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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 18:02

                                                                                          Deuxième partie

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3 / Réalité et croyances sur la qualité des aliments bio

Le bio côtoie souvent chez ses adeptes et ses marchands l'ésotérisme et le mysticisme avec tous leurs
attrape-nigauds, tels que les fausses médecines « naturelles » , les sornettes bioénergétiques. Des enseignes bio n'hésitent pas à conjuguer le bio avec… le bonheur ! Ne serait-il pas, lui aussi, sur le plan de la qualité et du bien-être , un gros attrape- nigauds ? Oui, si on prend au pied de la lettre l'équation bio= forcément meilleur au gout= forcément meilleur pour la santé etc… Ceci relève de la crédulité pure.

Concernant le goût, les consommateurs de bio sont naturellement persuadés d'une qualité systématiquement meilleure de celui-ci. Il n'y a bien sur aucune raison de penser que le mode de production bio aurait un impact négatif sur les qualités organoleptiques des produits. Concernant la viande, il est assez logique qu'un mode de production plus extensif et des conditions d'élevage plus favorables favorisent la qualité par rapport à l'élevage intensif, conditions dont le bio n'a bien sur pas l'exclusivité.

Ceci dit, il n'existe aucun expérience systématique permettant de comparer les produits bio et leur équivalent issus de l'agriculture traditionnelle, pour les fruits et légumes, l'aspect essentiel étant de toute façon  bien davantage la variété considérée que le mode de production.  

Ce qu'il faut rappeler par contre, c'est que la finalité de l'agriculture bio est écologique, et non pas une production de meilleure qualité , même si certaines pratiques peuvent y contribuer. Mais tel produit bio n'a aucune raison d'être systématiquement meilleur au gout. Le point capital à rappeler est que le label bio ne repose sur aucune obligation de résultats , mais sur une seule obligation de moyens(1). Et l'obligation de résultats , la filière bio n'en veut évidemment pas.D'autres labels alimentaires, tels que le label Rouge, portent explicitement sur l'exigence de qualité et les produits labélisés sont soumis à des tests organoleptiques qui doivent obligatoirement être réalisés afin de démontrer la qualité gustative du produit candidat au Label (2).

Pour conclure sur ce point, relativement secondaire, disons tout simplement que le bio n'est pas forcément synonyme de meilleur gout, quoi qu'en pensent ses adeptes.

Concernant la valeur nutritionnelle des produits, la démarche est un peu la même. Dans ce domaine des
évaluations ont été faites par l'AFSSA (3). En voici un résumé, fait par Léon Guéguen de l'INRA.
 

«  De manière générale, l'ensemble des données examinées n'a montré que très peu de différences significatives et reproductibles entre la composition chimique des aliments conventionnels et celle des
aliments Bio issus des mêmes variétés ou races et à des stades de récolte ou d'abattage comparables.La teneur en matière sèche des légumes (mais pas des fruits) est parfois un peu supérieure dans le cas de la production AB mais cette tendance peut aussi être attribuée à des différences de stade de maturité. Aucune influence significative du mode de production n'a été constatée sur les teneurs en glucides, en protéines, en éléments minéraux (sauf une petite tendance favorable pour le magnésium dans les légumes Bio), en oligoéléments et en vitamines (dont le béta-carotène). Concernant les phytomicroconstituants d'intérêt nutritionnel, le mode de production n'influe pas sur les teneurs en lycopène des fruits et légumes mais pourrait augmenter celles en polyphénols, ce qui pourrait aussi être attribué au stade de maturité à la récolte.
La composition des grains, et des graines en général, est quasi-constante et donc très peu sujette à l'influence du mode de production, notamment de la fertilisation. C'est pourquoi les teneurs en minéraux, oligoéléments et vitamines du pain sont déterminées par le taux de blutage de la farine et sont indépendantes du mode de production du blé. Il est ainsi évident que du pain Bio bis (plus riche en son) sera plus riche en éléments minéraux et en fibres que du pain courant de farine blanche. Cela dépend du choix de la catégorie de farine utilisée mais pas du type d'agriculture.
La simple démarche déductive permet de comprendre pourquoi les produits animaux Bio diffèrent si peu des produits conventionnels comparables. En effet, quel que soit le type d'élevage, le mode d'alimentation est approximativement le même et les aliments pour animaux d'origine Bio n'ont pas une meilleure valeur nutritionnelle. De plus, les cahiers des charges AB comportent de nombreuses dérogations qui autorisent, jusqu'à un pourcentage élevé de la ration, le recours « en cas de besoin » à des aliments (fourrages frais ou conservés, céréales, tourteaux…) ne provenant pas de l'agriculture biologique. La jungle des cahiers des charges et des dérogations est assez peu propice à la rigueur des contrôles.Quelques différences ont été notées pour la composition lipidique des viandes AB, avec une tendance à une plus faible adiposité (taux de lipides) et un profil modifié des acides gras en faveur des acides gras polyinsaturés. Cependant, ces différences sont attribuables à la vitesse de croissance plus faible et à l'activité physique résultant de l'élevage en plein air et, pour les ruminants, à un recours plus important au pâturage. Des animaux élevés en mode conventionnel dans les mêmes conditions plus extensives donneraient des résultats similaires.
La composition chimique du lait est relativement invariable, à l'exception de certains acides gras qui
varient en fonction des apports alimentaires, notamment par l'herbe, et de quelques rares oligoéléments comme l'iode et un peu le sélénium. Il en est de même de l'œuf dont la composition ne varie pas, sauf pour certains acides gras insaturés et le bêta La valeur nutritive des œufs d'élevage « industriel » est donc aussi bonne que celle des œufs Bio, ce que le consommateur admet difficilement ! À la différence des herbivores, pour lesquels le recours à l'herbe est plus important (mais pas toujours) en AB, les porcs et les volailles reçoivent une alimentation globalement similaire dans les deux modes d'élevage, les principaux constituants de la ration (95 %) étant dans les deux cas les céréales et les tourteaux de graines oléo-protéagineuses, complétés par des minéraux et vitamines. Il n'y a donc aucune raison, par simple déduction, de trouver des différences de composition des produits puisque les ingrédients consommés sont identiques, qu'ils soient issus ou non de l'agriculture biologique.
Quoi qu'il en soit, la nutrition doit être raisonnée sur le régime alimentaire global qui doit être équilibré et couvrir tous les besoins nutritionnels. De faibles différences éventuelles concernant un nutriment dans quelques aliments particuliers ne peuvent avoir qu'un impact insignifiant sur le statut nutritionnel du consommateur (et même du consommateur considéré régulier de 6 produits Bio par semaine !).
Les prix plus élevés des aliments Bio sont sans doute justifiés par les différences de coût de production
mais certainement pas par une meilleure valeur nutritionnelle
(4). »

Et rappelons une fois encore, que le label bio n'étant pas basé sur une validation des résultats, il est
totalement aberrant d'imaginer que tout produit issu d'une ferme bio aurait par essence une qualité
nutritionnelle supérieure à celle de l'agriculture conventionnelle.

 4/ Bio et risques sanitaires


Là aussi le résultat du match bio/pas bio n'est sans doute pas simple à établir. Il y a des risques communs à différentes pratiques agricoles, tels que les risques auxquels sont exposés les animaux d'élevages en plein air . Il y a les risques propres à chaque mode de culture, et incontestablement, ils sont significatifs pour l'agriculture bio : Parmi eux, certains pesticides autorisés par l'agriculture bio, qui pour être naturelq, n'en sont pas pour autant innoffensifs. Nous avons déjà évoqué le cas, de la roténone, à la toxicité établie pour certains animaux et soupçonnée de l'être pour l'homme(5). On devrait logiquement s'attendre à ce que la Confédération paysanne , jadis mobilisée contre le Régent et le Gaucho, et partant maintenant en guerre  contre le « Cruiser tueur d'abeilles » , se mobilise avec une énergie redoublée , et compte tenu de son sens de l'outrance, dénonce « la roténone tueuse d'hommes ». Pensez-vous !

Un autre risque de l'agriculture bio est la contamination bactérienne qui peut être véhiculée par les composts d'origine animale :

« (..)Greenpeace est resté étrangement silencieux au sujet de l' « affaire des épinards bio », pourtant largement médiatisée dans la presse américaine depuis septembre dernier. Officiellement à l'origine d'un décès, de vingt-trois cas d'insuffisance rénale (c'est-à-dire entraînant des séquelles à vie) et de plus de 150 hospitalisations, cette affaire touche déjà vingt et un Etats américains. Bien qu'ayant retiré du marché toute une gamme de produits à base d'épinards bio dès le 17 septembre 2006, la Natural Selections Foods LLC, une société spécialisée dans la distribution d'aliments bio basée à San Juan Bautista (Californie), doit déjà faire face à de très sérieuses plaintes devant les tribunaux fédéraux américains. Elle est accusée d'être à l'origine d'une contamination microbienne par Escherichia Coli de sérotype O157:H7, une bactérie très pathogène de l'intestin. Et ce n'est pas surprenant qu'une filière bio se retrouve au centre du cyclone. En effet, pour pallier l'absence de fertilisants de synthèse dont elle se prive volontairement, l'agriculture bio utilise des composts d'origine animale particulièrement riches en azote, mais susceptibles de véhiculer des germes bactériens pathogènes pour l'homme. (6)»

150 hospitalisations, 23 cas d'insuffisance rénale, 1 mort … Imaginons un instant les émeutes si un OGM ait été à l'origine de ça. Ce simple fait suffit à juger de la sincérité de ceux qui agitent l'épouvantail du danger des OGM.

Le problème des mycotoxines , relevé à de fortes concentrations dans des échantillons bio, n'a pas fait non plus beaucoup de bruit, pas plus que le constat fait que le Maïs BT est particulièrement armé face à ce danger (7).

Nous terminerons enfin un aspect (non systématique en agriculture biologique)  concernant la santé
animale : Quoi que l'utilisation de véritables médicaments ne soit pas proscrite en AB, nombreux semblent être les producteurs bio recourant aux « services » de l'homéopathie vétérinaire. Ca n'étonnera personne que de telles croyances se recoupent ! Ceci représente incontestablement un risque supérieur d'exposition pour les animaux de fermes ayant recours à ces pratiques.  

                                                          (A suivre)

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Notes :

 


(1) Un problème fondamental sur lequel nous aurons l'occasion de revenir à plusieurs reprises. Notons
pour l'instant que l'agriculture bio partage le refus de l'évaluation des résultats avec d'autres pratiques telles que les pseudo-médecines ou la psychanalyse. Ce qui fait naturellement douter sur la réelle sincérité de ceux qui prétendent produire ou vendre des produits de meilleure qualité.
(2)http://agriculture.gouv.fr/spip/ressources.themes.alimentationconsommation.signesdequalite.lessignesd
identificationdelaqualiteetdelorigine.lelabelrouge_r1060.html
(3) Évaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l'agriculture biologique.
Nb : je n'ai pas retrouvé le lien . Je peux envoyer le texte en PDF sur demande.
(4)
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article692

(5) voir la première partie de l'article

(6) http://www.agriculture-environnement.fr/Riz-OGM-et-epinards-bio.html

(7 ) http://agribiotech.free.fr/joudrier.htm . Se reporter Patrick Maurel et Catherine Regnault-
Roger

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commentaires

rageous 03/02/2008 23:11

Le LR n'est pas bio...même si son cahier des charge y ressemble bougrement en élevage par exemple, les dérogations en affouragement et/ou complémentation, les traitements antibio avec respect des délais d'attente, etc.se trouvent être identiques...
c pas bien bio de bouffer des tomates en hiver tout de même!

matcheux 02/02/2008 00:08

On se demande pourquoi on parle tant du bio et si peu du label Rouge qui est le seul qui atteste un niveau de qualité supérieur avec une obligation de résultat et une obligation de moyen.
Alors que l'on peut faire venir d'espagne de la tomate bio hypercalibrée pour le transport par camion et qui aura moins de goût que l'eau qui sort de mon robinnet.