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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 14:25

 Y a-t-il des justifications scientifiques à la suspension allemande de l’autorisation de culture du maïs MON810 ? Après examen des justifications allemandes et analyse exhaustive de la littérature scientifique, Agnès Ricroch (AgroParisTech), Jean Bergé (INRA) et Marcel Kuntz (CNRS) répondent négativement à cette question. Les incohérences de l’administration allemande sont aussi mises en lumière dans un article scientifique en accès libre.

 

Nous avons examiné les justifications invoquées par le gouvernement fédéral allemand en avril 2009 de suspendre la culture des variétés de maïs génétiquement modifiés contenant le gène Bt de résistance aux insectes notamment des lépidoptères  (MON810). Nous avons effectué un examen critique de présumées « nouvelles données » sur un impact environnemental potentiel de ces variétés et des données précédentes sur les lépidoptères, les organismes aquatiques et du sol, invoqués par le gouvernement allemand.

Nous démontrons que cette suspension est fondée sur une liste non exhaustive de références scientifiques, ignore la démarche au cas-par-cas largement admise (les arguments allemands confondent deux maïs différents, MON810 et Bt176), et confond le danger potentiel et le risque avéré de la procédure scientifique d'évaluation des risques.

En outre, nous n'avons trouvé aucune justification pour cette suspension dans notre étude exhaustive de la littérature scientifique concernant les effets possibles sur les animaux non cibles dans les conditions naturelles de terrain. La baisse d'abondance de certains insectes concerne principalement les ennemis spécialisés du ravageur visé, la pyrale (une conséquence attendue de son contrôle par le maïs Bt). Au contraire, les maïs Bt ont généralement un impact plus faible que les traitements avec un insecticide. Notre présente étude démontre que les méta-connaissances disponibles sur les maïs exprimant une toxine insecticide Cry1Ab (MON810 et autres) ont été ignorées par le gouvernement allemand qui a plutôt choisi certaines études individuelles supposées conforter sa thèse.

 

De plus, nous montrons que l’administration BVL (Bundesamt für Verbraucherschutz und Lebensmittelsicherheit, protection du consommateur et sécurité sanitaire des aliments) du gouvernement fédéral allemand (en charge de la suspension et, à ce titre, de « justifier scientifiquement » cette suspension) est aussi co-auteur d'un rapport appelé BEETLE récemment mis en ligne sur internet qui montre l'étendue des connaissances acquises sur la sécurité environnementale des PGM et qui contredit ses propres prétendues justifications.

Finalement, nous montrons qu’une des études présumées nouvelles (2009, sur les coccinelles) n'est pas si nouvelle que cela, puisque les données avaient déjà été publiées en Allemand en 2004 par les mêmes auteurs.

 

Agnès Ricroch, Jean Bergé & Marcel Kuntz

 


 

Pour lire l’article en ligne : http://www.springerlink.com/content/r6052757667ng364/fulltext.pdf


 

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commentaires

anton suwalki 03/09/2009 15:54

la ZKBS cite d'ailleurs la publication de Ricrcoh, Bergé et Kuntz dans sa bibliographie.http://www.bvl.bund.de/cln_027/nn_1209020/EN/06__Genetic__Engineering/ZKBS/01__Allg__Stellungnahmen/05__plants/zkbs__mon810__engl.html

Joseph 29/07/2009 15:46

Cette publication est une réponse scientifique à une prise de position première de ce même BVL (Bundesamt für Verbraucherschutz und Lebensmittelsicherheit, Ministère de la Consommation et le la Sécurité alimentaire).
L’article de départ présente toutes les apparences d’un document sérieux : il est long, il est truffé de citations, on y trouve une abondance de notes, il est signé par le Dr. Helmut Tschiersky-Schöneburgest. Bref, il offre toutes les garanties de rigueur.
Hélas, cette prise de position première est ce que l’on pourrait qualifier de politique : style ampoulé, prose administrative truffée d’arguties juridiques (c’est 90% des références citées), application systématique du principe de précaution. 
Voici donc cette fois la réponse des scientifiques allemands émargeant à ce même BVL.
Elle est faite par le ZKBS (Zentrale Kommission für die Biologische Sicherheit) que GFP a parfaitement traduit par Haute autorité.
Et cette réponse va bien dans le sens des informations délivrées par Agnès Ricroch, Jean Bergé & Marcel Kuntz.
En voici une traduction, mais l’article de fond, bien plus long avec de nombreuses références, est très intéressant à lire, quoique fastidieux à résumer. Si c’est nécessaire, je peux essayer de vous traduire les passages principaux (5 études rigoureuses s’étendant sur de longues durées recensées, avec à chaque fois des conclusions prouvant qu’il n’y a ni atteinte à l’environnement, ni à la santé).
En attendant, voici une courte traduction de la substantifique moelle que l’on trouve dans la  réponse des scientifiques du ZKBS.
« Après avoir actualisé les études, en ayant examiné soigneusement toutes les données scientifiques, dans la conscience de notre responsabilité d’organisme soucieux de la sécurité sanitaire, nous affirmons que la culture du MON810 ne représente aucun danger pour l’environnement.
« La mission du ZKBS consiste à mener des études indépendantes, basées sur des critères exclusivement scientifiques, afin de mener une évaluation des risques à propos des organismes génétiquement modifiés selon notre loi de bio-éthique. »

GFP 29/07/2009 14:46

La ZKBS allemande, l'équivalent de notre "haute autorité" vient de publier un rapport concluant que le MON810 ne présente pas de risque pour l'environnement. Y a plus qu'à attendre la réaction des politiques maintenant.

GFP 30/06/2009 15:08

L'EFSA vient de réaccorder sa confiance au MON810.http://www.efsa.europa.eu/EFSA/efsa_locale-1178620753812_1211902628240.htmOn peut s'attendre à ce que toutes les organisations anti-OGM et les journaleux de tous bords leur tombent dessus maintenant.

l'autre pierre 30/06/2009 12:23

Dans ce article du monde Pierre le HIR met en doute l’indépendance des experts de l’EFSA
Pourtant il cite
« Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS. C'est lui qui a été chargé, en 2008, de rédiger un rapport scientifique répondant aux critiques de Monsanto contre la clause de sauvegarde activée par la France »
À aucun moment il ne précise que Yvon le Maho est membre du comité de veille écologique de la fondation Hulot et administrateur des amis de WWF
Bien curieuse conception de l’indépendance
Indépendant uniquement si l’on milite dans des ONG anti science

Laurent Berthod 29/06/2009 17:43

Un article, publié dans le journal le Monde de ce jour, intitulé “Génétiquement pro-OGM”, à lire sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/06/29/genetiquement-pro-ogm_1213019_3244.html#ens_id=1213093 se demande pourquoi les 42 avis rendus par l’EFSA sur les OGM sont tous positifs. Le journaliste enquête sur les conflits d’intérêt, l’honnêteté, et les préjugés des membres de l’EFSA sans pouvoir conclure son procès par une condamnation. À aucun moment il n’émet l’hypothèse que c’est peut-être tout simplement parce que les produits soumis à l’avis de l’EFSA étaient tous inoffensifs. La fin de l’article qui déplace le terrain de la discussion du plan de la santé à celui de l’environnement et d’une mauvaise foi sans pareil.
http://laurent.berthod.over-blog.fr/
Les anti-OGM montrent leur vrai visage : http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-32324024.html

Sceptique 26/06/2009 07:30

Comme en France, cette décision, dépourvue d'une argumentation ayant une valeur scientifique, n'est "que" politique. Une pression française n'est pas impossible. La frontière franco-allemande ne serait pas un obstacle à la diffusion des pollens du Monsanto 810. Et d'un point de vue économique, le sacrifice de l'OGM sur l'autel de l'entente franco-allemande, n'est pas insupportable. L'agriculture allemande n'a pas un poids déterminant comme celui de l'industrie, en supposant qu'elle tienne à disposer de cette innovation.L'Espagne a la chance d'être séparée de la France par les Pyrénées et par un patriotisme ombrageux, exacerbé par l'occupation napoléonienne. Les tontons faucheurs n'iront pas en expédition en Espagne! 

Joseph 25/06/2009 18:49

Je suis allé lire le texte original en allemand, lien donné par le .pdf en page2 et commençant par www.bvl.bund.de/
Le document est assez long, 9 pages, je ne peux donc pas le traduire intégralement.
Je pense que l’intérêt d’une telle traduction est faible, vu la teneur.
En fait, il s’agit avant tout d’arguties juridiques.
Le style extrêmement maniéré ainsi que le nombre de citations à des jugements/jurisprudences/directives européennes rend le texte extrêmement rébarbatif.
 
En tous cas, c’est la réponde du BVL (Bundesamt für Verbraucherschutz und Lebensmittelsicherheit, Ministère de la Consommation et le la Sécurité alimentaire) à Monsanto Europe.
 
En effet, le Ministère se prononce contre la poursuite des essais.
 
Evoquant à cet effet des études scientifiques, mais aussi et surtout les arguments désormais systématiques :
-          danger potentiel pour l’environnement
-          risques pour la faune
-          risque pour la préservation de certaines espèces rares
-          contamination des sols
Les critiques sont basées principalement sur de prétendues nouvelles investigations scientifiques. En fait il s’agit d’un jugement en 2003, d’un autre en 1998 et d’un dernier également en 1998.
Ceci dans un chapitre intitulé « neue wissenschaftliche Informationen ».
C’est irréaliste d’intituler « nouvelles informations scientifiques » des délibérations juridiques.
Tout comme est irréaliste d’évoquer l’extrême difficulté pour un agriculteur ayant semé du mais OGM de revenir à des semences traditionnelles.
 
Après avoir tout lu, et je répète que c’est totalement indigeste et j’ai du me faire violence, je reproche à cet article :
-          La faiblesse des arguments (quant ils ne sont pas fallacieux, voir les 2 exemples ci-dessus, ou encore évoquer qu’un autre pays mette en œuvre des principes de précaution identiques),
-          La litanie des mêmes objections dans un jargon pseudo-scientifique à l’adresse des humbles mortels (le document est public),
-          L’amalgame dans les évocations des risques,
-          La mise en avant systématique du principe de précaution.
L’impression qui domine est d’avoir du compulser un long document tatillon, avec une administration refusant de s’engager et évoquant à tout bout de champ l’impossibilité de négliger les risques.