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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 08:19
Séralini exhume une vieille histoire de vaches maltraitées

Hors de la sphère médiatique, les études articles alléguant d’effets nocifs de la consommation de produits issus de plantes génétiquement modifiées ont toutes été réfutées. Un article publié en début d’année dans Critical Reviews in Biotechnology, établit que ces allégations reposent sur des traitements statistiques inappropriés aux études de toxicologie basées sur des comparaisons multiples(1). Mais il y a plus grave que les mauvaises études : une équipe de l’Université de Naples qui avait publié plusieurs articles alléguant d’effets nocifs de la consommation de produits issus de plantes génétiquement modifiées est accusée d’avoir manipulé ses résultats (2).

 

Ces évènements devraient logiquement ramener plus de sérénité et de rationalité dans le débat sur les OGM. Mais cela serait sans compter sur le CRIIGEN et sur Gilles-Éric Séralini, qui vient de déterrer une vieille affaire : les vaches d’un agriculteur allemand, Gottfried Glöckner, qui accusait le maïs génétiquement modifié Bt 176 produit par Syngenta d’être à l’origine des pathologies et des nombreuses morts observées dans son troupeau.

D’une part, les expertises réalisées à l’époque lui avaient donné tort (3), et d’autre part, le maïs en question n’est plus cultivé. Ressortir cette « affaire » n’offrait donc aucun intérêt sanitaire, mais présentait l’avantage de relancer la polémique, comme l’ont fait les députés européens Michèle Rivasi et José Bové (4). N’oublions pas non plus que Glöckner tient une place de choix dans la martyrologie anti-OGM, qui aime se présenter en victime du « géant de l’agrochimie Syngenta qui a détruit sa vie pour avoir dit la vérité sur les OGM » (5).

 

Une revue douteuse…

 

La nouvelle étude de Séralini (6) est d’ailleurs cosignée par … Gottfried Glöckner, ce qui n’est déjà pas le meilleur gage de crédibilité. Bientôt un article coécrit avec Niel Young ?

 

Comme d’habitude, les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt, alors que l’un deux est ici engagé dans un plaidoyer pro domo. C’est donc en toute objectivité que l’article le dépeint comme un excellent agriculteur, exploitant une ferme moderne et suivant les standards d’hygiène et d’élevage les plus élevés. Soit tout le contraire des conclusions des expertises pratiquées à l’époque.

 

Plus surprenant encore, la revue (en open access) parfaitement confidentielle qui accueille l’article de Séralini, le Scholarly Journal of Agricultural Science. Une recherche sur Internet permet de constater que l’éditeur de la revue, dont le site est domicilié au Nigeria, fait partie de la liste des prédateurs « potentiels, possibles, ou probables » qui publient en open access (7). Ces revues qui se sont multipliées ces dernières années, publient en ligne en faisant payer les auteurs en leur promettant rapidité du processus d’acceptation et une visibilité accrue. Bien entendu, le niveau d’exigence quant à la qualité des articles est laxiste, et le processus de relecture par des pairs inexistant dans certains cas. Il faut bien le dire, le site des Scholarly Journals, visiblement bricolé à la va-vite, est hautement soupçonnable : faute grossière dans le titre de la revue qui publie Séralini (Agrucultural Science), de nombreux liens mènent à une… 404 Not Found error.

 

La saga n’est peut-être pas terminée : à peine publié sur le site, l’article de Séralini disparaît, tout simplement parce que le nom du domaine a expiré ! (8)

 

…et un article indigent

 

L’enquête menée en 2002 dans la ferme de Glöckner par l’Institut Robert Koch relevait notamment (3) :

- Des niveaux élevés de mycotoxines dans les aliments du bétail

- Les insuffisances dans la qualité de l'alimentation et des carences dans la composition des rations alimentaires

- Une suralimentation évidente menant au surpoids des vaches laitières et pouvant conduire à des perturbations métaboliques, et en particulier à des problèmes de vêlage.

- La présence dans l’intestin de l’agent du botulisme (Clostridium botulinum) pour deux des vaches mortes, ainsi que pour trois des cinq vaches survivantes examinées.

Des conclusions confirmées plus tard par l’institut fédéral allemand de protection des consommateurs et de sécurité alimentaire (BVL), sauf dans le cas des mycotoxines, dont les teneurs étaient, selon l’Institut, faibles.

 

Voilà qui ne plaide pas en faveur des « standards d’hygiène et d’élevage les plus élevés » revendiqués par l’agriculteur.

 

Ces analyses, notamment les infections par l’agent du botulisme, sont cohérentes avec les parésies dont souffraient plusieurs vaches. Analyses que Séralini et Glöckner occultent purement et simplement dans leurs papiers, et écrivent même sur la base de données très sélectives, qu’ « aucune origine microbienne n’a été identifiée malgré les recherches intensives d’agents pathogènes », et donc identifient le maïs Bt, selon eux unique changement intervenu dans le « management » des vaches, comme le responsable de leur mauvaise santé et des nombreux décès.

 

Ce raisonnement Post hoc, ergo propter hoc, est néanmoins affaibli par les données publiées par les auteurs eux-mêmes (figure 1 reproduite ci-dessus). Il en ressort en effet qu’avant l’introduction du maïs Bt dans le régime des vaches, le pourcentage de vaches malades dans son troupeau n’a jamais été en dessous de 30%, ce qui renforce la thèse d’un mauvais traitement des animaux. Que la situation de son élevage se soit dégradée à partir de 2000 ne doit vraisemblablement rien au maïs Bt, bouc-émissaire commode dans cette affaire : Glöckner cherchait à être indemnisé par le semencier. On notera d’ailleurs qu’il affirme avec Séralini être monté à 40% de Bt176 dans la ration alimentaire de ses vaches. Dans une version précédente, il affirmait être monté jusqu’à 100% (9). Quelle version croire ?

 

Un martyr de la cause anti-OGM réhabilité ?

 

Même en acceptant un instant de suspecter le maïs Bt 176 comme responsable de la mauvaise santé du troupeau de Glöckner, un peu de bon sens s’impose : pourquoi le cas de cet agriculteur est-il le seul répertorié ? Pourquoi la toxine Bt aurait-elle tué seulement les vaches de Glöckner et épargné les vaches espagnoles ? A l’époque des faits, au moins 20.000 ha de champs espagnols étaient cultivés en maïs Bt 176 !

 

La crédibilité des faits importe peu lorsque le « cas Glöckner » offre la possibilité aux anti-OGM de présenter celui-ci comme la victime du méchant semencier, responsable seulement de ses déboires professionnels et familiaux. Glöckner a été en effet accusé de violences envers son épouse et condamné à la prison pour ces faits. Celle-ci avait quitté la ferme en 2000, avec ses enfants.

 

Or Séralini, dans un autre papier publié par le Scholarly Journal of Agricultural Science (10), reprend intégralement à son compte la version des faits défendus par l’agriculteur : selon cette version, Syngenta-Goliath se serait servi de sa femme en représailles contre le valeureux David qui ne voulait pas lui céder, et refusait le compromis financier proposé par le semencier. Sans l’énoncer explicitement, Séralini suggère que tout le monde, y compris la justice allemande, était dans le coup. Et de conclure que tous les malheurs de Glöckner furent la conséquence sur le plan personnel de l’échec de la tentative de nourrir ses animaux avec de la nourriture à base d’OGM !

 

On ressent un certain malaise à la lecture de ces lignes. Il est extrêmement imprudent d’accorder a priori et sans la moindre réserve la confiance au témoignage d’un homme accusé de violences conjugales qui se défend, ce qui revient à considérer a priori sa femme comme une affabulatrice (11). Mais quand il s’agit de réhabiliter un martyr de la cause anti-OGM, toutes les légèretés sont permises.

 

Anton Suwalki

 

 

(1) Panchin, A. Y., & Tuzhikov, A. I. (2016). Published GMO studies find no evidence of harm when corrected for multiple comparisons. Critical Reviews in Biotechnology, pp. 1-5 http://www.ask-force.org/web/Regulation/Panchin-published-GMO-studies-no-evidence-harm-a-2016.pdf

 

(2) voir la LETTRE d'INFORMATIONS sur les PLANTES GENETIQUEMENT MODIFIEES N° 240. 22 janvier 2016

https://listes.ujf-grenoble.fr/sympa/info/lettreinfopgm

 

(3) http://www.gmo-safety.eu/archive/201.dead-dairy-cows-maize-under-suspicion.html

 

 

 

(4) http://www.michele-rivasi.eu/medias/ogm-la-nouvelle-etude-du-professeur-seralini-montre-les-dangers-du-mais-bt176/

 

(5) http://www.theecologist.org/Interviews/2417952/gottfried_glckner_how_syngenta_destroyed_my_life_for_telling_the_truth_about_gmos.html

 

(6) Pathology reports on the first cows fed with Bt176 maize (1997–2002)

 

(7) http://scholarlyoa.com/publishers/

 

(8) http://retractionwatch.com/2016/01/27/seralini-paper-claiming-gmo-toxicity-disappears-after-journal-domain-expires/#more-36333

 

(9) https://www.rt.com/op-edge/159184-syngenta-gmo-opposition-silencing/

 

 

(10) La version des faits selon GES

 

The second court case overlapped with the first and

ended with the farmer being jailed from 2006 to 2007. His

wife complained for the first time in May 2003 (District

Court Friedberg, Hessen, Az. 605 Js 673/03 and appeal

in Giessen Regional Court in March 2005 8 Ns 605 Js

673/03) of violence by her husband “in October 1999 or

the new year of 2000”, she said in court, without medical

or other testimony. Just before this complaint was filed,

Syngenta had pressured the farmer in January 2003 to

accept compensation of 50%. After the farmer refused

and said that he would sue Syngenta, the company’s

representative told him that something was going wrong

with his wife. Up to this time, the farmer’s wife had made

no complaint of violence. The ex-wife also appointed a

new lawyer at that time. Gottfried Glöckner was

unfortunately absent from the Higher Court in Frankfurt in

November 2005 (General Prosecutor, ref. 2 Ss 209/05)

because his lawyer told him it was not necessary to attend,

adding that he, the lawyer, would represent him.

But the lawyer did not attend court either; this could have

led the judge to pronounce an unusually severe

sentence. The farmer then went to jail for one year for

violence towards his wife – violence that he never

acknowledged. He subsequently changed his job

because his part from the sale of the farm by his ex-wife

was confiscated by the court. This was the outcome of an

unsuccessful GM feeding trial on the personal level for

the farmer.

 

 

 

(The experience of one of the first GM crop farmers in Europe,

Scholarly Journal of Agricultural Science Vol. 6(1), pp. 9-10 January 2016)

 

 

(11) ce qui n’exclut évidemment pas que de tels cas puissent exister.

 

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commentaires

Alain C 11/08/2016 15:49

Parce que vous trouvez normal de mettre sur le marché un OGM qui produit un pesticide à l'intérieur de ses cellules sans aucune étude de long terme ?
Et si le mais Bt176 était innofensif, pourquoi a-t-il été réservé à l'alimentation animale puis retiré si rapidement du marché par ses promoteurs ?
Ce sont ces questions que pose l'article de Seralini sur les vaches de Gottfried Glöckner et je les trouvent intéressantes.

IPPES 01/02/2016 12:55

Pourriez vous éclairer vos lecteurs sur vos compétences scientifiques ? parce que à la lecture de vos "articles", il me semble manquer d'une certaine rigueur dite scientifique..
http://scholarly-journals.com/sjas/archive/2016/January/pdf/Gl%C3%B6ckner%20and%20S%C3%A9ralini.pdf

René 03/02/2016 16:56

Mince, des justifications sont demandées... à mon avis on ne reverra plus IPPES sur ce billet, à moins peut-être qu'il trouve du "prêt à copier-coller" vaguement en rapport avec le sujet.
À la lumière des conclusions de l'enquête, qui sont connues depuis plusieurs années, l'"étude" confond allègrement corrélation et causalité. Un tel classique dans l'altermonde que c'en est presque devenu une marque de fabrique.

Anton Suwalki 02/02/2016 20:37

"parce que à la lecture de vos "articles", il me semble manquer d'une certaine rigueur dite scientifique."....
Super !!!! Et vous pouvez nous en donner des exemples précis? Vite, Je suis preneur!