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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 16:27

Première partie

 

Dans la lutte acharnée des écologistes contre l’emploi de pesticides en agriculture, le RoundUp, un herbicide fabriqué par Monsanto qui existe depuis une quarantaine d’année est longtemps passé inaperçu malgré son succès commercial. Un fâcheux oubli qui expliquerait ces campagnes de « rattrapage » menée par nos vigilants verts ? Rien n’est moins sûr. L’intensité de la propagande écologiste qui fonctionne par lubies est rarement proportionnelle à la dangerosité prouvée des produits qu’elle stigmatise. 

RoundUp est un herbicide dont la substance active est le glyphosate qui en pénétrant dans une plante, se fixe sur une enzyme, inhibe celle-ci, stoppant la production d’acides aminés indispensable aux végétaux. Jusqu’à la mise au point d’OGM spécifiquement conçu pour y résister, aucun végétal n’était connu pour lui résister, d’où sa dénomination d’herbicide total.

Son efficacité, sa simplicité d’utilisation,  le fait que l’on puisse replanter immédiatement une fois la zone désherbée, sa réputation de produit peu nocif, autant de facteurs qui expliquent son succès commercial. Le RoundUp ou ses génériques (1) sont utilisés aussi bien en agriculture que par les jardiniers amateurs ou dans l’entretien urbain que des voies et des allées. Alors justement sa réputation de produit peu nocif, qui constitue un de ses arguments publicitaires est-elle usurpée ?

 

C’est ce qui est prétendu par ses nouveaux adversaires de circonstance.

 

De tels jugements n’ont évidemment aucun sens dans l’absolu. Car tout produit actif dans quelque domaine que ce soit peut présenter dans certaines conditions d’utilisation et de dosage des effets nocifs indésirables. Toute la question est de comparer l’éventuelle dangerosité et les inconvénients de ces produits avec ceux qui ont une fonction identique ou avec ce qu’il en couterait de ne pas en utiliser du tout.

 

Concernant le RoundUp, voici ce que mentionne sa fiche technique établie en 2003 et toujours en vigueur au 1er Janvier 2008:

 

Etiquetage UE (classification établie par le fabricant) - Classification du produit selon la Directive de l'UE sur les Pesticides 78/631/CEE.

Non classé comme dangereux.

Classification nationale - France

Sans classement

R52 Nocif pour les organismes aquatiques.

R53 Peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique.

S2 Conserver hors de portée des enfants.

S13 Conserver à l'écart des aliments et boissons, y compris pour animaux.

S29 Ne pas jeter les résidus à l'égout.

S39 Porter un appareil de protection des yeux/du visage.

S49 Conserver uniquement dans le récipient d'origine.

S60 Éliminer le produit et son récipient comme un déchet dangereux.

 

Un produit qui n’est donc pas neutre. Mais beaucoup moins dangereux a priori que de nombreux herbicides autorisés , notamment pour les organismes aquatiques. Citons par exemple le Fusilade Max , le Banaril ou le Graminon dont des concentrations beaucoup plus faibles dans les eaux sont toxiques pour les poissons, les invertébrés ou les plantes (2)! Ou le Rbix ou Gramoxone (paraquat) récemment interdit en France et dont les risques sur l’homme sont avérés. Au-delà des herbicides , ne manquons pas de mentionner les dangers beaucoup plus importants de la bouillie bordelaise, chère à nos cultivateurs bio (3)!  

 

 

Mais nous rétorquera-t-on, ces données ne sont-elles pas celles du fabricant , donc par définition suspectes ? C’est oublier les études très nombreuses réalisées en toute indépendance du fabricant. Pour le RoundUp et son éventuelle toxicité humaine, reportons-nous à la synthèse d’une vingtaine d’études réalisée par l’Institut national de santé publique du Québec (4). Le contexte de cette étude est particulièrement intéressant puisque celle-ci a été motivée par l’inquiétude que sucitaient  les pratiques brutales de l’armée états-unienne en Colombie pour détruire les plantations de cocaïne: « selon les informations qui ont été mises à notre disposition, les taux d'application utilisés lors des applications aériennes seraient 100 fois plus élevés que les taux normalement recommandés pour le contrôle de la végétation aux États-Unis. »

 

L’étude qui distingue le « produit technique » (le glyphosate) de sa formule commerciale comportant des adjuvants recense un à un les risques selon le mode d’exposition :

-Absorbé par voie orale , le Glyphosate est classé comme très peu à légèrement toxique, et le RoundUp très peu toxique : La rétention tissulaire est faible et le glyphosate très rapidement excrété.

- Par voie cutanée, le Glyphosate est classé comme très peu toxique et Le RoundUp lègèrement toxique. « La formulation commerciale de RoundupMD est un irritant modéré pour la peau (Smith et Oehme, 1992; Doliner, 1991). Les résultats suggèrent d'ailleurs que le potentiel irritant du RoundupMD serait plutôt relié au surfactant présent dans la formulation commerciale ». C’est seulement pour l’œil que le RoundUp commercial peut-être considéré comme un irritant sévère.

-          Par inhalation, le Glyphosate est classé légèrement toxique.

 

Les doses létales, dans les cas d’exposition aiguë sont très importantes rapportées à d’autres herbicides quelles que soient les voies d’ingestion.

 

Concernant l’exposition subchronique « les résultats des avec différentes espèces animales indiquent que le glyphosate et l'AMPA sont bien tolérés, des effets mineurs n'étant apparus qu'à de fortes doses. »

 

La toxicité chronique n’est guère plus alarmante : « Les résultats d'études de toxicité (5) chronique avec différentes espèces animales indiquent que le glyphosate n'est pas cancérigène ».

 

Les effets sur la reproduction et la tératogénicité (6) sont inexistants ou peu significatifs : « Les résultats des différentes études indiquent que le glyphosate et l'AMPA ne présenteraient pas de potentiel toxique significatif pour la reproduction et le développement. Les principaux effets ont généralement été observés à des doses toxiques pour les mères. »

Les effets mutagènes faibles.

 

Et en résumé des effets constatés chez l’homme on peut dire : « Les données chez l'humain concordent avec les données expérimentales chez les animaux qui démontrent une faible toxicité du glyphosate et du RoundupMD. »

 

Autant de résultats qui ne peuvent expliquer en aucun cas la campagne virulente anti-RoundUp. Certes, il est toujours possible a postériori que des études viennent nuancer les précédentes voire identifier des risques qui n’avaient pas été repéré (7). Mais, dans l’état actuel des connaissances, le fait que le RoundUp soit classé comme produit peu toxique est tout-à-fait justifié, et le tintamarre anti-RoundUp ridicule !

 

L’explication n’est pas bien difficile à trouver : L’aversion aux OGM justifie que l’on attaque l’herbicide associé aux PGM les plus répandus, ceux qui justement possèdent un gène de résistance au RoundUp. Le fait en outre que le RoundUp soit le produit phare de Monsanto (8), l’ogre américain des anti-OGM, rend le délit de sale gueule encore plus flagrant et permet d’autant plus facilement de nourrir les fantasmes.

 

Le procès du RoundUp est donc tout simplement le procès des OGM. Après ce premier point sur sa prétendue toxicité, nous verrons dans une deuxième partie les autres tares que lui attribuent les anti-OGM, de manière toute aussi ridiculement outrancière.

 Anton Suwalki

 

Notes

 

(1)   la fin du brevet de Monsanto est intervenu en 2000.

(2)   Sur le site de Syngenta. Pour le paraquat voir : http://internat.martinique.free.fr/biblio/paraquat-inrs.pdf

(3)   http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?article329

(4)   Risques liés à l’utilisation du RoundUpMD pour le contrôle des plantations de cocaïne en Colombie (2001)

(5)   Effectuées sur des rats (pendant 24 et 26 mois), des souris (24 mois) et des chiens (1 an)

(6)   Cad sur l’apparition de malformations d’anomalie et malformations fétales. Etudes menées sur des rats (sur 2 ou 3 générations) pour la reproduction, des rats et des lapins pour la  tératogénicité

(7)   voir l’étude de Robert Bellé sur laquelle lui-même se montre extrêmement prudent mentionné dans : http://imposteurs.over-blog.com/article-18959706.html

(8)   bien que le glyphosate ne soit plus couvert par un brevet, que chaque semencier fabricant des OGM ait conçu ses propres plantes résistantes au glyphosate.

 

 

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