Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 11:11

Paru aux Editions Belin - Pour la science, ce livre de Rémi Cadet, enseignant-chercheur à l’Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand n’est ni un ouvrage d’histoire de la physiologie ni un manuel. Son but , affirme son auteur, est « plus modestement de poser grâce à une sélection d’expériences classiques ou moins connues, quelques jalons historiques qui ont marqué l’essor de la physiologie animale. »

L’acte de naissance de la physiologie (et donc de la médecine) comme science basée sur l’observation et l’expérimentation est récent. De l’Antiquité jusqu‘au 17ème siècle, les connaissances, la théorie et la pratique ont stagné et la théorie des humeurs du grec Galien a prévalu en Europe jusqu’au 18ème siècle. L’étude de l’anatomie humaine elle-même fut longtemps interdite à cause des tabous religieux qui imprégnaient cette période barbare où l’on pouvait châtier le pêcheur par le supplice de l’écartèlement mais où il était interdit …de disséquer son cadavre. Il faudra attendre la Renaissance et en particulier Vésale pour que l’étude anatomique reprenne ses droits.

Organisé en 7 chapitres, l’ouvrage aborde des questions essentielles de la physiologie en décrivant chaque progrès de la conaissance acquis à travers des expériences -exposées de manière très claire- qu’ignorent sans doute, au moins dans le détail la plupart d’entre nous. Rémi Cadet a du pour cela remonter aux documents originaux, les traduire, les remettre en forme, rechercher le contexte de l’expérience et de la découverte. Un travail remarquable. L’auteur a pris le parti d’arrêter à 1950 les expériences qu’il décrit,mais pour chaque question traitée, un encadré fait le point sur les connaissances actuelles.

La première expérience décrite concerne les travaux de l’anglais James Lind en 1747, médecin embarqué sur un navire de la British Navy, où les marins étaient atteints du scorbut. Il eut alors l’idée de tester l’effet de l’alimentation sur l’évolution des malades. Il soumit alors 12 marins répartis en 6 groupes de 2 à des régimes alimentaires comportant une base commune et un régime spécifique. Le résutat fut très clair et presque immédiat : la santé des deux marins à qui il avait fait consommer des oranges et des citrons s’améliora de manière soudaine et visible.Même si les stigmates du scorbut (tâches sur la peau, dents déchaussées, purulence des gencives…) ne disparurent pas, les marins recouvrèrent leur vigueur et l’un deux fut même capable de reprendre son service au bout de six jours.

On est probablement loin de l’exigence des protocoles modernes d’expérience , mais les bases en sont posées. Division des sujets de l’expérience en plusieurs groupes, régimes différenciés, observation, recherche de l’effet spécifique… Un B-A BA méthodologique qui n’a toujours pas, près de 3 siècles plus tard, été assimilé par les tenants des pseudosciences et particulièrement des pseudomédecines !

 

On comprend à quel point les progrès de la physiologie sont liés à la fois à l’émergence de la pensée scientifique et au progrès de l’ensemble des disciplines : la chimie bien entendu ,pour avoir mis en évidence des « substances » indispensables à la vie ou l’identification des gaz respiratoires par Lavoisier,mais aussi l’évolution des outils à la disposition de l’expérimentateur , tels que les appareils électriques qui permettront de découvrir la nature de la communication nerveuse.

On mesure à la lecture de ce livre que les progrès de la connaissance ne sont , pas plus dans ce domaine qu’un autre, une autoroute droite : ainsi, les préjugés peuvent parfois se révéler plus fort que la preuve, comme dans le cas de Spallanzani (18ème siècle) qui persiste à voir dans la « liqueur séminale » un simple rôle de stimulant, là où ses propres expériences suggèrent très fortement qu’elle joue un rôle indispensable dans la reproduction.

Par ailleurs, la découverte se produit parfois de manière fortuite, ou même à la suite d’erreurs ! C’est par exemple à la suite d’une erreur de son assistant remplaçant de l’eau distillée par de l’eau du robinet que Sydney Ringer (1883) découvrira le rôle des ions dans la contraction cardiaque.

Quelquefois aussi, la découverte scientifique s’approprie après les avoir étudiés et systématisés des savoirs empiriques . C’est notamment le cas du principe de la vaccination, importé de Turquie en Angleterre par Mary Worthley Montague (18ème siècle): la pratique, aux résultats semble-t-il très aléatoires, consistait à immuniser contre la variole en mettant les personnes en contact avec les produits de suppuration des pustules d’un malade. La pratique de l’innoculation sera adaptée à la fin du 18ème par un médecin britanique (Jenner), utilisant les pustules de la vaccine, une maladie infectieuse bovine transmissible à l’homme , méthode qui se révèlera immuniser contre la variole. Le terme vacciner qui en résulte sera utilisé pour la première fois par un certain Pasteur qui généralisera le principe d‘utiliser des formes atténuées d‘agents infectieux pour activer les mécanismes immunitaires…

On ressort de la lecture de l’Invention de la physiologie un peu plus cultivé et surtout plus conscient du difficile processus d’acquisition de la connaissance scientifique, de ses tâtonnements, et de l’ingéniosité de ses pionniers. A lire, donc .

Anton Suwalki

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Anton Suwalki - dans Divers
commenter cet article

commentaires

Sceptique 17/01/2009 09:52

L'idée d'un lien entre la "vaccine" et la variole ("petite vérole") viendrait de la constatation de ce que les garçons vachers (et les filles de ferme aussi, sans doute) échappaient aux épidémies de variole. Je doute qu'à l'époque, la similitude des pustules ait joué un rôle.

Agnès 16/01/2009 12:57

ça donne envie de le lire !
Amitiés, Agnès