Quand le Monde Diplomatique traite des OGM, ce journal BCBG applique systématiquement les mêmes méthodes que l’ensemble de la mouvance anti-OGM et ne fait pas mieux que Mari-Monique
Robin ou José Bové, seul le style différant, sociologie de son lectorat oblige ?
Dans son numéro de février 2009, un article intitulé Monsanto à l’assaut du Burkina Faso atteint le paroxysme de la propagande mensongère :
Monsanto à l’assaut du Burkina Faso
1/ « Paysans en colère » ?
Le surtitre de l’article nous annonce que « L’introduction du coton transgénique provoque la colère des paysans africains ». Curieux, tout le Monde a entendu parler des récentes émeutes de la faim en Afrique, mais pas de manifestations de colère des paysans africains liées aux OGM. Une colère rentrée, peut-être ? Même au Burkina Faso qui est pourtant le seul pays d’Afrique de l’Ouest à avoir démarré la culture du coton BT, pas d’écho… Ca met sans doute des gens en colère, mais qui exactement ?
Françoise Gérard, l’auteur de l’article est une française retraitée et domiciliée au Burkina et membre d’ATTAC. ATTAC Burkina Faso compte le nombre vertigineux d’une trentaine de membres, étudiants, journalistes, prêtres, intellectuels universitaires (1). Leur liste mentionne un seul agriculteur.
Quand on pense que Françoise Gérard affirme sans rire que : « Mais, comme leurs homologues altermondialistes occidentaux (sic !!!), les paysans du continent noir se méfient des conséquences sanitaires et sociales des organismes génétiquement modifiés » . Et malgré ça, sur plusieurs millions de paysans, un seul adhère à ATTAC ? Heureusement que pas plus que le ridicule, le culot ne tue.
Admettons que certains paysans se méfient des OGM, c’est une réaction humaine comme devant toute nouveauté. Mais où et comment se manifeste leur colère ?
« Un front anti-OGM rassemblant des associations s’est constitué : la Coalition pour la conservation du patrimoine génétique africain (Copagen) ».
« Coalition pour la conservation du patrimoine génétique africain ».Les paysans africains auraient-ils déjà attrapé l’accent du Larzac ? Notez bien qu’un gène BT est introduit dans du coton, et c’est tout le patrimoine génétique africain qui est en péril…
Serait-ce alors ce « Syndicat national des travailleurs de l’agropastoral » (Syntap) évoqué ailleurs ? Je n’ai trouvé aucun élément sur le net qui permette de se faire une idée de l’importance de cette organisation qui n’a apparemment pas de site internet.
« Des groupements de pays voisins en font partie [NDLR :du COPAGEN] : Bénin, Mali, Côte d’Ivoire, Niger, Togo et Sénégal. Bien que ses capacités financières soient restreintes, la Copagen a organisé en février 2007 une caravane à travers la sous-région afin de sensibiliser et d’informer les populations du danger qui les menace. Cette manifestation s’est achevée par une marche de protestation dans les rues de Ouagadougou. » (FD)
Capacité financière pas si restreinte que le prétend FD, il semble au contraire que les riches organisations écologistes européennes n’ont pas lésiné sur les moyens :
Combat Monsanto décrit au contraire une impressionnante logistique (2) : délégations étrangères dont européennes, retransmissions d’émissions télévisées, organisation de foires bio à toutes les étapes sauf Ouaga, « théatre forum », distribution de documents et tracts en langue française, des ateliers d’ « échange interpaysans » (sic !!!) . FD se moque véritablement de nous en pleurnichant sur les moyens limités… Tout ça bien sûr pour apporter aux paysans une « information juste et objective sur les OGM ». On n’a pas oublié de leur passer Le monde selon Monsanto, au moins ?
D’ailleurs, un des participants aurait conclu : « Si c’est ça les OGM, nous n’en voulons pas ! Est-ce que nos responsables travaillent vraiment pour notre bien ? Il faut dès à présent introduire partout l’information et la sensibilisation sur les OGM ; ils ne passeront jamais par l’Afrique... » .
On l’a tellement bien informé que le pauvre ne sait pas qu’il y a déjà des OGM en Afrique, depuis 12 ans !
Le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré tous ces moyens engagés, les paysans n’ont pas été si massivement touchés par la grâce, puisque Combat Monsanto parle d’une participation de « plusieurs milliers de paysans » et 80 élus. Plusieurs, c’est-à-dire au moins 2000 ? Quand on sait le penchant au triomphalisme inhérent au monde militant…
Parions que la colère contre les OGM au Burkina, c’est avant tout celle des anti-OGM occidentaux, et d’une petite minorité alliée en Afrique, pas celle des paysans.
En parlant de la colère des paysans africains, FD essaie de légitimer sa propagande par le résultat qu’il rêve d’en obtenir .
2/ Comploïte aigue :
Tellement convaincu du caractère diabolique des OGM, LMD n’imagine pas qu’il puisse s’imposer quelque part sans qu’il y ait derrière des manigances …diaboliques :
« Comment le Burkina Faso en est-il venu à travailler avec une entreprise célèbre pour son herbicide Roundup et son « agent orange » ? (FD)
Comme dans toute la propagande anti-OGM , on fait en sorte que les OGM soient associés subliminalement aux horreurs de la guerre, l’agent orange étant un herbicide détourné de son usage pendant la guerre du Vietnam. Quand bien même il aurait conçu pour être une arme de guerre, l’amalgame est exactement aussi stupide que le serait de juger l’aspirine de Bayer en fonction du gaz moutarde !
« (..) ce n’est qu’en 2003, lors d’un atelier sur la biosécurité à Ouagadougou, que la Ligue des consommateurs apprit l’existence de ces essais et divulgua ce que l’Institut de l’environnement et de la recherche agricole (Inera) avait dissimulé. Monsanto prétendit que les essais étaient effectués dans des « espaces confinés ». En réalité, il s’agissait de parcelles entourées de filets déchirés. » (FD)
C’est en secret que les essais se passent, mais Monsanto confine ses parcelles secrètes avec des filets… mais déchirés ! On nage vraiment dans le ragot à la MMR.
Observons ensuite la très subtile analyse géopolitique :
« Le Burkina Faso était le maillon faible de la région : son président Blaise Compaoré cherchait à renouer avec la « communauté internationale » après avoir soutenu activement l’ancien président du Liberia, M. Charles Taylor, pendant la très meurtrière guerre civile dans les années 1990. Il était soupçonné d’avoir alimenté le trafic d’armes et de diamants dans la sous-région. En quelques années, son pays est devenu un élève modèle des institutions financières internationales et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le partenariat avec Monsanto a ainsi constitué un geste politique envers les Etats-Unis, très mécontents de l’attitude de M. Compaoré. » (FD)
Pourquoi pas ? Sauf que FD part du postulat que les OGM ne peuvent être acceptés que sous la contrainte, et a donc cherché une explication a postériori de leur acceptation par le Burkina, rien de plus.
La puissance du raisonnement se juge d’ailleurs à cela :
« Si le Bénin a renouvelé pour cinq ans un moratoire sur les OGM, le Mali vient de céder à la pression et d’autoriser les essais de coton Bt. » (FD)
Or si les relations des USA avec le Mali qui vient paraît-il de « céder » sont qualifiées d’excellentes par la diplomatie américaine dans une note très récente, celles avec le Bénin aussi (3).. Le moratoire ne les a même pas fâchés .Mais FD va surement nous trouver une autre explication a postériori à ce mystère . C’est tout un art, la dialectique !
« Si Monsanto a choisi le Burkina Faso, c’est d’abord parce qu’il est le plus gros producteur de coton d’Afrique de l’Ouest, devant le Mali, le Bénin et la Côte d’Ivoire. » (FD)
Toujours cette puissance d’analyse ! Si ça avait été plus facile de s’implanter d’abord au Bénin, Monsanto aurait choisi le Bénin. Et s’il avait fallu partir d’abord à l’assaut de la minuscule Gambie, Monsanto aurait choisi la Gambie.
Mais plongeons maintenant vers les abysses de la pensée :
« En outre, sa situation géographique en fait le cheval de Troie des biotechnologies dans la région. Les frontières sont poreuses : on sait que les usines d’égrenage favorisent des échanges involontaires. La contamination « accidentelle » des plantes par les OGM profite aux firmes conquérantes, une plante contaminée ne pouvant revenir à son état antérieur et rien ne distinguant à l’œil nu une plante génétiquement modifiée d’une autre. » (FD)
Et oui, la stratégie de Monsanto est encore plus machiavélique que vous ne l’auriez imaginé ! C’est tout juste si des petits gnomes ne traversent pas les frontières la nuit pour aller « contaminer » les plantes des pays voisins. Et en plus « ça ne se voit pas », contrairement à l’hypothèse concurrente et très imaginative de Madame Robin pour qui le maïs mutant peut revêtir les formes monstrueuses d’ Arabidopsis thaliana, une plante modèle de laboratoire.
Quand bien même quelque sacs de graines passeraient la frontière, FD serait bien incapable de nous dire l’avantage que Monsanto en tirerait pour imposer ensuite ses semences. Il est même plus vraisemblable qu’elle ait au contraire intérêt à surveiller que des exportations volontaires n’ait pas lieu, permettant à des agriculteurs de développer une culture clandestine de Coton BT sans payer de redevance, ce qui ralentirait d’autant sa possibilité d’expansion (4).
LMD prétend ensuite que ce sont de véritables milices déployées pour forcer les agriculteurs à faire du BT :
« Yezuma Do, producteur, raconte : « Ils sont venus avec les autorités et les gendarmes pour nous dire que l’année prochaine nous ferons tous du Bt, parce que c’est mieux pour nous. Mais ils ne nous disent pas le prix des semences. Et si nous refusons, l’UNPCB nous prévient que nous ne pourrons pas égrener notre coton conventionnel dans la région. » De guerre lasse, M. Do envisage, avec de nombreux voisins, de renoncer à la culture du coton. » (FD)
Un témoignage facile à vérifier bien sûr… C’est peut-être vrai . Le problème est qu’entouré de tant d’idioties et de mensonges volontaires, on peine à le croire ! Comment se fait-il d’ailleurs que dans un tel climat, le gouvernement laisse tranquillement s’organiser sur son territoire une telle campagne anti-OGM dont se vante FD ?
3/ L’éternelle litanie :
« Les dépliants sur papier glacé de Monsanto décrivent un monde idyllique à l’aide des statistiques de l’Inera. Ils prétendent que les semences OGM Bollgard II apporteront : une augmentation moyenne de rendement de 45 %, une réduction des pesticides de six à deux passages, une réduction des coûts de 62 %, d’où une économie de 12 525 francs CFA par hectare (soit 20 euros) et, par conséquent, un bienfait pour la santé des cultivateurs et pour l’environnement. Or rien ne paraît plus aléatoire que le « rendement moyen » dans un pays soumis à une pluviométrie capricieuse. S’il ne pleut pas, il arrive que les paysans soient obligés de procéder jusqu’à deux ou trois semis successifs. Lorsque le prix des semences est négligeable, il s’agit « seulement » d’un surcroît de travail. Mais, si on doit acquitter les DPI, à combien reviendra un hectare de coton ? (..)Quant à la réduction des coûts, il est bien hasardeux d’avancer un chiffre alors que Monsanto garde jalousement le secret du prix des DPI, qui s’ajoutera à celui des intrants et des herbicides. A supposer que les rendements soient meilleurs, la différence ne permettra guère plus que d’éponger le surcoût des DPI.(..) . M. Diallo, le ministre de l’agriculture, promettait des rendements de trois tonnes à trois tonnes et demi à l’hectare... Les meilleurs essais OGM n’ont donné qu’une moyenne d’une tonne trois cents kilos à l’hectare. » (FD)
Les anti-OGM adorent spéculer dans le vide, pour ne pas dire pédaler dans le yaourt. Et FD n’a même pas pris la peine ou refuse de consulter les publications qui rendent compte des années d’essai des OGM (5). Ca lui aurait pourtant évité de dire n’importe quoi sur les rendements des meilleurs essais OGM : les rendements moyens dépassent les 2 tonnes à l’hectare, soit beaucoup plus que ce qu’elle affirme être les meilleures performances. D’autre part , les auteurs de cette étude ne se sont pas contentés de bavarder sur la moyenne comme la journaliste, mais ont calculé les gains de rendements et leur probabilité d’occurrence, en fonction du niveau d’infestation des parasites :
Avantages de rendement du coton Bollgard II utilisés dans
le modèle économique et la probabilité de leur occurrence
Avantage de rendement de Bollgard II (%)
Infestation 5 15 25 35 45 60
Faible 0.09 0.37 0.43 0.09 0.02 0.00
Moyenne 0.03 0.09 0.31 0.39 0.17 0.01
Elevée 0.00 0.03 0.12 0.28 0.45 0.12
Source: Modèle dégâts des parasites/lutte contre les parasites des auteurs.
Lecture du tableau : pour une infestation moyenne, la probabilité d’un avantage de rendement de 35% est de 0,39 (39%), la probabilité d’un avantage de rendement de 45% est de 0,17 , la probabilité d’un avantage de rendement de 60% est de 0,01 (39%), etc…
Sur un autre plan,l’étude citée calcule -froidement- la répartition du surplus monétaire induite par l’introduction du Bolgard. Au delà d’un certain niveau de redevance, le bénéfice du semencier décroit car décourageant l’agriculteur de cultiver. Ce seuil est de 90 $ pour l’ensemencement d’un hectare, soit 2 fois plus que ce qu’elle présume être le seuil que pourrait dépasser la redevance. Marx avait compris il y a 150 ans que pour extorquer de la plus-value, encore faut-il que la force de travail soit en capacité d’en produire (6). Apparemment, les brillants théoriciens « néo-Tobbinistes » ne l’ont toujours pas compris.
« En outre, il s’avère que le gène miraculeux reste sensible à la sècheresse et qu’il dégénère à mesure que la plante croît. » (FD)
C’est un concept du conseil scientifique d’ATTAC-Burkina Faso, le gène qui « dégénère » ? C’est juste le gène BT qui dégénère à la sécheresse ? Les gènes non BT , donc « naturels » ne dégénèrent pas ? On voit que si les anti-OGM ici tombent un jour en panne d’arguments loufoques, il y a un réservoir de têtes pensantes en Afrique de l’Ouest !
« En effet, deux phénomènes peuvent se produire : l’apparition de chenilles résistantes au gène (en quatre ou cinq ans) et de ravageurs secondaires non maîtrisés par le gène. » (FD)
Litanie ! on pourrait leur lister des milliers d’articles relatant ces phénomènes en agriculture conventionnelle, les anti-OGM font comme ci c’était un risque inhérent aux OGM, et ressortiront l’argument jusqu’au dernier hectare cultivé sans OGM. Quand bien même la gestion de ce problème aurait correctement maîtrisé jusqu’à l’avant dernier hectare!
« Curieusement, si le Comité consultatif international du coton (CCIC) (8), réuni à Ouagadougou du 17 au 21 novembre 2008, a vanté la réussite spectaculaire du coton Bt indien (six années consécutives de rendements croissants), aucune mention n’a été faite de la vague de suicides chez les petits producteurs ruinés par une production bien inférieure à ce qu’on leur avait fait miroiter. » (FD)
On se doute que tout à leur volonté d’information « juste et objective », les caravaniers anti-OGM ont du marteler cet argument, et ils continueront indéfiniment à colporter cette rumeur alors que les paysans indiens ayant adopté le coton BT ont très sensiblement augmenté leur revenu par rapport aux autres (7). Le nombre continuellement croissant des cultivateurs OGM en Inde 5 ans après la prétendue vague de suicides étant le meilleur argument à opposer à ceux qui, non contents de mentir, prennent en plus les paysans pour des imbéciles.
4/ Quelles alternatives ?
Nul ne peut être sûr du succès des OGM au Burkina. Le choix entre culture conventionnelle de coton et culture OGM est avant tout technique pour les agriculteurs
pauvres de ce pays, pour qui compte avant tout le fait que ça améliore ou non leur revenu. L’évolution du marché mondial du coton reste somme toute la principale inconnue.
Personne ne prétend qu’une technologie, même puissante, pourrait mettre fin à des problèmes d’organisation économique. Et là, y a-t-il une alternative pour les paysans burkinabais et ailleurs ? Comme c’est ce que suggère la dénomination altermondialiste » du monde , voyons ce qu’il propose :
Pas de socialisation de l’agriculture, il est vrai que de tels projets n’ont plus très bonne presse. La solution , ça serait par exemple… le bio équitable, vous avez encore deviné ! Pas de révolution économique donc, mais une solution plus écologiste qu’ écologique et une modification à la marge des rapports producteurs/consommateurs.
« Parmi les solutions de rechange aux OGM, il existe le coton bio et équitable que l’association Helvetas a lancé au Mali en 2002, au Burkina Faso en 2004 : aucun produit chimique, fumure organique (gratuite), récolte de première qualité... Le sol se régénère au lieu de se dégrader. Le kilo de coton est payé 328 francs CFA (0,50 euro) au producteur, contre 165 francs CFA (0,25 euro) pour le coton conventionnel. La filière regroupe déjà quelque cinq mille petits producteurs sur environ sept mille hectares répartis sur les trois régions, Ouest, Centre et Est, du Burkina. Mais plusieurs facteurs semblent freiner son expansion : outre les interventions sonnantes et trébuchantes de Monsanto, allié aux institutions financières internationales, le transport du fumier organique nécessite un âne et une charrette. Rares sont les paysans qui disposent de ces moyens. »
Or un rapport de cette association est disponible sur Internet (7) et en dit très long sur FD et ses amis.
D’abord parce que l’INERA et l’UNPCB, le syndicat majoritaire des producteurs de Coton, tous deux stigmatisés comme les suppôts de Monsanto, ont participé au projet et cosignent le rapport.
Le rendement moyen des exploitations bio pour la campagne 2005/2006 est de 466 kilos à l’hectare, avec des variations considérables d’une exploitation à l’autre, et ce malgré l’encadrement des agriculteurs. Les rendements moyens du coton dans le pays, avant introduction des OGM, étaient pour la même campagne de 1075 kg par hectare, soit 2,3 fois plus élevés (8).
Le rapport précise :
« Les producteurs et productrices ayant produits plus de 400 kg/ha de coton graine dégagent des marges bénéficiaires positives. Pour atteindre des marges similaires au coton conventionnel, des rendements de 600kg/ha sont nécessaires. »
Même si on ne dispose pas de toutes les données afin de calculer le différentiel de revenu conventionnel et bio, un constat s’impose (11) : les producteurs bio ont fait en moyenne leur marge bénéficiaire sur 66 kilogrammes par hectare.
Dans une région (Fada) représentant 29% des agriculteurs bio, les rendements (663 kg/ha) semblent satisfaisants du point de vue de l’agriculteur, même s’il reste très en deçà de la production moyenne conventionnelle. 80 des 190 agriculteurs dépassent le seuil évoqué de 600 kg/ha et pourraient donc avoir un revenu supérieur aux producteurs conventionnels TCEPA. Il manque des données comparatives sur les performances des producteurs de coton conventionnel dans cette région.
Dans la région de Pô (17% des agriculteurs bio), les rendements dépassent à peine 400 kg/ha. Dans les autres régions (54% des agriculteurs bio), les seuils sont nettement inférieurs à 400 kg/ha.
Globalement , la prime au bio/équitable ne compense pas, loin de là, les pertes de rendements.
Si les estimations de gains liés aux OGM sont fondées, alors le fossé OGM/ bio serait encore plus important.
Le consommateur des pays riches sans nul doute animé par des sentiments généreux qui verse une prime au commerce dit équitable, saura-t-il qu’il s’agit en fait d’une prime à l’appauvrissement (9) ? Est-ce cela que veulent ceux qui sur le terrain cherchent à empêcher à tout prix les OGM mais préconisent le bio en jouant sur la corde des bons sentiment ? On est en droit de se le demander !
Le projet n’est même pas écologique, ou alors dans le seul sens rétrograde de la décroissance. Car pour produire autant, il faudrait multiplier par plus de deux les surfaces cultivées. Le bio bon pour la nature est surtout une « légende urbaine » (10). Il n’est pas certainement pas bon pour la santé des hommes, et FD qui se préoccupe de l’exposition aux pesticides chimiques préconise le recours au fumier organique, alors même qu’elle précise :
« L’argument auquel les cultivateurs sont le plus sensibles reste la diminution des pesticides que Monsanto fait miroiter. En effet, pendant les jours d’épandage, il est fréquent que les agriculteurs dorment dans leurs champs avec toute leur famille, s’exposant ainsi à la toxicité importante de ces produits. »
Parce que les contaminations par le fumier, c’est peut-être préférable ? Sans parler du confort, pour des gens dont elle précise qu’ils dorment parfois dans leur champs !
Le responsable d’ Helvétas est lui aussi opposé aux OGM .Quelle coïncidence ! :
« Selon M. Abdoulaye Ouédraogo, responsable de la filière coton à Helvetas Burkina, « ici, il n’y a pas d’avenir pour les OGM. D’abord pour des raisons climatiques. Ensuite parce que les petits producteurs n’appliqueront jamais les consignes. Ils se préoccupent d’abord de remplir les greniers pour nourrir la famille : le coton vient seulement après. Ce n’est pas comme aux Etats-Unis, où l’on pratique la monoculture à perte de vue... ».
Tiens donc, mais dans ce cas pourquoi une filière bio , puisque le coton vient « seulement après », et que les gens n’appliqueront jamais les consignes (quel mépris, au passage !)? La mauvaise foi semble décidemment universelle dans le monde alter-écolo.
A la « mondialisation libérale » souvent brutale et l’hégémonie américaine , la mouvance représentée par Le Monde diplomatique oppose en réalité une forme de néo-colonialisme humanitaire et paternaliste qui vise à maintenir l’Afrique et ses paysans dans une arriération économique et technique qu’aucun de ses représentants n’accepterait de supporter. La sauvegarde de la planète et les alibis culturels ont bon dos.
Anton Suwalki
Notes
(1) http://attacburkina.africa-web.org/spip.php?article17
(2)www.combat-monsanto.org/spip.php?article144
(3)http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/6761.htm
http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2828.htm
(4) voir notre article sur l’Inde et la note sur l’industrie parallèle de semences.
http://imposteurs.over-blog.com/article-26582952.html
(5) Evaluation des impacts économiques de Bollgard II au Burkina Faso :
http://alida-algodon.org/meetings/biotech_2007/documents/french/lundi/f_vitale_ouattara.pdf
(6) le fait qu’il ne s’agisse pas de main d’œuvre salarié mais de petits paysans indépendants ne change rien ici.
(7) http://www.helvetas.bf/Burkina_Faso/global/pdf/programme/Rapport_annuel_2005_BF.pdf
(8) http://www.karfo.net/dossiers/dossiers.php?val2=8_3_les+rendements
(9) au moins dans ce cas précis, ne généralisons pas.
(10) Urban myths of organic farming. Anthony Trewavas.
http://www.nature.com/nature/journal/v410/n6827/full/410409a0.html
(11) paragraphe en bleu modifié le 22/06/2006 . erreur d’interprétation initiale : cf commentaires de Ptoufle .AS