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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 11:53

A près de 200 kilomètres de la frontière de la région Rhône-Alpes, j’ai eu la surprise de trouver dans un bistrot un dépliant en couleurs intitulé « Les OGM , c’est ni oui ni non ! », sur lequel apparaissent les logos de Rés’OGM Info, un groupe de pression anti-OGM et celui de la région Rhône-Alpes.           

Devant un tel titre, on se dit qu’enfin on se préoccupe d’ élaborer une discussion sérieuse sur une question importante qui concerne l’avenir de l’agriculture. On est vite détrompé de l’apparente neutralité que veut donner le titre. En fait, le dépliant aurait davantage mérité le titre « Les OGM , c’est ni oui ni oui ! ». Les rédacteurs de cet opuscule n’ont pas jugé nécessaire d’écrire une seule ligne au crédit -même hypothétique- des OGM, et reprennent la litanie des arguments pseudo-scientifiques ,des demies-vérités ou des mensonges purs et simples mille fois entendus ailleurs. 

 

Après renseignement, cette brochure est visiblement une variante de celle pour laquelle l’association Rés’OGM Info  avait touché en 2007 75 000 euros du conseil régional de Rhône-Alpes et qui lui avait permis de disséminer sa propagande auprès des 40.000 agriculteurs de la Région (1). Rés’OGM Info , en fait un réseau d’associations (2) n’est pas la structure militante anti-OGM la plus connue du public. Ses capacités à agir auprès des insitutionnels semblent pourtant remarquable, et en particulier en Rhone-Alpes : celle-ci réussit à intervenir dans les lycées pour « informer » sur les OGM : ces interventions bénéficient également de subventions de la Région Rhône-Alpes (3).

 

Je remercie Marcel Kuntz qui m’a autorisé à publier ses premiers éléments de réponses scientifiques rédigées quelques semaines après la diffusion de la brochure en Avril 2007.

 

Anton

 


 

Notes

 

(1) http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article211

 

(2) on se demande d’ailleurs ce que vient faire pami ses adhérents le Conseil Départemental des Associations Familiales Laïques !

 

(3) http://www.infogm.org/resogm/docsmac/plaquettelyces.doc

 

 


 

 

 

15 Mai 2007

Premiers éléments de réponses scientifiques

à la brochure anti-OGM envoyée aux agriculteurs rhônalpins

par Marcel Kuntz

 

Contexte :

En avril 2007, un groupe de pression anti-OGM financé par le Conseil Régional de Rhône-Alpes a envoyé un bulletin aux 40 000 agriculteurs de la région, afin de les dissuader d’utiliser des OGM

(http://www.infogm.org/resogm/bulletin.html).

Objectifs :

Il s’agit ici de comparer, par quelques exemples tirés plus spécifiquement de la plaquette Bullagri3 (« OGM et pesticides »), les allégations des groupes de pression anti-OGM aux données scientifiques actuellement disponibles. Les éléments fournis ci-dessous ne sont pas exhaustifs.

 

Au sujet des plantes sécrétrices d’insecticides :

Allégation : « les pesticides favorisent les attaques des plantes par des champignons pathogènes. Ex. Fusarium. »

Données scientifiques :

Des données concordantes montrent au contraire une plus faible contamination des maïs OGM de type Bt par les mycotoxines produites par des champignons comme Fusarium. En effet, ces champignons trouvent moins de portes d’entrée (perforations causées par les larves d’insectes) pour infester les plantes en raison de la protection offerte par les toxines insecticides Bt.

 

Exemple 1 de publication

http://highwire.stanford.edu/cgi/medline/pmid;11829636

Extrait : « The protection of maize plants against insect damage (European corn borer and pink stem borer) through the use of Bt technology seems to be a way to reduce the contamination of maize by Fusarium species and the resultant fumonisins in maize grain grown in France and Spain »

Titre de la publication : Fungal growth and fusarium mycotoxin content in isogenic traditional maize and genetically modified maize grown in France and Spain.

J Agric Food Chem, February 13, 2002; 50(4): 728-31.    

B Bakan, D Melcion, D Richard-Molard, and B Cahagnier, Laboratoire de Microbiologie et Technologie Céréalières, Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Nantes, France.

 

Exemple 2 de publication

http://highwire.stanford.edu/cgi/medline/pmid;16779644

Extrait : « Genetically modified (GM) Bt corn, through the pest protection that it confers, has lower levels of mycotoxins: toxic and carcinogenic chemicals produced as secondary metabolites of fungi that colonize crops».

Titre de la publication : Mycotoxin reduction in Bt corn: potential economic, health, and regulatory impacts.

Transgenic Res, June 1, 2006; 15(3): 277-89.    

F Wu, Environmental, Occupational Health, Graduate School of Public Health, University of Pittsburgh, 130 DeSoto St., Pittsburgh, PA 15261, USA

 

Rapport de synthèse (AFSSA)

OGM et alimentation : peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ?

http://www.afssa.fr/Object.asp?IdObj=24912&Pge=0&CCH=070507145334:26:4&cwSID=B0B805308E1547E9A4E77602C208F2AA&AID=0     (voir pages 12-19)

« la moindre présence de mycotoxines dans les maïs Bt ... est à porter au crédit d’une stratégie d’intervention génétique sur le maïs... ».

 

Allégation :

« la présence accrue de cette toxine à des conséquences sur les animaux qui consomment ces plantes ».

Données scientifiques :

Les animaux qui consomment le plus les OGM sont les animaux de ferme. Aucune des études réalisées sur ces animaux n’a constaté de différences par rapport aux animaux témoins.

(http://www.isb.vt.edu/articles/mar0702.htm ; http://www.entransfood.com/)

 

Au sujet de l’adaptation des variétés OGM au climat :

Propos attribués à Marc Fellous (Institut Cochin et Président de la Commission du Génie Biomoléculaire) : « le maïs peut casser après un coup de tramontane ».

Rectificatif de M. Fellous au sujet du texte cité :

« ... une grossière erreur dans la transcription de mes propos. C'est le maïs conventionnel qui est détruit après un coup de vent de tramontane. »

 

Au sujet des allergies :

Allégation :

« il y a des risques d’allergies liées aux protéines codées par les transgènes » , et au sujet des petits pois australiens : « La réaction des souris à la protéine pourrait préfigurer des atteintes à la santé humaine, a expliqué Thomas Higgins, chercheur au CSIRO ».

Données scientifiques :

Rapport de l’AFSSA (septembre 2006)

Allergies alimentaires : les plantes génétiquement modifiées ont-elles un impact ?

http://www.afssa.fr/Object.asp?IdObj=38616&Pge=0&CCH=070507145334:26:4&cwSID=A75B54D99DA34B9FB41705445D66EDB3&AID=0

Extraits :« en l'état de nos connaissances, il n'y a pas de raison de penser que les aliments issus de PGM présentent un risque d'allergie plus important que les autres aliments ».

et plus spécifiquement au sujet des petits pois du CSIRO :

« Bien que le petit pois en question ne montre pas de caractère strictement allergène, le développement de cette variété a été stoppé. On peut considérer que ce projet a été conduit selon les règles, voire au delà. »

 

Voici les commentaires de Thomas Higgins à la lecture de la plaquette Bullagri3.

« The comment attributed to me is not correct.  The results we have obtained apply only to mice.  Further work is needed to ascertain whether these results apply to humans. See the Nature Biotechnology editorial for a commentary ».

NDLR : Nature Biotechnology, janvier 2006

A noter aussi que la plaquette Bullagri parle, à ce sujet, successivement de mulots, de cobayes et de souris, alors qu’il s’agit exlusivement de souris.

 

Au sujet de rats nourris au soja transgénique :

Allégation : « l’équipe du Pr. Malastesta a publié des résultats exposant les impacts d’une alimentation à base de soja ... » ;

Analyse critique de Gérard Pascal (toxicologue, chargé de mission INRA) pour la Commission du Génie Biomoléculaire, en date du  27 février 2006 : « Le travail est peut être bien fait mais ininterprétable : il n’aurait jamais été publié dans des revues de toxicologie et/ou de nutrition. La première chose à faire est de caractériser le matériel avec lequel on travaille ! »

NDLR. Il apparaît clairement d’une correspondance avec Manuela Malastesta (qui peut être rendue publique) que les sojas témoins n’étaient pas appropriés, d’où une impossibilité initiale d’interpréter le travail. A noter aussi cette erreur grossière : l’étude porte sur des souris et non des rats.

                                                                                                            

Au sujet de l’herbicide glyphosate (formulations Roundup)

Allégation :

« les Roundup se concentrent dans la chaîne alimentaire »

Données scientifiques : Rapport de synthèse (AFSSA)

OGM et alimentation : peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ?

http://www.afssa.fr/Object.asp?IdObj=24912&Pge=0&CCH=070507145334:26:4&cwSID=B0B805308E1547E9A4E77602C208F2AA&AID=0

page 33 : « la faible liposolubilité du glyphosate que l’on peut traduire en moindre risque de bio-accumulation est aussi un élément en faveur de cet herbicide comparativement... ».

 

Au sujet des gènes de résistance aux antibiotiques

Allégations :

« ...doutes quant à leur totale innocuité sur la santé : par la présence d’un gène de résistance aux antibiotiques »

Données scientifiques : opinion de l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments (EFSA)

http://www.efsa.europa.eu/fr/press_room/news/ns_gmo_npt2.html

« EFSA GMO Panel reconfirms that the use of the nptII gene as a selectable marker in GM plants does not pose a risk to human or animal health or the environment »

 

Autres points :

Sans rentrer ici dans les détails, d’autres inexactitudes ont été identifiées :

 

-de manière générale, les chiffres sont présentées de manière incomplète voire biaisée (utilisation de l’herbicide glyphosate, contamination des eaux, dose d’insecticide Bt présent dans les plantes, etc.)

-les inconvénients des pratiques « alternatives » sont passés sous silence,

-les citations ont été sélectionnées pour étayer les a priori anti-OGM (exemple : citations nombreuses des travaux de consultance de Ch. Benbrook financés par des lobbies anti-OGM),

-les analyses des « contaminations » citées ici oublient celles, nombreuses et concordantes, dans plusieurs pays européens qui montrent que la co-existence est possible,

 

En conclusion :

Cette première série de réponses aux allégations des groupes de pression anti-OGM montre que les thèses de ces derniers sont en contradiction flagrante avec les nombreuses données scientifiques existantes.

Le financement par la Région Rhône-Alpes des groupes de pression anti-OGM et de la distribution de leurs allégations apparaît en contradiction avec « son ambition … d’encourager l’émergence et la diffusion de l’information sur les connaissances les plus récentes … en privilégiant les avis éclairés.. » (http://www.rhonealpes.fr/content_files/CommuniquePresse/dp_0711_OGM.pdf).

 

 

Synthèse établie par

Marcel Kuntz

Directeur de recherche au CNRS

Auteur du livre: Les OGM, l'environnement et la santé (Editions Ellipses).

 

Remerciements

aux scientifiques/experts auprès d’agences d’évaluation des OGM qui ont bien voulu apporter des précisions utilisées pour ces réponses: M. Fellous, E. Guiderdoni, T. Higgins, Ph. Joudrier, G. Pascal, C. Robaglia.

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commentaires

Sceptique 17/03/2009 07:14

Les frontières sont vraiment mal gardées! Il parait que certains nostalgiques du rideau de fer s'en préoccupent.