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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 11:32

tomato.JPG


La peur des OGM repose souvent sur le sentiment que la transgénèse est une opération contre nature ,en quelque sorte une "offense à Dieu"  qui se chargera de nous le faire payer.

Ainsi l'idée que la frontière entre espèces est transgressée choque certaines personnes, quelquefois à
cause de convictions religieuses , souvent par méconnaissance de la biologie et de la génétique.
Il n'est donc  pas étonnant que les anti-OGM instrumentalisent largement cette idée. 

Alors que la majorité des gènes utilisés dans les opérations de transgénèse sur plantes proviennent de
végétaux, Michel Despratx dans son documentaire soi-disant censuré (1) présentait les OGM comme des
plantes dans lesquelles on a transféré un gène animal. C'est bien sûr faux comme définition générale des
PGM, mais la tonalité générale du reportage donne à penser que l'erreur n'est pas involontaire. 

Jamais en reste quand il s'agit de frapper les esprits, Greenpeace introduit de la même façon son dossier
sur les OGM :

"Du poisson dans les fraises ?
A priori, un gène de poisson n'a évidemment rien à faire dans une fraise. Pas si sûr...
 
Aujourd'hui, on pourrait bien en trouver, car les techniques du génie génétique permettent d'introduire
des gènes de n'importe quel organisme dans les plantes. Des chercheurs de laboratoire ont ainsi déjà
introduit des gènes de poissons dans des fraises, pour leur permettre de résister aux gelées. Voilà
comment des fraises peuvent devenir des organismes génétiquement modifiés (OGM).
(2)"

Il s'agit donc clairement de recycler le mythe de Frankenstein. Le lecteur est ainsi amené à penser que les
chercheurs créent un monstre génétique (« A priori, un gène de poisson n'a évidemment rien à faire
dans une fraise »), une espèce de chimère mi-poisson mi-fraise, ce qui est évidemment ridicule.
Greenpeace donne ensuite une définition convenable de la transgénèse, mais pour indiquer tout de
suite après :
 « Cette opération, que l'on appelle la "transgénèse", dépasse ainsi de loin les techniques
traditionnelles d'amélioration des variétés agricoles car elle permet de franchir la barrière des espèces
et des genres, et de produire de "nouveaux" organismes vivants, jusqu'alors inconnus de la nature.
»

C'est en fait très largement abusif. Car si la fraise transgénique contient effectivement un gène qu'on
ne retrouve pas dans une fraise classique, cela reste une fraise. L'introduction d'un ou deux gènes,
fussent-ils « animaux », peut permettre de l'adapter à des besoins précis (résistance au gel), mais la
distance génétique entre une fraise transgénique et une fraise classique n'est pas plus grande qu'entre
deux fraises classiques de variétés différentes.

C'est l'ensemble du génome (3)  dans sa complexité qui définit l'appartenance à l'espèce. Un gène isolé ne peut définir ce qui est animal ou végétal. Par ailleurs , comme le note Jean-François Bouhours ,directeur de recherche à l'INSERM,  « les chercheurs ne font pas autre chose que ce que la nature fait depuis des centaines de millions d'années. C'est même ces copier-coller qui constituent la source principale de la diversité des
espèces
». (4) .

  
Greenpeace en rajoute une louche sur la prétendue « contamination  de la chaine alimentaire » par les
OGM, même au pays des faucheurs moustachus !

"Nombre de produits transgéniques tels que celui-ci n'atteindront sans doute jamais les étals de nos
supermarchés. Mais aux Etats-Unis, au Canada ou encore en Argentine, on sème actuellement, sur des
millions d'hectares, des plantes génétiquement modifiées qui produisent leur propre insecticide ou sont
tolérantes à de fortes doses d'herbicide. Une fois récoltées, ces plantes sont ensuite transformées et
introduites dans notre alimentation quotidienne. Par exemple sous la forme d'ingrédients et d'additifs
issus de plantes transgéniques, mais aussi, et surtout, par le biais des produits animaux et issus
d'animaux (lait, viande, œufs, crème, beurre, etc.). Plus de 80% des OGM cultivés sont en effet
destinés à nourrir nos vaches, nos cochons, nos volailles et nos poissons d'élevage
.
 
La dissémination d'OGM dans les champs et dans la chaîne alimentaire entraînera une
"contamination génétique" irréversible de notre environnement.
Et ceci va totalement à l'encontre du
principe de précaution inscrit dans la Constitution française
.(2)"
 
Ainsi, les crédules pourront imaginer que puisque les vaches mangent des OGM , nous en mangeons
aussi en mangeant de la vache.
C'est évidemment faux , puisque le système digestif  dégrade les
gènes contenus dans leur nourriture, qu'ils s'agissent des gènes « naturels » ou étrangers et la viande
de vache ne contient donc aucun OGM.N'est-il pas étonnant qu'une organisation écologiste qui prétend mener des études scientifiques sur les OGM propage ce genre de ragots de comptoir ?

Les vaches mangent du soja comportant des gènes « étrangers » sans s'en porter plus mal a priori.
Nous mangeons quotidiennement des aliments comportant des milliers de gènes étrangers , ce qui est
plutôt positif car ça nous dispense d'être cannibales. Croire que lorsque nous digérons les 20 000
gènes d'une fraise, le 20001ème va nécessairement nous rendre malade ou nous transformer en mutant
sous prétexte qu'il a été introduit par l'homme relève de la superstition.

 

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Notes :
(1) voir notre article « Prétendre être censuré quand on a les médias pour soi » 
(2) http://www.greenpeace.org/france/detectivesOGM/ogm-le-dossier
(3)     cad l'ensemble matériel génétique, fait de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers gènes selon
les espèces
(4) N'ayons pas peur des OGM- Libération 18 Octobre 2007

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commentaires

michel 25/10/2007 08:55

Le plus bel exemple d'escroquerie intellectuelle sur ce thème est la façon dont José Bové en personne a présenté au journaliste Gilles Luneau comment faire des OGM : « On retrouve ainsi des gènes d’une bactérie de choléra dans la luzerne, du poulet dans la pomme de terre, du scorpion dans le coton, du poisson dans les tomates et les fraises, de la luciole dans le poisson, de la truite chez la carpe, du hamster dans le tabac, du tabac dans la laitue, de l’homme dans le riz, la tomate, la patate, la brebis. » (Source JP Oury, la querelle des OGM, note bas de page 130)