de profit. J'en suis d'ailleurs venu à penser que la psychanalyse avait les caractères d'un art. Particulier, puisque "l'oeuvre" réalisée ne doit rien à "l'artiste". Elle le quitte, sans dette. »
 
 
Les Inconnus auraient rajouté « Et vice et versa », non ? Libre à vous de vous payer de mots.
Et ne sous-estimez pas non plus les artistes qui s’en sont défié.
Par ailleurs, la religion a inspiré de nombreux artistes. Qu’est-ce que cela prouve ? Que la religion est un art ? Que Jésus a marché sur l’eau ?
Pardonnez mon ton qui commence à devenir un peu agacé, mais je trouve que vous fuyez vraiment trop le débat.
« Si je mets parfois un V à vérité, c'est justement pour souligner que la Vérité avec un V n'existe pas, et que je ne revendique que la possession et la pratique des quelques vérités partielles dans un champ bien délimité, »

tonton Sigmund 11/08/2009 14:48

2ème partie :« Si je mets parfois un V à vérité, c'est justement pour souligner que la Vérité avec un V n'existe pas, et que je ne revendique que la possession et la pratique des quelques vérités partielles dans un champ bien délimité, »
 
De même. Mais ces vérités partielles (complexe d’Œdipe, refoulement, etc.) en sont-elles (cf. post précédent) ?
 « Je ne voudrais pas truster le blog imposteurs, dont ce n'est pas l'objet habituel. »
 
L’objet de ce blog semble être la « défense de la science et du matérialisme scientifique contre tous les charlatanismes et les impostures intellectuelles en vogue », si l’on en croit la page d’accueil. Ce que l’on sait aujourd’hui de la psychanalyse (si l’on veut bien se donner la peine de chercher), l’écart énorme entre les prétentions qu’elle a (actuellement encore. Bon, il est vrai que ceci concerne essentiellement la France) et la réalité, son influence démesurée dans les médias, la référence qu’elle continue d’être pour beaucoup de gens cultivés (qui croient que ses affirmations sont démontrées), la présence de psychanalystes comme experts judiciaires (cf. le fiasco d’Outreau, par ex.), et on pourrait citer bien d’autres impostures, tout cela oblige à dire que notre discussion entre tout à fait dans l’objet de ce blog.
Mais elle y entrerait encore davantage si vous répondiez aux questions (pourtant simples) qu’il arrive que l’on vous pose pour voir si vos affirmations sont correctes (ex. : réf sur Freud dans le post précédent). Sinon, c’est sûr qu’on tourne en rond, sur ce blog-ci comme sur un autre.
            « Si vous désirez poursuivre ce débat, je vous propose de me contacter par l'intermédiaire de mon propre blog: sceptique.canalblog.comJe pourrai vous faire parvenir un inédit qui résume, sous forme d'un long dialogue, avec un philosophe , l'itinéraire de ma conception de la psychanalyse. » 
 
J’ai visité votre blog. Articles parfois intéressants, parfois moins. Surtout, je ne comprends pas trop le titre « Sceptique ». Le scepticisme, enfin le scepticisme tel que je le conçois moi (4), ne peut guère s’accommoder de certaines facilités rhétoriques. Or Il me semble que l’on peut assez facilement trouver dans certains de vos textes l’effet « petits ruisseaux » dont parle Henri Broch ici : http://www.unice.fr/zetetique/enseignement.html#effets  . Par ex. dans l’article du 31 janvier 2009, vous affirmez « (…) l'Union Soviétique avait formé beaucoup de policiers. Lorsqu'elle s'est écroulée, tous ces policiers se sont transformés, du jour au lendemain, en bandits, qui se sont emparés de tous les biens publics. Les plus malins sont devenus milliardaires (les Oligarques), (…) ». Et vous brodez là-dessus. Mais il semble assez probable, que les Oligarques NE SONT PAS d’anciens policiers (ou alors prouvez-le, citez des sources fiables). Que devient alors le reste de votre article ?
 
Par ailleurs, qu’est-ce que l’itinéraire d’une conception ? Admettons qu’il s’agisse de votre itinéraire. Je vous propose alors d’écouter Bouveresse une dernière fois (promis) : « Il n'y a aucune raison de penser que les processus mentaux, joies, dépressions, instincts des philosophes ont plus d'im­portance pour la compréhension de la philosophie que ceux des mathématiciens pour la compréhension des mathéma­tiques. Le retour en force du psychologisme et du subjecti­visme, de la philosophie personnalisée et charismatique auquel nous assistons actuellement constitue à mes yeux la forme par excellence de la décadence en philosophie. Je n'hésiterai personnellement jamais une minute entre un phi­losophe qui est susceptible de me faire comprendre quelque chose à propos du théorème de Gödel, de l'intuitionnisme ou de la théorie de la relativité et un qui me raconte, direc­tement ou indirectement, sa vie. L'« histoire de mes idées philosophiques » est un genre qui doit être réservé à ceux qui ont eu des idées philosophiques, et non pas seulement des états d'âme et des sentiments.» (5)
Vous comprendrez donc que, pour moi aussi, l’ « itinéraire » d’une personne ne soit d’aucun secours pour appréhender la pertinence de ses idées, seul point qui m’intéresse vraiment, en l’occurrence, préférant, pour ce qui me concerne, la précision et la logique à la « fascination ». Je ne vais donc pas donner suite à votre proposition, mais libre à vous de rendre ce dialogue public, si vous le pensez intéressant.
 
Bien à vous,
 
tonton Sigmund
 
Notes :
 
(1)    Jacques Bouveresse, le philosophe et le réel, Hachette, 1998, p.61.
(2)    Ibid., p. 83.
(3)    Ibid., p. 97.
(4)    mais je ne suis pas le seul ; cf. par ex. : http://www.skeptic.com/about_us/manifesto.html
(5)    Jacques Bouveresse, Essais IV, Agone, 2004, p. 47.

tonton Sigmund 11/08/2009 14:45

post en 2 parties, pour quil ne manque pas la fin :1ère partie :
Cher Sceptique,
 
j’essaie de répondre avec précision à votre dernier post.
 
« C'est donc une affaire banale que de constater qu'elle peut être contestée par des déçus, ou par des intellectuels qui n'arrivent pas à y "entrer", parce qu'ils la conçoivent comme un objet intellectuel comme un autre. C'est la mésaventure de Borch Jacobsen: il a essayé de comprendre, et il n'a pas pu. Ce qui ne met par en doute son intelligence. Simplement son blindage était solide. »
 
Depuis le début de notre échange, je craignais qu’on en arrive là (qd je dis « on », je veux dire « vous », bien sûr). Mais je me disais « non. Il ne va pas le faire. Pas ça. Pas lui… »
Et finalement, on y est. Il est clair que pour vous, comme pour à peu près tou(te)s les psychanalystes et leurs inconditionnel(le)s, la psychanalyse ne peut être appréhendée que positivement. Et que, si on lui adresse des critiques, même très argumentées, rationnelles, sur un ton affable, même en la connaissant bien, de l’ « intérieur », c’est que l’on a un « blindage. » D’autres parlent de « blocages », d’autres encore de « résistances ».  Il est vrai que Lacan allait encore plus loin en affirmant que perdre son temps à convaincre les sceptiques, c’était « jeter des perles aux pourceaux ». Pour un « tenant », il ne peut y avoir de critique rationnelle, on est toujours dans l’ « affectif » (on ne peut pas dire, en le prouvant, que Freud s’est trompé sur tel ou tel point, on ne peut qu’être, à la rigueur, un « déçu »). J’ai eu la faiblesse de penser que vous étiez différent. Ça m’apprendra pour la prochaine fois.
 
 
« Pourtant la philosophie est la première discipline intellectuelle de l'humanité. »
 
Affirmation qui me semble un peu gratuite.
 
« La psychanalyse a fasciné les philosophes, »
 
Encore un mot affectif : « fasciné ». C’est plus fort que vous.
 
« Le sas, entre la psychanalyse et la philosophie, ne fonctionne que dans un seul sens : l'expérience de la psychanalyse ouvre à la philosophie. La connaissance de la philosophie est un obstacle à tout remaniement de son distingué possesseur. »
 
J’aimerais comprendre. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas de révérence particulière envers la philo. Pour être franc, j’ai tendance à me reconnaître dans cette phrase de Jacques Bouveresse, philosophe trop peu connu :
« Quand on a vécu, comme c'est mon cas, pendant une trentaine d'années dans le monde philosophique, on a été amené à lire ou à entendre des absurdités telles qu'on est bien obligé de se dire, comme George Orwell: « Il faut appartenir à l'intelligentsia pour croire des choses pareilles : aucun homme ordinaire ne serait assez sot pour cela. » Lichtenberg dit aussi quelque part que quelqu'un qui déciderait de vivre selon les principes qui gouvernent la psychologie d'un philosophe serait probablement bon pour l'asile de fous. Je ne suis pas particulièrement cho­qué par les réactions de méfiance des gens qui ne sont pas du métier, parce que je les partage souvent. » (1)
Un peu plus loin, lorsqu’il ajoute : « Mais une des choses que je reproche le plus à la communauté philosophique, spécialement en France, est précisément de ressembler beaucoup trop à une communauté de croyants. Il y a, dans la communauté philosophique, beaucoup trop de réflexes et d'automatismes qui sont de nature religieuse, en parti­culier une tendance à adorer les héros et les saints du moment d'une manière qui revient toujours plus ou moins à les soustraire une fois pour toutes à la critique réelle. C'est une forme de piété dont je suis tout à fait incapable. J'ai toujours pensé qu'il devait régner dans ce domaine la démocratie la plus parfaite (je veux dire que le droit de critique appartient à tout le monde et que le devoir d'ac­cepter la critique s'impose à t

ZOE 10/08/2009 09:13

Encore du BLABLA , mais cette fois culpabilisateur .... Pathétique ! ....

Sceptique 10/08/2009 06:20

Cher tonton Sigmund,La psychanalyse n'est pas une science au sens de Karl Popper, c'est une chose bien entendue, pour moi aussi. C'est donc une affaire banale que de constater qu'elle peut être contestée par des déçus, ou par des intellectuels qui n'arrivent pas à y "entrer", parce qu'ils la conçoivent comme un objet intellectuel comme un autre. C'est la mésaventure de Boch Jacobsen: il a essayé de comprendre, et il n'a pas pu. Ce qui ne met par en doute son intelligence. Simplement son blindage était solide. Pourtant la philosophie est la première discipline intellectuelle de l'humanité. La psychanalyse a fasciné les philosophes, avant que, en majorité, ils la rejettent. Le sas, entre la psychanalyse et la philosophie, ne fonctionne que dans un seul sens: l'expérience de la psychanalyse ouvre à la philosophie. La connaissance de la philosophie est un obstacle à tout remaniement de son distingué possesseur.Comme je le disais dans mon dernier commentaire, les différents arts, la littérature, le cinéma, la peinture, aussi, en ont retiré plus de profit. J'en suis d'ailleurs venu à penser que la psychanalyse avait les caractères d'un art. Particulier, puisque "l'oeuvre" réalisée ne doit rien à "l'artiste". Elle le quitte, sans dette.Si je mets parfois un V à vérité, c'est justement pour souligner que la Vérité avec un V n'existe pas, et que je ne revendique que la possession et la pratique des quelques vérités partielles dans un champ bien délimité, comme je l'ai souligné dès ma première contestation. Je ne voudrais pas truster le blog imposteurs, dont ce n'est pas l'objet habituel.  Si vous désirez poursuivre ce débat, je vous propose de me contacter par l'intermédiaire de mon propre blog: sceptique.canalblog.comJe pourrai vous faire parvenir un inédit qui résume, sous forme d'un long dialogue, avec un philosophe , l'itinéraire de ma conception de la psychanalyse. 

tonton Sigmund 09/08/2009 16:11

La suite (et la fin... post précédent trop long)Le mot « vérité » ne me semble pas approprié ici. Par contre, il est important de savoir si l’état de la personne évolue favorablement, si cette évolution est due spécifiquement aux méthodes employées ou si l’analyste s’estime satisfait parce qu’il entend ce qu’il voulait entendre… le plus souvent, après l’avoir largement suggéré (toujours le problème de la suggestion que vous semblez nier farouchement (inconsciemment ?), comme presque tous les psychanalystes, alors qu’elle est clairement établie et qu’elle ne s’ « évacue » pas, comme par magie, bien au contraire).
« Comme il faut bien conclure, je me vois comme un chercheur, ne pratiquant, ni culte de personnalités, ni culte d'une Vérité. Mais en même temps, il faut à chacun un "squelette psychique", qui lui permet de tenir debout, de posséder une limite, dont il commande les ouvertures, de ne pas être sous l'influence du dernier qui a parlé. S'il n'y avait qu'une Vérité, depuis le temps, ça se saurait! »
 
Inutile de mettre une majuscule au mot vérité. J’utilise pour ma part ce mot au sens habituel, trivial, mais finalement scientifique. Et je posais « simplement » la question de savoir comment établir si ce que vous dites est vrai, si vos convictions ne relèvent pas de la foi, de la méthode Coué, de l’argument d’autorité ou d’autres biais que les sceptiques, cher Sceptique, ont essayé d’inventorier (cf. ci-dessus) et que nous autres humains sommes si prompts à pratiquer.
 
Bien à vous,
 
Tonton Sigmund

tonton Sigmund 09/08/2009 09:46

Cher Sceptique,
j’apprécie la courtoisie de votre réponse, assez rare dans le milieu psychanalytique, surtout lacanien. Ceci étant, beaucoup de points restent très discutables. Je vais donc prendre sur mes vacances pour les discuter.
« vous me mettez sur le dos tous les excès de l'impérialisme psychanalytique, que je connais bien et que je ne partage pas. »
Attention. Je ne vous mets rien sur le dos. Je ne conteste que certains de vos arguments.
« Freud lui-même avait énoncé le souhait que la science parvienne un jour à supplanter la psychanalyse, (…) »
Si vous ne citez pas de références précises, je considère que ceci ne vaut rien du tout. Par contre, il en existe de nombreuses qui tendent largement à prouver le contraire (personnalisation des problèmes, intolérance, esprit de chapelle, etc.)
« À propos des rêves, je me suis aperçu que leur aspect "satisfaction d'un désir" n'était évident que dans la situation de l'analyse, c'est-à-dire qu'ils prennent la fonction de cadeau à l'analyste, dont il est connu qu'il s'intéresse aux rêves . Mais de ce fait, le rêve en situation d'analyse est plus près de l'élaboration mentale ordinaire que le rêve hors-analyse. Et son exploitation nourrit entre le psychanalyste et son patient un échange dont il retient ce qui lui convient. »
Vous devriez lire « Sigmund est fou et Freud a tout faux », de René Pommier (2008), commenté par Anton ici http://imposteurs.over-blog.com/article-22342793.html et par moi-même là http://www.zetetique.fr/index.php/nl/128-poz-nd31#Culture .
On en sort largement édifié, si on ne l’était pas déjà, sur la méthode de tonton Sigmund (le vrai) : un mélange d’arbitraire, d’auto-référence, de raisonnements circulaires, de dogmatisme, de fuite en avant dans la jobardise pour ne pas remettre en cause de ses théories, même losqu’elles sont de toute évidence contredites par les faits, etc.
Quant à ce qui n’est « évident que dans la situation de l’analyse », ça peut faire penser à l’existence du Père Noël, « évidente aux yeux de l’enfant ».
Cela pose le problème de la suggestion, omniprésente mais toujours niée en psychanalyse.
Un article très convaincant de l’ex-psychanalyste déconverti Borch Jacobsen, intitulé « En quoi des fabrications diffèrent d’un mensonge » et disponible ici http://www.lrb.co.uk/v22/n08/borc01_.html , permet de bien cerner le problème. Il se termine ainsi : « Si la psychanalyse doit être critiquée, ce n’est pas parce qu’elle fabrique les preuves qu’elle apporte, ni parce qu’elle crée la réalité qu’elle prétend découvrir. C’est parce qu’elle refuse de reconnaître cela et tente de masquer cet artifice ».
D’autres diraient que le psychanalyste est un prestidigitateur et qu’il sort de son chapeau le lapin qu’il y a caché.
 « Le refoulement devrait s'appeler plutôt auto-censure, »
Pour Freud (ou Lacan) ce n’est pas du tout la même chose (là encore, vous me semblez faire preuve de « wishful thinking » ; voir « biais et sophismes », ci-dessous). Le problème avec la psychanalyse, c’est qu’elle transforme un concept à peu près clair (l’auto-censure) en un concept fourre-tout susceptible d’expliquer tout et son contraire (toujours a posteriori bien sûr) en ajoutant au premier quantité de choses mal établies. Pourtant, ni le refoulement inconscient des expériences traumatisantes, ni leur rôle d’agent causal dans les comportements névrotiques ou psychotiques, par exemple, qui sont des prétentions freudiennes et dépassent de loin l’auto-censure, n’ont été établi sérieusement.
« le complexe d'oedipe est une représentation schématique mieux adaptée à la famille du temps de Freud que celle de nos jours. Mais il repose sur une réalité bien observée par les éthologistes. »
Vous donnez dans l’oxymore. Si le concept était bien établi, il aurait dû survivre après le « temps de Freud » (ensuite, permettez-moi de trouver curieux que quelqu’un qui affirmait dans un post ci-dessus que la sexualité de l’homme n’est ni celle du lapin, ni celle du cerf, aille chercher maintenant des justifications de la psychanalyse dans l’éthologie…).
Quant au complexe d’Œdipe, beaucoup d’études ont donné des résultats contestant son existence. Le problème, c’est que le complexe d’Œdipe relève de ce que Jacques Van Rillaer appelle un « concept chewing gum », ce qui permet aux psychanalystes de le maintenir envers et contre tout avec leurs mécanismes de défenses habituels (latent, manifeste, refoulé, etc.). Par ex., si vous affirmez avoir voulu la mort de votre père, le psychanalyste triomphe : la volonté de le tuer est manifeste. Si vous affirmez n’avoir jamais souhaité la mort de votre père, le psychanalyste triomphe encore : votre volonté de le tuer est refoulée. Fastoche.
« Dans la majorité des cas, les mères ont une meilleure relation avec leurs fils qu'avec leurs filles. L'inverse n'est pas aussi évident, et selon mes propres observations, le manque d'intérêt d'un père pour sa fille est habituel dans la genèse de l'anorexie mentale. Comme ce n'est pas orthodoxe... »
Le problème n’est pas que ce soit orthodoxe ou non, mais que ce soit vrai. Et pour savoir si c’est vrai (à moins que le fait que ce soit vrai n’ait pas d’importance pour vous, ce que je n’imagine pas une seconde), il me faut davantage qu’un témoignage ou une impression personnelle. Sinon, on peut très vite tomber dans les biais et sophismes dont tout sceptique sait qu’il doit se prémunir (liste possible ici : http://www.skepdic.com/tilogic.html).
« À ce sujet, je vous donne raison sur le fixisme de la théorie psychanalytique, la sacralisation des énoncés des pères fondateurs, sa réaction paranoïaque face aux contestations. Pourquoi cette crispation, ce refus de s'appliquer les règles de la science? »
Dont acte. Vous convenez que ces dernières sont les plus sûres lorsqu’on veut vraiment établir un certain type de savoirs.
«  Ce que je peux vous dire, c'est que dans la situation d'une prise en charge d'une personne, c'est la vérité individuelle qui compte et non celle de l'analyste ou de la majorité du peuple. »
Vous parsemez votre discours d’épouvantails (les anglo-saxons parlent de straw man). Qui a dit que la « vérité individuelle » devait être celle de « la majorité du peuple » ? Et de toutes façons, une vérité scientifique n’est jamais a priori (si elle l’est parfois, tant mieux) celle de « la majorité du peuple » : si l’on avait organisé un referendum pour savoir si la terre était ronde au temps de Galilée, quel aurait été le résultat ?
« Cette vérité évolue, se corrige, se remet en cause, par le travail de la psychanalyse. L'analyste ne la détermine pas. Même s'il laisse des traces de sa propre pensée chez l'analysant, elle s'évacue rapidement. Aucune hétéro-greffe ne prend, ni tissulaire, ni psychique. »
Le mot « vérité » ne me semble pas approprié ici. Par contre, il est important de savoir si l’état de la personne évolue favorablement, si cette évolution est due spécifiquement aux méthodes employées ou si l’analyste s’estime satisfait parce qu’il entend ce qu’il voulait entendre… le plus souvent, après l’avoir largement suggéré (toujours le problème de la suggestion que vous semblez nier farouchement (inconsciemment ?), comme presque tous les psychanalystes, alors qu’elle est clairement établie et qu’elle ne s’ « évacue » pas, comme par magie, bien au contraire).
« 

Sceptique 07/08/2009 10:56

à ZOÉJ'ai répondu à des arguments, par d'autres arguments. Ce n'est pas comme ça qu'il faut faire entre gens d'avis différents mais civilisés ?Vous êtes dans le même travers que ceux que vous contestez. Du narcissisme, oui, il en faut une dose dans la vie. Mais on ne le trouve qu'en soi. 

ZOE 07/08/2009 10:07

Que de BLABLA narcissique ! .....

Sceptique 06/08/2009 05:52

Cher tonton Sigmund,Vous me mettez sur le dos tous les excès de l'impérialisme psychanalytique, que je connais bien et que je ne partage pas. Freud lui-même avait énoncé le souhait que la science parvienne un jour à supplanter la psychanalyse, dont il essayait avec peine et doutes de construire une théorie tenant debout.J'ai pour ma part accepté sans réserves les retours de la science médicale sur des champs que la psychanalyse occupait théoriquement, mais sans pouvoir se targuer d'un résultat thérapeutique. L'ulcère de l'estomac, les maladies auto-immunes, ex-psycho-somatiques, l'autisme, la psychose. La liste est longue. À propos des rêves, je me suis aperçu que leur aspect "satisfaction d'un désir" n'était évident que dans la situation de l'analyse, c'est-à-dire qu'ils prennent la fonction de cadeau à l'analyste, dont il est connu qu'il s'intéresse aux rêves . Mais de ce fait, le rêve en situation d'analyse est plus près de l'élaboration mentale ordinaire que le rêve hors-analyse. Et son exploitation nourrit entre le psychanalyste et son patient un échange dont il retient ce qui lui convient. Le refoulement devrait s'appeler plutôt auto-censure, le complexe d'oedipe est une représentation schématique mieux adaptée à la famille du temps de Freud que celle de nos jours. Mais il repose sur une réalité bien observée par les éthologistes. Dans la majorité des cas, les mères ont une meilleure relation avec leurs fils qu'avec leurs filles. L'inverse n'est pas aussi évident, et selon mes propres observations, le manque d'intérêt d'un père pour sa fille est habituel dans la genèse de l'anorexie mentale. Comme ce n'est pas orthodoxe...À ce sujet, je vous donne raison sur le fixisme de la théorie psychanalytique, la sacralisation des énoncés des pères fondateurs, sa réaction paranoïaque face aux contestations. Pourquoi cette crispation, ce refus de s'appliquer les règles de la science? Sûrement parce qu'elle a mieux convenu, dès l'origine, aux littéraires* et aux philosophes qu'aux scientifiques. Ce que je peux vous dire, c'est que dans la situation d'une prise en charge d'une personne, c'est la vérité individuelle qui compte et non celle de l'analyste ou de la majorité du peuple. Cette vérité évolue, se corrige, se remet en cause, par le travail de la psychanalyse. L'analyste ne la détermine pas. Même s'il laisse des traces de sa propre pensée chez l'analysant, elle s'évacue rapidement. Aucune hétéro-greffe ne prend, ni tissulaire, ni psychique.Comme il faut bien conclure, je me vois comme un chercheur, ne pratiquant, ni culte de personnalités, ni culte d'une Vérité. Mais en même temps, il faut à chacun un "squelette psychique", qui lui permet de tenir debout, de posséder une limite, dont il commande les ouvertures, de ne pas être sous l'influence du dernier qui a parlé. S'il n'y avait qu'une Vérité, depuis le temps, ça se saurait!*Les grands écrivains ont été de fabuleux psychanalystes bien avant l'invention de cette discipline. Les auteurs modernes qui s'en sont emparés l'ont plutôt bien utilisée.  

tonton Sigmund 05/08/2009 22:40

A tout hasard, voici la fin de mon message précédent, les 40 % environ qui étaient passés à la trappe (pour cause de longueur excessive ??). J'en reprends un bout pour que ce soit compréhensible :Beaucoup de psychanalystes sont indifférents au sort de leurs patients, quand ils ne les méprisent pas carrément. Ils ne font que suivre en cela l’attitude du Père Fondateur.
Deux phrases révélatrices (à moins qu’il ne s’agisse que de lapsus ?) :
 
-           le 11 février 1922, à Edoardo Weiss, qui introduisit la psychanalyse en Italie et qui se plaint de ses échecs thérapeutiques : « Il ne faut rien prendre au tragique ! L’analyste doit s’attendre à de pareils accidents mineurs (…). Pensons aussi que, malheureusement, seuls peu de malades sont dignes des efforts que nous leur consacrons, si bien que notre position ne doit pas être thérapeutique, mais que nous devons nous estimer heureux d’avoir dans chaque cas appris quelque chose ». (2)
 
-           le 18 janvier 1928, à l’analyste (et pasteur) suisse Pfister : « (…) je tiens la signification scientifique de l’analyse pour plus importante que sa signification médicale et, dans la thérapeutique, son action de masse par l’explication et l’exposition des erreurs pour plus efficace que la guérison des personnes isolées » (3)
 
 
 
Ensuite, votre « raisonnement » semble circulaire : « Si l'interprétation est "à côté de la plaque", elle est évacuée "séance tenante", » dites vous. Et je parie que si l'interprétation est évacuée "séance tenante", alors elle est "à côté de la plaque" ! Ça ressemble à « pile je gagne, face tu perds ».
 
Enfin, si l’on vous comprend bien, comme l’a fait remarquer un blogueur précédent, le psychanalyste n’est pour à peu près rien dans l’amélioration éventuelle de l’état du patient. Ça me rappelle le titre d’un vieil article de Science-&-Vie (juillet 91, pp. 70-80) : « La psychanalyse :elle ne guérit que les riches bien portants. » !
 
« (Les sciences de la nature et la psychanalyse) n’ont pas le même objet, elles ne travaillent pas sur le même niveau du vivant. » 
 
Quel que soit le niveau du vivant (?) auquel s’intéresse un champ de connaissances, il arrive un moment où le problème de la « prétention à la vérité » va se poser.
Je m’explique : lorsque Paul Eluard affirme « La Terre est bleue comme une orange », il ne vient à l’idée de personne de dire qu’il se trompe, ou qu’il nous trompe, puisque ce vers n’a aucune prétention à la vérité. S’il en avait, on lui objecterait qu’il est faux, que s’il affirme qu’une chose est bleue, alors après le mot « comme », il faut absolument une chose bleue, ce qu’une orange n’est pas, etc.
Le problème avec la psychanalyse est qu’ELLE A TRES CLAIREMENT DES PRETENTIONS A LA VERITE (ou alors, il faut qu’elle le dise haut et fort, que France Culture et les profs de philo de Terminale le claironnent au lieu d’entretenir l’ambiguïté, qu’elle disparaisse des enseignements de psychologie, des services de soins prodigués aux autistes, des expertises judiciaires, etc.).
Dès lors, elle doit faire ses preuves  scientifiquement. Car la méthode scientifique (voir ci-dessus la citation de Sulloway), qu’elle opère en sciences dures, molles, exactes, sociales, humaines ou autres, est la seule façon pour rechercher et déterminer si une affirmation ou une théorie sont réellement vraies.
Entendons-nous bien : je ne porte ici aucun jugement de valeur. Je ne dis pas que la recherche du vrai soit la seule chose digne d’intérêt dans la vie. On peut rechercher le beau, le difficile, le rassurant, le bien, le confortable, le moral ; c’est peut-être tout aussi estimable, ce n’est pas à moi de le dire. Mais ce n’est pas l’objectif de la démarche scientifique. Celle-ci n’est là que pour rechercher une seule chose : le vrai (et le vrai peut être à la fois moche, facile, inquiétant, mauvais, inconfortable et immoral, ce n’est pas le problème).
Fuyant cette exigence qui consisterait à tester leurs affirmations, les psychanalystes et leurs défenseurs sont contraints à un grand écart et un double langage permanents : c’est ce qui vous arrive, cher Sceptique : des affirmations à « prétention de vérité », ce qu’on ne saurait vous reprocher, et le refus de méthodes qui permettraient précisément de les tester (en se réfugiant derrière des arguments pseudo-« éthiques », genre « la sexualité de l’homme n’est pas celle du lapin »). C’est intenable.
 
« On peut lui reprocher d'avoir eu la tentation de déborder de son champ propre, en occupant quelques déserts de la science médicale, »
 
On a vu précédemment qu’on peut lui reprocher infiniment plus de choses. Mais d’une manière plus générale, je pense qu’il faut de toutes façons se méfier de la prétention à « occuper les déserts de la science » (ici médicale), prétention qui est celle, par exemple, de beaucoup de religieux : expliquer, « donner du sens » à ce que la science n’explique pas. Voyez par ex. ici ce que répond le sceptique Michael Shermer au Dalaï Lama sur ce point :
 
http://www.skeptic.com/eskeptic/05-10-19
 
« (…) j'ai peur que le Dalai Lama n’offre les mêmes explications vides que les créationnistes et les théoriciens de l’Intelligent Design et qui consistent en ce que nous appelons « le dieu des lacunes » (God of the Gaps). Chaque fois qu’il y a une lacune dans l'explication scientifique - les origines de la vie, la sensibilité, la conscience, la moralité - c'est que Dieu ou le karma sont à l’œuvre. Mais qu'arrive-t-il à Dieu ou au karma quand la science comble la lacune ? Allez-vous abandonner Dieu ou le karma de votre vision du monde ? »
 
J’ai envie, cher Sceptique, de vous poser le même genre de question(s). Admettons qu’un jour la science montre clairement que quelques uns des concepts et affirmations-phares de la psychanalyse (complexe d’Œdipe, refoulement, le rêve est toujours l’accomplissement d’un désir, etc.) sont erronés. Cela vous amènera-t-il à une vision du monde non freudienne ?
 
Si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que votre pseudo est au moins aussi usurpé que le mien !
 
Bien à vous.
 
Tonton Sigmund
 
Notes :
 
(1) E. Glover, « Research methods and psychoanalysis », International Journal of Psychoanalysis, 33, 1952,  p. 403-409.
 
(2) Sigmund Freud/Edoardo Weiss, Lettres sur la pratique psychanalytique, précédées de Edoardo Weiss, Souvenirs d’un pionnier de la psychanalyse, Toulouse, Privat, 1975.
 
(3) Sigmund Freud, Correspondance avec le pasteur Pfister 1909-1939, Paris, Gallimard, 1991.