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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 11:57

Suite de la première partie :

http://imposteurs.over-blog.com/article-20497875.html


 Pourquoi Malthus s’est trompé :

Le mécanisme de Malthus s’applique assurément à toute période où la population tend spontanément à croître plus vite que les moyens de subsistance dont elle dispose . Dans ce cas, aucun mécanisme d’aide ou de solidarité sociale n’est susceptible d’empêcher l’action régulatrice de la dame à la faux incarnée par les obstacles décrits par Malthus (misère extrême, sous-nutrition des enfants, famines , épidémies etc…). Les visions démographiques de Malthus éclairent la quasi-totalité de l’histoire humaine jusqu’au 18ème siècle. C’est le régime démographique dit primitif . Or paradoxalement, la première réelle théorie démographique anti-populationniste a été formulée à une époque où les mécanismes qu’elle décrit ne s’appliquait plus , au moins dans le pays de Malthus: la croissance des moyens de subsistance permis par les progrès de l’agriculture était dès cette époque supérieure à celle de la population , situation sans laquelle cette dernière n’aurait pu progresser régulièrement sans buter sur les obstacles décrits par le pasteur anglais.

Ce qui s’est passé en Angleterre s’est largement étendu au 19ème siècle aux pays gagnés par la révolution industrielle, où l’a constaté une inversion des relations de cause à effet décrites par Malthus : Au lieu d’une démographie qui plomberait avec un déterminisme absolu les ressources disponibles par tête, c’est la croissance de celles-ci qui modifient le régime démographique, qui devient dans un premier temps un régime de croissance rapide, puis atteint un certain niveau de développement, provoque un fléchissement jusqu’à une étape ultime rythme de croissance très lente voire de stagnation (ou même de décroissance légère de la population) . Résumons ce processus en 4 étapes :

1ère étape : Le régime démographique primitif déjà évoqué dans l’introduction .

-Un taux de natalité très élevé et à peu près constant, au maximum physiologique (autour de 45/50 pour mille).

-Un taux de mortalité à peine inférieur en temps ordinaire, et s’élevant au dessus du taux de natalité en période de crise : disettes, famines, épidémies

Résultat : un taux d’accroissement naturel (1) annuel en moyenne extrêmement lent, inférieur à 1 pour mille pour toute la période précédant la transition démographique !

Suit à cette étape la transition démographique se déroule en 2 temps

2ème étape : La première phase de la transition démograpique

-Le taux de natalité reste constante ou ne fléchit que très peu

- Le taux de mortalité baisse rapidement, et en premier lieu la mortalité infantile, du fait de l’amélioration des ressources disponibles et de la situation sanitaire générale.

Résultat : un taux d’accroissement naturel très rapide.

3ème étape : La deuxième phase de la transition démographique

- Le taux de natalité baisse rapidement à son tour à partir une fois atteint un certain niveau de sécurité économique. Les différences de natalité entre les classes sociales sont encore marquées , mais la tendance est très nette.

- Le taux de mortalité continue à baisser pour les mêmes raisons que l’évolution de la natalité, mais moins vite que celle-ci

Résultat : le taux d’accroissement naturel se ralentit.

4ème étape : Le régime démographique actuel des pays développés.

- Les taux de natalité et de mortalité se stabilisent à un niveau très bas

Résultat : le taux d’accroissement naturel est très faible, nul , ou peu même devenir négatif par effet de structure (effet mécanique de l’élévation continu de l’espérance de vie).

 




La convergence du processus d’évolution démographique à l’échelle mondiale (2)

Pourtant si on rapidement une courbe d’évolution de la population mondiale, un tel enchaînement de ces phases ne saute pas aux yeux, et une interprétation rapide pourrait conduire à croire que ce modèle ne vaut que pour une petite partie de la planète et que la fin de la transition démographique n’interviendra jamais. C’est en fait un trompe l’œil. Si l’agrégation des courbes démographiques des différentes régions du monde ne présente pas la « perfection » scolaire de la théorie, c’est avant tout à cause de décalages dans le temps : alors que la transition démographique a démarré depuis plus de 200 ans en Europe, elle date de quelques générations voire quelques décennies pour certaines régions du globe.

En Afghanistan, et dans les pays d’Afrique exception faite de ses parties septentrionales et australes, le régime démographique qui prévaut correspond au mieux à l’amorce de la deuxième phase de la transition : la mortalité a considérablement baissé, bien qu’elle demeure beaucoup plus élevée que dans les pays développés. Elle est de 15 à 17 pour mille en Afrique, et atteint 20% en Afghanistan. La natalité reste très proche du maximum physiologique en Afghanistan (48 pour mille) en Afrique centrale (45 pour mille) et n’a que timidement baissé en Afrique orientale, occidentale et subsaharienne, à des taux de 37 à 38 pour mille. Globalement l’Afrique est donc le continent dont la croissance démographique naturelle est la plus rapide, à 22,8 pour mille, ce qui représenterait un doublement en à peine plus de 30 ans si le rythme actuel devait se maintenir. Mais se maintiendra-t-il ?

Il est évidemment impossible d’affirmer avec certitude que ce qui a eu lieu ailleurs se reproduira dans le futur, et on devine bien des obstacles possibles dans ces pays à l’achèvement de la transition démographique qui verrait une baisse de la natalité. Mais dans les années 60, la situation était très semblable en Amérique Latine , avec des taux de natalité de 45 pour mille au Mexique, 46 au Venezuela ,41 au Brésil ! Or les taux de natalité actuel de ces pays sont respectivement de oscille entre 19 et 21 pour mille. L’Inde qui affichait en 1960 des taux de natalité de 38 pour mille n’affiche aujourd’hui que 23 pour mille . Et l’Asie entière, de très loin le continent le plus peuplé et donc celui qui a dans les décennies passées le plus contribué à l’explosion démographique globale ne connaît aujourd’hui qu’un taux d’accroissement naturel de 11,5 pour mille.

Autrement dit : il est possible qu’existe quelque part sur le globe quelques tribus isolées encore soumises au régime démographique primitif. A cette exception (hypothétique) près, nous avons en gros :

- le groupe des pays les plus développés caractérisé par un régime de croissance démographique naturelle modérée, de stagnation voire de légère décroissance, de part un régime conjoint de faible natalité et faible mortalité. La mortalité pouvant parfois l’emporter sur la natalité par un simple effet structurel lié à l’accroissement de la part des personnes âgées dans la population globale.

- un groupe qui représente la plus grande partie de l’humanité , la majeure partie de l’Asie , de l’Amérique Latine, et une partie minoritaire de l’Afrique qui a largement entamé sa deuxième phase de la transition démographique : l’accroissement naturel y est encore assez élevé, mais où la natalité baisse assez vite et régulièrement.

- un groupe constitué des pays les moins avancés , principalement situés en Afrique, caractérisé par un taux d’accroissement naturel qui sont encore dans la première phase de transition démographique ou ont à peine entamé la deuxième phase de cette transition. Ce groupe représentant moins de 10% de la population mondiale , ne devrait pas constituer une pression démographique majeure , même si l’achèvement de la transition démographique devait prendre plus de temps qu’ailleurs. De manière générale, la transition démographique est plus rapide de nos jours que pour les pays du vieux continent qui ont les premiers opéré leur révolution démographique.

 

 



Et si c’était faux ?


Et si c’était faux ? Et si ce modèle ne se généralisait pas, que l’explosion démographique se poursuivait, voire s’amplifiait ?

A la différence de sciences plus « dures » , toute généralisation ou toute projection en matière de démographie, liée à des mécanismes sociaux, culturels, et des aléas économiques et politiques est forcément très réductrice et soumise à beaucoup de réserves. Les belles courbes schématisées ci-dessus correspondant aux lois générales de l’évolution démographique ne s’appliquent pas en tout temps et en tout lieu d’une façon aussi linéaire : la courbe de l’évolution démographique française sur le 20ème siècle a connu bien des baisses et des rebonds. On remarquera par ailleurs que nous n’avons pas traité la démographie très spécifique des pays de l’ancien bloc de l’Est, dont la population décroît après son implosion.

Les démographes n’étant pas des oracles,  ils ne font que prolonger des tendances affectées d’un certain degré d’incertitude (hypothèses moyenne, basse, haute) toutes choses égales par ailleurs, et n ‘étant pas pas devins, sont incapables de prévoir une guerre, ses dégâts démographiques, sa durée…    

        

Tout semble indiquer tout de même indiquer que l’explosion démographique appartient au passé, même si elle est très récente et même si on attend encore 2,5 milliards de bouches supplémentaires dans les décennies à venir : En nombre absolu, c’est entre 1995 et 2000 que l’humanité à le plus progressé , augmentant d’environ 88 millions d’individus par an. En valeur relative, l’accroissement le plus rapide a été enregistré entre 1965 et 1970, avec un taux d’accroissement annuel de 20,5 pour mille. Ce taux a nettement diminué depuis pour n’être plus que de 12 pour mille actuellement, la planète gagnant encore 78 millions d’habitants chaque année.

Selon l’hypothèse moyenne, 9,2 milliards d’habitants devraient peupler la planète vers les années 2050 , avec un taux d’accroissement très tempéré de 3,6 pour mille, soit une trentaine de millions d’individus supplémentaires par an. Les hypothèses alternatives, basées sur des scénarios d’évolution de la fécondité des femmes cadrent ces 9,2 milliards dans une fourchette de 7,8 milliards à 10,8 milliards.

Nous avons évoqué la tendance à la convergence du régime démographique des pays en développement vers celui des pays développés. Encore faut-il donc que ces pays poursuivent leur développement. Celui-ci ne fait pas qu’apporter une amélioration des ressources disponibles, il est facteur de changements culturels qui modifie les stratégies familiales , la taille de la descendance cessant progressivement souvent d’être une valeur essentielle, le progrès du niveau d’éducation, la diminution de l’emprise cléricale , une amélioration au moins relative de la condition féminine qui permet aux femmes de contrôler leur sexualité et leur fécondité, et par là-même une tendance à l’autocontrôle des naissances par les techniques modernes de contraception dont ne disposaient pas les pays européens au moment de leur transition démographique facilitant évidemment les choses. La Tunisie qui a (rendons grâce à Bourguiba sur ce point, beaucoup moins arriéré en son temps que les fossiles de l‘UDR) autorisé la contraception et l’avortement avant la France, a presque achevé sa transition démographique avec un taux naturel de 11 pour mille.

Il ne faut pas ignorer l’emprise de la religion dans certains pays sous-développés où les évêques continuent à proscrire le préservatif (attitude d’autant plus criminelle qu’il y a le SIDA) , ou les théocraties islamistes qui pourraient malheureusement gagner du terrain .

Soulignons simplement que même en pays des ayatollahs, souvent morale religieuse et préceptes démographiques varie : en Iran, sous l’ère Khomeiny, la doctrine officielle d’Allah était férocement populationniste. Le régime rabaissé l’âge légal du mariage des filles à 9 ans, ce qui fut une des pires manifestations de l’obscurantisme de ce régime. Comme bien des anciens populationnistes , Khomeyni voulait beaucoup d’enfants pour sa « évolution » islamique, un terme poli pour désigner la chair à canons.

Mais dans les années 90, après la guerre Iran-Irak, la doctrine démographique du régime islamique prit un tournant à 180°. Les difficultés économiques, associées probablement à la peur de la bombe à retardement que constitue une jeunesse nombreuse au chômage ou pauvre, conduisit à une politique d’incitation ferme à réduire les naissances : les théologiens entreprirent une fumeuse exégèse destinée à prouver que la contraception était compatible avec la parole sacrée, voire que c‘était une vertu coranique….

Passé un certain niveau matériel, codes moraux, patriarcat, condition de la femme, évoluent en dépit de la culture d’origine et des préjugés religieux. La bourgeoisie et petite bourgeoisie urbaine des nations musulmanes adopte le plus souvent des comportements « occidentalisés » (les guillemets sont importantes), y compris en matière de naissances préfigurant ce que serait vraisemblablement ceux de l’ensemble de la population si la situation économique de celle-ci s’améliorait suffisamment. Un phénomène qui s’est produit dans les pays développés , ou le différentiel de fécondité entre classes riches et pauvres s’est progressivement atténué .

Pour répondre à la question posée plus haut -et si c’était faux ?-, nous serions tentés de dire, que la généralisation du modèle d’évolution démographique en 4 étapes jusqu’au régime démographique lent caractéristiques des pays avancés est le plus probable, et les signes qu’il tend à se généraliser sont très nombreux. Mais très probable n’est pas certain. Il est plus important de retenir les conditions dans lesquelles cette généralisation s‘effectue .

Nous nous sommes efforcés de nous situer au-delà de la morale pour observer objectivement que le progrès matériel et la diminution de l’oppression économique et sociale sont les meilleures garanties d’un contrôle volontaire des naissances par les familles au niveau du nombre d‘enfants qu‘elles désirent avoir, le seul qui soit efficace. Le contrôle des naissances imposé d’en haut est le signe d’une oppression en même temps qu’elle la renforce.

Anton Suwalki

 


Notes :

 (1) Nous avons volontairement laissé de côté tous les flux migratoires qui naturellement influencent localement l’évolution locale, immédiatement (entrées sorties) mais aussi en étant susceptible d’agir sur le régime démographique en fonction de l’âge ou du sexe des entrants ou des sortants par exemple (fécondité, natalité)

(2) ressources statistiques utilisées pour cette partie et la suivante:

Démographie de Paul Hugon, Daloz, pour les données anciennes

INED, Nations Unies pour les données actuelles ou les projections de population

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commentaires

Laurent Berthod 28/05/2009 23:08

Bien entendu Malthus s'est trompé dans ses prévisions, néanmoins il ne s'est pas trompé sur l'évolution de l'air du temps. Tout bon écolo d'aujourd'hui, militant, sympathisant et  même "tout homme de la rue qui veut le bien de l'humanité" se sent coupable de trop consommer (à part quelques irréductibles raisonnables et les prolos qui se font licencier because récession, autrement dit décroisaance).http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-30822348.htmlCordialement