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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 13:03

Pour la première fois en 2008, 3 pays du continent africain -dont 2 nouveaux- ont cultivé des plantes génétiquement modifiées destinées à la consommation (1).

 

-L’Afrique du Sud cultive depuis maintenant douze ans des OGM: du maïs, du soja et du coton  ,sur une surface totale qui atteint désormais 1 800 000 hectares. 

-Les deux nouveaux pays sont l’Égypte, qui a cultivé 700 « petits » hectares de maïs BT, mais surtout le Burkina Faso qui s’est lancé dans la culture commerciale de 7 500 hectares de coton BT, après plusieurs années d’essais

D’autre part, le Kenya a adopté une loi sur la biosécurité dans le but de cultiver prochainement des OGM. (2).

 

 

 

 

Difficultés sur le mais OGM en Afrique du Sud cette saison

 

 

Alors que l’Afrique du Sud cultive depuis 12 ans des OGM sur des surfaces désormais très importantes, les producteurs de maïs (3) sont au cours de la saison 2008-2009 confrontés à un problème important concernant 3 hybrides.

Selon le semencier Monsanto (4), le quart des 75000 hectares plantés avec ces hybrides seraient affectés par un déficit de pollinisation, affectant de 10% en moyenne les rendements. Des baisses beaucoup plus importantes peuvent bien sûr avoir été constatées dans certains champs.

Ce problème, qui peut avoir plusieurs origines, serait ici lié selon Monsanto au choix technique d’inverser les parents des hybrides concernés. Il s’agit là d’une opération banale en matière d’hybridation, et qui n’a rien de spécifique aux OGM. De même que les problèmes de pollinisation peuvent avoir plusieurs causes (5) et se rencontrer avec des plantes non-GM.

 

Mais ces ratés ont immédiatement été exploités ici, à des milliers de kilomètres pour un problème qui serait passé totalement inaperçu s’il ne s’était pas agi d’OGM. Après le mensonge sur les moutons néo-zélandais, sur les suicides des paysans indiens, les mêmes répandent avec le même cynisme  des rumeurs de catastrophe, voire de famine en Afrique du Sud (6)!

 

Les agriculteurs sud-africains qui eux cultivent depuis des années des plantes génétiquement modifiées, sauront sans doute plus facilement faire la part des choses que le public européen roulé dans la farine par les anti-OGM.

 

Le Burkina Faso, du coton BT au niébé BT ?

 

Les essais pratiqués au Burkina Faso depuis plusieurs années pour du coton BT de variété Bolgard II  se sont avérés potentiellement fortement profitables selon une étude publiée récemment (7), motivant la mise en culture des 7 500 hectares mentionnés ci-dessus. Nous ne connaissons pas le bilan détaillé même si  les nouvelles rapportées par lefaso.net (8) sont positives. Toujours est-il que le Burkina Faso est décidé à passer à la vitesse supérieure, l’INERA (l’institut de recherche agronomique local) espérant produire de quoi ensemencer 400 000 hectares dès 2009.

          Le sort du coton BT est important pour un pays où 3 des 13 millions d’habitants vivent directement ou indirectement du coton (L’État du Monde 2007), celui-ci représentant 25% du PIB et 60% des recettes d’exportations. OGM ou pas, les résultats de la quasi-monoculture d’exportation dépendent avant tout fluctuation des prix mondiaux. Toutefois, la réduction des pertes liées aux ravageurs et la réduction des coûts amélioreraient la situation du pays et de ses habitants.

 

         Une autre innovation tient dans la nature inédite du contrat qui lie le Burkina au semencier, tendant à prouver que ceux-ci ne sont pas tout-puissants pour peu qu’ils trouvent en face d’eux une volonté politique.

 

« L'État est copropriétaire, avec Monsanto, des variétés génétiquement modifiées, explique le chercheur. Nous discutons d'égal à égal. Le prix de la semence et la répartition de la valeur ajoutée entre nous et eux seront fixés d'un commun accord. » affirmait Gnissa Konate, directeur de l'Inera dans le Monde (9).

 

Mais le Burkina Faso a l’intention de se lancer dans un autre projet, celui du niébé (proche du haricot) génétiquement modifié également de type BT, particulièrement intéressant car il est destiné à protéger des lépidoptères un produit  très consommé dans le pays et dans la région, et non plus un produit essentiellement destiné à l’exportation vers les pays riches. C’est un projet qui intéresse plusieurs produits africains.

 

Selon l’Institut pour la recherche et le développement (IRD) :

« Après de nombreuses tentatives infructueuses par différents laboratoires dont l'IITA (International Institute of Tropical Agriculture), c'est le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization), à Canberra (Australie), qui a enfin réussi une première transformation génétique et qui introduit en ce moment un gène Bt (Cry1Ab) chez le niébé. 

 

C'est certainement le projet qui aura le plus d'impact sur l'Afrique en terme d'amélioration des plantes vivrières depuis virtuellement un siècle. Actuellement les paysans africains perdent jusqu'à 95 % de leur récolte potentielle de niébé du fait des insectes qui attaquent la plante à tous les stades de son développement et ces 5 % abandonnés par les insectes constituent la principale source de protéine pour sans doute la moitié de la population du continent. » (10)

 

Plusieurs aspects de la biosécurité du niébé génétiquement modifié ont été étudiés par l’ IRD et l’ICIPE en collaboration notamment avec l’Inera burkinabais et l’Université de Nairobi, les possibilités de résistance des ravageurs ou l’impact sur la faune non cible, mais aussi le fait que le niébé cultivé côtoie un niébé sauvage et que des flux de pollen sont possibles entre les deux.

Voici comment Rémi Pasquet, le responsable du projet de recherche présentait sa problématique (11):

 

« Le travail s'articule autour de trois points essentiels:

1) Les flux de pollens et donc la biologie florale (timing de libération du pollen, longévité du pollen, compétitivité relative des différents pollens), le comportement des pollinisateurs et l'efficacité relative des différentes espèces, l'importance des flux en populations naturelles et artificielles en fonction de différents facteurs (saison et météorologie, couleur des fleurs, timing de l'ouverture des fleurs, densité relative des populations sauvages et cultivées...)

2) La prédation avant dispersion des graines (due essentiellement aux insectes, dont certains seront affectés par le gène Bt) et la compétitivité relative des hybrides sauvage-cultivé, des plantes sauvages, et de leurs descendances.

3) La prédation après dispersion des graines (due surtout aux oiseaux et aux rongeurs). Ce dernier point est très important car ces prédateurs ne seront pas affectés par le gène Bt et ils devront être à même de compenser la réduction du rôle des insectes dans la régulation de la démographie des populations sauvages, rendant ainsi le niébé-Bt sans risque écologique »

Quelques premiers éléments de réponse :

 « Le niébé Bt peut être considéré sur de bons rails, car 1) les premières lignées de niébé Bt existent déjà, 2) les risques de développement de résistances chez l'insecte cible apparaissent faibles car le niébé n'est pas leur hôte principal, 3) pour cette même raison, l'impact sur les insectes "non cibles" va être très limité, 4) le risque écologique pourrait être nul dans la mesure où les principaux prédateurs des niébés sauvages pourraient ne pas affectés par le gène Bt (si les premiers résultats ne sont pas contredits pas les essais et suivis en cours, en particuliers ceux menés au Burkina). » 

 

Concernant le problème spécifique de dissémination de gènes BT vers les plantes sauvages,une recherche originale menée au Kenya confirme une telle possibilité (12). Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont équipé des spécimens de Xylocopa flavorufa -une grosse abeille commune d’Afrique - d’un émetteur radio fixé sur leur dos, afin de suivre leurs déplacements et d’observer leurs éventuels allers-retours entre les zones ou poussent le niébé sauvage et les champs de niébé cultivé.  

 

Il s’avère que des abeilles ont bien visité les 2 populations de niébé, et il a été observé qu’une abeille pouvait aller butiner jusqu’à 6 kilomètres de son nid. Néanmoins, les chercheurs estiment que les flux de pollen sont possibles mais faibles, la cartographie précise de leur déplacement permettant de constater que les insectes pollinisateurs visitent principalement un seul site, et que lorsque les champs sont situés à plus de 50 mètres des populations de niébé sauvage, la probabilité de voir celle-ci fécondée par des pollens de plantes domestiquées est extrêmement faible.

Malgré ces risques limités, les scientifiques souhaitent poursuivre leurs recherches et évaluer plus précisément l’impact écologique de plantes sauvages qui deviendraient effectivement résistantes aux lépidoptères.

 

Anton Suwalki

 


 

 

Notes

 

(1)   c’est-à-dire mis en production des OGM destinés à la consommation , au -delà des essais en champ.

(2)     Rapport de l'ISAAA 2008

(3)   du maïs RoundUp ready ou combinant les traits RoundUp ready et  BT

(4)   Communiqué de Monsanto

(5)     Université de Purdue, département d'agronomie

(6) Un exemple : ça s'appelle "abonné au bio" !

(7)Second-Generation Bt Cotton Field Trials in Burkina Faso: Analyzing the Potential Benefits to West African Farmers -- Vitale et al. 48 (5): 1958 -- Crop Science

(8) Plantes génétiquement modifiées au Burkina : Après le coton, cap sur le niébé Bt

(9) Le Monde 28/05/2008

(10) Institut de recherche et de développement

(11) IRD_ Mission Pasquet

(12IRD- Fiches février 2009

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