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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 13:21

borl.JPGA propos de l'avis de la Haute autorité sur les OGM, Jean-Louis Borloo avait évoqué parmi "les faits nouveaux"  justifiant selon lui la clause de sauvegarde la constatation de "la dissémination à longue distance, sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres" de l'OGM en question.

Un scoop qu'ont immédiatement repris à leur compte les anti-OGM. Habitués à appliquer aux propos de monsieur Borloo le principe de précaution qu'il affectionne, nous avons voulu vérifier cette info. Résultat :  un bidonnage de plus à verser au dossier.

En réalité, l'avis rendu ,qui en outre n'a pas été validé , n'a jamais dit ça :

« Le fait nouveau depuis 1998 concerne la caractérisation de la dispersion du pollen (Klein et coll, 2003 ; Rosi-Marshall et coll, 2007 ; Brunet 2006) (Kuest ; Chapela 2001)sur de grandes distances (kilométriques) (A. MESSEAN, 2006) liée notamment aux conditions et événement climatiques et aux milieux. Ces résultats ont conduit à démontrer l'impossibilité d'une absence de pollinisation croisée entre champs OGM et champs sans OGM à une échelle locale (petite région agricole). »

Entre parler d'impossibilité d'une absence de pollinisation croisée à une échelle locale , et prétendre qu'on a constaté une dissémination à longue distance, sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres, il y …des kilomètres , et des tonnes de mauvaise foi.

Mais même la conclusion de Legrand est extrêmement contestable : Pour commencer, l'étude de Kuet et Chapella fait référence à la « contamination » du maïs mexicain par du maïs OGM qui a fait l'objet d'une campagne vigoureuse à l'époque : la baudruche s'est depuis dégonflée (voir notre article Maîs mexicain : Quand info'gm recrute Vichinsky). Pour l'autre étude sur laquelle j'ai des informations, celle de Brunet, son analyse effectuée en utilisant des collecteurs de pollen embarqués dans un avion ,a permis de constater la présence de pollen viable à différentes altitudes de sorte « qu'il existe du pollen viable susceptible d'être transporté pendant la journée à des distances de plusieurs kilomètres, de se déposer au sol et de féconder éventuellement une plante réceptrice » .

D'une on a des distances de « plusieurs kilomètres » et non pas les dizaines ou les centaines de
kilomètres proclamés par le ministre fantasque, de l'autre il s'agit uniquement de prélèvements de pollen effectués en l'air, et non de constat de pollinisation au sol.

Or le pollen de maïs est très peu viable, et sa durée de vie ne dépasse pas deux heures. D'autre part, un pollen qui reste viable doit rencontrer une plante à féconder lorsqu'il se redépose . Il n'est donc pas difficile de comprendre, (alors même que moins de 10% du pollen se disperse au-delà de 5m des champs et de 1 à 5% se disperse à plus de 50 m), pourquoi le seuil maximal de 0,9 % d'OGM dans une récolte conventionnelle peut être respectée avec des précautions minimales, et pourquoi la proportion diminue jusqu'à l'ordre de 1 pour mille à quelques dizaines de mètres. A quelques centaines de mètres ,  la proportion devient indétectable et à des kilomètres, la présence de maïs fécondé par un « pollen OGM » devient purement donc fortuite, exceptionnelle.


Toute cette  discussion n'a évidemment pas grand sens, à part si on adopte la vision du monde des superstitieux pour qui même 0,000001% d'OGM serait une profanation. Les ministres et autres rapporteurs de haute autorité devraient dire d'emblée qu'ils se rangent à cette conception délirante de la coexistence des cultures. Si ça n'est pas le cas, qu'ils nous foutent la paix avec ces annonces ridicules destinées à caresser la moustache de Bové dans le sens du poil.
 

Pour conclure , une petite anecdote sur les 0,9% d'OGM. A une exposition récente sur le vol des oiseaux, j'entends le guide (jeune) d'un groupe de personnes âgées, glisser hardiment des oiseaux vers les OGM avec cette réflexion : « Si la réglementation tolère moins de 1% d'OGM, c'est tout simplement pour provoquer une accoutumance afin qu'on ne puisse plus s'en passer. » . 
Encore un piège machiavélique déjoué par le concombre masqué !

concombre-masque-leRetour-1.jpg


Notes :

-L'avis rendu par Jean-François Legrand, qui sera prochainement commenté par l'AFIS
http://nonaumoratoire.free.fr/avis.htm

Sur les travaux d'Yves Brunet , du laboratoire Ephyse (Écologie fonctionnelle et physique de l'environnement) de l'INRA :
http://savoirs.essonne.fr/dossiers/la-vie/biologie-genetique/article/type/0/intro/ogm-
finalement-quels-risques/


Etudes sur la dispersion et recommandations diverses .
http://www.ogm.gouv.qc.ca/envi_maisgm.html

> ALLEMAGNE (octobre 2007) :
> Auskreuzungsverhalten von Bt-Mais im Exaktversuch und unter Produktionsbedingungen
>
http://www.smul.sachsen.de/de/wu/2566.htm
>
http://www.landwirtschaft.sachsen.de/lfl/publikationen/download/3226_1.pdf (en Allemand)
> Traduction:
> Pollinisation croisée de maïs Bt en champ et en conditions de production.
> Des analyses ont été effectuées sur des maïs conventionnels situés à 25 m, 50 m, 75 m, 100 m et 150 m d'une parcelle de maïs GM. Aucune mesure n'a révélé une présence supérieure à la norme de  0,9% d'OGM (qui impose l'étiquetage). Des niveaux de 0,5% ont été trouvés à 25 m et 0,1% à 150 m (dans le sens des vents dominants). A 180 m, ces niveaux n'étaient plus détectables (inférieurs à 0,01%).
 

> ROYAUME UNI (2007) :
> Un flux de gène a été détecté jusqu'à 200 m de la source de maïs GM. Un modèle prévoit qu'un champ de maïs conventionnel de 150 x 150 m nécessite d'être éloigné de 3 m du champ de maïs GM pour obtenir un taux de présence fortuite d'OGM inférieur à 0,9% dans la récolte (79 m pour obtenir 0,1%). Ces valeurs changent peu pour des champs de tailles différentes.
> La publication: > A study of crop-to-crop gene flow using farm scale sites of fodder maize (Zea mays L.) in the UK > R. Weekes et coll. Transgenic Research Vol. 16(2) avril 2007
http://www.springerlink.com/content/w1627886480r1xr8/?p=c20289b2f78b46a1ac57e1d23e8cda25 

> ESPAGNE (2006)
> Les auteurs déduisent de cette étude en situation réelle de co-existence entre culture GM et non-GM de maïs que des distances de
séparation de 20 m doivent suffire pour garantir un flux de gène inférieur à la norme de 0,9%.
>
La publication:
> Pollen-mediated gene flow in maize in real situations of coexistence
> J. Messeguer et coll. Plant Biotechnology Journal. Volume 4(6) Page 633-645, November 2006
>
http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.1467-7652.2006.00207.x

> PORTUGAL 2006 
> Le rapport décrit les résultats de la mesure de présence fortuite d'OGM dans des échantillonnages de cultures conventionnelles de maïs à proximité de maïs GM. Une série de mesure montre des résultats négatifs (10 cas sur 18) ou inférieurs à 0,15%  (6 cas sur 18) ou inférieurs à 0,5% (2 cas sur 18) lorsque des mesures d'isolement sont prises. Dans une autre série, sans les mesures d'isolement recommandées, 2 cas ont révélé des présences de 0,98 et 1,21% lorsque le champ conventionnel était entouré de 3 parcelles de maïs GM. 
> Le rapport:
> Coexistence between genetically modified, conventional and organic crops. Status Report for 2006 >
http://www.dgpc.min-agricultura.pt/upload/membro.id/ficheiros/i008155.pdf

> FRANCE
> Les mesures de coexistence recommandées par l'Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM)
>
http://www.agpm.com/iso_album/guide_des_bonnes_pratiques_agpm.pdf

 

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