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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 07:32
Vin bio vs Vin conventionnel : une expérience comique de Séralini et Douzelet

Nous avons souvent déploré l’absence d’esprit critique de la presse à propos des études de Séralini et de ses collègues du CRIIGEN. Dans un milieu récalcitrant à la démarche scientifique, la communication de ceux-ci passe d’autant plus facilement qu’elle conforte des préjugés bien établis. Chez certains journalistes, la crédulité apparaît même sans limite : tel est le cas de l’un d’entre eux, qui écrit au Midi Libre.

Le 8 février dernier, il publiait un article intitulé « Vins: à la recherche des pesticides » , consacré à une expérience réalisée par le professeur Séralini et le cuisinier Douzelet, au Mas de Barjac. « Peut-on reconnaître un vin issu d’une agriculture utilisant des produits chimiques d’un vin bio? » s’interroge le journaliste. A vrai dire, connaissant les expérimentateurs, on connait à l’avance la réponse !

Mais l’expérience en question est tellement risible que même la revue Environnemental Sciences Europe 2014 (1) ne l’aurait pas publiée. Tout n’est pas perdu pour les deux compères : Le Midi Libre tire tout de même à plus de 130 000 exemplaires, selon les chiffres du groupe qui le publie.Une bonne pub.

Les cobayes, tous membres de la tribu ?

L’article du Midi Libre n’indique pas l’identité de tous les cobayes invités à « démontrer » la thèse de Séralini selon laquelle on peut reconnaître au goût un vin bio d’un vin conventionnel. « Un négociant en vins, des cuisiniers, des journalistes, un conseiller régional ou une représentante environnement des cafés Malongo », précise le quotidien. On voit mal à quel titre inviter une représente des cafés Malongo, à part que cette société fait partie de la tribu : elle a en effet financé la dernière étude de l’équipe de Séralini (2) .Concernant les professionnels du vin, l’article ne mentionne qu’un nom, celui d’Anne-Claude Leflaive (3), gérante du domaine Leflaive (Puligny-Montrachet, Bourgogne). Précisons que ce domaine pratique la biodynamie, assumant complètement ces théories fumeuses et l’ésotérisme qui va avec (4).

On peut donc sans trop s’avancer émettre l’hypothèse que beaucoup, sinon la totalité des cobayes fait partie de la tribu du CRIIGEN et partagent en gros les mêmes préjugés. Un aspect très important qui compte dans les facteurs psychologiques de l’expérience.

Conditionnement

Séralini n’a pas manqué, avec toute la finesse et le sens de la mesure qu’on lui connaît, d’expliquer à son auditoire « l’organisation de la criminalité sur Terre »… Rappelons qu’il n’est nullement question ici de la Mafia ou de Daech, mais de résidus de produits de protection des plantes…

La manipulation se précise : « Les deux verres exposés devant chaque cobaye contiennent chacun un vin blanc: même origine, même cépage, même année. Seule différence, l’un est bio, l’autre non. Celui qui n’est pas bio contient cinq fongicides qui répondent aux doux noms d’iprodione, fenhexamide, iprovalicarbe, pyriméthanil et boscalid. Chacun a ses spécificités. Par exemple, raconte le professeur en biologie moléculaire, l’ipodrione ‘’retarde le développement pubertaire et réduit le niveau de testostérone ‘’, le fenhexamide est un ‘’perturbateur endocrinien’’ et l’iprovolicarbe a un ‘‘effet critique sur le foie et le rein’ ‘ ».

Le professeur caennais se garde bien d’indiquer la quantité de ces résidus trouvés dans le vin non bio, qui rendent, si on en croit leurs fiches toxicologiques, ces affirmations totalement outrancières . On ne saura pas davantage si le vin bio contenait des résidus de pesticides, autorisés ou non dans les traitements bio de la vigne (6).

Le journaliste poursuit son compte-rendu : « La question posée est de savoir si les cobayes reconnaîtront quel est le vin bio, sachant que ‘’les grands nez n’ont pas de référentiel sur les pesticides’’. Il ( ?) doit également renforcer l’idée que les pesticides, en plus ‘’d’empêcher certaines hormones de fonctionner, notamment sexuelles ‘’, nuisent aussi ‘’à la détection des arômes et la détoxification’’».

Sans surprise , les cobayes « reconnaissent » le vin bio

Certes, les grands nez n’ont pas de référentiel sur les pesticides, mais avec une telle préparation mentale, il eût été étonnant que les cobayes ne désignent pas le vrai vin bio. Examinons en détail cette expérience manipulée.

Prenez un groupe quelconque de personnes qui apprécient le vin, et faites leur goûter deux vins pris au hasard, de même origine, même cépage et de la même année. Au regard de ces critères très minimalistes, il y a de fortes chances pour qu’une majorité confortable se dégage en faveur de l’un ou l’autre des vins. Qu’il s’agisse de 2 vins « conventionnels »,de 2 vins « bios », ou d’un de chaque. Le seul constat qu’on peut en tirer est que « le vin A est préféré au vin B ». Tout autre conclusion ou généralisation est stupide. Mais ici, les vins ont-ils seulement été choisis au hasard ?

On imagine mal, en effet Séralini et Douzelet inviter des journalistes dans une expérience de dégustation dont ils ne contrôleraient pas les résultats, et qui, par hasard, conduiraient les cobayes à préférer le vin non bio: Le cuistôt Douzelet doit savoir que ce qui est déterminant dans la qualité de 2 vins comparables, c’est le savoir-faire du vinificateur. Et on peut trouver de très bons vins bio et de très mauvais vins conventionnels, et inversement… Quel désastre médiatique si la dégustation aboutissait à renforcer l’idée, que malgré les pesticides censés nuire « à la détection des arômes », le vin conventionnel surclassait le vin bio !

Sachant cela, pour que les résultats de l’expérience soient conformes au message que veulent délivrer Séralini et Douzelet, pourquoi s’embêter ? Il suffit de choisir un bon vin bio, et de lui opposer un mauvais vin conventionnel (7).

16 des 22 cobayes ont su distinguer le vin bio et le vin conventionnel, précise l’article. Mais de la manière dont ils avaient été briefés, ils n’ont en réalité fait que se conformer aux attentes des expérimentateurs. Une fois le vin conventionnel associé à de terribles effets sanitaires et les pesticides désignés comme nuisant à la détection des arômes, ils ne pouvaient que désigner le bon vin comme bio et le mauvais comme « traité aux pesticides » ! Ce que confirment les propos candides de Mme Leflaive : « Pour moi, le vin A, au nez, est très marqué aromatiquement. Il est dense, limite

grossier et a un peu de poussière sur la fin. C’est un vin un peu putassier. Il n’y a pas d’harmonie nez bouche et, au bout d’une heure, il perd ses arômes. Le vin B, lui, est au départ plus fermé. Il a un développement plus long, plus subtile en bouche. Il est bien aligné avec le nez, il a quelque chose d’aérien. Pour moi, le vin B est sans pesticide. ». Exactement ce que les expérimentateurs souhaitaient entendre !

Le goût de l’un des pesticides, prétendument détecté par les vignerons

Les ficelles de l’expérience sont décidemment un peu grosses. Après dégustation des vins, les cobayes étaient invités « à goûter (ou seulement sentir) les fongicides un à un puis tous ensemble,

réunis en un cocktail incolore ». Rappelons que les cobayes, fussent-ils des « grands nez » pour certains, ne sont pas des malinois ou des bergers allemands aptes à déceler des traces infinitésimales de toutes sortes de substance. Pourtant : « «Est-ce que les pesticides nuisent au

goût? On débute sur cette hypothèse. Mais il est intéressant de voir que tous les vignerons ont trouvé la solution et ont détecté le goût de bonbon chimique d’un des pesticides, qui donne un aspect grossier et lourdeau». On suppose que c’est « lourdaud ».

Il est hautement improbable que le goût d’un élément, présent au plus à hauteur de quelques milligrammes par litre, puisse être isolé du vin par un participant de cette expérience. Selon toute vraisemblance, le goût de bonbon acidulé du vin, quelquefois recherché, mais peut-être excessif dans le cas présent, provenait des conditions de vinification (8). Téléguidés par les expérimentateurs, les vignerons n’auront pas songé à cette hypothèse élémentaire.

Conclusion de Séralini : « on se rend compte ici que ‘’ les pesticides dénaturent le goût’’»

Le Midi Libre ne mentionne aucun œnologue parmi les cobayes, ni aucun habitué des jurys de concours de vin. Ceux-là se seraient-ils laissés balader ? Aucun d’eux n’ignore par exemple que les grands crus de Saint-Emilion, il y a une très grande majorité de vins « conventionnels ». Ces vins seraient-ils « putassiers », « dénaturés par les pesticides » ?

On objectera peut-être qu’il ne s’agit que d’un article dans un quotidien régional. Oui, mais Ô combien révélateur d’une méthode !

Anton Suwalki

Notes :

  1. le Journal qui a republié l’étude de Séralini retirée par Food and Chemical Toxicology
  2. http://imposteurs.over-blog.com/2015/08/seralini-ogm-pesticides-saison-17-episode-1.html
  3. décédée depuis
  4. http://www.leflaive.fr/fr/esprit-du-domaine
  5. http://ec.europa.eu/food/plant/pesticides/eu-pesticides-database/public/?event=homepage&language=EN
  6. Bio : fausses promesses et vrai marketing, Gil Rivière Wekstein, Éditions Le Publieur
  7. Le Midi Libre précise : « Pour ne pas pointer un producteur en particulier, le nom du vin traité avec des pesticides est tenu secret ». Pratique…
  8. http://www.dico-du-vin.com/b/bonbon-anglaisbonbon-acidule-arome-fermentaire/

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Published by Anton Suwalki
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commentaires

victoria secret uk 11/01/2016 09:27

Dans le sens courant, la fraude suppose l’intention de tromper.

http://www.emiam52.fr 25/11/2015 03:47

Nous continuerons néanmoins d’essayer de faire reculer ce mur.

GATE 2016 Result 06/11/2015 06:57

good information

CAT Result 2015 06/11/2015 06:18

good one

Sceptique 14/10/2015 17:26

Faussaire un jour, faussaire toujours!

lolo 21/09/2015 08:46

excellent !

un physicien 20/09/2015 20:11

Une lecture intéressante, avec un encadré de Leflaive :http://www.bio-dynamie.org/wp-content/uploads/2015/04/6-Fiche-MABD-biodynamie-viti_Vinification.pdf

Sylvander Bertil 17/09/2015 10:15

Excellent, comme d'habitude
Evidemment, tout le monde sait dans le milieu que la vinification joue un grand rôle dans la qualité finale du vin. Mais le grand public ne le sait pas à cause même de la communication faite par les ... professionnels eux mêmes, qui sur leurs étiquettes ne mentionnent que les facteurs rustiques (puisque les conso aiment ça - cercle vicieux) que sont les cépages et les terroirs. le reste n'existe pas. Donc ça se mord la queue. Que les professionnels éduquent les consommateurs au lieu de les caresser dans le sens du poil et les "études" fantaisistes n'auront pas le même effet de nuisance.

Bdk 17/09/2015 09:34

Certes, la démarche expérimentale de l'article n'a pas de sens. De la part des médias, c'est plutôt la rigueur qui aurait surpris.
Mais votre article utilise les mêmes ficelles ! C'est dommage.

- madame Leflaive était une excellente dégustatrice. Vous ne nous parlez pas de votre expérience de dégustateur pour la juger. Sachez que ça prend du temps, de la rigueur et une pratique régulière. Les expérimentations en biodynamie, (en Bourgogne et ailleurs) produisent des effets évidents sur le produit, déjà pour d'évidentes raisons agronomiques. On parle peu de l'excès de potasse vers gevrey-chambertin, mais leurs effets font long feu, malgré la réorientation depuis 1999.

- étant donnée la qualité moyenne de la production qu'ils conseillent (cette moyenne est basse - de la chimie corrective le plus souvent), les oenologues n'ont pas plus de légimité qu'un acheteur de la grande distribution.

- Quant aux jurys de concours, intéressez-vous à leur mode de sélection et au déroulement des concours. Plus à la sélection des vins. Ce n'est pas souvent très pro. La médaille d'or se paye, par l'inscription. Ce ne sont bizarrement pas les vins réputés qui les empochent (à chambolle, roumier n'a pas que ça à faire, hein !)

- la reference a st-émilion est grossière. Cette appellation compte un nombre très important de vins sans intérêt. Et quelques-uns exceptionnels, comme dans chaque région de production.

- la fragilité des arômes est un fait. Le travail délicat plutôt que bourrin, à la vigne comme à la cave, influence le produit. Et que vous l'acceptiez ou non, la proportion de viticulteurs et de vigneron travaillant finement est supérieure en bio qu'en conventionnel. Allez dans les régions productrices, discutez, dégustez, achetez et redégustez, en toute objectivité (donc à l'aveugle), et on en reparle après.

André Fuster 20/10/2015 09:41

Ceci s'adresse plus particulièrement à "Bdk" (mais pas que).

- "madame Leflaive était une excellente dégustatrice. Vous ne nous parlez pas de votre expérience de dégustateur pour la juger"
Ce n'est pas cela qui est en question, mais la façon donc cette dégustation est organisée et les conclusions qui en sont tirées. Nul besoin d'être un grand dégustateur pour déboiter un protocole foireux.

- "Les expérimentations en biodynamie, (en Bourgogne et ailleurs) produisent des effets évidents sur le produit, déjà pour d'évidentes raisons agronomiques"
Euh, ben non : c'est pas si évident que çà. Tout particulièrement quand on s'intéresse à des vins qui, avant de passer à la biodynamie, étaient déjà fort honorablement connus !

- "étant donnée la qualité moyenne de la production qu'ils conseillent (cette moyenne est basse - de la chimie corrective le plus souvent), les oenologues n'ont pas plus de légimité qu'un acheteur de la grande distribution".
Alors çà ... franchement, franchement : c'est d'une bêtise abyssale. Que savez vous donc du métier d’œnologue et de qui est, ou pas, conseillé (et comment) par un ou plusieurs œnologues et de ce que cela donne en "qualité moyenne" !?

- "Quant aux jurys de concours, intéressez-vous à leur mode de sélection et au déroulement des concours. Plus à la sélection des vins. Ce n'est pas souvent très pro. La médaille d'or se paye, par l'inscription. Ce ne sont bizarrement pas les vins réputés qui les empochent"
Ah ben c'est sur : on ne peut gagner de médaille à un concours que si on y participe. C'est dire si le système est fallacieux !

- "la fragilité des arômes est un fait".
Non, çà dépend des arômes (et des conditions de vinification et/ou conservation).

- "Et que vous l'acceptiez ou non, la proportion de viticulteurs et de vigneron travaillant finement est supérieure en bio qu'en conventionnel".
C'est rassurant de dire çà. Mais ce n'est QUE rassurant. Il y a des bourrins de tous côtés, ainsi que de (très) bons professionnels. Prétendre que les bons sont en bio et les autres sont des pignoufs c'est témoigner d'une méconnaissance totale des vignerons ou d'une fâcheuse malhonnêteté intellectuelle.

Comme je suis joueur je vous sors, en outre, ma vision du même article (et de quelques autres broutilles), un truc que j'avais pondu en début d'année :

http://vitineraires.blogspot.fr/2015/02/de-londres-et-pulitzer-charybde-et.html

clebs 01/10/2015 14:44

Bravo,
dire qu'un journaliste n'est pas un dégustateur et donc ne peut juger Mme Leflaive comme dégustatrice, c'est costaud, il faut oser le dire ! uil reste qu'elle n'est pas oenologue.

ensuite, dire que les œnologues sont tous achetés pour justifier leur rejet ( ils ne pensent pas comme vous certainement, alors ils ne sont pas compétents ou honnêtes ... )
cracher ensuite sur les concours pour dire qu'ils sont tous truqués ( argument fallacieux s'il en est...) et bien sur sans aucune preuve !
cracher sur un vin reconnu internationalement , alors que l'auteur parle bien des " grands crus St emilion", et non pas de la petite bibine...
mais la conclusion qui dit que les producteur bio travaillent plus finement que les autres, je voudrais bien savoir sur quelle etude vous vous basez !

a lire votre laïus, on se rend compte que vous n'avez AUCUN argument réel pour défendre votre opinion et je trouve cela bien étrange.
désormais, grâce a vous, je vais me méfier du vin " bio" !