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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 11:38

Le ciel vu de la Terre -Yann Arthus Bertrand (collection personnelle)


 

Le 4 Juin, Libération osait publier ce réquisitoire féroce contre la « propagande aux dimensions inouies » du célèbre hélicologiste .



« Home » ou l’opportunisme vu du ciel

 

 

par Iegor Gran

 


 

Demain va déferler sur les écrans un film de propagande aux dimensions inouïes. Véritable char d’assaut écolo, Home sera projeté simultanément dans 130 pays, sur les écrans géants du Champ-de-Mars et de Central Park, sur YouTube, France 2, Al-Jezira, etc. Gratuitement bien sûr, comme tout bon lavage de cerveau. Avant même sa sortie, le film se paie le luxe d’être adoubé par les puissants, à commencer par ces nouveaux phares intellectuels que sont devenus Al Gore et le prince Charles. Notre bon Président s’y collera aussi, à pousser le dithyrambe obligatoire, sans trop se forcer d’ailleurs, puisqu’on apprend déjà, officieusement, que ce serait son «film préféré».

Demain, il sera impossible d’échapper aux images forcément «sublimes», pas plus que l’on ne pourra ignorer le message du film, aussi lourdingue que les poches de Pinault, sponsor du projet : l’homme serait une blatte nocive pour la planète. Perché sur l’hélico, observant son monde avec bonté et paternalisme, Yann-Dieu assène prophéties glaçantes et déclarations dégoulinantes de sensiblerie. «Tout ce que tu vois n’est pas seulement un paysage, c’est le visage aimé de notre Terre.» Le tutoiement de la voix off cloue le bec et impose sa liturgie. On communie ad nauseam devant la beauté bio, écolo-guimauve d’un atoll en forme de cœur. La transe est accentuée par la musique, onirique à souhait, toute en trémolos vocaux et arrangements planants.

Yann-Dieu égrène sa vision binaire : homme - mauvais, Terre - jolie. Homme - parasite, Terre - richesse. Terre - notre maman adorée, homme - blatte. Pire que blatte - une blatte Sapiens sapiens. Vu d’en haut, c’est imparable : la blatte se démène dans les villes surchargées, aux fumées nauséabondes, accumulant les déchets, suçant l’eau, cultivant intensivement le sol. 200 000 ans que la blatte détruit ce que dame Nature a patiemment tissé en 4 milliards d’années. Cela ne peut plus continuer. Encore veut-on bien tolérer la blatte africaine ou inuite quand on la voit ramper dans le désert mauritanien ou polaire, traînant péniblement son barda. Brave petite blatte, économe de ses besoins, si belle dans son dénuement ! Touchantes images du making of où l’on voit Yann-Dieu, littéralement descendu du ciel, telle la bouteille de Coca-Cola dans Les Dieux sont tombés sur la tête, prendre un bain de foule parmi les indigènes. Blattes des pays pauvres, votre mode de vie est tellement tendance ! Il en va autrement de la blatte occidentale. Franchement, on a envie de l’écraser, cette blatte-là ! Lui faire bouffer les stations de pompage, les plates-formes off-shore, les usines qui puent, les aérodromes !

Quand il entend le mot culture, Yann sort son hélicoptère. Produit par Luc Besson, grand pourvoyeur de finesse devant l’Eternel, il nous assène quelques vérités grosses comme Las Vegas. Imagine-t-on combien il a fallu gaspiller de ressources fossiles pour construire cette ville inutile ? Terrifiantes images de mégalopoles : la bande-son devient angoissante, tendue. Los Angeles - quelle horreur ! New York, Dubaï - monstrueux ! Ne dirait-on pas des monolithes extraterrestres, de vilaines colonies venues de l’espace ? Et l’île de Pâques ? Ses habitants auraient mieux fait de s’occuper de leur forêt en péril plutôt que de perdre du temps avec de stupides statues. Regardez comme leur caillou est invivable maintenant !

Tous les Homère, Newton, Brunelleschi du monde ne sont rien à côté de la beauté sauvage d’une chute d’eau. La civilisation peut aller se rhabiller devant un éléphant gabonais galopant dans la brousse. «Les jeunes sont en quête de sens», dit le réalisateur, émerveillé par tant de cerveaux vierges à conquérir. «Il faut donner du sens à nos affaires», précise sans ciller François-Henri Pinault. Quel meilleur choix que de surfer sur l’hystérie collective du réchauffement climatique ? Judicieux marketing ! L’investissement dans la bonne conscience est rentable. Regardez les retombées presse ! La motivation des 88 000 salariés de Pinault grimpe en flèche. Les marques du groupe (Gucci, Sergio Rossi, Conforama, etc. - longuement énumérées au générique) récoltent leur onction écolo. La gabegie consumériste des hommes, ô combien vomie dans le film, se refait une santé dans un sympathique tour de passe-passe. Chez Sergio Rossi, on trouvera un «escarpin écologique» à 370 euros. Chez Gucci, un tee-shirt en coton bio, estampillé Home, 140 euros. Comme tout est simple, finalement. Après-demain, le char d’assaut sera dans les écoles. On va l’y envoyer «accompagné d’une fiche pédagogique». La rééducation forcée a commencé. Nature contre culture… L’opportunisme contre le génie humain. Je frémis et je me sens un peu seul.

Iegor Gran

http://www.liberation.fr/tribune/0101571237-home-ou-l-opportunisme-vu-du-ciel

 

 

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commentaires

Sceptique 19/06/2009 05:14

Je voudrais partager le plaisir de ma lecture de cette appréciation de Francis Marmande(le Monde du 17/06/09-p.2) du film de YAB:"Home, l'obèse oeuvrette de propagande signée Yann Arthus-Bertrand et quelques autres bienfaiteurs de l'humanité, élève "Bienvenue chez les Ch'tis" au firmament du cinéma d'art et d'essai. Ce qui donne toute sa mesure à cette vertueuse image publicitaire de la planète, outre l'insupportable tutoiement infantile de son commentaire, c'est, symphonie kitsh et autres chantilly électroniques, la musique. La musique dit toujours, non sans cruauté, la vérité de tout film."Le thème de l'apocalypse qui nous est promise en punition.... de notre existence, étant encore rentable, l'appât du gain facile séduira d'autres saints.N.B. Je n'ai pas vu le film et je n'irai pas le voir. "imposteurs" est un bon vaccin! 

Sceptique 17/06/2009 18:51

Je ne m'attendais pas à ce qu'un tel article soit publié par Libé. Mais il aura plus d'impact que s'il avait été publié par Le Figaro. J'ai envie d'ajouter que si la blatte humaine n'existait pas, la distinguée blatte repentante YAB ne pourrait dire que la terre est belle. Et les blattes pauvres qui en sont encore à tenter de survivre, n'ont sûrement pas le loisir de contempler leur paysage. 

Antonin 17/06/2009 18:46

Je ne pense qu'on ait affaire à un tutoiement de connivence mais au contraire au tutoiement du maitre vers l'élève. Je trouve d'ailleurs que c'est d'autant plus insultant : se prendre des leçons de morale par un tartuffe est vraiment atroce. Quand en plus le peu de fait qu'il y a dans le film est bidon, je me demande comment on peux laisser passer ce genre de machin à des enfants.Bientôt les blockbusters " les statistiques expliqués aux nuls" par Séralini, et " de l'importance de la déontologie " par Robin ?

sokal-bricmont 17/06/2009 13:46

YAB nous présentent en plus des chiffres soient fantaisistes soient jamais relativisés (Je renvois ici au forum du cercle zététique) :http://www.forum-zetetique.com/forum/forum/viewthread?thread=1813Le photographe suggère de plus que la planète est surpeuplée, ce qui est évidemment inexact, elle reste même sous-peuplée, une cause parmi d'autre de la pauvreté de l'Afrique.Les images du films sont superbes, ce qui ajoute à la sournoiserie du film. Et cette propension à créer la proximité par le tutoiement ("oui toi homo sapiens [...]") est vraiment insupportable !YAB a toujours été clair me direz-vous : peu importe la manière, peu importe l'inexactitude de l'argumentattion, peu importe que les données chiffrées soient fausses, seul compte la défense absolue de l'environnement déifié, l'éveil des consciences forcément racornies par une consommation abérrante.C'est tout de même bizarre : au même titre que YAB, je suis un défenseur de l'environnement et pourtant, je n'ai absolument aucun atome crochu avec cet individu.

Agnès 17/06/2009 13:26

Bonjour,Charlie hebdo du mercredi 10 juin a aussi publié un article incendiaire, décapant, contre ce film propagateur de déluge universel et outancièrement culpabilisateur.Amitiés, Agnès

Laurent Berthod 17/06/2009 13:17

1) En jouant sur une esthétique de pacotille, une sensibilité de petite fille et une émotivité de bonobo, impossible de ne pas gagner beaucoup d’argent. C’est imparable. Ce n’est pas le bon sens qui est la chose la mieux partagée du monde mais la vulgarité.2) Un dimanche à la campagne