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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 10:29

Dans la rubrique littéraire du célèbre hebdomadaire satyrique paraissant le mercredi, n° 4581, André Rollin (1) se livre à une critique élogieuse d’un livre intitulé « Un divorce français : Anquetil et Poulidor » signé Jacques Augendre (2). Selon André Rollin, cet opuscule « est un merveilleux recueil de souvenirs et d’anecdotes qui montre un Tour de France à l’échelle humaine. Ca change un peu ».

 

Soit. On comprend que les passionnés du cyclisme et du Tour s’intéressent au-delà de la course à ses à-côtés et à la personnalité des coureurs.

Mais les quelques citations proposées au lecteur du Canard laissent entrevoir une psychologie de Prisunic,  des rapprochements douteux et des clichés sociaux voire ethnico-physiques les plus éculés dont raffolent les journalistes et plus particulièrement les journalistes sportifs (3) .

 

André Rollin lui-même a chaussé les gros sabots pour se choisir un titre : « Le paysan et l’aristo ». Le paysan c’est bien sûr Poulidor, et l’aristo c’est Anquetil : ben voyons . N'étaient-ils pas tous deux , avant tout, deux sportifs professionnels ?

 

Leur origine sociale alors ?   Vérification faite, Anquetil est fils d’un horticulteur, et a passé un CAP de fraiseur. Comme origine aristocratique, on fait mieux ! Son style sur la bicyclette, alors ? Mais ça ressemble à quoi au fait , un aristo sur une bicyclette ?

Bref deux hommes « du peuple », mais on fait quand même enfiler à l’un les habits de la noblesse pour faire coller les portraits aux clichés dont les gens raffolent.

 

Jacques Augendre a enfilé non pas les sabots, mais la boite à chaussures, ce qu’André Rollin trouve visiblement très bien : « Deux hommes totalement antinomiques. Le blond normand, et le brun, le viking mâtiné breton au visage émacié et le campagnard limousin à la mine épanouie, l’introverti et l’extraverti, le routier de la ville et le routier des champs, le rouleur longiligne et le grimpeur musclé, celui qui commande et celui qui subit »

 

Rien que ça ! Il ne suffit pas de donner dans les poncifs ethno-physiques lourdingues , le viking blond au visage émacié, le brun campagnard limousin à la mine épanouie (4) , il faut en plus rapprocher ces traits de leur caractère, et même du tempérament de gagneur et de commandeur de l’un et de l’autre « qui subit ». Si on conçoit bien que la musculature respective des deux coureurs peut en partie expliquer le fait que l’un soit plutôt bon rouleur et l’autre plutôt bon grimpeur, quel rapport avec le fait que l’un commanderait  et l’autre « subirait » ? Dans les côtes, n'était-ce pas Poulidor qui commandait ? Les blonds minces de type aryen seraient des gagneurs nés tandis que les bruns trapus à la mine joviale des loosers, des « éternels seconds » par essence ? Comment l’auteur aurait-il arrangé ses portraits avec un blond trapu et un brun longiligne ? 

 

Certes, on ne peut évidemment déceler aucune intention idéologique derrière ces descriptions, mais qu’est-ce que c’est bête et irritant !

 

Surtout lorsque ces portraits antinomiques débouchent sur une interprétation « morpho-politique » : « Politiquement, et sans que ça soit forcément rationnel (sic), l’un, Anquetil, incarne la droite réaliste et triomphante, l’autre, Poulidor, illustre la gauche plus populaire et moins victorieuse ».   Pas forcément rationnel, c’est le moins qu’on puisse dire ! Bête mais pas méchant, disions-nous, mais  imaginons à quelle incarnation politique douteuse aurait pensé Jacques Augendre si Anquetil avait été brun, crépu et avec un nez long et crochu …  On ne peut s’étonner que le Canard Enchaîné ne voit aucun problème à relayer ces poncifs stupides sous prétexte qu’ils sont moins marqués  du sceau de l’infâmie historique. Il n’y a pas de préjugé de ce genre qui soit totalement inoffensif.

 

Dérisoirement, on apprend après ces portraits au rouleau grande surface qu’Anquetil était un grand fastueux tandis que Poulidor passait pour un Harpagon. C’est curieux, mais on a du mal à s’imaginer un Harpagon extraverti et à la bouille réjouie ! Molière va sûrement devoir retoucher sa pièce !

 

Anton Suwalki

 


 Notes:

 

(1) Je suppose que c’est lui même si c’est signé A Rn

(2) Bernard Pasquito éditeur

(3) ainsi le très subtil David Abiker (certes pas journaliste sportif) se demande si Wilfried Tsonga est le « nouveau Noah » ? Pourquoi à votre avis ? A cause de son jeu, de ses résultats, ou de sa couleur de peau ? http://www.france-info.com/spip.php?article69508&theme=81&sous_theme=210

(4) pourquoi pas pendant qu’on y est rapprocher les deux hommes de la physionomie respectives des vaches qui peuplent leur campagne, la rustique limousine brune comme Poupou  et la blanche viking de normandie !  


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