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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 15:12

Alors que  pas mal de nos lecteurs sont peut-être déjà en congé,  je m’en voudrais d’exiger d’eux trop d’efforts, et qu’ils se mettent à plancher sur des sujets du BAC. Alors juste par curiosité, je leur demanderai quel(s) sujet(s)  parmi ceux proposés à l’épreuve de philo cette année  (voir ci-dessous) les auraient inspirés. Que ceux qui veulent rendre un copie ne se privent pas, de toute façon, je n’aurai pas la prétention déplacée de les noter…

 

Personnellement, c’est l’interview d’Isabelle Stengers, championne du relativisme cognitif, dans Siné Hebdo (voir ci-dessous), qui  m’inspire deux sujets malheureusement absents des épreuves cette année :

1/ Peut-on dire que les drogues, qu’elles se présentent sous la forme de morphine, de cocaïne ou d’opium du peuple (farouchement défendu par Isabelle Stengers) sont des instruments de libération individuelle et/ou sociale ?

2/ La vieillesse est-elle nécessairement un naufrage ?

 

Pour le deuxième sujet, il n’est guère possible de répondre sur la base du seul cas clinique de Stengers qui a été vieille très jeune. Mais voir une philosophe des sciences (mieux vaudrait dire antiscience) et un provocateur quasi-gâteux se rejoindre pour faire naufrage commun inspire des sentiments quelque part entre l’affliction et l’attendrissement. Encore que pour l’attendrissement… Siné Hebdo évoque bien le Titanic, mais Stengers est beaucoup moins convaincante que Kate Winslet….

Anton Suwalki



Les sujets 2009 en philo:

Série L (littéraire)

- L'objectivité de l'histoire suppose-t-elle l'impartialité de l'historien?

- Le langage trahit-il la pensée?

- Expliquer un extrait de "Le monde comme volonté et comme représentation" de Schopenhauer.

Série S (scientifique)

- Est-il absurde de désirer l'impossible?

- Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond?

- Expliquer un extrait de la "De la démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville.



Série ES (économique et social)

- Que gagne-t-on à échanger?

- Le développement technique transforme-t-il les hommes?

- Expliquer un extrait de "Essai sur l'entendement humain" de John Locke.
 


 

Isabelle Stengers réfugiée politique chez Siné -17 juin 2009


Après des études de chimie, Isabelle Stengers fait le choix de la philosophie. Au risque d'être déconsidérée, elle n'a de cesse de remettre en question l'autorité de la science et s'intéresse à des sujets controversés comme l'hypnose ou les sorcières. Professeur à la faculté de philosophie de l'Université libre de Bruxelles, elle nous parie, entre autres, de son dernier livre, Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient.
S.H. : Pour quelles raisons avez vous bifurqué de la science vers la philosophie ?
Isabelle Stengers : Au cours de ma troisième année de chimie, en 1969, j'ai réalisé que j'avais appris la physique quantique comme un savoir constitué, sans en percevoir les problèmes. Lorsqu'ils se sont posés à moi, j'ai conclu que j'étais perdue pour la science. Depuis, j'ai compris que c'est une réaction typique grâce à laquelle l'ordre règne chez les scientifiques. Un vrai chercheur doit ignorer les « grandes questions » qui peuvent faire douter. Le doute y est à peu près aussi mal vu que chez les staliniens. Ceux qui vont en philosophie sont un peu des réfugiés politiques.
S.H. : Vous avez ensuite entamé une collaboration avec Ilya Prigogine comme philosophe des sciences.
I.S. : Oui, c'était au moment où il tenait les résultats qui lui ont valu son prix Nobel. Il voulait tendre la main à l'ensemble des sciences, y compris aux sciences humaines. Mais Prigogine était avant tout un physicien. C'était mon boulot que de penser les conséquences de ses travaux. J'ai beaucoup appris, parce que ces conséquences ont été accueillies comme « le nouveau message de la physique ». Or, moi, ce que je voulais faire passer, c'est la physique en tant qu'aventure humaine, pas en tant que sommet de la pensée ou source de vérité prophétique sur le monde.
S.H. : Ce choix a provoqué l'irritation chez nombre d'intellos... De qui recherchez-vous l'approbation ?
I.S. : Je suis très fière et heureuse lorsque mon travail donne des outils aux organisations minoritaires qui fabriquent un savoir récalcitrant : les collectifs d'autosupport des drogues, les collectifs citoyens, les groupes de néo-sorcières, bref ceux qui participent à ce que les Américains appellent reclaiming : devenir capable de se réapproprier ses problèmes. Et, par ailleurs, je m'emploie à me rendre incomestible, c'est-à-dire à ne pas être appréciée par les gens dont je ne veux pas l'être.
S.H. : L'hypnose, les sorcières, la drogue... voilà des sujets qui fâchent. Admettez-vous un certain goût pour la provocation ?
I.S. : C'est plutôt une manière d'apprendre. Apprendre de sujets qui fâchent, c'est apprendre aussi pourquoi ils fâchent et qui ils fâchent. Ma collaboration avec le psychiatre Léon Chertok en est un parfait exemple : travailler sur l'hypnose a été l'occasion de m'interroger sur comment les sciences humaines décident de ce qui constitue un bon ou un mauvais objet. Passer pour une provocatrice est une conséquence de mon fonctionnement, mais je me décrirais plutôt comme une récalcitrante. Si j'entrevois la direction pour éviter de penser en rond , ça fait partie de mon métier que d'aller voir par-là.
S.H. : Qu'avez-vous retiré de votre expérience avec les collectifs de drogués non-repentis ?
I.S. : Elle a été mon point d'entrée dans l'analyse du rôle des experts. Aux Pays-Bas, les associations de junkies, les Junkie Bonden, négociaient avec la mairie d'Amsterdam les conditions de consommation de drogues afin de réduire les risques. La question de savoir vivre avec les drogues a plus avancé avec ces gens dont c'est la préoccupation qu'avec toutes les expertises psychologiques, sociologiques qui la noyaient bêtement dans un problème de mal-être.
S.H. : Mal-être ?
I.S. : Bien sûr que le mal-être existe, mais les drogués n'en ont pas le monopole ! Et, surtout, ça ne regarde pas l'État ! Si je passe huit heures devant ma télévision, c'est du mal-être, est-ce que ça regarde l'État ? Et l'obsession de maigrir à tout prix ? Ces collectifs rejettent le rôle paternel répressif de l'État. Vivre, c'est risqué, mais il y a des pompiers pour ça, qui sont respectueux et donnent des conseils. En plus, ces groupes ont un savoir précieux à transmettre, considéré comme illégal car assimilé à de la propagande pour la consommation.
S.H. :  Vous revendiquez aussi ce droit à la parole dans le combat contre les OGM.
I.S. : La grande nouveauté de ce que j'ai appelé « l'événement OGM » réside dans le fait que les opposants ont fait bafouiller les scientifiques experts. Des citoyens ont compris puis montré qu'ils parlaient de ce qu'ils ne connaissaient pas, et même de ce qu'ils voulaient ignorer. Et des scientifiques de terrain, ignorés jusque-là, ont pu s'exprimer. Pour cette raison sont alors apparues des fissures dans cet édifice qui habituellement fait bloc face à la contestation.
S.H. : Qu'est-ce qui attire autant votre attention dans l'opposition entre les voix minoritaires et la doxa des experts ?
I.S. : Le problème des experts, c'est qu'ils savent très bien qui les engage et ce qui sera considéré comme plausible ou irresponsable de ce point de vue. Ils vont d'autant moins ruiner leur réputation qu'il n'y a pas en général de contre-expertise. La question des OGM à Bruxelles relève du fonctionnement du marché, pas de la politique environnementale. Ceux qui sont nommés savent qu'il s'agit de minimiser tout obstacle à la libre circulation. Ils jouent donc avec les incertitudes pour rester plausibles.
S.H. : Qu'est-ce qui motive votre farouche condamnation du capitalisme dans votre dernier ouvrage ?
I.S. : La crise que nous connaissons actuellement n'est rien comparée aux événements irréversibles qui arriveront d'ici peu : réchauffement climatique, pollutions multiples et grandissantes, épuisement des nappes phréatiques, etc. Le capitalisme est incapable d'apporter des solutions, seulement de transformer les problèmes en instruments de profit. Et les organisations étatiques ont renoncé à tous les moyens de l'en empêcher. Si nous continuons l'Histoire telle que ses protagonistes dominants la définissent aujourd'hui, nous allons droit à la barbarie. Toute l'histoire des luttes, d'espoir, de résistance, l'idée même qu'un autre monde est possible, risque de faire ricaner les fameuses générations à venir dont on parle tant. Ce sera le malheur aux pauvres, sans plus d'hypocrisie ou de mensonge. Le jour où cette barbarie sera vraiment installée, on ne s'en rendra même pas compte.
Quand Pasqua, il y a une quinzaine d'années, avait annoncé le renvoi des immigrés par charters, ça avait fait hurler. Aujourd'hui, on n'entend plus personne sur le sujet. La barbarie, c'est lorsque ce qui était intolérable devient toléré puis normal.
S.H. : Les concepts de « croissance verte » et de « décroissance » sont très en vogue en ce moment. Paraissent-ils pertinents ?
I.S. : II est dans la nature du capitalisme d'exploiter toutes les opportunités, et la croissance verte en est une ! Il y a fort à parier que ses conséquences seront nettement moins vertes... J'aime bien les objecteurs de croissance, mais la décroissance est une théorie triste. L'impératif de décroissance est mal défendu contre une barbarie moralisatrice techno-policière. Entre cela et la barbarie capitaliste, je demande à ne pas choisir. Comme l'a dit Deleuze : « La gauche, si elle doit être différente de nature de la droite, c'est parce qu'elle a besoin que les gens pensent. » Et cela veut dire savoir que la pensée n'est pas réservée à une élite, qu'a y a pensée, et joie, lorsqu'un collectif réussit à poser ses propres problèmes et à se connecter à d'autres. Il nous faut une culture de ces réussites, des transmissions de recettes, une construction d'expériences. Faire perdre prise aux « responsables » qui nous demandent de faire confiance.
S.H. : Malgré l'urgence, les intellectuels comme les politiques semblent éprouver des difficultés à sortir de leur inertie...
I.S. : Beaucoup d'anticapitalistes, moi la première, ont une petite voix qui leur dit que ça finira bien par s'arranger. La volonté de changer les choses est réelle, mais on trouve toujours plus urgent : les emplois, les patrons gangsters... Comment lutter pour l'emploi et refuser l'impératif « relancer la croissance » ? Il ne faut pas avoir peur d'être accusé d'incohérence, d'irresponsabilité. Il faut refuser de hiérarchiser les problèmes. Ce n'est pas facile et cela demande de faire confiance aux gens, à leur capacité de penser, d'échapper aux alternatives qui réduisent à l'impuissance. Malheureusement, il y a des « responsables » un peu partout qui pensent qu'ils « savent » mais que ceux dont ils sont responsables ont besoin de croire à des solutions simples. S'ils ont raison, on est foutus. Moi, je mise sur le fait que nous ne savons pas de quoi les gens sont capables, parce que ce que nous connaissons est le résultat d'une « gouvernance » qui les a systématiquement dépouillés des moyens de penser ensemble et de faire une différence collective qui compte. Notre démo cratie est un art de gouverner un troupeau, et les bergers ont pour impératif d'éviter la panique.
S.H. : Que faut-il faire ?
I.S. : Reconnaître qu'il faut inventer, c'est déjà fabriquer une nouvelle esthétique. J'ai relu récemment L'An 01, de Gébé, et, nom d'une pipe, ça n'a pas vieilli d'un poil ! Nous avons besoin d'interventions de ce type, qui donnent le sens du possible. Cela vient de mots, de chants, de manières de rire, pas de la tristesse ni de la lamentation. Cette culture de l'insoumission méchante et joyeuse fait défaut. Aujourd'hui, pendant les manifestations, on n'occupe pas les rues sur un mode qui donne l'appétit d'un monde différent. Je n'ai rien contre lancer des pavés, mais c'est une action individualiste. Nos mœurs politiques sont tristes : si l'expérience militante relève du sacrificiel, si la politique n'est pas source de vie, il y a une limite à laquelle on se heurtera et on le paiera chèrement.
S.H. : Cela passe peut-être d'abord par une réforme de l'éducation ?
I.S. : Qu'est-ce qu'on entend par éducation ? La sociologue Anne Querrien a travaillé sur l'école mutuelle , une école de pauvres sous la Restauration qui rassemblait 80 élèves de tous les âges pour un seul instituteur. L'idée de base était que lorsqu'on a appris quelque chose, on l'apprend à d'autres. Cette école à été fermée pour deux raisons : d'abord, les enfants apprenaient trop vite, ce qui n'allait pas puisqu'il n'était pas question de les introduire à des savoirs réservés à l'élite, ensuite, ils n'apprenaient pas le respect du savoir, mais plu tôt à se faire confiance. Ils ne se définissaient pas comme ignorants en demande de savoirs, mais comme capables d'apprendre et de coopérer dans ce but ; chose insupportable du point de vue de l'ordre public. L'école obligatoire a pu réjouir les cœurs mais n'a pas été une grande conquête révolutionnaire. Ça a été une étape décisive pour discipliner le peuple. Et ça l'est toujours, même si aujourd'hui cela ne prend plus.
S.H. : Qu'est-ce qui différencie Belges et Français ?
I.S. : Français, je ne sais pas. Mais je connais les milieux parisiens. J'ai travaillé en France entre 1982 et 1989 et j'y ai découvert que j'étais belge. J'ai découvert les effets de terreur et de conformisme des milieux intellos, l'absence d'humour. La patrie des Lumières vue de Bruxelles est horriblement triste et frileuse, avec des maîtres à penser qui se prennent pour la tête pensante de l'humanité. En Belgique, ceux qui se prennent trop au sérieux, qui veulent être reconnus, on leur conseille d'aller à Paris. Ça ne va pas du tout chez nous, mais au moins, on peut encore rire...
S.H. Qu'est-ce qui vous préoccupe dans la situation de votre pays ?
I.S. : Quitte à tomber dans un cliché dont on accuse les francophones, je trouve la culture politique de la partie néerlandophone très inquiétante ! Elle est pleine de ressentiment, de xénophobie. Je me demande combien de temps on va pouvoir vivre avec ça... Et pourtant, il y a eu une Flandre des Lumières, mais la répression espagnole l'a détruite. Ceux qui résistaient ont été tués ou ont fui vers les Pays-Bas. N'est restée que la campagne, profondément catholique et anti-urbaine. C'est une catastrophe qui, je crois, n'appartient pas au passé. Jusqu'au début du XXe siècle, les bourgeois citadins parlaient français. Le ressentiment flamand contre la domination du français, c'est d'abord la haine contre la culture urbaine cosmopolite - c'est sale et cela fait désordre. C'est pourquoi ils détestent Bruxelles, tout en l'ayant choisi comme leur capitale...
Propos recueillis par Mélissa Gruenzig.
Les meilleurs moments de cette rencontre sont à voir sur le site du journal : www. sinehebdo.eu
Bibliographie d'Isabelle Stengers
- Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, éd. La Découverte, 2009.
- La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, coécrit avec Philippe Pignarre, éd. La Découverte, 2005.
- Sciences et pouvoirs. La démocratie face à la technoscience, éd. La Découverte, 2002.
- L'hypnose, blessure narcissique, coécrit avec Léon Chertok, éd. des Laboratoires Delagrange, 1990.
- Drogues. Le défi hollandais, co-écrit avec Olivier Ralet, éd. des Laboratoires Delagrange, 1991.



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commentaires

anton suwalki 20/07/2009 16:47

Bonjour Daniel, et ne soyez pas désolé d'avoir été long, c'est toujours agréable d'avoir affaire à des gens qui font l'effort d'argumenter. Pour vos critères de reproductibilité, n'êtes vous pas un peu excessif . Il y a bien des domaines des sciences de la nature où la reproductibilité est bien difficile à réaliser , non ? Il y a sans doute des sciences plus ou moins "dures", et les "sciences humaines" sont engénéral considérées comme "moins dures". Mais ça n'exclut pas au sein de ces sciences humaines que certaines personnes ont des exigences de rigueur et d'objectivité scientifiques, ne pensez-vous pas ? Sur la légalisation des drogues, auriez-vous quelques références à nous proposer ?Sur l'hypothèse que vous faites par rapport à Isabelle Stengers, j'ai l'intuition que vous êtes dans le vrai. Ca n'est pas un hasard si elle affirme :"Depuis, j'ai compris que c'est une réaction typique grâce à laquelle l'ordre règne chez les scientifiques. Un vrai chercheur doit ignorer les « grandes questions » qui peuvent faire douter. Le doute y est à peu près aussi mal vu que chez les staliniens. Ceux qui vont en philosophie sont un peu des réfugiés politiques." . Faut reconnaître que "l'intolérance scientifique" , je ne voyais pas les choses de cette manière.  Pas sûr que de son côté la philosophie ait à gagner de pareilles "réfugiées politiques"....CordialementAnton

Daniel 19/07/2009 22:33

Bonsoir à tous.Etant un pur scientifique en science dure (biologie -écologie) je n'ai jamais eu de formation réelle en sociologie. J'avoue honnetement ne rien comprendre à tout ce qui est écrit par Mme Stenger. Pour moi cela ressemble à du martien.Mais dans tout ce charabia 3 points m'interpelle:* Le premier et de loin le plus important est : Comment des gens peuvent-ils se dirent chercheurs et "scientifiques" alors qu'ils ne travaillent pas sur des expérimentations reproductibles donnant des résultats statistiquement interprétables? Car le fondement des sciences est justement l'interprétations d'une série de résultats expérimentaux en comparaison avec les valeurs réelles mesurées. Le but étant de confirmer ou d'infirmer une hypothèse. En quoi de regarder les gens, avoir des pensées et se tordre les méninges pour finalement les coucher sur du papier est devenue une science. Tout le charabia de cette dame me fait penser aux "cafés citoyens" ou certains sur de leur dogme assènent leurs vérités sociologiques et postmoderne (moi aussi je peux utiliser des mots grandiloquents mais vide de sens).Le deuxième point porte sur les drogues et les "fameux" outils qu'elle met à disposition des groupes minoritaires. Je crois franchement qu'elle ignore vraiment l'évolution du marché de la drogue aux pays-bas (volontairement, aveuglement idéologique...). Dans ce pays la "tolérance" du cannabis a entrainé une dérive très forte des consommateurs vers des drogues plus dures. Cela a commencé avec la mise au point de variété de cannabis ayant des tx de THC > à 18% (contre 0.5 % naturellement). L'age moyen de première consommation est passé de 18 -20 ans à 14-15 ans. Les drogues sont des produits nocifs pour la personne, mais aussi et surtout pour la société. Cette dame oublie que pour chaque quintal consommé une personne va mourir (producteur, trafiquant, vendeurs, consommateurs). La dépendance à la drogue augmente les comportements asociaux et violents. Les gens veulent vivre en paix dans un environnement sans contraintes violentes.Le troisième point et dernier point est sa totale absence de connaissance sur le plan scientifique d'une manière générale. Bien qu'elle est un début de formation en chimie, je subodore un abandon de cette filière par manque de compétence réelle. Elle a tout à fait tord quand elle dis que le doute est bannie dans le domaine des sciences. Bien au contraire, toute ma scolarité univesitaire, mes professeurs m'ont enseigné à toujours tout remettre en question. Le doute, le septicisme et le besoin de comprendre sont les trois vrais moteurs des scientifiques.Bien cordialement.PS: un peu long, dsl.

sokal-bricmont 16/07/2009 10:42

ok.Mon mail pour Siné était on ne peut plus simple.Pour son lancement, le journal annonçait "on parlera politique, science, cinéma, cuisine..."Si les chroniques de Langaney se tiennent bien et n'ont jamais recours au catastrophisme, Gudule et Arthur font l'inverse...et là arrive Stengers.Je signale juste à la rédaction mon émotion de voir ainsi cette relativiste dans les colonnes de Siné Hebdo. J'argument brèvement en soutenant que les positions de ces chercheurs (Stengers en particulier) considèrent la science comme un outil d'explication du monde aussi valable que celui des sorciers et autre chaman.J'illustre mon propos classiquement "la chute des corps ? un point de vue social, rien de plus". Je rappel en passant que des peronnes comme Michel Maffesoli ont permis à Tessier d'être docteur en socio.Je me permets aussi de compléter avec un texte de Krivine visible sur le site de l'AFIS et qui reprend Stengers.« “La nature ne parle pas” affirment encore et toujours les sociologues des sciences. Lorsque l’on observe les laboratoires, ce sont les humains qui s’activent, pas les phénomènes qu’ils étudient. Ce sont eux, et non la “réalité”, qui sont à l’origine des savoirs qu’ils produisent » [5]. La réalité est niée d’une certaine façon, et avec elle l’universalité. Ainsi, le même auteur écrit à propos des médicaments : « c’est ici que surgit souvent un autre type de mensonge : la prétention à l’universalité selon laquelle “n’importe qui”, quelque soit sa culture et ses convictions, pourrait bénéficier des molécules “éprouvées”, de même que n’importe où sur terre les corps qui tombent témoignent pour Galilée » [6].La rédaction fait suivre à Stengers. Le mail arrive 2 jours après.Stengers affirme n'avoir jamais écris que la chute des corps était un point de vue social (alors que j'illustrais une posture idéologique) et qu'elle combat même ce courantElle prend aussi connaissance du site de l'AFIS (Krivine oblige) n'omettant pas de signaler que l'extrait du physicien caviarde plusieurs phrases, coupe et recoupe. Elle persiste et signe sur les médicaments : leur système d'évaluation n'est pas scientifique mais politique et bien sûr, tout ceci relève du scientisme.Elle me salue "avec perplexité".Voilà en un bref résumé la teneur de mon échange avec la philosophe.

anton suwalki 16/07/2009 09:45

Bonjour, j'ai peu de temps pour répondre aux interventions très intéressantes ci-dessus, simplement en réponse à S&B, il faut reconnaitre que mon petit billet exprime davantage une lassitude qu'un contre-argumentaire à Stengers, donc je ne pense pas qu'il soit opportun d'écrire à Siné Hebdo. Qu'elle ne se sente pas tenue de répondre à "la veillesse est-elle nécessairement un naufrage ?", ça me paraitrait normal. J'ai dans l'idée ces vacances d'écrire un papier argumenté sur ses réactions à "Impostures Intellectuelles"...Par contre, pourrais-tu nous donner à peu près la teneur de ton mail et celle de sa réponse ?Anton

sokal-bricmont 15/07/2009 22:36

" Le problème c'est qu'elle tombe en plein dans le travers de ce qu'elle dénonce. Celui de l'argument d'autorité."C'est exactement la même remarque que je me suis fait. Elle reprend à son compte les mêmes travers qu'on peut aussi trouver chez un Daniel Colson dans son "dictionnaire de l'anarchisme".Et c'est bien là le problème par ailleurs. Envisager la science et les chercheurs (les experts ou les savants pour Stenger) par le seul prisme de l'argument d'autorité est comment dire...attendu et déjà lu mille fois dans cette gauche de gauche bien sotte à l'endroit de l'outil scientifique. Je crains que ça ne s'empire.

Duncan 15/07/2009 22:15

Il y a tout de même des trucs intéressants dans ce qu'elle dit. Plus d'ailleurs quand on regarde les vidéos in extenso que l'article qui va dans le sens de l'image qu'elle souhaite donner : celle d'une atypique face à une communauté scientifique arrogante. Le problème c'est qu'elle tombe en plein dans le travers de ce qu'elle dénonce. Celui de l'argument d'autorité. Elle ne marque pas de frontière entre la chercheuse qui donne son point de vue sur ses objets d'études ou sa pratique et la militante qui donne un avis à l'emporte pièce.Il y a un truc qui m'a fait tiquer c'est qu'elle affirme avoir appris la physique quantique comme un savoir constitué. Je veux bien que la pédagogie entre 1969 et maintenant ai changé (les cours de Feyman ou de Landau-Lifshitz sont passés par là) mais si il y a bien un moment dans des études de physique ou de chimie où justement toutes les certitudes volent en éclat, où on discute des limites des modèles, où dans tout bon cours d'introduction on parle des insuffisance des modèles précédents, des expériences qui ont conduit à échaffauder la théorie, c'est bien la mécanique quantique. EN 1969, elle aurait déjà du entendre parler du paradoxe EPR ou du problèmes de la mécanique quantique classique face aux effets relativistes...

sokal-bricmont 15/07/2009 16:31

Anton,Pourquoi ne pas envoyer ce billet directement à Siné Hebdo.Stenger m'a répondu, je pense qu'elle fera de même avec toi.

sokal-bricmont 15/07/2009 16:29

lire le "mail", non le "mai" bien sûr.

sokal-bricmont 15/07/2009 16:28

Bonjour à tous,A la Stenger.Pour ce Siné, j'avais écris à la rédaction en signalant mon inquiétude de voir Stenger se répandre ainsi quand la canard promettait lors de son lancement de parler science...Stenger m'a répondu en personne...j'ai mis le mai à la benne, désolé.En revanche, le Siné du 8 juillet permet à Onfray d'écrire un billet suprenant...pour le coup j'ai écris aussi à l'ornais : une journée déchange avec lui ; passionnant.

ptoufle 15/07/2009 12:36

Y'a de quoi exhumer le Vélot d'Or, n'est-ce pas, Anton ? 

Sceptique 14/07/2009 17:06

Depuis que j'ai découvert, il y y a quelques années, le mode de penser d'Isabelle Stengers, son cas s'est lourdement aggravé. Il y a une grande intelligence dans nombre de ses propos, mais le produit est dévié par un "attracteur", le désir du martyr. Elle n'est que provocation et incitation à la rétorsion. Et elle est solidaire de toutes les provocations, semblant rêver aux persécutions des chrétiens par la Rome impériale, figure du capitalisme antique.

Jorj X.Mckie 13/07/2009 03:06

Preum’s
Charmant devoir de vacances que voilà.
D’abord les sujets du bac. Outre que les sujets sont toujours aussi ineptes, posés à des adolescents après quelques dizaines d’heures de cours de philo, ils restent emprunt d’une pensée archaïque ou déconstructive, au choix, et surtout de la détestation des philosophes français pour les sciences (dures). Tous non, mais allez trouver un sujet qui serait tiré d’un ouvrage de Jacques Bouveresse. Il me semble que le dogme français est plutôt du côté de Maffesoli soutenant Germaine (on ne dira jamais assez le mal que cette thèse à fait à l’université française). Et les plaintes des historiens des sciences s’opposant à l’hégémonie épistémologie sociale ne sont pas prêtent de renverser le paradigme, si j’en crois cet article. http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/06/sociologie-une-nouvelle-affaire-maffesoli-.html. 
Pour en venir à Stengers, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, en dénonçant l’intellectualisme français qui lui a donné ses heures de gloire. Et je ne suis pas sur que ses travaux, que se soit avec Toby Nathan ou Léon Chertok laisseront de grande traces. Quand bien même ils avançaient une position critique sur la psychanalyse. Et je ne parle pas de son apport philosophique sur les sciences « dures », qui relèvent plus d’une vieille peau New-ageuse que d’une philosophe moderne, voire post-moderne.
Bref, Stengers si elle est plus médiatique (par dogmatisme sociiologique), ne représente que peu de chose par rapport à Khun, Russell, ou Wittgenstein, dans son apport à la critique des sciences.
Et en France on oublie souvent un type qui fourni un énorme travail épistémologique, c’est Mario Bunge. Autrement plus rigoureux que Stengers sur les sciences. Je vous conseille son ouvrage traduit en français, « Le matérialisme scientifique » pour avoir une idée sur l’épistémologie scientifique et non pas sur la sociologie des technologies.
Chers correcteurs, je suis bien conscient que ce résumé de devoir n’est pas à la hauteur, et ne reflète que l’avis d’un putain d’athée matérialiste à l’esprit critique exacerbé, ce qui ne m’empêche pas d’avoir un esprit humaniste, que cette année sur Imposteurs a conforté.
P.S. Un post ironique, limite je-m'en-foutiste (et donc une mauvaise note, mais j’ai des sources quand même), c’est les vacances et le bac est vraiment trop loin pour moi, donc les notes, je m’en tape. 
Mais surtout je vous souhaite de bonnes vacances à tous. C’est mon côté humaniste.
Et ce disant pour les sources, j’ai pris un vrai plaisir à les lire.
• Jacques Bouveresse, Prodige et vertiges de l’analogie, ed. raison d’agir• Bertrand Russell, Science et religion, ed.Folio essais• Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, ed, Flammarion• Mario Bunge, Le matérialisme scientifique, ed. Sylepse• Jean Perdijon, La formation des idée en physique, ed. dunod
Et un petit dernier. Pour ceux qui comme moi, ne sont pas au fait de toutes les avancées des sciences, un ouvrage pour réviser les bases de la physique moderne :• Gilbert Pietryk, Panorama de la physique, ed. Belin
Et en aparté, un ouvrage pour notre petit Juju, scientifique en herbe, qui s’il le lit, pourrait lui éviter bien des poncifs. Simple et de bon alois : • Etienne Klein, Galiléee et les indiens. Allons-nous liquider la science ? ed. FlammarionJxM