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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 14:16

undefinedEn Décembre 2006, était publié un « Manifeste pour une médecine écologique » . (1) Dans la plupart de ces « considérants », le manifeste dresse un sombre tableau, pour ne pas dire un véritable réquisitoire de la médecine conventionnelle moderne, c'est-à-dire la seule médecine scientifique  
 
Considérant, après des succès médicaux indéniables (ah quand même), les échecs et impasses
thérapeutiques actuels : cancers, virus, résistances aux antibiotiques,
-les dérives qui conduisent à une surconsommation médicamenteuse, sans amélioration notable de la
santé,
-le nombre sans cesse croissant de victimes de maladies iatrogènes causées par les effets secondaires, les prescriptions indues ou erronées et la mauvaise utilisation des médicaments
-l'émergence de nouvelles maladies infectieuses ou le retour en force d'anciennes, pour lesquelles il
n'existe plus de traitement efficace
»
 
Certains arguments, pris isolément , ne sont pas dénués de fondement et mériteraient être discutés, bien qu'à relativiser : par exemple l'apparition de résistances aux antibiotiques est un phénomène qu'on ne pourra jamais totalement maîtriser, ils ont  essentiellement pour cause une adaptation naturelle des
organismes visés, et nécessitent en retour une adaptation des médicaments.  La résurgence d'anciennes maladies tient à des causes multiples, dont écologiques, mais à l'inverse le retour en force de la malaria  est en grande partie due au "succcès" des écolos qui ont réussi à faire interdire le DDT y compris comme agent de lutte antipaludéenne…
 
Mais à lire un tel tableau, on oublierait presque les immenses succès de la médecine moderne sous tous ses aspects (diagnostic, traitement, mais aussi prévention) alors que pendant des millénaires les connaissances médicales ont stagné . Ce manifeste qui déclare carrément le patrimoine génétique et l'espèce humaine en danger oublie simplement de rappeler que malgré ces soi-disant « impasses », l'espérance de vie dans les pays qui bénéficient de cette médecine continue d'augmenter de plusieurs
mois par an : Etrange pour une "espèce menacée dans sa survie", non ?
 
Quelques évolutions méritent d'être rappelées concernant la France (2): 
 
 1/ l'espérance de vie (hommes et femmes confondus) atteint 80 ans en 2005, contre moins de
50 au début du siècle. Elle a augmenté constamment hors périodes de guerre. Elle a gagné plus de 10 ans depuis 1960. 
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2/ La mortalité infantile (des enfants de moins de 1 an) a été divisée par 10 depuis 1950 
 
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3/ La mortalité a diminué à tous les âges, y compris dans la période la plus récente de l'« impasse actuelle » 
 
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Notons que le graphique ci-dessus, qui utilise une échelle « logarithmique » pour permettre de présenter  l 'évolution pour toute les tranches d'âge, écrase les écarts 1975-2004 qui sont considérables : la moralité infantile a été divisée par près de 4 en 30 ans, la mortalité des 70-79 ans par près de 2, et même le 4ème âge est étonnament plus coriace : - 30% de mortalité. Sur mille personnes de 90 ans et + , 80 personnes qui seraient mortes en 1975 auront survécu en 2004.
 
Le bilan de la médecine moderne est donc très positif , en tout cas très loin du tableau dressé par le manifeste. Bien entendu, il y a les  pathologies médicales caractéristiques du monde moderne, liées au mode de vie , aux comportements alimentaires, et sans doute à la pollution, autant de maux sur lesquels
il faut agir et pas uniquement à coups d'ordonnance et de surmédicalisation. Mais c'est vraiment se moquer du monde de les utiliser pour occulter les progrès extraordinaires de la médecine. 
 
Cette occultation n'a rien d'innocent, comme le montre la suite du Manifeste.
 
La médecine écologique , késako ?
 
Par médecine écologique, on comprend rapidement où veulent en venir nos olibrius. Mais en soi,« médecine écologique » n'a pas grand sens . Il y a la médecine tout court, celle qui soigne ou soulage, celle qui a un effet positif sur l' "écosystème" qu'est l'organisme humain. Elle utilise une gamme extrêmement variée de pratiques plus ou moins « naturelles » -médecine manuelle,rééducation, produits pharmaceutiques issus directement ou dérivés de substances naturelles  -d'autres beaucoup moins naturelles , molécules chimiques n'existant pas dans la nature,radiothérapies etc (3)…  Comme tout autre activité , la médecine a des impacts sur l'environnement tels que la pollution générée par l'industrie pharmaceutique , les fabricants de matériel médical,  les déchets hospitaliers etc… Le manifeste y fait bien allusion. L'essentiel est toutefois ailleurs. Il s'agit d'opposer le « naturel » vertueux aux agressions contre la nature, y compris contre l'homme, que représenterait la médecine moderne.   
 
 
Promotion des « pratiques médicales traditionnelles », c'est-à-dire du charlatanisme 
 
C'est en définitive le seul but de ce manifeste: décrier la médecine basée sur les connaissances
scientifiques et sur les preuves pour faire la promotion de pratiques dites traditionnelles . Si on
excepte les connaissances empiriques ancestrales concernant les vertus médicinales de certaines
plantes d'ailleurs reprises par la médecine moderne, à peu près tout le reste de ces pratiques consiste sur des théories pseudoscientifiques (homéopathie, acupuncture, ostéopathie, naturopathie, magnétiseurs, guérisseurs, toucheurs «thérapeutiques », chamanes tc…) , ont pour point commun de ne jamais avoir démontré leur efficacité et surtout de refuser l'évaluation scientifique de leur pratique.  
 
Le Manifeste trouve très insuffisante l'indulgence généralisée envers ces pratiques et qui dépasse parfois les bornes. L'homéopathie bénéficie de passe-droits depuis un amendement Kouchner Aubry 
qui entérine dans la loi le fait que ses produits n'aient pas a faire la preuve de leur efficacité ( et pour
cause !)  et sont autorisés du moment qu'ils sont reconnus dans la tradition de la littérature homéopathique : Ainsi, comme les lacaniens, les homéopathes s' « autorisent d'eux-mêmes » et n'estiment avoir aucun compte à rendre. 
 
Le Manifeste s'appuie également sur l'encouragement au développement de ces pratiques par l'Union
Européenne et même de l'OMS :
 
"Rappelant le texte de l'OMS, « Stratégies pour les médecines traditionnelles pour 2002-2005 » qui préconise aux Etats,
" d'une part, pour les pays en voie de développement : le recours massif aux « médecines traditionnelles », à travers des dispositions permettant une qualité et un suivi de l'enseignement, ainsi que la protection des écosystèmes qui permettent d'assurer les récoltes des plantes médicinales, 
"et d'autre part, pour les pays développés : le recours au pluralisme thérapeutique par les
« médecines complémentaires
».(4)
 
Notons que l'OMS  reconnaît se plier devant le fait accompli , d'un « usage répandu qui ne cesse de
croître » (4) et semble chercher à l'encadrer. Mais comment accepter un plaidoyer pour un développement certes « contrôlé » (5) de médecines traditionnelles dont on donne la définition suivante : "L'expression médecine traditionnelle se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé (…) "(4) .  
 
Ainsi la médecine traditionnelle mêle « savoirs et croyances ». Comme si on ignorait dans quelles proportions respectives les savoirs et les croyances rentrent dans un grand nombre de ces pratiques ! Les PVD y ont recours parce que la majorité des populations n'ont pas accès à la médecine moderne. C'est de cette dernière qu'il faut faire la promotion ! Pourquoi ne pas lister d'emblée parmi ces pratiques traditionnelles ou « alternatives » celles dont on sait qu'elles sont innefficaces et celles qui relèvent de l'escroquerie pure et simple ? Pourquoi promouvoir les médecines traditionnelles là où les populations ont accès à une médecine de qualité, si ce n'est à cause du marché juteux de la crédulité :
 
« 70 % des Canadiens ont eu recours au moins une fois à la médecine complémentaire. En Allemagne, 90 % des gens prennent un remède naturel à un moment ou à un autre de leur vie. Entre 1995 et 2000, le nombre de médecins ayant suivi une formation spéciale à la médecine naturelle a quasiment doublé pour atteindre 10 800.   Aux Etats-Unis d'Amérique, 158 millions d'adultes font appel à des produits de la médecine complémentaire et, d'après la Commission for Alternative and Complementary Medicines, un
montant de US $17 milliards a été consacré aux remèdes traditionnels en 2000.   Au Royaume-Uni, les dépenses annuelles consacrées à la médecine parallèle représentent US $230
millions.   Le marché mondial des plantes médicinales, en expansion rapide, représente actuellement plus
de US $60 milliards par an. (4) »
 
Il serait totalement illusoire de prétendre empêcher des gens d'avoir recours à des pratiques médicales
douteuses. Mais le moins qu'on puisse faire, c'est tenter d'éduquer au maximum ceux-ci sur la réalité de ces pratiques , et en aucun cas d'en faire la publicité. 
 
Il y a plus grave : Le Manifeste ne se contente pas de relativiser l'efficaité de la vraie médecine au profit de pratiques pour l'essentiel sans efficacité :   
« Etablir le droit à la continuité des soins : un patient suivi en « médecines non conventionnelles » doit
pouvoir poursuivre son traitement même s'il est pris en charge par un service d'urgence, s'il est
hospitalisé ou emprisonné
. »
 
Alors que le problème principal est que certains praticiens « non conventionnels » sans scrupules encouragent parfois à renoncer à des traitements ou des prescriptions médicales au profit de pseudo-
remèdes , avec des conséquences parfois dramatiques, Le Manifeste vise donc à interdire aux médecins conventionnels le droit d'interrompre des traitements qu'ils jugeraient inopportuns, y compris dans le cadre collectif de la médecine hospitalière.
 
« Reconnaître aux thérapeutes le droit d'utiliser toute méthode thérapeutique, pour laquelle ils ont reçu une formation satisfaisante, dès lors qu'il y a consentement éclairé du patient. Le choix thérapeutique non conventionnel ne peut donc pas en tant que tel représenter une raison de poursuite judiciaire ou ordinale. »
 
Mais qu'est-ce donc qu'une formation satisfaisante en matières de pseudo-médecines ? Qu'est-ce donc que le consentement éclairé du patient à qui on vend des attrape-gogos ? Soit certaines pratiques médicales non conventionnelles apportent la preuve de leur efficacité, au moins relative, et dans ce cas elles peuvent être validées et intégrées à la médecine tout court : elles deviennent conventionnelles. Si elles restent non conventionnelles, c'est qu'elles ne sont pas éprouvées . Et dans cette société judiciarisée où n'importe qui peut porter plainte pour un oui ou un nom contre son médecin « conventionnel, on revendique ni plus ni moins le droit à l'impunité pour les pratiques « non conventionnelles » !
 
Parmi les personnalités qui soutiennent cet appel :
 
Commençons par....
.-Jean-marie PELT,
 -Gilles-Éric SÉRALINI
 - Guy KASTLER 
 
 
Comme c'est étrange : toute la fine fleur  du militantisme anti-OGM ! Quand on vous disait que le
monde est petit ! Pas étonnant que le Manifeste réclame aussi l'interdiction des OGM (et pas seulement en plein champ !). 
 
 On trouve aussi parmi les signataires, entre deux individus lambda, le très contestable David Servan
Schreiber (auteur de « Guérir ») , le fondateur des laboratoires homéopatiques Rocal,  des spécialistes en « médecine traditionnelle chinoise », l'auteur de « Vaccinations, je ne serai plus complice » (tout un
programme !), des homéopathes, acupuncteurs, ostéopathes, naturopathes,"thérapeutes holistiques", des
"Infirmières sophrotherapeutes biomagnetiseuses", des « humanologues » -sic !- et mêmesdes «
comptables et thérapeutes » -re-sic !- arrêtons-là. 
 
 
Ca fout les boules, non ? 

prana01.jpg
 
Notes :
(1) http://www.acecomed.org/manifeste
(2) Tableaux constitutés à partir des données INED
 (3) où classer parmi ces catégories la chirurgie , les prothèses ?
(4) http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs134/fr/
(5) notion de contrôle de l'efficacité qui disparaît dans le Manifeste au profit d'un enseignement
de « qualité » et au nom du « pluralisme thérapeutique ».

 

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commentaires

Publicite lons le saunier 28/01/2015 03:27

Publicité et marquage publicitaire font bon ménage sur internet

Astre Noir 02/02/2011 13:34



@ Jorj :


 


merci pour le lien.


 


Anecdote amusante, dans la liste des intervenantes au fameux congrès de thérapie quantique, il y a une mal nommée Martine Gardénal, qui apparemment a fait pas mal parler d'elle...



Jorj X. McKie 01/02/2011 22:19



@ Astre noir


Et sur l'auriculothérapie, tu as l'article de Wikipedia, mais surtout la discussion. Enfin si tu as le courage ;-)


JxM



Jorj X. McKie 01/02/2011 22:08



@ Astre Noir


Un lien qui peut te donner un idée des niaiseries, potentiellement dangereuses, sur la médecine quantique, sur leur congrès ici.


JxM


P.S. J'en profite pour passer un appel, j'aurai besoin de l'aide d'un physicien pour un article sur les aberrations des allégations de la médecine quantique. (Vous pouvez passer votre mail à
Anton).



Astre Noir 01/02/2011 13:33



Une petite anecdote....


 


Aujourd'hui, je suis passé devant une plaque de médecin, comme on en trouve tant dans les villes...


 


Mais cette plaque-là annonçait la spécialité suivante du praticien :


 


Auriculothérapie


Thérapie quantique


 


Si quelqu'un a une idé de ce qui se cache derrière ce charabia destiné à impressionner le client...



Romain 03/12/2009 12:58


Ras le bol ...
Désinformation un jour, désinformation toujours ...
Expliquez-moi concrètement en quoi l'ostéopathie basée uniquement sur l'anatomie !!!, peut être mis dans le même sac que des pratiques ésotériques ?
Qu'y a-t-il de pseudoscientifique dans l'anatomie ?
Je serai curieux que vous me l'expliquiez avec à défaut d'un certain cartésianisme, au moins une vision bergsonnienne des choses !
Il n'a jamais été honteux d'avouer que nul ne peut être omniscient ... Alors si le doute vous assaille, je serai ravi de discuter anatomie avec vous !
Cordialement