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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 14:40

Le Monde (diplomatique) de la partialité :
à propos d'un article intitulé « Argentine un cas d'école »
par Pierre-Ludovic Viollat

argentine-03.jpg



Le Monde Diplomatique a beau se vouloir sérieux et publier des articles parfois très intéressants, il est 
nécessaire d'appliquer à ce journal (1) un sain principe de précaution qui consiste à ne pas perdre de vue son caractère totalement partisan et partial : celui-ci est manifeste pour ce qui concerne les biotechnologies.   Ainsi en est-il d'un article publié en Avril 2006 consacré au soja transgénique argentin et intitulé « Argentine, un cas d'école » . 

Soulignons que cet article comporte un sous-titre bizarre : « Les transnationales mettent le vivant en coupe réglée » . Etrange car le contenu de l'article n'a strictement aucun rapport avec cette question (1).  Ensuite, l'essentiel des faits rapportés ne doit pas grand chose à la nature transgénique du soja cultivé en Argentine.

Le contexte économique assez bien dépeint :

"Des facteurs externes vont aider au développement rapide du soja génétiquement modifié (GM). Tout
d'abord, la préoccupante érosion des sols observée dans la Pampa, la région la plus fertile du pays. Le soja de Monsanto est cultivé sans recours au labour, ce qui apporte une solution à court terme. Ensuite, la crise de la vache folle en Europe. Le remplacement des farines animales par des tourteaux de soja fait grimper les cours de l'oléagineux, suscitant l'intérêt des agriculteurs argentins. Enfin, à partir de janvier 2002, la dévaluation du peso de 70 %, combinée à une flambée des cours mondiaux exprimés en dollars – flambée due notamment à la demande croissante de la Chine –, transforme l'oléagineux en poule aux œufs d'or."

C'est donc le chaos économique et la spéculation folle qui ont entrainé la ruée vers le soja, sans aucun doute au détriment des cultures vivrières et des populations pauvres locales.
Le fait que le soja soit transgénique ne change rien à l'affaire. 

 Un développement exponentiel dû au « laxisme » de Monsanto : 

"
En quelques années, le soja RR va connaître un essor exponentiel, planifié par la firme américaine. « Dès
le départ, l'Argentine a été choisie par Monsanto pour expérimenter massivement la production de ses
semences transgéniques, explique M. Jorge Rulli, fondateur du Groupe de réflexion rurale. 
La multinationale n'a pas fait breveter ses semences dans notre pays. De cette façon, les gens se sont passé les graines les uns aux autres, et le périmètre du soja transgénique s'est étendu rapidement. » Ce qui arrangeait tout de même les affaires du géant américain, puisque les agriculteurs devaient lui acheter son herbicide, mais lorsqu'elle laisse faire comme en Argentine
."

Autrement dit, quand on oblige les agriculteurs à racheter leurs semences, c'est diabolique puisque ça rend les paysans dépendants , mais quand le semencier laisse faire,  c'est  tout pareil , puisque les agriculteurs doivent acheter  son Round-Up, dont on précise un peu plus loin : 

"Elle (Monsanto) a vendu ici son herbicide au tiers de la valeur pratiquée dans les autres pays."


On ne précise pas au lecteur combien de temps, mais il est évident qu'une entreprise capitaliste même de
la taille de cette multinationale ne pourrait assumer financièrement la vente  au tiers de sa valeur produits pour 15 millions d'hectares de culture, à plus forte raison si ces semences s'échangent librement. 

On notera que tout l'article est dans le flou : (« au départ », « au début », presque pas de chiffres..) , ce qui permet à l'auteur de parler de dénoncer des phénomènes sans avoir à rendre compte de leur ampleur . 

L'article dépeint ensuite des méthodes effectivement condamnables : 

"Si, aujourd'hui, des machines au sol remplacent progressivement l'avion, les ouvriers agricoles, eux,
continuent à travailler pieds nus et sans gants, par manque de moyens
. "

Le fait que les ouvriers agricoles manipulent des produits sans protection reflètent les conditions
d'exploitation scandaleuses qui ont cours dans ce pays, mais quel rapport avec les OGM ?

«
Au début, les épandages d'herbicide s'effectuaient par avion. Avec cette technique, la dispersion des
produits chimiques ne s'arrêtait pas à la limite des champs, mais touchait un périmètre alentour de
plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mètres. Ce qui avait pour conséquence de tuer les autres
cultures voisines non résistantes au glyphosate, et surtout d'affecter la population, les champs se trouvant
à quelques mètres seulement des habitations
. »

On note toujours que c'est « au début » , autrement dit l'auteur n'a même pas pris soin de se renseigner
sur la durée de  ces malfaisances (et l'ampleur, combien de propriétaires pratiquaient ainsi, tous ?
Pourquoi en sont-ils revenus ?). Une fois encore, quel rapport avec les OGM ? De tels épandages
sauvages et aveugles n'ont-ils pas lieu dans bien des endroits pour les cultures « traditionnelles » ?  

L'unique but de ceci , c'est que le lecteur établisse le syllogisme qu'on lui suggère :

1/SOJA GM résistant au Round-Up=Emploi de Round-UP
2/ Round-UP=dangereux  
Donc SOJA GM= dangereux

... et donc tous les OGM sont dangereux, puisque le Monde Diplomatique veut en faire un "cas d'école". Il appelle ouvertement le lecteur à faire l'amalgame . 


«
Dans la Pampa, huit espèces de mauvaises herbes (...) montrent déjà une résistance au glyphosate »,
d'après les recherches de M. Pengue. Le cercle vicieux commence ici. Car, pour combattre la capacité
d'adaptation de la nature, il faudra augmenter toujours plus la consommation d'herbicide... Jusqu'à ce que Monsanto ou une compagnie concurrente mette sur le marché un nouveau produit, plus puissant, et
probablement plus dangereux
."

Pour tout herbicide, il existe évidemment toujours le risque qu'apparaissent des herbes résistantes. C'est
une loi de la nature .  Ceci dit, le Round-Up existe depuis plus de 40 ans et a mené depuis sa naissance une longue carrière  sans les OGM .
En quoi le fait qu'il soit associé à une plante OGM modifierait-il la donne ? Ca ne change rien à l'action du désherbant sur les mauvaises herbes qui en sont la cible.  Un écolier de 10 ans pourrait le comprendre, mais  apparemment pas un journaliste du Monde Diplomatique. 

Pourquoi insinuer que  « pour combattre la nature il faudra augmenter toujours plus la consommation
d'herbicide » que si une résistance se développe , la solution consiste à modifier la composition chimique du produit afin d'adapter son spectre d'action . Lorsqu'un virus mute, on ne vous prescrit pas double ou triple dose de vaccin, mais on modifie celui-ci !  Les agriculteurs argentins ne doivent pas être plus bêtes que les autres, et de toute façon ils sont nécessairement limités financièrement dans les doses d'herbicides qu'ils peuvent utiliser. Les journalistes du Monde ignorent-ils que ce type d'intrant fait partie des coûts essentiels d'une exploitation agricole « intensive » ? 

Pourquoi , d'autre part, insinuer que le nouveau produit sera "probablement plus dangereux"
sinon pour flatter les préjugés technophobes du lecteur ?  

"
Alors que les promoteurs des biotechnologies prétendent qu'une seule application de Roundup est
nécessaire pour le contrôle des mauvaises herbes sur une saison entière, des études montrent que, dans
les régions de soja transgénique, le volume total et le nombre d'applications de l'herbicide ont augmenté
." 

"Des études" montrent mais on ne sait pas lesquelles . "Le volume total a augmenté" mais on ne sait pas
de combien . On peut donc écrire un article dans le Monde diplomatique sans avoir le moindre chiffre pour étayer ses affirmations ?  

A moins qu'il y ait une spécificité de la flore argentine, on voit mal pourquoi le volume d'herbicide requis
aurait augmenté avec l'introduction du soja GM alors qu'il a par exemple nettement diminué  aux USA :  En 2005, la culture de soja tolérant au glyphosate nécessiterait 25 % moins d'herbicide que la culture de soja traditionnel (3).  
Ce fait, ajouté au vague des affirmations, donne à douter sérieusement de la fiabilité des sources du journaliste. 

Mais l'honneur est sauf sur ce point. Je craignais en découvrant l'article de relire les chiffres délirants annoncés dans une vidéo (4) qui a fait le tour des sites anti-OGM où il était annoncé une multiplication par ...17,5 du nombre de litres à l'hectare en Argentine . Il y a des gens incapables capables de doser la quantité d'âneries qu'on peut avaler en une seule prise !

 
Pour conclure, Le Monde diplomatique nous assène une banalité consternante : «
le développement des
nouvelles technologies agricoles fondées sur la génétique répond à un impératif de profit
». Ah bon, parce
que les anciennes technologies répondaient à un impératif purement humanitaire ? Que ce soit Monsanto
ou la Natural Selections Foods LLC spécialisée dans le bio (5) , ces fimes produisent pour que ça leur
rapporte du profit . On peut déplorer un tel système économique, mais n'utiliser l'argument que pour
disqualifier les nouvelles technologies par rapport aux autres est malhonnête. 
Surtout quand on lit aussitôt après : 
"
Dans son rapport annuel 2003-2004, dont le thème central était les biotechnologies agricoles, la FAO
réprouve le seul développement des OGM à des fins commerciales : « Les recherches sur les cultures
transgéniques sont, pour la majorité, le fait de sociétés privées transnationales. Cette situation est lourde
de conséquences pour le type de recherches effectivement engagées, ainsi que pour les produits élaborés.
(...) Les plantes et les caractéristiques présentant un intérêt pour les pauvres sont dédaignées
. »"

Certes, mais de la part du Monde Diplomatique qui est par principe contre tous les OGM (6), se plaindre que ce qui présente un intérêt pour les pauvres soit dédaignés par les grandes firmes relève de la tartufferie. Parce que les plantes GM qui présentent à l'évidence un intêret pour les pauvres, le Monde diplomatique n'en veut pas davantage ! 


Notes :
(1) de même qu'au Monde tout court, qu'au Figaro ou qu'à Marianne !
(2) on suppose que ça fait allusion à la question du « brevetage du vivant ».
 (3) selon l'organisme d'état québécois d'information sur les OGM.
http://www.ogm.gouv.qc.ca/
Un chiffre qu'on ne risque pas de voir apparaître dans le Monde Diplo.
(4)  parue à l'origine sur « dailymotion.com »
(5) qui a mis sur le marché un lot d'épinards contaminés par une bactérie, responsable de nombreuses
hospitalisations. Affaire dont les anti-OGM n'ont évidemment pas parlé. On peut imaginer l'émeute
qu'aurait provoqué une affaire identique pour des aliments contenant des OGM !
(6) cf. l'article où Jacques Testard décrie le riz doré, où l' article contre les plantes médicaments signé par Christian Velot, autre figure de la lutte anti-OGM .

 


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