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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 13:06

Samedi 8 Décembre, au cours du Journal télévisé d'Arte, le présentateur annonce sans la moindre réserve , à l'indicatif et non pas au conditionnel, qu'une étude allemande avait démontré que les enfants habitant au voisinage d'une centrale nucléaire étaient victimes de cancers et de leucémies plus fréquentes. Une  recherche sur Google ne donne pas l'accès à cette enquête, mais voyons
quelques éléments décrits dans une dépêche de l'AFP qui en parle(1).

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1- C'est une étude qui prétend étudier la relation entre proximité d'une centrale et risque de cancer.  La relation est étudiée avec une telle minutie, apprend-on de la Süddeutsche Zeitung qui a révélé l'information,  la distance a été déterminée à 25 mètres près.  Et pourtant, malgré cette prétendue « force de l'enquête », on ne nous communique qu'à propos d'un seuil unique : ceux qui habitent à moins de 5 km et tous les autres. Or si on suggère que risque et proximité du cancer sont liés, la moindre des choses serait d'établir des cercles concentriques , par exemple 2 km, 5km, 10 km et au-dela.  La distance à 25 mètres près est d'autant plus dérisoire que par ailleurs, aucune base de données fiables sur l'itinéraire géographique d'une population pour une période de 24 ans n'existe (déménagements, stabilité, durée de résidence).

2- Ensuite si on comprend bien, on a additionné les résultats des 21 centrales et comparé ce résultat global à celui qu'on aurait du trouver en appliquant la moyenne nationale. Or pour beaucoup de cancers, on observe de fortes variations régionales, et il faudrer donc pondérer les résultats locaux par les sur-incidences ou les sous-incidences locales. Cela a-t-il été fait ? Ce n'est pas ce que laisse à penser le texte de l'AFP.


3- On spécule sur des taux (heureusement) extrêmement faibles : par exemple l'incidence annuelle globale du cancer chez les enfants de moins de 15 ans en France est d'environ 0,012 % . Le moins qu' on puisse dire, c'est qu'à des taux pareil, des écarts même importants sur des échantillons particuliers et pour une petite population n'ont pas une grand significativité statistique et sont encore moins interprétables.

4. Toutes les études sur ce thème ou sur des thèmes  analogues (visant à établir la relation entre cancer et proximité d'une source présumée dangereuse) présentent des difficultés méthodologiques : des échantillons de taille insuffisante, on ne dispose que d'une adresse (au moment où les gens consultent) ,les résultats sont difficilement interprétables voire totalement contradictoires : - Une étude sur la relation entre cancer des enfants et vie à proximité d'une ligne à haute tension calculait un risque relatif supérieur pour les leucémies et inférieur pour d'autres
cancers tels que les tumeurs au cerveau. Devinez sur quel risque a titré la presse…. Bien entendu si un journal titrait «  les lignes à  haute tension protègent contre les tumeurs cérébrales » , on crierait au scandale. Pourtant, la conclusion n'est ni plus ni moins illégitime. Tout le monde est prêt à foncer tête baissée pour les leucémies alors que la contradiction des résultats prouvent qu'il est impossible de les interprêter. 

5. Sur le seul thème des risques de cancer à proximité de centrales nucléaire, il y a des études menées pour des sites différents qui avait relevé des surincidences analogues ou supérieures à celle dont il est aujourd'hui, d'autres qui avait relevé au contraire un risque relatif légèrement inférieur à 1, c'est-à-dire une moindre fréquence des cancers à proximité des centrales(2)! La seule conclusion qu'on peut tirer de ces études aux résultats contradictoires est…qu'on ne peut rien conclure.

6. Enfin et surtout, tout ceci n'aurait de sens que si vivre à proximité d'une centrale nucléaire exposait réellement à des radiations telles que cela puisse nuire à la santé. Aucun effet pour la santé humaine n'a jamais été constaté pour une dose inférieure à 100 msV (millisiévert). Or la législation française prévoit une dose maximale annuelle de 1msV d'exposition du public aux radiaitons émises par les centrales. C'est moins que la seule exposition tellurique et on estime qu'en France, l'exposition liée à l'énergie nucléaire ne dépasse pas 1% des radiations naturelles. Les normes de radioprotection allemandes sont encore plus draconiennes : 0,3msV ! Comme le fait remarquer le ministre allemand de  l'environnement « pour expliquer ce risque accru de cancer, il faudrait que la population soit exposée à des radiations au moins 1.000 fois plus élevées que celles
issues des centrales nucléaires allemandes » . Si ces normes n'étaient pas respectées, il y a longtemps que les associations anti-nucléaires qui procèdent à leurs propres mesures indépendantes et montent en épingle chaque relevé supérieur au norme nous l'aurait fait savoir.

 

Cette étude, qui a donc toutes les chances de retomber comme un soufflet, arrive à point nommé : l'Allemagne, afin de respecter ses engagements en matière de gaz à effet de serre, envisage de maintenir l'option nucléaire, les centrales nucléaires (hors leur construction) étant propres de ce point de vue là. Et l'opinino publique allemande historiquement hostile au nucléaire semble basculer , si on en croit un récent sondage (3) selon lequel  48% des personnes interrogées se disent avorables à une prolongation de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires, contre 44% d'opinions défavorables.
Moins de 2 mois après la parution de ce sondage, on publie un rapport sur les risques du nucléaire, centrée sur les cancers infantiles, avec tout ce que ça représente de charge émotionnelle ! Etonnant, tous ces hasards de calendrier…

Mais l'essentiel du problème est toutefois ailleurs : pendant qu'on focalise sur une hypothétique victime des radiations supplémentaire par an (29 cas en 24 ans), on oublie toutes les autres, en nombre infiniment et désespérément supérieur . La nucléophobie fait perdre à certains toute
rationnalité et dans certains cas, toute décence . Citons les remarques de Zbigniew Jaworowski, ancien membre du Comité scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiation Atomiques :
"Chaque vie humaine hypothétiquement sauvée dans une société industrielle occidentale par la mise en place des règlements actuels de radioprotection est estimée à un coût d'environ 2,5 milliards de dollars. De tels coûts sont absurdes et immoraux - particulièrement si on les compare aux coûts relativement bas des vies sauvées par l'immunisation contre la rougeole, la diphtérie, et la coqueluche, qui dans les pays en voie de développement nécessitent des sommes de 50 à 99 dollars par vie humaine sauvée. Des milliards de dollars pour la protection illusoire des hommes contre le rayonnement sont actuellement dépensés année après année, alors que des ressources beaucoup plus faibles manquent scandaleusement pour sauver des vies dans les pays pauvres."

Passé un seuil, ces dépenses de « surprotection » n'ont donc plus aucune justification rationnelle, elles ne sont que politiques. C'est du gaspillage. L'objectif politique d'amadouer les anti-nucléaire est de toute façon à côté de la plaque car ça leur permet de retourner l'argument sur le coût exhorbitant de la sécurité nucléaire, et le moindre dépassement accidentel de la nouvelle norme, même infinitésimal est dénoncé comme un scandale.De toute façon, quand bien même arriverait-on techniquement à ce que jamais aucune particule radioactive n'échappe d'un réacteur nucléaire, il y
aurait encore des gens pour se convaincre que ceux-ci nuisent à la santé !

Pourtant, les anti-nucléaire militants ne sont pas très regardants sur les questions de santé et de sécurité, dès lors qu'il s'agit d'autres modes de production d'électricité : certains groupes tel que Sortir du nucléaire ou Dissident Média admettent volontiers l'impossibilité que les énergies renouvelables puissent , dans l'état actuel des techniques, fournir une contribution de plus que quelques % à la production d'électricité. L'alternative est donc nucléaire ou charbon , ainsi  que titrait un récent dossier de Sciences et Vie. Pas gênés , les anti-nucléaires répondent sans
hésiter charbon !
"Le nucléaire n'est pas le seul moyen de produire de l'électricité : il existe d'autres sources d'énergies. Une sortie rapide du nucléaire est possible. En attendant le plein rendement des énergies renouvelables, on peut utiliser les autres moyens disponibles, en favorisant les plus efficaces et les moins polluants. - Si les centrales nucléaires devaient être fermées demain, la France ne se retrouverait pas plongée dans l'obscurité pour autant. La soixantaine de centrales au fioul ou au charbon qui existent en France peut pourvoir en grande partie à notre consommation, pour peu qu'elles fonctionnent toute l'année. à l'heure actuelle, elles ne sont mises en marche que quelques jours pas an, pour compenser les augmentations de consommation dues principalement au chauffage électrique. "(4)
 
 On sait que l'extraction du charbon représente rien que chez les mineurs ( accidents miniers, maladies respiratoires , cancers, irradiations) plusieurs Tchernobyl par an . Ca , ce n'est pas une supposition , c'est une sordide réalité. Peu importe pour nos anti-nucléaires. Quel cynisme ! Il est vrai que le cynisme peut faire très bon ménage avec l'obscurantisme . Comme quoi, le petit bourgeois sur-protégé exige qu'on respecte ses superstitions nucélophobes, mais cesse de s'intéresser à la sécurité quand il s'agit de celle des autres.

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Notes :
(1) http://afp.google.com/article/ALeqM5jGhm7x690d6zFvmKZ6FsxcDng5DQ
(2) Institut für Medizinische Statistik und Dokumentation de l'université de Mayence (1992) entre autres
ou bien une autre menée par Institut Gustave Roussy de Villejuif.
(3)http://www.enerzine.com/2/3269+L-opinion-allemande-bascule-en-
faveur-du-nucleaire+.html
(4) Réseau sortir du nucléaire

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Published by Anton Suwalki - dans Technophobies
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