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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 09:04
 

En réponse à notre interpellation sur « la science prolétarienne » :

http://imposteurs.over-blog.com/article-21082895.html

Gilles Questiaux nous a adressé ce commentaire. Comme promis , je le publie en article. Les désaccords demeurent nombreux malgré certaines clarifications apportées par Gilles, appelant à poursuivre ce débat qui consituera le feuilleton de l'été.

Anton Suwalki


 

Gilles Questiaux :

 

Sympathique interpellation, qui nécessite néanmoins plusieurs précisions.

1) Je ne suis pas membre d'un courant oppositionnel au PCF, je participe à la tentative en cours d'organiser un front d'opposition interne à la liquidation du PCF, ce qui est différent. Pour ceux que ça intéresse, voir le blog Réveil communiste", lien sous le commentaire. Ce qui rigolo mais un peu fatigant à la longue, c'est que les marxistes léninistes purs et durs que je côtoie dans cette entreprise ont aussi la manie d'anathémiser leurs adversaires en mettant en doute leurs capacités intellectuelles au moindre désaccord.

2) Sur la "science citoyenne" je ne sais pas ce que c'est, donc je ne peux rien en dire. Mais l'association des deux mots me fait dire ceci : le citoyen lambda, souvent se sent extrêmement démuni par rapport au discours des scientifiques, et ce sentiment d'être exclu peut être vécu de manière désagréable, surtout si cela réactive les frustrations de l'échec scolaire devant les maths, la physique. D'où ressentiment. Aggravé du fait que des intervenants présentés comme des scientifiques justifient sans arrêt des choix politiques réactionnaires (Claude Allègre par exemple). Avec l'accroissement de la spécialisation, des scientifiques eux-mêmes peuvent se trouver dans cette situation (qui d'ailleurs n'empêche nullement les progrès de la science "bourgeoise"). J'ai un peu le sentiment que votre blog ne cherche pas seulement à se donner du bon temps en critiquant les fumisteries, mais cherche aussi à cééer une plateforme d'échanges culturels entre scientifiques ou amateurs éclairés non spécialistes pour éviter l'éclatement définitif et le naufrage de la communauté scientifique. En ce sens la "science citoyenne", c'est vous.

3) Sur Lyssenko, je renvoie à l'excellent ouvrage de Dominique Lecourt sur la question, que je n'ai pas étudiée en détail. Je signale aussi son ouvrage : "Une crise et son enjeux". (1973), sur Matérialisme et Empiriocriticisme.

4) La "science prolétarienne" dont je parle de manière un peu provocatrice, admettons-le, est potentielle, non actuelle: il s'agit essentiellement de l'orientation des priorités de recherche dans l'intérêt des peuples (et donc des non-spécialistes), et dans la constitution réelle d'une culture scientifique vulgarisée et accessible au plus grand nombre dont les fausses sciences qui pullulent montrent la demande et la nécessité. Je pense que cette science produirait en définitive des concepts et des résultats bien différents même si ça ne changerait rien pour le VIH. Je crois que le "point de vue prolétarien" n'a guère de chance de se révéler pertinent, plus qu'un autre, en tout cas, en cosmologie ou en génétique, mais qu'il risque par contre de devenir incontournable dans toutes les sciences sociales. En fait, le point de vue prolétarien appliqué, c'est le matérialisme historique. Sur Réveil Communiste il y a plusieurs textes concernant les chercheurs en histoire marxiste, l'histoire marxiste, et Carlo Ginzburg, historien italien qui s'est attelé à la critique du relativisme en histoire, où c'est plus difficile à faire qu'en physique nucléaire.

5) Les intervenants dans le discussion sur le texte de mon camarade Gilles Mercier (chercheur de métier, ce que je ne suis pas, je suis ni plus ni moins prof d'histoire dans l'enseignement secondaire), et plus encore votre texte ci-dessus sont pénétrés de la conviction qu'il existe un idéal et une vérité scientifique au dessus de la mélée de la lutte des classes. Je suis certain que non. Je pense que vous partagez tous ce que le philosophe Pierre Raymond ("Logique et matérialisme dialectique") appelle "l'idéologie de la rigueur" et que votre sujet kantien se mire dans des objets idéaux qu'il construit lui-même. La mise en cause de notre narcissisme nous est toujours désagréable, mais il serait bien peu rationnel d'en conclure que le narcissisme n'existe pas, dans le discours scientifique, comme ailleurs.

Je suis ignare en mathématiques, mais j'ai entendu parler d'une école intuitionniste, pour laquelle les preuves obtenues par assistance de calculs informatiques ne seraient pas acceptable. Ceci non pour prendre position (moi, ça ne me gêne pas qu'on utilise des ordinateurs pour prouver des théorèmes) mais pour dire que l'établissement de la certitude de posséder cette vérité scientifique absolue qui vous sert en quelque sorte de fond de caisse intellectuel, (et à ceux qui vous ont décernés vos diplômes et vos doctorats) est loin d'être évident. Vous me faites un peu penser au loup de Tex Avery qui veut traverser un précipice en clouant une planche au bout d'une autre, voire en courant dans le vide.

Le matérialisme pour moi, ce n'est pas croire qu'il existe au fond des choses une substance matérielle, c'est le principe que le donné est antérieur à la pensée, et la règle méthodologique d'expliquer, comme dit Auguste Conte, (et Rabelais!) le supérieur par l'inférieur, c'est à dire en l'occurence l'homme non par le sujet kantien (celui qui a les mains propres parce qu'il n'a pas de mains) mais par ses besoins matériel et ses pulsions sexuelles.

6) sur Freud qui manifestement n'est pas en odeur de sainteté parmi vous, je me surprends à utiliser très souvent des concepts qui viennent de lui directement ou indirectement. Je ne sais pas si cela fait de moi un "mal-comprenant", mais je crois me souvenir que l'un des critères de validité d'une hypothèse scientifique est sa fécondité, aussi peu rigoureux qu'il paraisse (comme le rasoir d'Ockham aussi d'ailleurs)

Voilà, si vous estimez que ce message mérite quelque considération, vous pouvez faire comme moi, lorsque je trouve un commentaire intéressant sur Réveil : je le publie en copie collée en tant qu'article.

(J'aurais pu dire bien des choses aussi sur la psychiatrie du temps de Freud, mais après tout laissons les freudiens, s'il y en a, s'en occuper. C'est déjà bien ici qu'on puisse prononcer le nom de Lénine, sans se faire censurer)

Cordialement,

Gilles Questiaux

 


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commentaires

gilles questiaux 23/07/2008 23:30

Sur Auguste : "expliquer le supérieur par l'inférieur" en fait un anti idéaliste, si ce n'est un matérialiste. C'est ce qui permet de le rapprocher de Marx, de Freud, et de Darwin. Je ne vois pas en quoi ce principe serait antidarwinien.

Je vois que Comte comme Freud a un casier chargé. Il va de soi que des aspects ridicules ou odieux chez des penseurs du passé peuvent toujours être cité. et alors? Ton critère de la scientificité c'est l'absence d'erreurs? d'illusions? de vanité?

Sur un autre plan, ce qui caractérise Marx et Freud, c'est la volonté de connaissance du singulier, de ce qui n'a lieu qu'une fois, et dont la connaissance interagit puissamment avec le phénomène étudié (l'histoire des formations sociales, ou celle des sujets et de leurs symptômes). Pas facile de refaire une expérience singulière. Du coup l'exigence hypercritique de rigueur et de validation reflète, tout simplement, les préjugés (il faut lire dans le genre le langage pédant des économistes néoclassique, sur Marx!). Il faut faire attention, parce qu'à force de nier toute pertinence à Freud on va finir par nier toute rationalité aux symptômes, et on en reviendra à la douche froide et à l'électrochoc, au patient infantilisé et traité en pervers.

canardos 20/07/2008 11:39

quelques remarques et questions....

1) tu te réfères à Auguste Comte....je trouve sa démarche et sa méthodologie bien peu matérialistes....cette notion d'inférieur et supérieur notamment totalement opposé à la démarche de Darwin qu'il n'a manifestement pas connue.

quand à "la religion de l'humanité" de celui qui s'en était auto proclamé le "grand prêtre" et à son "catéchisme de la raison" avatar du "culte de la raison" et de "l'être supreme" de déistes comme robespierre, ils traduisent également un rejet du matérialisme.

certes certaines de ses idées étaient des progrès à l'époque, notamment en termes d'approche méthodologique de l'évolution du vivant, mais le moins qu'on puisse dire c'est que sa "loi des trois états" selon laquelle l'esprit humain passe par trois états successifs qui constituent les trois étapes de l'espèce humaine (mais aussi de chaque individu) : théologique, métaphysique et positiviste, est quand meme éloignée du matérialisme.

quand à Freud,je suis bien d'accord avec toi que la validité d'une théorie se mesure aussi à sa fécondité....mais je trouve cet arbre bien sec...

et puisque Freud s'affirmait matérialiste et à cherchait à valider scientifiquement sa théorie y compris par référence à la théorie de l'évolution darwinienne, ce que ses successeurs ont depuis longtemps cessé de prétendre, rejetant toute forme de validation scientifique, je te renvoie à cet article de Stephen J Gould sur "la fantaisie évolutionniste de Freud":

http://www.charlatans.info/freudevolution.shtml