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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 13:45

Je partage très largement le point de vue défendu ici par Yann Kindo. On peut vraiment s'interroger sur les raisons qui poussent l'Ecole Emancipée  à transformer sa revue en chambre d'écho de la Décroissance qui n'a pourtant pas besoin de ça. Au delà de la débilité et de l'indécence des « outrances langagières » pointées par Yann ( parler de génocide à propos des OGM, ou de la pire calamité environnementale pour le nucléaire (1)) , il y a la technophobie,  le mythe des savants fous, et pire, toute la philosophie et le projet réactionnaire de la décroissance qui semble pour le moins à mille lieues des traditions d'un courant tel que l'EE. 
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d--croissance-copie-3.jpg
                     les ânes de la décroissance se préparent à manifester
                     


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A ma connaissance , l'EE réclame une revalorisation générale de tous les salaires. Les rédacteurs de l'EE se rendent-ils compte qu'on ne peut à la fois prôner la décroissance et l'augmentation des salaires ? Admettons une augmentation de 20%  de tous les salaires, où même une augmentation dégressive en fonction du niveau actuel des salaires, par prélèvement sur le capital .  Ceci provoquerait à coup sûr une augmentation considérable de la consommation et boosterait la croissance, d'autant plus forte que la redistribution vers les bas revenus serait importante (2). Et nul doute qu'une bonne partie de cette consommation aditionnelle irait précisemment vers tous ces biens qu'aborrhent les décroissants.  Alors, augmentation des salaires ou décroissance ? Il serait urgent que cesse l'hypocrisie . Soit l'Ecole Emancipée adhère vraiment à la décroissance, et dans ce cas-là, elle devrait y conformer ses revendications économiques,  soit elle fait la pub pour la décroissance par pur opportunisme pour caresser les idées à la mode dans le sens du poil, ça n'en est que plus dangereux.
Une hypothèse supplémentaire resterait à explorer : bon nombre d'adhérents de l'école émancipée
adhéraient jadis à la vision marxiste selon lequel le capitalisme finirait par entraver le développement des forces productives, et certains prédisaient à chacune de ses crises son effondrement imminent. Et dans cette perspective, le socialisme le remplacerait, permettant un nouvel essor des forces productives. Dans quelle mesure le système actuel freine les forces productives, c'est une question qui mériterait d'y consacrer des pages entieres. Il y a de toute façon suffisamment de raisons , même lorque celui-ci fonctionne à plein régime, pour le trouver injuste et ne pas le considérer inévitablement comme « la fin de l'histoire » . Mais le fait est que l'effondrement du capitalisme, depuis le temps qu'on nous l'annonce, tarde à pointer le bout de son nez, et que si entrave aux forces productives il y a , elles ne sont que relatives : même à seulement 3,2% de croissance mondiale en 2007, après 3,8% en 2005 et 2006 (3), si les mots ont un sens, ca reste bien une croissance.  Alors, ne pourrait-on pas conclure que déçus que leur prophétie ne se soit pas réalisée, certains voudraient désormais combattre le capitalisme dans un sens opposé, lui reprochant maintenant de produire trop de richesses ! C'est le fondement même de la décroissance qui propose de faire tourner la roue de l'histoire en arrière.

Car la décroissance va bien au delà d'un programme économique stupide.

-C'est , on le voit à travers le refus des OGM et de toutes les nouvelles technologies, le rejet de toute solution qui pourrait améliorer les conditions , notamment écologiques, du développement. Ainsi, les décroissants rejettent les pesticides, mais rejttent également les OGM qui permettent de réduire leur utilisation.

-C'est aussi le mépris pour les classes populaires (présentées comme aliénées) qui arpentent les
supermarchés. Il faut noter qu'un produit rentre dans le collimateur des décroissants dès lors qu'il devient l'objet d'une consommation de masse : non au téléphone portable, à la voiture ,à la télévision, au four micro-onde, à la tondeuse à gazon , nous disent les casseurs de pub(4) .
 
-C'est aussi une prétention morale d'une petite couche vertueuse à décrêter quels sont les biens inutiles et quels sont les biens utiles : de quel droit décrete-t-on que le télévision est « inutile » mais pas la radio ? Pourquoi pas la radio aussi ?

C'est un refus de voir que la mondialisation en solidarisant tous les individus de la planète autour d'une immense chaine productive, milite en elle-même pour une solution mondiale au maux sociaux qui affligent l'humanité. La décroissance rejette au contraire cette dépendance au potentiel libérateur, et flatte le retour à des structures précapitalistes « produire local, consommer local ». Donc, selon cette vision, les antillais ne devraient pas avoir le droit de se  soigner avec des médicaments produits en Allemagne, les allemands pas  le droit de consommer des bananes antillaises etc… Naturellement, les décroissants se gardent bien de dire qu'un retour à une économie localisée entraînerait une telle baisse de la productivité qu'une politique malthusienne drastique serait inévitable, à moins de prôner la régulation naturelle ,d'estimer que dame nature pourrait se charger elle-même de gommer les excédents de population (5) . Inutile de dire que le contrôle des mouvements migratoires devrait être lui aussi impitoyable pour ne pas perturber les équilibres locaux fantasmés par les décroissants.

Il y a comme pour tous les évangiles, différentes exégèses de la décroissance. Certains affirment que ce projet ne concernerait que les pays les plus développés (ce qui supposerait déjà un pouvoir totalitaire pour l'imposer) tandis que les pays les plus pauvres pourraient augmenter dans une certaine mesure leur « empreinte écologique ». Ouf ! Cependant, non seulement les décroissants n'ont guère consulté les populations de ces pays là qui n'ont aucune raison d'accepter les injonctions à la « simplicité heureuse » de gavés occidentaux, mais à y regarder de près, les pays les plus pauvres n'auraient pas forcément le droit de satisfaire des besoins qu'on considère essentiels ici :

Ainsi pour Serge Latouche :
« Il y a, dans cette proposition qui part d'un bon sentiment - vouloir « construire des écoles, des
centres de soins, des réseaux d'eau potable et retrouver une autonomie alimentaire » -, un ethnocentrisme ordinaire qui est précisément celui du développement.
» (6).

Il y a des coups de pied au cul qui se perdent ! Quand on lit des propos aussi insupportables, on se dit que certains feraient  bien de réflêchir un peu avant de donner une tribune aux décroissants.
Anton Suwalki
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dumont3.jpg

                                                            René Dumont ou la préhistoire de la décroissance

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Notes :

(1) il est vrai que de son côté, Greenpeace qui ne craint pas le ridicule, parle d'EPR comme du
réacteur le plus dangereux du monde (sic !) , il y a la technophobie, ; le mythe des savants fous,
et pire toute la philosophie et le projet réactionnaire de la décroissance qui semble pour le moins
à mille lieu des traditions d'un courant telle que l'EE. A ma connaissance , l'EE réclame une
revalorisation générale de tous les salaires. Les rédacteurs de l'EE se rendent-ils compte qu'on
ne peut à la fois proner la décroissance et l'augmentation des salaires. Admettons une
augmentation de 20%  de tous les salaires, où même une augmentation dégressive en fonction
du niveau actuel des salaires, par prélèvement sur le capital .  Ceci provoquerait à coup sûr une
augmentation considérable de la consommation et boosterait la croissance, d'autant plus forte
que la redistribution vers les bas revenus serait importante
(2). Vu la propension à consommer d'autant plus forte que le revenu est faible. Une redistribution des
hauts revenus vers les bas revenus n'est donc pas à somme nulle, elle entraïne une augmentation
nette de la consommation.
(3)Source : Nations Unies. Bien sûr le PMB ne dit pas tout, et ne donne en lui-même aucun élément
qualitatif de cette croissance.
(4) 10 conseils pour entrer en résistance par la décroissance, un texte qui vaut son
pesant d'or. Notez qu'en son temps , René Dumont (dans l'Utopie et la mort)
pronait exactement la même chose, allant jusqu'à mettre au rencart les déodorants
(5) Si beaucoup de décroissants répugnent à parler de malthusianisme,certains de leurs
pères spirituels tels que René Dumont ou actuellement Edward Goldsmith n'hésitent pas
à s'en réclamer ouvertement.
(6) Serge Latouche. Le Monde diplomatique , Novembre 2004

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commentaires

Aurélien 23/10/2014 18:57

Une écologie progressiste, humaniste n'est pas prête de naître.