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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 12:14

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Parler d'empreinte écologique, OK, mais évitons de raisonner comme des pieds.
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Inventé dans les années 90, le concept d'empreinte écologique est selon William Rees (1)« l'empreinte
écologique est la surface correspondante de terre productive et d'écosystèmes aquatiques nécessaires
pour la production des ressources utilisées et l'assimilation des déchets produits par une population
définie à un niveau de vie spécifié, là où cette terre se trouve sur la planète
».

William Rees a proposé un premier un mode de calcul simplifié basé sur la somme mathématique
des surfaces bioproductives suivantes :
1. le sol consommé par l'environnement construit;
2. le « sol énergétique » (surface nécessaire pour cultiver la biomasse équivalente à l'énergie
consommée et pour un calcul plus fin pour l'absorption du CO2);
3. les écosystèmes (terrestres et aquatiques) utilisés pour produire l'alimentation;
4. le sol consommé pour la production des produits forestiers ou agroforestiers.
On peut intégrer au calcul d'autres éléments , comme par exemple la surface dédiée au traitement et à
l'élimination des déchets…

La notion n'est pas dénuée d'intérêt, même si les modalités du calcul sont probablement difficiles à mettre
en œuvre. On comprend assez facilement que l'empreinte écologique dépend non seulement du niveau
de développemen
t - l'empreinte écologique moyenne d'un malien et celle d'un canadien ne sont pas du
même ordre-mais du type de développement et même de données de nature socio-économiques :
l'engouement pour l'habitat rural ou péri-urbain observé à l'heure actuelle accroit les besoins en transports
et donc le tribut payé en sol énergétique. L'évolution de la taille des ménages  aboutit à une augmentation
des besoins en logement etc….

Mais pour intéressant que soit cette mesure, il convient d'en connaître toutes les limites .
 Pour commencer, la faible empreinte écologique des pays sous-développés pose parfois plus de problèmes écologiques que la forte empreinte des européens ou des américains : on peut citer en exemple les très faibles rendements agricoles, ou bien la déforestation liée à l'utilisation du bois de chauffe, seule
ressource à disposition des populations de certaines régions subsahariennes et tropicales.  La pauvreté
n'est pas garante d'équilibre écologique, bien au contraire.

Une autre limite est de considérer l'empreinte écologique de manière purement statique : Ainsi la WWF
(2) a-t-elle calculé l'empreinte écologique de la France. Les écologistes ont calculé que l'empreinte
écologique française est passé de 200 à 300 millions d'hectares en moins de 40 ans, et estime que :
« Si le monde entier avait le même impact écologique que la France, il faudrait près de trois planètes pour
espérer vivre de façon durable
. »
De même lit-on qu'il faudrait 5 planètes si tout le monde adoptait les standards américains.
Ces calculs qui tantôt se veulent culpabilisateurs tantôt expriment la peur que la multitude du Sud réclame
ses droits à la consommation en fait ne veulent pas dire grand chose.

Ce que WWF ne dit pas pour la France, c'est que dans le même temps où l'empreinte écologique a
augmenter de 50%, la production a été multipliée par 3
. Consommer comme un français d'aujourdh'ui en 1960 aurait donc nécessité non pas 3 planètes, mais 6 planètes,  et on aurait sans doute   pu prophétiser la fin de l'humanité avant l'an 2007. Il n'est pourtant pas invraisemblable si on prolonge les tendances qu'on atteigne le seuil de neutralité écologique (4) d'ici quelques décennies.

L'empreinte écologique est un indicateur immédiat, mais il n'existe aucune quantification possible des
limites physiques de la consommation d'une société future. Le jour où le monde entier standardisera
son niveau de vie (au niveau le plus élevé) , ce qui suppose une planification planétaire des ressources
et de dépasser les égoïsmes nationaux, le contenu de la consommation aura changé, des nouvelles
solutions technologiques (en terme de transports, de production d'énergie, nouveaux matériaux etc…)
seront probablement disponibles, si bien qu'il est impossible de se poser le problème dans les termes
d'aujourd'hui.

Mais tout ne serait pas dit si on n'évoquait pas l' « empreinte écologique de Paris », fumisterie 
inventée par la WWF (2).
"L'empreinte écologique totale de Paris s'élève ainsi à  2838 000 hectares globaux (hag), soit 313 fois plus
que sa biocapacité , relativement modeste (41 000 hag, soit 0.02 hag par personne). Celle d'un Parisien est
quant à elle de 6.0 hectares, supérieure de 16 % à la moyenne nationale … un chiffre à mettre en parallèle
avec la biocapacité mondiale disponible de 1.9 hectares par personne !
"
 
Les thèmes chers à certains écologistes (produire local, consommer local, ne pas exporter d'électricité...)
reflètent souvent une certaine étroitesse d'esprit. Mais là c'est le pompon ! Il faut vraiment être borné
pour calculer l'empreinte écologique à l'échelle d'une ville. Pourquoi pas celle d'une cage d'escalier
pendant qu'on y est ? Il est évident que deux millions de personnes concentrées dans quelques dizaines
de km2 ont une empreinte très supérieure à leur biocapacité tandis que les 3 pelés de la Creuse ont
sans doute une empreinte très inférieure rapporté au territoire où ils vivent, quand bien ils
consommeraient deux fois plus qu'un parisien moyen !  Et malgré les fastes de la royauté, les grands propriétaires terriens que sont les Windsor ont une empreinte écologique plus faible que la biocapacité des terres qu'ils possèdent ! On suppose que ça fait d'eux des super-écolos!Tout ceci n'a absolument aucun sens ! 
.
 


(1) source : Wikipédia
(2) http://www.wwf.fr/s_informer/calculer_votre_empreinte_ecologique
(3) peut-être 10 si tout le monde consommait à l'américaine ? Je n'ai pas fait le calcul
(4) c'est à dire que l'empreinte écologique ne dépasserait pas la capacité biologique de la Terre.

 

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commentaires

canardos 19/03/2008 21:22

une petite histoire pour illustrer la fausseté du concept d'empreinte écologique:

deux hommes préhistoriques discutent du futur.

l'un dit à l'autre "sais tu qu'au train actuel d'ici 20000 ans il y aura 7 milliards d'hommes!".

et l'autre répond "tu es fou, il n'y aura jamais assez de mammouths, il faudrait 3000 terres.