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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 08:14

« L'énergie est notre avenir, économisons-la ! » . Ce slogan d’EDF, qui n’est pas la trouvaille géniale d’un publicitaire, mais un message imposé par un décret ministériel de 2006 à toutes les entreprises du domaine énergétique.

Économiser l’énergie pour notre avenir ? Encore faudrait-il que les politiques publiques ne compromettent pas l’ avenir énergétique. Plus que 400 anciens professionnels de l’énergie ont réagi, dans une lettre ouverte au premier ministre Bernard Cazeneuve, à propos des pressions récentes exercées sur EDF afin d’accélérer la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Une fermeture qui n’aurait, considèrent-ils, «d’autre justification qu’un engagement électoral, intenable aux plans technique, économique et social ».

C’est avec plaisir que nous publions cette lettre de professionnels de l’énergie qu’on entend trop peu dans des débats pourtant si importants.

Anton Suwalki

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Lettre ouverte à Bernard Cazeneuve, le 14 février 2017

 

Objet : fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim

 

Monsieur le Premier Ministre,

 

Il y a un peu plus d’un an, la France était encensée pour la réussite de la COP 21 qui avait vu les nations du monde entier se rassembler dans l’accord de Paris pour un objectif unique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un enjeu majeur pour les générations futures car ces gaz constituent l’une des principales causes du dérèglement climatique.

 

L’actualité nous montre les difficultés rencontrées pour faire respecter cet accord avec la position extrême du nouveau Président des USA sur ce sujet ou, plus près de nous, l’impasse écologique dans laquelle se sont fourvoyés nos voisins allemands. En effet, le remplacement du nucléaire par un parc éolien et des centrales au charbon au prix d’investissements colossaux, ne permettra pas à ce pays de respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz carbonique. En outre, son électricité est aujourd’hui deux fois plus chère que la nôtre.

 

Il est à craindre qu’avec la loi « Transition énergétique pour une croissance verte », nous ne suivions le même (mauvais) exemple avec la perspective de réduction de notre parc nucléaire, à commencer par l’arrêt anticipé de la centrale nucléaire de Fessenheim. La signature d’un décret abrogeant l’autorisation d’exploitation de cette centrale, faisant suite à l’acceptation par EDF du protocole d’indemnité lié à son arrêt, serait une étape déterminante dans le processus d’arrêt.

 

Anciens responsables dans le domaine de l’énergie, nous craignons que la promulgation de ce décret ne fragilise un peu plus l’industrie nucléaire française déjà affectée par les difficultés rencontrées par Areva. En conséquence, nous avons considéré de notre devoir de citoyen de vous alerter sur les effets néfastes pour notre pays de cette décision qui n’a d’autre justification qu’un engagement électoral, intenable aux plans technique, économique et social.

 

Certains d’entre nous ont participé à l’ingénierie, à la construction, au démarrage ou à l’exploitation de cette centrale qui a contribué à l’alimentation électrique de l’Alsace et de nos voisins outre-Rhin pour le plus grand bénéfice de notre balance commerciale.

 

Nous dénonçons la gabegie financière qui résulterait de l’arrêt de cette centrale, la plus rentable du parc EDF, qui n’émet pas de gaz carbonique en fonctionnement, ne contribue pas à la pollution atmosphérique, participe à l’équilibre du réseau de transport de l’électricité et est devenue l’une des installations les plus modernes du parc français avec son équipement répondant aux derniers critères de sûreté post-Fukushima. Ses deux Unités ont été déclarées aptes à fonctionner jusqu’en 2021 et 2023 par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) à la suite des dernières visites décennales.

Signer ce décret serait une forme de désaveu de l’ASN et donnerait du crédit à ceux qui réclament la fermeture de cette centrale en raison de sa présence dans une zone sismique et inondable. Or, l’ASN a considéré non fondée cette assertion au regard des dispositions constructives prises relatives à ce risque, rejoint en cela par le Conseil d’État dans sa décision du 28 juin 2013 déboutant de sa plainte l'association tri nationale de protection nucléaire (ATPN).

 

L’arrêt prématuré de la centrale de Fessenheim conduirait à un coût évalué par nos experts à près de 4 milliards d’euros, proche de celui calculé par deux parlementaires Marc Goua (PS) et Hervé Mariton (LR). Ce coût, très éloigné du montant provisoire de l’indemnité acceptée sous conditions par EDF, serait bien évidemment supporté in fine par les contribuables ou les clients de l’Électricien. A cet égard, nous croyons utile de préciser que cette centrale est une installation industrielles construite et exploitée en participation à hauteur de 32,5 % avec des électriciens suisses et allemands, lesquels ne manqueront pas de faire valoir leurs droits à indemnités. Monsieur le Premier Ministre, signer le décret d’arrêt anticipé de Fessenheim sans raison fondée, signifierait que votre gouvernement porterait la responsabilité de la destruction de plus de 2200 emplois (directs, indirects et induits localement) alors que le gouvernement précédent n’avait pas eu de mots assez durs pour fustiger l’attitude similaire des dirigeants d’Alstom à Belfort. Car ces emplois ne seront pas remplacés par EDF, obligée de reconvertir ses agents dans d’autres installations. Les emplois des entreprises prestataires seront eux définitivement perdus. Et ce ne sont pas les projets de reconversion du site qui pourront les compenser. Cette situation est incohérente avec la priorité de votre gouvernement de lutte contre le chômage.

Cet hiver a été sensiblement plus froid que celui des dernières années sans être exceptionnel. L’indisponibilité de quelques réacteurs nucléaires n’a pas été compensée par une production éolienne très faible en raison de l’absence de vent (situation fréquente en période hivernale) qui a obligé EDF à recourir massivement à l’importation d’électricité fortement carbonée et d’un coût prohibitif. Dès lors, fermer la centrale de Fessenheim conduirait à se priver à l’avenir d’une puissance de 1800 MW capable d’assurer une production propre et modulable et affaiblirait gravement la sécurité d’alimentation de notre pays. Cette décision serait en outre contraire aux recommandations du Président de l’ASN, appelant lui aussi à augmenter la marge de sécurité du système électrique…

Le nucléaire est pour le moment le mode de production d’électricité qui a l’impact le plus faible sur la santé des citoyens. De nombreuses études internationales l’ont clairement montré. Il ne s’oppose pas au développement des énergies renouvelables en France ou en Europe. Au contraire, il permet une production d’électricité très faiblement émissive en gaz carbonique en assurant des variations de puissance importantes pour s’adapter à l’intermittence des énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque).

Monsieur le Premier Ministre, nous ne pouvons croire que les décisions prises sur ce dossier soient consécutives d’une approche dogmatique, irrationnelle et irresponsable qui serait contraire à l’intérêt de notre pays, de nos entreprises et de nos concitoyens.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Le groupe d’anciens professionnels de l’énergie (signataires en annexe)

Contact : Joël BULTEL Ingénieur retraité joel.bultel6@orange.fr

Ancien Directeur de la Centrale nucléaire de Flamanville

 

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Published by Anton Suwalki
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commentaires

student 02/03/2017 10:43

Bravo pour cette publication et cette lettre qui ouvre enfin les yeux !
400 spécialistes ne peuvent se tromper. Le pouvoir politique est devenu aveugle et sourd aux conclusions de "ceux qui savent", trop occupé à écouter "ceux qui votent".
C'est le symptôme d'une société décadente. Nous rejoindrons prochainement la Grèce, après avoir dominé l'Europe, ... sauf si un homme d'Etat enfin soucieux de l'intérêt général et sensible aux conseils des scientifiques plutôt que des charlatans, arrive à se faire élire.
C'est mal barré....