Bio et cancer, bébés sans bras : les pesticides coupables, forcément … Par Jérôme Quirant

Publié le par Anton Suwalki

Même si quelques rares vecteurs d’information tentent encore de garder un minimum d’esprit critique, la cause est désormais entendue dans la grande majorité des médias : les pesticides sont la cause de nombreux malheurs de l'humanité et ils sont l’explication commode à tout problème de santé publique réel ou supposé.

Deux tempêtes médiatiques l’ont récemment démontré à l’envi : « Alimentation bio : moins de pesticides, c'est moins de cancers » [1] et dans l’Ain : « Bébés nés sans bras : les pesticides sont-ils responsables ? » [2]. Si d’autres médias ne citent pas directement dans leurs titres les pesticides comme responsables de ces « affaires », la plupart les mettent en première ligne des suspects à dénoncer [3].

Ces deux alertes ont été amorcées pour l’une autour de la publication le 22 octobre 2018 d’une étude scientifique produite par des chercheurs de l’INRA et de l’INSERM (Baudry et al. [4]), pour l’autre par l’annonce dans la presse, en septembre 2018, de résultats inquiétants portant sur l’analyse de l’incidence de malformations chez des nouveau-nés [5].

 

Les pesticides qu’es aquo ?

 

Étymologiquement, les pesticides sont des tueurs (latin cida) de nuisibles (anglais pest). À ce titre, ils regroupent tous les produits qui vont permettre de détruire les insectes (insecticides), les végétaux (herbicides), les champignons (fongicides), les parasites (parasiticides), etc.

C’est en agriculture qu’on trouve un usage important de pesticides car ils permettent d’optimiser les récoltes : préparation de la terre, protection contre les ravageurs, conservation des produits. Ils ont ainsi permis d’augmenter les rendements tout en garantissant une alimentation exempte d’éléments dangereux pour l’Homme : mycotoxines (toxines produites par des champignons, parfois cancérigènes), bactéries e-coli, etc. Mais ils sont aussi utilisés dans les usages ménagers, pour la protection des animaux domestiques, ou par exemple pour la lutte contre le varroa, un parasite qui est une des causes principales de destruction des colonies d’abeilles.

 

Avec néanmoins un revers à cette médaille, c’est la dangerosité de ces produits quand ils sont mal utilisés, car les substances peuvent être agressives. Certains pesticides ont même dû être interdits quand de nouvelles études ont montré un risque qui n'était pas avéré jusque-là, que ce soit par exemple en agriculture conventionnelle (arsenic, nitrobenzène, lindane…) ou en agriculture biologique (roténone, huile de neem…).

Car il est de bon ton de faire la distinction entre pesticides « naturels » et « de synthèse », ou dit plus médiatiquement « bio » et « chimiques ». Bien qu’a priori, il n’y ait aucune raison, chimiquement, pour que les uns soient plus dangereux que les autres (et inversement !), les promoteurs du bio vouent aux gémonies les pesticides de synthèse et voudraient, par une action de lobbying [6], faire appliquer des standards différents pour les deux types de produit : c’est le cas notamment du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise) dont la toxicité pour les sols est établie [7], mais abondamment utilisé en agriculture biologique.

 

En 2016, les numéros 315 et 316 de la revue Science et Pseudosciences ont permis, au travers de deux dossiers spéciaux, de faire le point sur ces produits honnis, proposant une analyse rationnelle et dépassionnée des résultats scientifiques disponibles à ce jour.

Signalons tout de même que depuis la parution de ces numéros, une autre affaire a défrayé la chronique, celle du glyphosate [8]. Des peurs infondées ont été générées à son sujet, sans aucune donnée scientifique un tant soit peu inquiétante à ce jour pour les justifier, mais qui vont probablement conduire à son interdiction en France. Une décision guidée en grande partie par une vox populi conditionnée par des campagnes médiatiques mensongères, véritables dénis de science [9].

 

Avec l’article publié par Baudry et al., sur le bio, et l’affaire des bébés victimes d’agénésie des membres supérieurs (malformation des avant-bras), deux opportunités se sont offertes pour sonner un nouvel hallali médiatique sur les pesticides…

 

Le bio va-t-il nous sauver du cancer ?

 

L’emballement autour du bio s’est produit le jour même de la parution de l’article scientifique. De façon assez inhabituelle et troublante, en même temps que cette publication, la revue publiait un commentaire avertissant que si l’article « présente plusieurs point forts [...] il comporte également des faiblesses importantes, qui nécessitent une interprétation prudente des résultats » [10], notamment en raison d’un questionnaire déclaratif, non vérifiable pour la consommation de produits bio, et non fiable pour l’évaluation de l'exposition aux pesticides. La presse, elle, en fera rarement état. Comme elle fera peu cas du rétropédalage de l’une des auteurs de l’article qui, une semaine après l’affolement médiatique, se fendait d’une mise au point censée faire retomber le soufflé [11].

Car pendant plusieurs jours, la cause était entendue : manger bio réduirait le risque de cancer de 25 % [12]. Avec un corollaire largement appuyé par les adeptes du bio : ce seraient les pesticides (sous-entendu, de synthèse) qui seraient la cause de l’augmentation des cancers chez les non consommateurs de bio. C’est oublier un peu vite que les aliments issus de l’agriculture biologique, eux aussi, peuvent présenter des traces de pesticides, fussent-ils « bio » [13].

Alors comment expliquer cette différence en termes d’incidence ?

 

Contexte de l’étude

Donnons d’abord quelques éléments relatifs à l’étude présentée dans l’article, issue du traitement des données de l’enquête « NutriNet-Santé » et son volet « Bionutrinet ». Les statistiques ont porté sur près de 69 000 personnes suivies sur une durée moyenne de 5 ans. Pour établir les statistiques d’incidence des cancers, les auteurs ont regroupé les participants en 4 groupes Q1 à Q4 suivant la fréquence, croissante, de produits bio consommés.

Il est alors apparu, en prenant les chiffres de façon brute 27 % de cancers en moins pour le groupe Q4 par rapport à Q1, et 25 % après correction liée à l’âge et d’autres paramètres. En analysant les résultats pour chaque type de cancer, les auteurs ont constaté une baisse significative des incidences uniquement pour les cancers du sein (les femmes constituaient 78% de la cohorte) et les lymphomes.

Ces résultats, pour le cancer du sein chez les femmes, étant en totale contradiction avec une étude de bien plus grande ampleur en Grande-Bretagne (cohorte 10 fois plus importante sur une durée double [14]), nombre de scientifiques se sont penchés sur l’étude afin d’en analyser les conclusions. De nombreuses critiques ont alors été exprimées [15].

 

Les facteurs de confusion…

D’abord, remarquons que nous sommes sur une étude observationnelle qui peut certes montrer une corrélation, mais difficilement une causalité comme l’explique également l’auteur Emmanuelle Kesse-Guyot dans son interview [11] : « Nous n’apportons pas de preuves, contrairement à ce qui a été rapporté par certains médias ». Pour cela, il faudrait conduire des essais contrôlés randomisés (comme pour les médicaments, deux groupes semblables sont testés : un prend les produits à évaluer, l’autre non), plus adaptées mais bien plus difficiles à mettre en œuvre.

Ensuite, le recueil des informations a été réalisé à partir d’un questionnaire basé sur le volontariat, sur une durée relativement courte pour ce genre d'études (un peu moins de 5 ans en moyenne par participant), avec un échantillon de population peu représentatif (78 % de femmes, elles-mêmes peu représentatives), dont l’évaluation de la consommation bio est fragile. Quant à l’exposition aux pesticides, elle est n’a pas été mesurée, elle est simplement supputée moins forte chez les consommateurs de produits bio, sans élément permettant de l’assurer. Or, un article publié par Curl en 2015 [16] a clairement montré que l’exposition moindre des clients du bio n’était pas du tout évidente, notamment en raison de leur consommation accrue de fruits et légumes. Des consommateurs de produits biologiques qui ont par ailleurs été fortement incités à participer à l’enquête au moyen de campagnes ciblées.

 

Ce biais de sélection a eu des conséquences directes sur les résultats obtenus, puisque la répartition entre les différents types de cancer n’est pas vraiment représentative de ce que l’on pourrait rencontrer pour une population standard, avec par exemple des cancers du poumon absents des statistiques (pourquoi ? les auteurs ne l’indiquent pas) ou des cancers colorectaux sous-représentés [17]. Difficile donc d’en tirer des conclusions très générales sur la population française comme certains médias se sont crus autorisés à le faire.

 

L’autre élément problématique pointé par des épidémiologistes [18], est la confusion dans l’étude entre les différents facteurs connus pour favoriser le cancer. En créant les groupes Q1 à Q4 basés sur la consommation de produits bio, les auteurs ont aussi créé des profils totalement différents en termes de physiologie et de comportement. En effet, on s’aperçoit au travers des données recueillies auprès des participants, que Q1 regroupe tous les comportements « à risque » (cigarette, alcool, alimentation carnée, obésité…) alors que Q4 regroupe les comportements vertueux. Cela n’est pas vraiment étonnant compte tenu de la propension bien connue des personnes mangeant bio à choisir un mode de vie et des habitudes alimentaires plus saines.

 

Le souci, c’est que cela crée des facteurs de confusion possibles pour la détermination des risques vis à vis du cancer : comment dissocier convenablement les fluctuations d’incidence entre ce qui relève de la consommation de produits bio et ce qui découle de comportements « à risque », surreprésentés dans Q1 ? Plusieurs épidémiologistes ont émis des doutes sur la possibilité d’éliminer tous ces biais. Gideon Meyerowitz-Katz, épidémiologiste à l'Université de Wollongong en Australie, écrit par exemple : « La confusion résiduelle est un problème énorme dans des études comme celle-ci - les auteurs ont contrôlé les variables dont ils connaissent l'existence, mais il y a de fortes chances que d'autres facteurs aient pu influer sur les résultats ». Ce dont les auteurs conviennent eux-mêmes dans l’article : «  [une] confusion résiduelle résultant de la non-mesure de facteurs ou l’imprécision dans l'évaluation de certaines covariables ne peut pas être exclue ».

 

Pour illustrer cette difficulté et la forte interrogation que suscite le traitement des variables effectué, on peut évoquer, dans les suppléments à l’étude fournis par les auteurs, un tableau (eTable6) laissant supposer l’effet néfaste d’une « bonne » alimentation sur le risque de cancer (!). En effet, une évaluation des habitudes alimentaires a été réalisée au moyen d’un score dénommé « mPNNS-GS », qui donne de bonnes notes aux mangeurs de fruits, de légumes, moins salé, moins sucré, moins gras, etc. En comparant les très mauvais élèves (faible alimentation bio et faible score mPNNS-GS) aux gros mangeurs de bio, on constate un effet bio d'autant plus marqué..qu'on mange mal ! Dans l’évaluation de l’effet intrinsèque du score mPNNS-GS (eTable4), il est même trouvé une aggravation du risque de cancer, significative du point de vue statistique, au fur et à mesure que le score augmente.

Graphique représentant les résultats du tableau eTable6 fourni dans les annexes

Dans le corps de l’article et dans les annexes fournies, par trois fois l’effet intrinsèque de ce score sur le risque de cancer est évalué. Trois fois il est obtenu une tendance qui montrerait que manger mal protège du cancer, ce qui est bien sûr en contradiction totale avec les résultats antérieurs des études de nutrition. Pour tenter d’expliquer cette incohérence flagrante, qui contredit nombre de précédentes études, les auteurs proposent une explication alambiquée, pointant les pesticides : « Une hypothèse pourrait être qu'une plus grande consommation de produits contaminés par des pesticides pourrait en partie contrebalancer le rôle bénéfique des aliments de haute qualité chez les personnes dont la qualité de l'alimentation est élevée ».

On doit plutôt se demander, avec des différences de profil aussi prégnantes entre Q1 et Q4 (même la consommation de gras, de sel ou l’indice de masse graisseuse sont plus faibles pour Q4), si le traitement des données réalisé est réellement fiable : est-ce que la régression de Cox utilisée par les auteurs a bien permis de séparer proprement les effets de chacune des variables ? Cela ne semble pas vraiment le cas au vu des résultats sur le score mPNNS-GS, et il est par conséquent fort possible que l’effet « bio » observé soit directement induit par la combinaison néfaste de ces comportements « à risque », surreprésentés en Q1, plutôt qu’à une action bénéfique propre à l’alimentation bio, jamais démontrée précédemment.

 

Pour quel gain réel ?

Soulignons que sur le seul cancer qui semblerait connaître une réduction, à la fois avec l’étude INRA et celle menée en Grande-Bretagne (20 % de réduction sur les lymphomes non hodgkiniens en faveur du bio), le graphique d'incidence fourni par le CIRC devrait permettre de relativiser la portée des résultats : ces cancers ne représentent même pas 4 % des cancers en France, et sont quasiment stables sur 15 ans.

 

De plus, il est intéressant de ramener la réduction de risque relative indiquée par les auteurs (- 25 % sur le nombre de cancers), à une réduction de risque absolue qui fait passer l’incidence de cancer dans la population étudiée de 2,1 % à 1,5% sur la période considérée. Cela permet de mesurer la disproportion entre la couverture médiatique générée et ce gain supposé, mais non prouvé.

 

Le communiqué de l’INRA accompagnant l’article, en présentant de manière trompeuse ces résultats comme une justification des préconisations du Haut Conseil de Santé Publique appelant au principe de précaution sur les résidus de pesticides [19], n’a sûrement pas aidé à une bonne restitution par la presse.

 

Des bébés sans bras à cause des pesticides ?

 

L’autre affaire ayant fait couler dernièrement beaucoup d’encre est celle des bébés souffrant d’agénésie des membres supérieurs. En septembre 2018, Le Monde relaie l’alerte qui a été lancée par Emmanuelle Amar, directrice du REMERA (Registre des Malformations de Rhône-Alpes), le plus ancien des six registres de malformations congénitales de France. Selon son registre, de 2009 à 2014, 7 bébés sont nés avec des malformations des avant-bras dans un cercle de 17 kilomètres de rayon autour du village de Druillat, ce qui constituerait un cluster (zone d’accumulation) inhabituel et signe d’une cause non identifiée à ce jour.

Les médias se sont bruyamment emparés de l’affaire et les pesticides, une fois de plus, ont été montrés du doigt. Tous les articles ou reportages télés et radios ont livré ce coupable tout trouvé, soufflé par Emmanuelle Amar dans ses interviews, parfois sans aucune précaution oratoire, mais surtout sans aucun élément de preuve [20].

 

D’abord les faits…

Le REMERA a recensé des cas de malformations dans un secteur restreint dans l’Ain. C’est cette forte localisation qui a conduit Mme Amar à informer ses autorités de tutelle à partir de 2010, puis les médias.

Ses autorités de tutelle en premier lieu, car le REMERA fait partie d’un réseau qui surveille 20 % des naissances en France environ. Il est donc important de coordonner les résultats afin de vérifier toute anomalie spatiale ou temporelle. C’est là que l’affaire se corse, car les méthodes de travail du REMERA sont dénoncées depuis quelques années par les instances d’évaluation et il se retrouve sous la menace d’une fermeture pure et simple [21]. Suite à ce signalement, Santé Publique France a néanmoins enquêté et considéré qu’il n’y avait pas d’excédent de cas pour ce cluster.

C’est en apprenant ce classement sans suite qu’Emmanuelle Amar s’est tournée bruyamment vers les médias, créant un grand émoi du public et de la classe politique. Ce trouble a conduit le gouvernement à diligenter immédiatement une contre-enquête.

Les premiers éléments de ce supplément d’information ont permis de recenser un cas supplémentaire, oublié par le REMERA sur 2009-2014, mais aussi 10 autres cas de 2000 à 2014 sur l’ensemble du département, portant à 18 le total de malformations pour tout le département sur cette période [21].

 

Sans attendre les résultats de l’enquête, qui seront connus en 2019 et donneront une analyse plus précise, comment interpréter ces chiffres sur un plan purement statistique ?

 

Un peu de statistiques...

Avant toute chose, il faut connaître la prévalence de ce genre de malformations : 1,7 pour 10 000 bébés d’après Santé Publique France, soit pour 790 000 naissances en moyenne en France métropolitaine (sur la période 2009-2014, source INED), 134 cas par an pour l’ensemble du territoire.

L’Ain comprenant une population correspondant à peu de choses près à 1 % de la population française, et 0,91 % des naissances en 2016 (source INSEE), cela nous donne potentiellement pour ce département 1,22 cas par an et donc, entre 18 et 19 cas sur une période de 15 ans (2000-2014). Première constatation, pour ce département il n’y a pas d’excès : sur 19 cas « attendus », 18 ont été recensés à ce jour.

 

L’autre élément qui peut néanmoins être révélateur d’une cause extérieure, autre que le hasard, c’est la localisation des cas. Pour cela, il faut déterminer si un cluster de 34 kilomètres de diamètre comprenant 7 cas sur 6 ans peut être considéré comme suffisamment rare pour être suspect. Dans une interview sur Europe 1, Ségolène Aymé, épidémiologiste française reconnue, explique que le regroupement observé n’a rien d’exceptionnel et qu’on en observe fréquemment [22].

 

Entre les affirmations du REMERA et celles des autorités, contradictoires, le citoyen est en droit de s'interroger !

 

Une manière, grossière, de tester cette répartition est d’effectuer un tirage aléatoire sur la surface du territoire national métropolitain (551 000 km² environ) puis de compter pour des cercles de 34 km de diamètre (908 km²) le nombre maximal de points préalablement positionnés lors du tirage.

Un twittos, @PtaahGohan, a eu la curiosité de réaliser ces simulations sous Matlab et les résultats sont édifiants. Sur 10 000 tirages, dans presque un cas sur deux, on obtient des clusters comprenant 7 bébés. Si on ajoute les clusters de 6 et 8 cas, on englobe 95 % des tirages. Cela démontre bien que le cluster observé n’a rien de particulièrement suspect, a priori.

Simulation sous Matlab de 10 000 tirages de 806 cas (correspondant à 6 ans cumulés) sur une surface représentant la France

Simulation sous Matlab de 10 000 tirages de 806 cas (correspondant à 6 ans cumulés) sur une surface représentant la France

 

Une critique que l’on pourrait formuler à ce tirage est qu’il ne tient pas compte de la densité de population, qui est pourtant un facteur majeur de concentration des résultats. Or, la densité de population de l'Ain, 105 habitants par kilomètre carré en 2011, est du même ordre de grandeur que celle de la France métropolitaine qui est de 114 pour la même année (source INSEE). De plus, le cluster considéré englobe des zones très peuplées du département, comme la préfecture Bourg-en-Bresse (pour partie) et Ambérieu. Il n’y a donc pas de « creux » de population à l’endroit du cluster (centré sur Druillat) qui invaliderait du coup le tirage précédent.

 

 

Cela explique pourquoi, dans un premier temps, Santé Publique France a affirmé qu’il n’y avait rien d’exceptionnel dans les chiffres avancés par le REMERA, et que cela pourrait être simplement des malformations spontanées, pour lesquelles on n’a pas d’explication scientifique à ce jour.

La pression médiatique et populaire a néanmoins conduit le gouvernement à exiger un supplément d’enquête. Qu’à cela ne tienne ! Attendons patiemment les résultats en évitant d’inquiéter inutilement la population puisqu’il n’y a, a priori, aucun problème…

 

La nécessité de cerner les vrais problèmes...

Pourtant depuis deux mois, la presse alimente la présomption de culpabilité sur les pesticides. Aidée par des politiques qui ajoutent de l’huile sur le feu avec des phrases toutes faites, et déjà des réquisitoires. Yannick Jadot, par exemple, parle de « faisceau de présomption », sans apporter le moindre élément scientifique pour l’étayer [23]. Il montrera par contre, sur Twitter, de grandes difficultés à calculer la surface du cluster de 34 km de diamètre [24]… Misère de l’inculture scientifique de nos politiques qui se permettent, en plus, de donner de savantes leçons sur la façon dont il faut régler les problèmes de la planète.

 

Présumés coupables… ou le délit de sale gueule

 

On le voit encore une fois au travers de ces deux affaires, les pesticides sont souvent présentés comme présumés coupables avant même que les preuves scientifiques ne soient amenées. Le matraquage médiatique est tel qu’il est à craindre qu’un retour en arrière ne soit même plus possible. Le dénigrement systématique de l’agriculture conventionnelle est devenu la norme de la bien-pensance. Les grandes enseignes ont même clairement fait du bio et du zéro pesticide un argument commercial.

 

Encore plus problématique, lorsque le ministre de l’Agriculture a demandé des « preuves aux scientifiques » liant les pesticides à d’éventuels problèmes de santé, il s’est attiré la foudre des écologistes [25]. Si ce ne sont pas les scientifiques qui expertisent des questions aussi pointues, à qui va-t-on les confier ? Il serait peut-être temps, au contraire, de leur redonner la parole pour amener un peu de raison dans un débat, sociétal et médiatique, qui l’a totalement perdue.

 

Jérôme Quirant

Notes :

 

[1] https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/27216-Alimentation-bio-pesticides-c-est-moins-de-cancers

[2] https://www.bfmtv.com/sante/mystere-des-bebes-nes-sans-bras-les-pesticides-sont-ils-responsables-1539920.html

[3] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/10/22/l-alimentation-bio-reduit-significativement-les-risques-de-cancer_5372971_3244.html

[4] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2707948 

[5] https://www.francetvinfo.fr/sante/bebes-nes-sans-bras/l-article-a-lire-pour-comprendre-l-affaire-des-bebes-nes-sans-bras-dans-l-ain_3011607.html

[6] https://www.neweurope.eu/article/the-curious-case-of-copper-sulphate/

[7] https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.2903/j.efsa.2018.5152

[8] http://imposteurs.over-blog.com/2017/11/glyphosate-perturbateurs-endocriniens-nous-et-nos-enfants-allons-tous-trepasser-dans-d-atroces-souffrances-par-jerome-quirant.html

[9] https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2945

[10] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2707943

[11]  https://grainesdemane.fr/bio-cancers/

[12] https://www.20minutes.fr/sante/2359003-20181023-alimentation-bio-fait-baisser-25-risque-cancer-apres-etude ; https://reporterre.net/Les-mangeurs-reguliers-de-bio-risquent-moins-que-les-autres-de-developper-un ; https://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/manger-bio-reduirait-les-risque-de-cancer-1111114.html

[13] www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/il-y-a-t-il-des-pesticides-dans-le-bio-3585779 ; https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2596

[14] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4007233/

[15] https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/non-il-nest-pas-etabli-que-les-aliments-bio ; http://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-organic-food-and-cancer-as-published-in-jama-internal-medicine/ ;

[16] Curl et al., Estimating Pesticide Exposure from Dietary Intake and Organic Food Choices: The Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA) Environmental Health Perspectives, 2015

[17] http://imposteurs.over-blog.com/2018/10/selon-stephane-foucart-du-monde-en-matiere-de-sante-publique-le-rigorisme-scientifique-est-une-posture-dangereuse.html

[18] https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/oct/26/dont-believe-the-hype-organic-food-doesnt-prevent-cancer ; https://www.scimex.org/newsfeed/organic-foods-linked-to-lower-cancer-risk

[19] http://presse.inra.fr/Communiques-de-presse/Moins-de-cancers-chez-les-consommateurs-d-aliments-bio

[20] https://www.lci.fr/sante/bebes-nes-sans-main-ou-sans-bras-la-faute-aux-pesticides-2100791.html ; https://www.bfmtv.com/sante/mystere-des-bebes-nes-sans-bras-les-pesticides-sont-ils-responsables-1539920.html ;

[21] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-autre-mystere-des-bebes-sans-bras-de-l-ain_2039589.html

[22] https://www.santepubliquefrance.fr/Actualites/Agenesies-transverses-des-membres-superieurs-Sante-publique-France-poursuit-ses-investigations-et-identifie-a-ce-stade-11-cas-suspects-supplementaires-dans-l-Ain-entre-2000-et-2014

[22] http://www.europe1.fr/emissions/c-est-arrive-cette-semaine/patrick-cohen-avec-christine-pedotti-segolene-ayme-jean-noel-jeanneney-et-corentin-de-chatelperron-3792752#xtor=CS1-16

[23] https://www.bfmtv.com/politique/yannick-jadot-pense-que-les-cas-de-bebes-nes-sans-bras-sont-dus-aux-pesticides-1539621.html

[24] https://twitter.com/GeWoessner/status/1051377143773622272

[25] https://www.ladepeche.fr/article/2018/10/20/2892299-pesticides-nouveau-ministre-agriculture-indigne-ecologistes-scientifiques.html

 

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yann 29/01/2019 09:01

Serait rigolo si sujet pas aussi grave!
le REMERA n'arrive pas a recenser les "fameux" 11 cas nouveaux qui s'étaient sois disant rajouté au 7 premiers cas qui avaient déclenché tout cela!!
Ils n'ont pas pensé a noté les adresses de ces "nouveaux témoignages".
et ne savent plus où ils sont exactement pour recontacter et récupérer ces témoignages supplémentaires.
C'était quoi la raison qui faisait que les subventions que le REMERA recevait, allaient être divisé par deux avant que la directrice de cette association ne déclanche tout ce b....! L'administration mettait en doute l'intérêt et les compétence de cette structure et de sa présidente!!!!!!!!!!!
Super compétent le REMERA qui surveille une zone et annonce 7 cas en passant a coté de 11 autres (sois disant) . Une fois prévenu des 11 cas qu'ils n'ont pas "vu",ils n'ont pas été foutu de les rentrer dans leurs fichiers!!!!!!!!!
Ce qui est sure c'est que la fameuse "super compétente" de directrice a "gagnée/gardée" du travail pour quelques années encore, alors que ces compétences réelles étaient lus que remises en cause

yann 02/01/2019 11:09

@ Jean Yves brana:
Ou peut être que leurs incidence avait déjà baissée avant 1998 suite par exemple a l'arrivée des techniques de protections des cultures modernes qui ont pu éviter toutes les intoxications alimentaire (dont de nombreuses cancérigènes d'où la prévalence des cancers de l'estomac avant l'arrivée du tabac et des nouvelles solution agro....).
Votre hypothèse comme la mienne n'ont pas vraiment d'intérêt comme "information" mais seulement comme "hypothèse" qui ont toutes les deux des probabilités d'être fausses ou vraies !
Votre hypothèse montre néanmoins, vers où penche vos "convictions" du fait de la façon ou vous nous la "servez" sous forme de question/insinuation !!!
C'est comme cela que commence la conversion des autres à ses croyances qui ne s'appuient pourtant sur aucun fait avéré !

F68.10 16/05/2019 07:18

"C'est comme cela que commence la conversion des autres à ses croyances qui ne s'appuient pourtant sur aucun fait avéré !"

Là vous exagérez. Il ne faut pas accuser toute personne proposant son hypothèse d'avoir un agenda inconscient perso dissimulé. Il faut demander poliment sur quelles données il s'appuie pour penser que son hypothèse est intéressante. Voir des intentions néfastes dans ce type de questions, ou insinuer à votre tour qu'il y aurait potentiellement des intentions néfastes, c'est biaiser le regard du lecteur lambda de ce blog d'une manière qui sera mal prise par la personne qui a posé la question. Et cette dernière sera repoussée des positions rationnelles et scientifiques par ce type de comportement. Il faut vraiment trouver un meilleur moyen de communiquer. Prenez exemple sur le calme et le flegme de Franck Ramus sur son blog. Il gère parfaitement ses contradicteurs.

Jean-Yves Brana 07/12/2018 19:39

Certes les lymphomes non hodgkiniens sont stables depuis 15 ans (1998-2013) mais peut-être que leur incidence a augmenté avant 1998 suite, par exemple, à l'arrivée des phytos dans l'alimentation d'après guerre.

fm06 03/12/2018 17:04

Excellent article, merci pour les explications détaillées :-)