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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 16:59

En 2007, les résultats d’une étude dirigée par Robert Bellé basée sur l’étude du développement embryonnaire précoce de l’oursin mettaient en cause le RoundUp , dénomination commerciale du glyphosate vendu par Monsanto (1). Celui-ci est censé affecter au premier stade de la division cellulaire le point de contrôle de l’ADN qui permet de réparer d’enclencher le processus de réparation des copies endommagées de l’ADN.

Or, nous avions dans un article précédent d’Imposteurs fait la synthèse d’un rapport de l’Institut National de Santé du Québec basé sur plus de 20 études qui concluait à la très faible toxicité du RoundUp en général, et à l’absence d’effets chroniques, en particulier oncogènes du glyphosate testé sur des animaux (2).

Ces travaux remettraient-ils en cause tout ce qui a été publié auparavant ? Il semble que l’étude en elle-même ait été peu critiquée, mais toute la question est de savoir en quoi ces expériences de laboratoire ont une portée en milieu ouvert : les œufs sont des organismes particulièrement fragiles et vulnérables à un très grand nombre de molécules.

Le principal problème est ailleurs : pour les anti-OGM, les propos publics de Robert Bellé sont une aubaine. Taper sur le RoundUp, c’est taper sur les OGM, et plus particulièrement sur Monsanto. Si le RoundUp n’était pas associé au nom de Monsanto, ils se moqueraient totalement de la question de l’innocuité du RoundUp. Mais les propos de Robert Bellé, en lanceur d’alerte à mi-temps avant de partir en retraite, souffrent de beaucoup d’ambigüité et de contradiction :

Interviewé dans le télégramme de Brest en Juin 2007 (3), il affirme ainsi :

« En termes scientifiques, nous pouvons aujourd’hui affirmer que ce produit est cancérigène parce qu’il engendre un dysfonctionnement du point de surveillance de l’ADN. ( ) Dès qu’elles seront possibles, les études épidémiologiques permettront de démontrer l’incidence de ce produit sur les différents types de cancer. En particulier sur les cancers des voies respiratoires puisque le produit pulvérisé contient la formulation à des concentrations très supérieures (500 à 2.500 fois plus) à celles qui engendrent le dysfonctionnement du point de surveillance de l’ADN. Des études anglaises tendent ainsi à prouver que cet herbicide présente un danger pour la santé par voie d’inhalation.»     

Diable ! Si le RoundUp produit de tels effets à des doses de 500 à 2500 fois inférieures à celle qui prévalent pour son utilisation domestique, c’est à se demander comment il peut y  avoir un seul agriculteur vivant à l’heure actuelle, vu que cet herbicide est utilisé depuis 40 ans dans le Monde entier.

Dans une interview accordée à Marie Monique Robin (4) pour son Monde selon Monsanto, Robert Bellé en rajoute une gouttelette qui a valeur d’une louche : « . En fait, il suffit d’une gouttelette pour affecter le processus de la division cellulaire. Concrètement, cela veut dire que pour utiliser l’herbicide sans risque, il faut non seulement porter une combinaison et un masque, mais aussi s’assurer qu’il n’y a personne à cinq cents mètres à la ronde… » 

Bref de produit réputé plutôt inoffensif, le RoundUp deviendrait le produit le plus dangereux du monde ? Pour un peu, on se baignerait plus volontiers dans une cuve de centrale nucléaire !

Mais notons l’essentiel : le professeur Bellé est totalement affirmatif . « Ce produit est cancérigène » , et les anti-OGM de surenchir en produit hautement cancérigène . Seulement voilà, dans le même Télégramme de Brest en Avril 2008 et répondant à une interview de la même Marie-Monique Robin le voici qui éprouve le besoin de rectifier :

« L'article fait état de nos résultats concernant le Roundup. Ceux-ci sont effectivement difficiles à interpréter pour des non spécialistes. Ils mettent en évidence un risque mais en aucune façon une certitude. Il faudra beaucoup d'efforts scientifiques, épidémiologiques et probablement de biologie systémique pour arriver à cerner le "degré de certitude" en la matière. Les connaissances actuelles des mécanismes biologiques de la cancérisation ne permettent pas de conclure que tel ou tel produit aboutira nécessairement à un cancer. Tant que les études n'auront pas établi de corrélation entre le Roundup et les cancers avérés, le produit doit être considéré "à risque" et non comme cancérigène "certain". Je souhaite, en tant que scientifique, que nos résultats ne soient pas interprétés au-delà de leur portée, en l'état des connaissances dans ce domaine » . (5)

 

Robert Bellé s’imaginait peut-être que ses résultats n’allaient pas être interprétés au-delà de leur portée avec des journalistes du style MMR  !!! Mais reconnaissons qu’une fois n’est pas coutume, ça n’est pas du côté de Madame Robin que se situe la mauvaise foi, mais plutôt du sien : sans doute aura-t-il cédé aux charmes du statut si médiatique et si envié du lanceur d’alertes quitte à adopter une communication publique peu compatible avec la règle scientifique qui veut effectivement que des « résultats ne soient pas interprétés au-delà de leur portée » , avant de regretter d’avoir poussé le bouchon un peu loin.

 

Remarquons enfin que Robert Bellé prétend tantôt que « le composant actif qu’il contient, dénommé glyphosate, n’est pas le seul élément toxique de cet herbicide. Ce sont les produits de formulation l’accompagnant qui rendent l’ensemble particulièrement dangereux pour la santé » tantôt que « c’est donc le Roundup lui-même qui est toxique et non son principe actif » .

 

Dans un cas, le glyphosate est toxique, mais avec une toxicité décuplée par les adjuvants du produit.

 

Dans l’autre , le glyphosate n’est pas toxique.

 

Avouons que ça fait tout de même beaucoup d’approximations et de contradictions pour ce qui est censé être la révélation du siècle !

 

Voilà pourquoi il semble plus que prudent d’accueillir avec réserve les propos publics du professeur Bellé qui continueront, quelque soit le sort de ces découvertes, à alimenter la mythologie anti-OGM.

Anton Suwalki

 

 


Notes :

 

(1) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18157084?ordinalpos=3&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.Pubmed_RVDocSum

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-19153483.html

(3)http://www.pesticides-etudes.mdrgf.org/2007/06/un-herbicide-hautement-cancrigne.html

(4)http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getHomePage

(5)  http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/finistere/ogm-les-precisions-du-professeur-robert-belle-20080419-2927635_1298083.php


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commentaires

antonin 19/07/2010 01:13




Qui a raison ? Vous, ou Anton ? L'avenir nous le dira ! En attendant, j'ai, personnellement, l'intime conviction que l'explosion des cancers observés depuis trente ans étant un mythe si l'on
prend en compte le vieillissement de la population, vous vous fourrez le doigt dans l'œil.


 


« Chaque produit, est évalué en soi, sans aucune étude d'interaction avec d'autres molécules ! »


Non.



« De plus, on oublie de prendre en considération le cumul journalier des pesticides ingérés : une pomme + une salade + banane + vin (hautement teneur en pesticide = dose journalière dépassée
= déclenchement d''une dérrégulation céllullaire possible = début d'un processus de cancérisation si notre système immunitaire est fatigué à ce moment là ! »


 


Non plus, et je vais détailler le principe de dose journalière : si vous dépassez la dose maximale journalière, il vous reste à surmonter le coefficient de sécurité qui est imposé et qui pour les
pesticides de l'ordre de 100. Si vous mangez chaque jour 100 portions de nourriture, votre plus gros problème n'est pas les pesticides...


 


"Celà dit, je respecte votre point de vue.... essayez quand même, pour votre santé, d'éviter les molécules chimiques dans votre alimentation..... principe de précaution oblige ! "


Et n'oubliez pas de porter une banane sur votre tête... On ne sait jamais, après tout.


Oh et toutes les molécules sont chimiques, donc essayer, pour votre santé, d'en manger quand même. Mourir de faim n'a rien d'agréable.






BACK 18/07/2010 23:10



Mr Anton Suwalk,


Qui a raison ? Vous, ou le Prs BELLE ? L'avenir nous le dira ! En attendant, j'ai, personellement, l'intime conviction que les molécules chimiques utilisées dans l'agriculture, sont responsable
de l'explostion des cancers observés depuis plus de trente ans.


La preuve ? L'augmentation du cancer chez les enfants et les adolescents... qui n'existait pas avant.


Chaque produit, est évalué en soi, sans aucune étude d'interaction avec d'autres molécules ! De plus, on oublie de prendre en considération le cumul journalier des pesticides ingérés : une pomme
+ une salade + banane + vin (hautement teneur en pesticide = dose journalière dépassée = déclenchement d''une dérrégulation céllullaire possible = début d'un processus de cancérisation si notre
système immuniataire est fatigué à ce moment là !


Le scandale des pesticides prendra la place à celui de l'amiante dans les années à venir... en puissance "10".


Celà dit, je respecte votre point de vue.... essayez quand même, pour votre santé, d'éviter les molécules chimiques dans votre alimentation..... principe de précaution oblige ! 


Amicalement


Clément


 


 


 


 


 


 


 



canardos 28/05/2009 21:34

tiens, je mets ce commentaire ici bien qu'il ne s'agisse pas d'une critique des travaux de Bellé mais de ceux de Seralini. mais il s'agit toujours de la critique de travaux faisant apparaitre une toxicité du Round-Up.l'AFSSA vient de donner son avis à ce sujet et c'est une volée de bois vert sur la méthodologie utilisée par Séralini. malheuresement cet avis n'est pas encore sur son site.mais il y a deja un article de présentation sur le site d'Enviscope:http://www.enviscope.com/17386-Round-Up-Monsanto-Seralini.htmlRien de nouveau sur l’herbicide Round Up ( Monsanto) selon l'AFSSA 28/05/2009 10:37 (Par Michel DEPROST)Saisie par la Direction générale de la Santé et par la Direction générale de l'Alimentation, l'Agence de sécurité sanitaire des aliments, estime que les autorisations données à l'herbicide produit par Monsanto n'ont pas à être remises en cause.
  L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a été saisie le 28 janvier 2009 par la Direction générale de la santé et la Direction générale de l'alimentation d'une demande d'avis relatif au glyphosate et aux préparations phytopharmaceutiques à base de cette substance active suite à la publication d'un article par l'équipe de Gilles Eric Séralini.
 
  Gilles-Eric Séralini,  professeur de biologie à l’Université de Caen, et Nora Benachour , docteur de la même université, ont publié dans la revue scientifique "Chemical Research in Toxicology" d'un article intitulé "Glyphosate formulations induce apoptosis and necrosis in human umbilical, embryonic and placental cells". Cet  article est paru le 23 décembre 2008 sur internet.
 
  La direction générale de l’Alimentation a demandé à l'Afssa d'analyser ces travaux pour  déterminer s’ils remettent en cause les autorisations accordées pour toutes les spécialités phytopharmaceutiques à base de glyphosate ou de modifier leurs conditions d'utilisation.
  Après consultation du Comité d'experts spécialisé "Produits phytosanitaires : substances et préparations chimiques" l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments émet un avis.
 
Trois modèles testés
 
  La toxicité du Glyphosate (G)  a été testée  par l’équipe de Gilles Eric Séralini sur  trois modèles cellulaires humains : lignée de cellules tumorales placentaires JEG3, lignée de cellules rénales embryonnaires 293 et cultures primaires de cellules endothéliales de la veine ombilicale HUVEC. Selon les auteurs, les résultats montrent que le glyphosate et les 4 formulations de Roundup induisent une mortalité cellulaire dans les 3 types cellulaires étudiés, avec "une toxicité comparable pour chacun, mais à des concentrations différentes" .
  Rappelant les résultats de leurs études antérieures les auteurs en concluent que   "le niveau seuil d’action de l’herbicide doit prendre en compte la période et la durée d’exposition, la présence d’adjuvants, notamment le POEA, le métabolisme et la bioaccumulation ou les effets retardés dans le temps".
  L’équipe de Séralini estime aussi que "les effets ci-dessus sont démontrés en dessous des dilutions de l’herbicide recommandées en agriculture […] les mélanges disponibles sur le marché peuvent endommager les cellules voire la mort cellulaire aux niveaux résiduels attendus, en particulier dans les denrées alimentaires".
 
 
  L’avis de l'AFSSA comporte des commentaires sur les méthodes utilisées et sur l’interprétation des résultats. Sur la méthode, l’AFSSA critique le fait que pendant la phase d’exposition les cellules « sont maintenues en culture dans un milieu sans sérum ce qui peut conduire à perturber l’état physiologique des cellules ». « Une telle méthodologie pourrait être acceptable pour des traitements courts (3-4 heures) mais en aucun cas pour des traitements longs de 24 heures. De plus, le glyphosate utilisé dans l'étude est du glyphosate acide alors que dans les préparations testées il est sous forme de sel »