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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 18:39

                                        1ère partie
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1/ le bio, un créneau de marché limité, mais juteux

J'avoue m'amuser en voyant des gens de retour de leurs courses sortir de leur panier leurs produits bio : quelque fois le nom du produit est écrit en tout petit, presque illisible à moins d'un mètre, écrasé sous le logo magique de l'agriculture biologique écrit en caractères énormes. Ce genre de consommateurs ne boit pas du café, du lait…. Non, ils boivent bio.

Il y a à peine quelques années, le manger bio était prisée par une petite minorité éthérée. Aujourd'hui, le bio a envahi les rayons des grandes surfaces, il dispose de ses propres réseaux de distribution (Magasins La Vie Claire, La Vie saine) , et représente environ 2 Milliards d'euros de Chiffre d'affaires en France , en augmentation de 9,5% par an ( 17 Milliard de $ aux USA). C'est un petit créneau de marché, rapporté au CA total de l'agroalimentaire, et ça restera un secteur minoritaire, compte tenu de son incapacité à nourrir tout le monde. Mais on est déjà très loin des images d'Epinal du « petit » agriculteur bio résistant contre les « gros » et la mondialisation. Et la « bio attitude » qui se présente comme étant, au-delà d'un simple mode de production , une philosophie, s'accommode très bien avec des histoires de gros sous. D'un côté, le consommateur adepte du bio qui pense faire une bonne action, de l'autre un mouvement bien organisé qui a un sens des affaires et du marketing parfaitement rodé, et a démontré son efficacité à faire valoir ses intêrets, au regard des décisions du Grenelle de l'Environnement(1), et l'exploitation assez cynique de réels bons sentiments, l'acheteur de produits bio étant persuadé de réaliser un « acte citoyen », et même humanitaire, étant donné la confusion soigneusement entretenue entre bio et défense des petits paysans (sans parler du commerce équitable).

Certes, il y a les puristes, nostalgiques des sociétés préindustrielles pour qui cette évolution est sacrilège par rapport aux sacro-saints principes qu'ils défendent. Peine perdue ! 
Le bio est déjà totalement intégré au système mercantile et s'est transformée en petite niche très rentable. Les idéologies sont souvent solubles dans le marché. Celui-ci les transforment , les adaptent à ses besoins en leur enlevant leur pureté originelle. Le marché n'a pas d'autre religion que lui-même, et l'argent n'a pas d'odeur. Alors, peu lui importe de se parer des habits de cérémonie de la religion bio pour peu que ça lui permette de vendre. Et si la société Monsanto, honnie des anti-OGM, s'enrichit à l'aide des biotechnologies, d'autres s'enrichissent en misant sur l'hostilité et la peur des OGM en Europe et au Japon, pour constituer des fonds spéculatifs de plusieurs milliards sur des denrées bio(2). 

La consommation de produits bio s'est élargi bien au-delà du cercle d'initiés de ses débuts, pour devenir une mode quasi-« populaire », seulement quasi, car les prix nécessairement supérieurs des aliments bio les rendent  inaccessibles aux plus pauvres. Et dans ces prix élevés, il y a des coûts très logiquement supérieurs, mais aussi des marges confortables, selon Le Canard Enchaîné, pourtant grand défenseur du bio et pourfendeur d'OGM.
  Mais d'ores et déjà, les snobs devront trouver autre chose pour se rendre intéressants.

2/ Quels sont les bienfaits écologiques du mode de production bio ?

C'est à l'origine la revendication première de l'agriculture biologique , avant qu'elle ne devienne un business juteux: promouvoir un ensemble de pratiques culturales respectueuses de l'environnement ,  n'utilisant pas les produits phytosanitaires de synthèse, pratiquant la rotation des cultures , pratiquant un élevage extensif, donc moins susceptible de polluer les eaux , des sols, et des
nappes phréatiques  par les lisiers…
Autant d'objectifs parfaitement louables et au moins en partie atteints, semble-t-il.  Ils ont  le mérite de souligner en retour certains abus incontestables dans l'agriculture conventionnelle, le problème des nitrates, de l'utilisation excessive de pesticides, de la concentration préoccupante dans certaines régions de P.O.P (3).
Autant de problèmes à résoudre pour l'agriculture « productiviste » dont le mérite est d'avoir considérablement augmenté les rendements (multipliant de 5 à 10 depuis 1900 la production à l'hectare pour certains végétaux) , et donc une production de masse répondant aux besoins d'une population croissante, ce qu'à l'évidence, l'agriculture biologique ne pourrait pas faire. S'il convient de limiter l'usage des produits chimiques à des niveaux raisonnables, d'interdire l'utilisation des produits dont la haute toxicité est prouvée (4), il est totalement illusoire d'imaginer s'en passer. Les OGM, dont tous les développements possibles sont imprévisibles, pourront sans doute à terme fournir bien des solutions. C'est le cas du maïs BT produisant sa propre toxine insecticide. Inutile de rappeler que les bio y sont farouchement opposés. 

Si les objectifs environnementaux de l'agriculture biologique sont en partie remplis, des bémols s'imposent :

- Une des principales tares du mouvement bio est la croyance aveugle en la bienveillance de la nature qui ne pourrait se nuire à elle-même : Tel engrais, insecticide et fongicide ne pourrait qu'être respectueux de l'environnement du moment qu'il est naturel. C'est un postulat qui n'a aucun fondement sérieux et il est mille fois démenti par les faits.

- Aucune activité humaine n'est neutre pour l'environnement, et l'agriculture biologique n'échappe pas à la règle. Un moindre rendement à l'hectare pour l'agriculture bio signifie moins produire sur une même surface. Donc plus de surfaces nécessaires pour produire la même quantité. Un bénéfice écologique plus que douteux.

- Certains substances biologiques utilisées comme insecticides telles que la Roténone sont susceptibles de causer des dommages sur des insectes non cibles . Celle-ci est aussi suspectée d'être toxique pour l'homme (5)
-  La bouillie bordelaise, mélange de sulfate de cuivre et de chaux, si prisée des agriculteurs bio et vénérée par les jardiniers amateurs, est elle aussi toxique pour les petits animaux et son usage permanent conduit naturellement à l'accumuler dans les sols. C'est tout de même un comble que son usage soit accru du fait d'une culture à vocation écologique, alors que des mesures de restriction ont été adoptées pour limiter son usage dans l'agriculture traditionnelle !

(A suivre)

Coccinelle.jpg

Notes :
 

(1) http://www.legrenelle-environnement.fr/grenelle-environnement/IMG/pdf/SyntheseG4.pdf
(2)http://www.agriculture-
environnement.fr/AENEW/article.php3?id_article=151&var_recherche=bourse+bio
(3) Polluants organiques persistants
http://www.simv.org/Espace-Consommateurs/Actualites/2003/rapportagribio290703.pdf
(4) prouvée, donc évaluée scientifiquement, et non pas basée sur les campagnes sensationnalistes
(5)
http://www.lamijardin.net/technique/jardin/la-rotenone.html

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commentaires

Lecteur 22/08/2017 01:05

Merci pour cet article nuancé, l'accroche en haut de la page ("imposteurs") m'avait fait craindre l'inverse. Quant aux commentaires les plus trivialement partisans, c'est un peu triste. Rien ne sert de lire, il faut réfléchir à point.

lancelot 03/05/2015 18:57

C'est quoi cet article de merde écrit par un inculte qui connait rien en agriculture!Encore des clichés sur le bio digne de la télé poubelle!

PESSATO 24/07/2010 14:48



Merci pour ce blog. Je commence à en avoir assez des "bien-pensants" bio. Ce matin encore, chez le poissonnier, sur le petit marché près de chez moi, un autre client m'a interpelé pendant que je
demandais des crevettes : Pourquoi vous prenez pas les BIO de Madagascar ? J'ai dit que j'avais quelques doutes sur le bio malgache, et vu le prix (2 fois + chères que non bio), ... Il insiste et
me dit que c'est contrôlé... etc....   De retour chez moi je me renseigne sur Internet, et je découvre que ces crevettes sont nourries avec du granulé biologique certes, mais importé
par bateaux d'Europe. Quel est l'intérêt écolo d'importer des crevettes de Madagascar nourries avec des granulés européens ... bilan carbone catastrophique ?



canardos 31/01/2008 22:11

A titre d'illustration des dangers du sulfate de cuivre utilisé massivment par les agriculteurs bio, cet article trouvé sur le Site "Agriculture et Environnement".

"vendredi 25 janvier 2008.

« Des patates bio cultivées avec des produits chimiques toxiques ! », titre le Daily Mail
« Des milliers de tonnes de patates bio cultivées en utilisant des produits chimiques toxiques » : tel est le titre d’un article du Daily Mail paru le 2 janvier 2008. Cette enquête, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Manche, traite de l’utilisation massive de cuivre par les producteurs de pommes de terre bio en 2007. « De nombreux consommateurs de produits savent-ils qu’un nombre très important de planteurs de pommes de terre bio ont demandé une autorisation spéciale pour appliquer de grandes doses de fongicide à base de cuivre pendant l’été et l’automne ? », s’interroge le Daily Mail.
Selon le quotidien britannique, la Soil Association, l’organisation britannique de certification et de promotion de la nourriture bio, reconnaît que 30 % de ses planteurs ont demandé une autorisation spéciale pour utiliser un fongicide à base de cuivre. Alors qu’en 2006, seuls 58 agriculteurs britanniques avaient utilisé 2,2 tonnes de cuivre, cette année, ce sont plus de 100 agriculteurs qui ont fait cette demande. « Le mildiou de la pomme de terre est causé par le champignon “Phytophthora infestans”, qui se développe rapidement en conditions humides, et peut détruire un champ entier de pommes de terre. Les spores se développent sur les feuilles et elles sont lessivées dans le sol où elles infestent les plantes voisines. Elles peuvent aussi être emportées par le vent à des kilomètres de là », explique le Daily Mail.

La succursale britannique de la société suisse Syngenta confirme que la demande des cultivateurs de pommes de terre bio concernant les pesticides à base de sulfate de cuivre a « dépassé toutes [ses] prévisions », avec des quantités qui ont atteint « un niveau presque record » l’été passé. Les planteurs ont été obligés de recourir à de très nombreuses applications de cuivre afin de protéger leurs cultures contre le mildiou. « Cette maladie est à l’origine de la famine en Irlande au XIXe siècle », rappelle le quotidien britannique.

Interrogé par le Daily Mail, le Pr Tony Trewavas, un expert scientifique des plantes à l’Université d’Edinbourg, explique que les composés cuivriques sont 1.000 fois plus toxiques que les fongicides utilisés actuellement sur les pommes de terre non bio. « Ils ne sont pas seulement un poison pour les gens, mais aussi pour la nature », a-t-il ajouté. « Le problème est que les agriculteurs bio n’ont rien d’autre à utiliser à sa place. Le mildiou détruit toute la culture de pommes de terre – elle entre par les feuilles et finit par détruire tout le plant, ne laissant rien du tout. Pas plus que les autres, les agriculteurs bio ne peuvent se permettre de perdre toute leur production », poursuit le spécialiste britannique. En France, on estime au minimum à 40 % les pertes occasionnées par le mildiou, sur les 760 hectares de cultures de pommes de terre bio. Certains agriculteurs n’ont d’ailleurs même pas pris la peine de récolter...

Le Pr Lewis Smith, directeur du département des homologations à Syngenta, confirme les propos du Pr Trewavas. « Le sulfate de cuivre est un poison à doses élevées. Il peut s’accumuler dans le sol et, n’étant pas biodégradable, vous pouvez vous trouver rapidement avec des concentrations élevées », précise-t-il. Le sulfate de cuivre est seulement actif comme pesticide préventif. Quand les exploitations bio sont frappées par le mildiou, elles sont obligées de détruire toute la végétation de la surface du sol et d’arracher tous les tubercules en quelques jours afin d’éviter la propagation de la maladie.

L’infestation par le mildiou n’a finalement pas fait que des malheureux : la pénurie de pommes de terre bio outre-Manche a entraîné l’importation, en urgence et par avion, de variétés bio israéliennes et égyptiennes. Et ce en dépit de l’incidence carbone ! En clair, voilà des pommes de terre bio, certes, mais pas très « écologiquement correctes » !"

le lien vers ce site:
http://www.agriculture-environnement.fr/AENEW/article.php3?id_article=289