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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 10:06

Yann Kindo, militant de l'extrême-gauche anticapitaliste , a publié récemment plusieurs contributions (1) sur des thèmes variés - OGM, psychanlayse, décroissance, théories du complot-  à contre courant des dérives  anti-science , anti-progressistes et décroissantistes qui prévaut désormais dans une bonne partie de la gauche « radicale », « altermondialiste », ou « anticapitaliste » en mal de repères. C'est bien volontiers qu'Imposteurs publie ce nouveau texte pointant cette fois ci les dérapages du courant syndical Ecole Emancipée. 



                                « Savants fous » et « Génocide mondialisé».
                                Par Yann Kindo


L'Ecole Emancipée est un courant historique du syndicalisme enseignant français, actuellement partie prenante de la FSU. C'est aussi le nom d'une revue publiée par la tendance en question, revue dont le numéro 8 daté de novembre/décembre 2007 comprend un dossier de plusieurs pages consacré à la question de l'environnement. Un dossier typique de certaines dérives langagières (porteuses de sens) sur le terrain de l'écologie. On peut partager l'essentiel des options purement syndicales de l'École Émancipée, qui défend par exemple l'auto-organisation dans les luttes, et
être énervé par son traitement de certaines questions, comme ici celle de l'environnement.
 
Une fois de plus, le choix est fait ici, à propos du Grenelle de l'Environnement, de donner la parole à des figures de proue de certaines luttes spécifiques, ce qui permet de relire des textes déjà publiés ailleurs ! Ainsi, on retrouve un texte de Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire », qui estime sobrement que le Grenelle de l'Environnement est « une défaite majeure pour l'écologie ». Diantre ! Pourquoi une telle appréciation qui, si les mots ont un sens et c'est bien le problème soulevé ici- fait du Grenelle, sur le terrain de l'écologie, un équivalent de ce qu'a pu être sur le terrain social le mouvement d'opposition à la réforme des retraites de 2003 ? Parce que, selon Stéphane Lhomme, « M. Sarkozy a obtenu ce qu'il cherchait : « déminer » la question écologique sans que ne soient remis en cause ni les profits de ses amis PDG des multinationales ? les plus grands pollueurs ! ni le nucléaire, qui reste une des pires calamités environnementales ».
Que le nucléaire représente un risque, c'est certain, mais que son utilisation à l'heure où Stéphane Lhomme écrit soit « une des pires calamités environnementales », c'est un peu fort de café et cela témoigne d'un sens des priorités tout particulier. Au lieu de critiquer le Grenelle comme une montagne ayant accouché d'une souris, voire comme un pas très insuffisant dans la bonne direction (ainsi, on peut fortement douter de la réalité de la substitution prochaine des transports en
commun au trafic routier, qui pour le coup est une vraie priorité), on en vient à le qualifier de « défaite majeure pour écologie ».
 
Mais c'est encore peu de choses par rapport au titre du papier (déjà publié ailleurs) de l'inévitable Paul Ariès, principal théoricien français de la Décroissance et animateur du journal du même nom, qui lui titre carrément : « Le Grenelle de l'environnement ou le Munich de l'écologie ». Décidément, la référence à Munich est employée depuis quelques années pour qualifier tout et n'importe quoi ; d'habitude elle sert de couverture aux partisans des expéditions militaires impérialistes pour
stigmatiser ceux qui s'opposent à elles. Mais, que la conférence de Munich, qui symbolisa sur le plan diplomatique la politique du renoncement à affronter Hitler, soit associée ici à la question de l'écologie laisse un peu pantois. Pourtant, cette référence prend tout son sens si on la relie à un autre élément très surprenant de ce dossier « Environnement » de l'École Émancipée. Il faut pour cela jeter un œil sur la page suivante, qui fait face à celle occupée par Paul Ariès, et qui est consacrée à un article de Claude Seureau en défense de Christian Velot, un militant anti-OGM présenté (à tort ou peut-être à raison, je n'en sais rien) comme « Un chercheur sanctionné pour son esprit critique ». Ce n'est pas le contenu de l'article en question qui est ici mis en cause, mais son illustration, une photographie dont la légende indique : « Le 13 octobre à Paris », et qui présente une manifestante anti-OGM portant la pancarte:  

eeogm.jpg

Que la référence précédente à Munich soit malvenue, c'est certain, mais elle avait encore un minimum de sens (Munich symbolisant alors simplement l'idée du renoncement à affronter les problèmes de face). Mais parler de « génocide » à propos des OGM est tout à fait écœurant, pour une double raison :
 - d'abord parce que cela n'a strictement aucun sens : génocide de qui, ou plutôt ? on ose l'espérer  de quoi ? A quelle extermination de masse planifiée fait référence cette manifestante (et la revue qui reproduit fièrement cette ânerie) ? Sans parler des êtres humains, quelle partie du vivant a été à ce jour victime d'un génocide (avec tout ce que cela comprend d'intentionnalité) de la part des producteurs et des cultivateurs d'OGM ? Il est déjà difficile d'établir le moindre dégât quelconque
provoqué par les OGM actuellement en culture, alors une destruction de masse. Qu'est ce qui peut bien se passer dans la tête de ceux qui écrivent et reproduisent cela ? Ont-ils à ce point perdu tout contact avec le réel et tout sens de la mesure, ou bien sont-ils victimes eux aussi du syndrome dit de BHL consistant à associer au nazisme toute personne avec laquelle on est en désaccord profond ?
 - l'usage généralisé du terme « génocide » à tout propos est profondément malsain, et constitue une forme de relativisation des génocides réels dont été par exemple victimes les juifs ou les tziganes
pendant la Deuxième Guerre Mondiale, ou bien encore les Tutsis au Rwanda en 1994. Cet abus de langage ne sert pas la cause qu'il prétend défendre, bien au contraire , ainsi, il est abusif et malsain de parler de « génocide » à propos de l'oppression dont est victime le peuple palestinien de la part de l'État d'Israël (les qualifications d' «apartheid » voire de « purification ethnique », bien plus adéquates, désignent des réalités déjà suffisamment sordides et révoltantes pour qu'il ne soit pas la peine d'en rajouter). Mais, encore une fois, le mot « Génocide » assimilé aux OGM est un usage qui relève d'un autre ordre, d'un pas en avant franchi vers le n'importe quoi dans lequel les mots n'ont plus aucun sens. 
 
Ainsi, on l'impression que, pour certains, parce que l'on pense être du bon côté, on se donne le droit de dire absolument n'importe quoi. Et l'on peut s'inquiéter aussi de la dérive, dont l'École Emancipée est ici un archétype, consistant à donner les clés de la lutte écologiste au courant de la Décroissance, avec tout ce que cela suppose de déplacement du curseur d'une logique environnementale et sociale vers une logique essentiellement technophobe et antiscience. Ainsi, le
Paul Ariès qui bénéficie d'une tribune dans une revue a priori syndicale, est-il un des chefs de fil du journal qui titrait en octobre 2007 :  
 
savant-fou.jpg
 
« La science, voilà l'ennemi », tel semble être le nouveau mot d'ordre de ceux qui sont passés de l'autre côté de la barrière de l'obscurantisme.  Et, par ailleurs, à l'heure où est posée avec force par l'opinion et par le mouvement syndical la question du pouvoir d'achat, pourquoi ouvrir ses colonnes à ceux qui titrent :  
 
noel-copie-2.jpg 
 
Que les bobos Décroissants se rassurent : il y a dans ce pays tout un paquet de gens qui sont au quotidien acculés à la grève de la consommation par la misère de leurs revenus, et qui, de toutes façons, ne pourront pas acheter grand-chose à Noël. 
Les syndicalistes de l'École Émancipée pensent-ils, comme semblent le faire Paul Ariès et ses émules, qu'après tout ce n'est pas grave voire très bien comme ça, parce que, comme le proclame la plus débile des couvertures de leur journal, après tout :  
 
pauvret--.jpg
 
On se doute que les actionnaires et les partisans de la baisse des dépenses de l'État seraient ravis que le mouvement syndical s'aligne complètement sur un tel mot d'ordre. Alors, concluons en étant pour une fois d'accord avec une Une de la Décroissance ( N°20 – mars 2004) :
"On arrête les bêtises ?"  
 


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Notes :
(1) lire notamment de Yann Kindo :
- OGM et anticapitalisme :
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=51446
- lutte anti-OGM : anticapitalisme ou technophobie ?
    
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article771
- Psychanalyse : tabous brisés et totems à terre :
                  
http://www.recalcitrance.com/kindo
- La « décroissance » : une intrusion spiritualiste en écologie politique
     
http://www.pseudo-sciences.org/article.php3?id_article=479
- Les théories conspirationnistes autour du 11 septembre
(par Phil Mole- traduction de Yann Kindo)
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article786

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