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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 14:45

Nous l’avons déjà dit : la dissémination d’OGM autour des champs voisins est toujours possible . c’est un phénomène admis par tous et étudié de façon méthodique par l’INRA, lorsque les faucheurs volontaires lui en laissent la possibilité.
Les cas de « contamination » dénoncés par la presse anti-OGM correspondent parfois à des faits indiscutables, quoique sans conséquence majeure. Dans le cas d’Enric Navarro agriculteur de Catalogne relaté par infogm, on est pris d’un sentiment diffus de malaise : un peu comme dans ces républiques bananières dont les opposants sont toujours assez bêtes pour cacher des bazookas sous leur traversin, et où les fins limiers de la police ont tellement de pif qu’ils vont droit à l'oreiller lorsqu’ils perquisitionnent.

Pour l’affaire Enric Navarro (*), le bazooka existe réellement : c’est le maïs transgénique. Mais on a le sentiment que l’opposant a lui-même organisé son atterrissage sous son oreiller pour pouvoir prendre à témoin les policiers (le « DARP » ) que le bazooka était celui de son voisin (la preuve, la signature génétique du maïs) et exprimer sa colère devant des agissements aussi déloyaux.

Voici de larges extraits de l’article d’InfoGm de mai 2007 qui relate l’affaire :

"Enric Navarro est agriculteur, installé depuis 2002 à Albons (Girona, Catalogne espagnole). Sa ferme de sept hectares, en agriculture écologique (dont un hectare de légumes), est aussi une ferme pédagogique en agroécologie et énergies alternatives [1].
 Des agriculteurs bio en colère
En 2004, Enric sème deux lignes de maïs, avec une semence achetée à Pioneer (un sac de 50 000 grains de la variété PR 34N43) pour faire de la polenta. Il avait dû choisir cette variété car l’équivalent en bio n’existe pas. Un certificat garantit cependant que cette semence est « libre d’OGM ». Il prend même le soin, avant semis, de faire analyser les semences par le conseil catalan de la production en agriculture écologique (CCPAE), qui trouve zéro OGM.
Il récolte fin 2004, et en 2005, il ressème 3000 m2 de maïs, avec la même semence qui restait du sac. Le CCPAE, revenu faire un échantillonnage, détecte 12,6% de contamination par des OGM. Enric stoppe alors la récolte et informe le Darp (ministère catalan de l’agriculture), qui à l’époque affirmait qu’il n’y avait aucune contamination en Catalogne. Le responsable des OGM au Darp, Xavier Ferré, vient alors en personne prendre des échantillons. Résultats : les échantillons sont positifs sur quelques plantes (feuilles et tiges) et grains. Sa conclusion : la semence de l’année deux était contaminée. En effet, si la fleur est fécondée par un pollen GM pendant l’année de culture, alors le grain le sera aussi, mais pas la tige ni les feuilles. Le Darp suggère alors à Enric d’écouler sa production dans la filière classique. Mais la Unio de pageses, syndicat auquel appartient Enric, insiste alors pour que les résultats soient rendus publics, ce qui est fait en février 2006, en brûlant publiquement la récolte.
Alors, semence contaminée ou contamination par les autres cultures ? La seule explication plausible est que des grains contaminés, venus d’ailleurs, sont arrivés dans le champ avant ou au moment du semis. Enric explique : “Ici souffle la tramontane. Par grand vent, mon champ se recouvre de débris de récolte des champs voisins, transgéniques, situés à 80 ou 100 m de ma ferme. J’ai même vu des épis entiers arrivés là”. Si de nombreuses recherches ont lieu sur les distances parcourues par le pollen du maïs, aucune, à notre connaissance, n’avait mis à jour le “transport de grains entiers” par le vent !"

 

Si on traduit de les termes langue de bois « agriculture écologique » « ferme pédagogique »  « alternatives énergétiques » en français ou en catalan ordinaire, on comprend qu’Enric est un agriculteur bio-écolo forcément méfiant sinon totalement hostile aux OGM, ce que confirme la suite de l’histoire.

La deuxième année de culture aurait donc abouti à 12,6% d’OGM dans sa récolte : ça paraît énorme, mais admettons ce pourcentage étonnament élevé.
Il faut au moins relire deux fois l’article qui parle tantôt de semence contaminée tantôt de contamination par les autres cultures (voisins cultivant des OGM).C’est bien entendu la deuxième hypothèse qui l’emporte car même avec beaucoup d’imagination, on voit mal comment les OGM défieraient les lois de la physique, joueraient les passe-muraille pour aller se mélanger dans un sac de semences certifiées pures pieusement conservées par l’agriculteur écolo : comme il l’a lui-même conclu, les OGM proviennent des champs voisins « situés à 80 ou 100m de ma (sa) ferme. » 

Mais c’est lorsqu’il explique avec une grande lucidité comment les OGM ont atterri dans son champs qu’on comprend qu’il savait parfaitement à quoi s’attendre en plantant son maïs. « Ici souffle la tramontane. Par grand vent, mon champ se couvre de débris de la récolte des champs voisins transgéniques, situés à 80 ou 100 m de ma ferme . J‘ai même vu des épis entiers arrivés là».

Tiens donc! Il est installé dans le coin depuis 2002 ! La tramontane qui souffle depuis des temps immémoriaux à toutes les saisons, aurait-elle en vertu d’un micro-climat temporaire oublié de souffler dans la localité d’Enric en 2002  2003, et 2004 pour se réveiller en 2005 ? C’est tout de même assez invraisemblable.
Et pour avoir vu son champ se recouvrir des débris du voisin, Enric se doutait forcément que sa récolte contiendrait une certaine proportion de grains transgéniques. A plus forte raison quand on considère ses a-priori anti-OGM.

Pour exactement les mêmes raisons, sa première récolte en 2004 devait aussi en contenir. Pourtant il ne l’a pas fait analyser, mais il a (tout de) même pris le soin  de faire analyser les semences certifiées sans OGM de Pioneer et là, incroyable mais vrai ! celles-ci contenaient 0% d’OGM ! Curieuse démarche non ?

L’agriculteur de "confession bio" a donc vendu sa première récolte fort probablement « contaminée » . On a beau être de confession bio et farouchement anti-OGM, un minimum de retour sur investissement vaut bien quelques entorses aux principes sacrés.

C’est donc seulement en 2005, pour le résidu du sac acheté à Pionner semé sur une parcelle qui représente seulement 4,5% de la superficie de sa ferme, qu’il décide de faire une analyse de sa récolte. Et là oh surprise ! Non seulement les grains mais les plantes se révèlent   positives  aux tests de détection des OGM !  Ce qui appuie l’hypothèse de « contamination » non pas par pollinisation croisée, mais par « transport des grains et d’épis entiers par la Tramontane. » CQFD. Ce qu’il fallait démontrer ….dès le départ ! 
Et de brûler sa récolte sur conseil de son syndicat. Ainsi les anti-OGM pourront s'étrangler de colère devant un pauvre paysan bio et son geste "désespéré".

Une petite remarque: si le champ de Navarro se couvre de débris de ses voisins, le champ de ses voisins doivent également recevoir une partie de ses propres débris. Si un cultivateur d'OGM trouve dans sa récolte du Maîs d'Enric, ne correspondant donc pas aux qualités qu'il attend du maïs qu'il sème, ne pourrait-il pas s'estimer lui aussi spolié, si on suit le raisonnement des anti-OGM ?

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