Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 20:56

Par les temps qui courent, les alertes sanitaires sont souvent sans grand rapport avec les risques encourus. Celles concernant la pollution de l’air n’y échappent pas.

La pollution de l’air dans les villes françaises a notoirement diminué depuis une vingtaine d’années. En agllomération parisienne, la concentration annuelle moyenne de la plupart des polluants (oxydes d’azote, particules fines, monoxyde de carbone, benzène, dioxyde de souffre) est beaucoyup plus faible qu’à la fin des années 1990[1]. Seule la concentration en ozone stagne autour de 40-45 μg/m3 , après avoir fortement augmenté entre 1990 et 2003.

Mais au mois de décembre, à cause de conditions météorologiques asszez exceptionnelles-anticyclcone puissant, températures basses, absence de vent, Paris et d’autres villes ont connu des pics de pollution aux particules fines importants, déclenchant à deux reprises des mesures de circulation alternée., ou de limitations de vitesse abaissées de 20 km/h dans certains départements. Saine réaction des pouvoirs publics, ou poudre aux yeux ?

 

L’impact sanitaire de la pollution aux particules fines.

 

La nocivité des particules fines, quelle que soient leur composition chimqiue, ne fait pas de doute. Leur mécanisme d’action est bien identifié. Elles sont sources d’affections respiratoires, de problèmes cardio-vasculaires, et sont classés comme cancérigènes certains par le CIRC depuis 2012. Pour autant, leur impact sanitaire effectif, compte tenu de l’exposition effective des populations, n’est pas facile à établir. Selon l’OMS, elle causerait plus de 3 millions de décès prématurés dans le monde[2], Les pays les plus touchés par cette pollution sont les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Et en France ? On entend régulièrement parler de 40.000 décès par an. Pour l’obsolescent Jean-Vincent Placé, il s’agirait de 44.000 morts par an, dont une « bonne moitié » serait lié à la pollution des véhicules Diesel[3]. C’est totalement fantaisiste. En France métropolitaine, l’ensemble des émissions liés au trafic routier -tous véhicules confondus- en PM10[4] représente seulement 15% des émissions totales. Pour l’Ile de France, les émissions liés au trafic routier réprésentent 30% du total, dont moins des deux tiers sont issus de la combustion des carburants (essence et diesel compris)[5]. 41% des émissions proviennent de l’usure des freins des véhicules, des pneus et des routes.

 

De plus, ces « 40.000 ou 44.000 » morts proviennent probablement d’une estimation de la Communauté européenne, sur la base de d’estimation de la pollution en 2000. Le chiffre « exact » avancé » est de 42.090[6]. Curieusement, les auteurs ne fournissent aucun intervalle de confiance. Depuis, la concentration en particules fines a fortement diminué. Selon un rapport plus récent de l’INVS, portant sur la population de neuf agglomérations françaises peuplée de 12 millions d’habitant, le respect des valeurs cibles de l’OMS en matière de particules fines permettrait de « différer » 2.900 décès par an.

 

Tous ces chiffres se rapportent à l’exposition chronique aux particules fines. Qu’en est-il de l’exposition aigüe, c’est-à-dire de l’exposition de courte durée à de fortes teneurs en particules fines, comme dans le cas des pics de pollution constatés en décembre 2016 ou en janvier 2017 ? c’est ce qu’a essayé de mesurer l’INVS à partir des données de 17 villes françaises[7]. Résultat, globalement : pour une augmentation des niveaux de PM10 du jour et des 5 jours précédents, un « excès de risque relatif » (ERR) de 0,51% a été observé pour la mortalité non accidentelle. Compte tenu de l’intervalle de confiance (ERR compris entre +0,08 et +0.94%) , on n’est pas très loin de l’épaisseur du trait. Les résultats sont toutefois un peu plus probants pour les personnes âgées de 75 ans ou plus. En réalité, les seuls résultats statistiquement significatifs concernent la mortalité[8] d’été. Par ailleurs, l’analyse des facteurs de confusion possible n’a pour l’heure pas permis d’identifier les différences entre les villes.

 

Les mesures de restriction de circulation, compte tenu des pics de pollution atmosphériques atteints ces dernières semaines, auraient-elles permis d’éviter quelques décès prématurés ou quelques séjours aux urgences ? On peut en douter pour deux raisons.

 

-Tout d’abord parce que ces études ne prennent pas en compte le fait que nous passons la majorité de nos journées en milieu confiné. L’air intérieur est souvent beaucoup plus pollué que l’air extérieur. - - Ensuite et surtout : parce que si l’on considère qu’il faut éviter d’exposer la population fragile à la pollution aux particules fines, alors la dernière des choses à faire est d’interdire aux gens de prendre leur voiture, quitte à les précipiter dans le métro !

 

L’air du métro , beaucoup plus pollué que l’air libre

 

 

Très en colère lorsqu’ils n’obtient pas tout de suite les mesures de restriction de circulation, Christophe Najdovski, adjoint d’Anne Hidalgo en charge des transports invoque « l’urgence en termes sanitaires et de santé publique (sic) » . Ignorance, incompétence, ou cynisme ? Si sa préoccupation pour la santé publique est réelle, pourquoi ne commence-t-il-pas par se préoccuper de la pollution de l’air du métro, qui transporte 4 millions de voyageurs par jour ? En réalité, pas une seule fois, la question n’a été abordée au cours des dernières semaines. Le problème est pourtant énorme, comparé aux quelques épisodes de pollution élevées de l’air extérieur, et surtout, il est permanent.

 

Selon l’ANSES[9], , « la principale source des particules fines (riches en fer) est l’usure des matériaux par la friction roue-frein, suivie du contact roue-rail et du contact entre le matériel roulant et le système d’alimentation électrique. Les sources de la fraction carbonée des particules semblent être le freinage, l’usure des pneus, la remise en suspension des particules émises par les motrices Diesel lors des

opérations de maintenance, ainsi que l’apport d’air extérieur. La source de silice est notamment le

sable utilisé pour augmenter la friction et l’adhérence en freinage d’urgence ou en pente, ainsi que

la silice présente dans le ballast ».

 

Les données comparatives de la pollution de l’air au bord du périphérique[10] Est et de la station de métro Chatelet sont éloquentes, et les pics de pollution de l’air extérieur bien dérisoires.

 

 

 

 

Au cours du mois de décembre dernier, la concentration journalière en PM10 a dépassé le seuil d’alerte (fixé à 80 μg/m3) 5 jours (non consécutifs). Dans la station Chatelet, ce seuil a été dépassé…. 29 jours sur 30[11]. Pour le périphérique, la moyenne journalière[12] s’établit pour ce mois très exceptionnel à 56 μg/m3. Sur l’ensemble du mois, la concentration dans le métro s’établit à 144 μg/m3. Le seuil de 200 μg/m3 a été atteint pendant deux heures au bord du périphérique (avec un maximum de 210). Dans le cas de la station Chatelet, ce seuil a été atteint ou dépassé pendant 86 heures au total. A plusieurs reprises, la concentration en PM10 a dépassé 800 μg/m3[13], à des heures où seuls y travaillent des agents de maintenance, certes, mais qui ne travaillent pas en scaphandre, autant qu’on sache. Un employé du métro aura au mois de décembre inhalé autant de particules fines que s’il était resté assis 19 jours complets au bord du périphérique.

 

Toujours selon l’ANSES « Une inflammation des voies respiratoires et des effets consécutifs à cette inflammation sont probables en lien avec une exposition chronique aux particules des EFS, sur la base d’un effet démontré par une étude de la toxicité aiguë de ces particules chez l’animal. Par analogie avec les risques sanitaires bien documentés des particules de l’air ambiant extérieur, des effets délétères sont attendus sur la santé cardiovasculaire et respiratoire en lien avec l’exposition chronique de ces travailleurs aux particules des EFS. Ces conclusions s’appliquent aux travailleurs exerçant dans les domaines suivants : exploitation du transport, organisation du transport et des services, commerces, police, sécurité, prévention et action sociale. Pour les travailleurs en charge de la maintenance des infrastructures, bien qu’une évaluation quantitative n’ait pu être menée, le CES

estime que les risques sanitaires sont vraisemblablement plus élevés pour cette catégorie de

travailleurs compte tenu de l’intensité et de la diversité de leurs expositions. Lors des travaux de

maintenance, les particules peuvent provenir de sources spécifiques comme par exemple les

motrices diesel et le meulage des rails ».

 

 

La poudre aux yeux contre la pollution à Paris

 

Il est douteux que les mesures de restriction prises à Paris au cours des récents pics de pollution aient eu ne serait-ce qu’un tout petit impact sanitaire positif. Et quoi qu’il en soit, invoquer l’urgence sanitaire de ces mesures quand on sait qu’un usager quotidien du métro respire de 3 à 4 fois plus de particules fines qu’à l’air libre prétendument si pollué[14], c’est se moquer du monde. Pourquoi les édiles parisiens ne commencent-ils pas par demander à l’Etat[15] des travaux d’assainissements du métro conformes aux recommandations de l’ANSES ? Pourquoi ne pas étendre au métro et au RER les mesures d’information et d’alerte qui valent pour la pollution de l’air extérieur ? Quelle est la proportion d’usagers de la RATP (et d’employés) correctement informée sur son exposition quotidienne ?

 

  1. cela , la mairie de Paris a préféré adopter le système de vignettes qui exclut désormais d’emblée tous les véhicules immatriculés avant 1997[16], pour un résultat sans doute dérisoire en matière de réduction de la pollution, mais très pénalisant pour les quelques pourcents d’automobilistes concernés qui n’ont sans doute pas tous les moyens de changer de voiture.

 

Anton Suwalki

 

[1] Air Parif, mars 2015

[4] PM10 particules d’un diamètre inférieur à 10microns (soit 10 millionièmes de mètre). Les particules PM2,5 2,5 microns) sont plus nocives que les PM10 , mais étant donné que le rapport PM2,5/PM10 est à peu près constant, entre 60 et 70%, l’indicateur PM10 est largement suffisant.

[5] Air Parif, Février 2016. (données 2012).

 

[6] Cba_health_impact.xls, fichier excel téléchargeable en ligne

[7] Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 6 janvier 2015

[8] mesures effectuées :total mortalité non accidentelle, dont mortalité cardio-vasculaire

[9] Anses ,rapport dexpertise collective Saisine n°2011-SA-0265 « Enceintes ferroviaires souterraines »

 

[10] a priori un des endroits les plus pollués de Paris (à l’air libre)

[11] pas de données disponibles pour le métro le 7 décembre

[12] entre 6 heures et minuit, pour rendre comparable ces données avec les heurs d’ouverture du métro au public

[13] Loin cependant du record de 2381 μg/m3 relevé en 2013 à la station du RER Auber

[14] moyennes 2015

[15] qui rappelons le, est actionnaire à 100% de la RATP, « établissement public à caractère industriel et commercial »

[16] Toute la semaine entre 8 h et 20 h,

Partager cet article

Repost 0

commentaires

wifi providers 23/02/2017 04:52

You have done great work, nice to read this interesting post, i want to say thanks for sharing this post.

Robert 19/02/2017 11:19

Comment appelle t'on ce genre d'article ? Dans l'oreillette, on me souffle enfumage.

Cultilandes 12/02/2017 22:12

@ pilou.

Autant vos arguments sur la taxation équivalente du Diésel et de la ceinture / diabète sont recevables, discutables; les habituels soupçons pro-domo accusant vos contradicteurs d'être payés par des industriels sont pitoyables de vacuité.

fm06 17/02/2017 17:57

Pitoyable en effet. La réponse de Piloulaventure est un modèle du genre.

Piloulaventure 13/02/2017 19:52

Bah ... la seule chose vraiment fâcheuse avec les propagateurs d' "alternative facts" est qu'on croit se situer dans une conversation entre personnes rationnelles cherchant par la contradiction à faire émerger la vérité alors qu'en réalité on a juste affaire à des gens payés pour faire de l'intox et créer la confusion - C'est triste de voir à quel point le libéralisme a été accaparé par une rente cynique et mortifère qui s'abrite derrière la si belle notion de "progrès" pour justifier toutes ses exactions à l'encontre de la planète et de l'humanité. Lisez Homo Deus de Harrari peut-être cela vous aider a-t-il à mieux penser vos choix et mieux comprendre vos interets de long terme cher troll - sinon ... je vous souhaite un bon voyage à bord de leur Arche de Noe ... mais êtes vous sûr que vous serez invités à monter à bord ?

pilou 12/02/2017 20:47

ah oui, donc, en fait, si je vous suis bien, pourquoi aller vers la taxation equivalente du diesel, puisqu'il y a d'autres pollutions qui nous guettent en ville? En fait de la même façon, pourquoi mettre une ceinture de sécurité puisque le diabète tue plus de gens que les accidents de la route? bravo... Peugeot et Renault vous ont rémunéré correctement pour ce tissu d'âneries? Je cherche l'article suivant que je suis sur vous avez écrit, pour le compte d'Exxon, pour dire que la terre se refroidit et peut-etre encore un autre, payé par Putine, où vous nous direz que les Américains ne sont jamais allés sur la lune?

Cultilandes 09/02/2017 22:33

Dans l'enfumage politico-médiatique, de l'éclaircissement est en effet nécessaire.
Sait on hiérarchiser la toxicité des différents types de particules, selon leur taille ou selon leur composition chimique, et donc leur origine?

Toto 09/02/2017 21:12

Morale de l'histoire : il vaut mieux se déplacer à vélo, d'autant que le trajet domicile-travail moyen en France n'est que de 10km.

Nanard 19/02/2017 09:01

Le vélo ?
Oui mais sans s'essouffler !
On oublie trop souvent que notre nez est muni d'un filtre à particules humide et visqueux très efficace et qui retient, autre des microbes, mais des particules très fines.
Le meilleur moyen est de ne pas courir et de contrôler sa respiration par le nez.

GATOR 08/02/2017 21:17

Une fois de plus bravo. L'enfumage est PARTOUT en ce moment : pollution, Lyme etc etc...à vous dégoûter de tenter de vous informer de ce que vous connaissez peu tant les sujets que vous maîtrisez sont traités n'importe comment...