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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 08:42
Pas de consensus sur la sécurité des OGM, qu’ils disent…

Un article (1), ou plutôt une déclaration publiée dans la revue Environnemental Sciences Europe (ESEu), relayant une pétition initiée par l’ European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility (ENSSER), affirme qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la sécurité des OGM. En fait, la contestation du consensus porte sur les plantes génétiquement modifiées et les aliments qui en sont issus.

« le [prétendu] consensus s’avère une construction artificielle qui a été faussement entretenu à travers divers forums (sic) ».

Cette pétition a été signée par plus de « plus de 300 scientifiques et experts ».

Un pavé dans la mare ? Non, tout au plus un gravillon dans une flaque d’eau.

Plus de 300 signataires ? Bof…

La pétition en ligne affiche 313 signatures. Celles de quelques personnages très médiatisés côtoyant d’illustres inconnus. Avec de telles méthodes, il est difficile de concevoir une seule prise de position sur un sujet médiatique qui ne collecterait pas au moins 300 signatures. Savoir qui promeut ce discours « anti-consensuel » est donc plus important que le nombre de signataires en lui-même :

  • Sans surprise, les membres du CRIIGEN, Séralini, Antoniou, Vélot, etc… auteurs d’études aux lacunes rédhibitoires, dont la dernière, retirée de Food and Chemical Toxicology, a précisément été republiée par ESEu, ce même journal sans facteur d’impact qui publie aujourd’hui cette déclaration.
  • Les martyres célébrés par le mouvement anti-OGM : Pusztai, Malatesta, Chapela, Quist : l’article de ces deux derniers sur la « contamination » du maïs mexicain par du maïs transgénique » publié dans Nature en 2001 avait été retirée par le revue.
  • Arnaud Apoteker, ancien responsable des campagnes anti-OGM de Greenpeace, notamment auteur de mensonges éhontés sur le riz doré.
  • Vandana Shiva, co-auteur de l’article paru dans ESEu, dont on se demande en quoi elle est experte, à part en légendes urbaines, telles que celles des suicides des paysans indiens à cause des OGM.
  • Elena Avarez-Buylla : nos lecteurs se souviennent peut-être que celle-ci, interviewée dans le documentaire « Le Monde selon Monsanto », prétendait avoir découvert une contamination par le maïs transgénique d’espèces végétales locales, aboutissant à des mutations qui affecte leur morphologie florale. . Les images de ces espèces locales étaient en réalité des exemplaires d’Arabidopsis Thaliana, une plante modèle de laboratoireprécisément utilisée par les chercheurs pour étudier les mutations spontanées, très fréquentes dans cette plante !
  • Jack Heinemann, auteur d’une manipulation délibérée des données sur les rendements du maïs transgénique aux USA (2).
  • Charles Benbrook, auteur d’un rapport sur les plantes génétiquement modifiées financé par The Ogranic Center et Greenpeace. Un rapport, faut-il le préciser, très défavorable…(3)
  • Doug Gurian-Sherman , d’Union of Concerned Scientists, lui aussi auteur d’une étude de la même veine (4)
  • Mae-Wan Ho, dont nos lecteurs pourront apprécier les élucubrations en matière de « biologie quantique » (5).
  • John Fagan, activiste anti-OGM notoire lié au Parti de la loi naturelle
  • Peter Hinderberger , de l’ Association pour la médecine Anthroposophique , c’est-à-dire une pseudo-médecine

La liste n’est peut-être pas exhaustive ,mais on voit mal ces individus porter un regard à la fois objectif et rationnel sur la question de la sécurité des OGM. Si on ajoute à cette liste celle des personnes dont la spécialité est absolument sans rapport avec les OGM (Éducation, Anthropologie, Océanologie, Énergies renouvelables, et j’en passe), la liste des plus de « 300 scientifiques et experts » réellement qualifiés pour pourfendre le « consensus artificiel » qui règnerait sur la question de la sécurité des OGM paraît pour le moins gonflée.

De quel consensus parlent-ils ?

Comme nous l’avons dit, on procédant avec la même méthode que celle de l’ENSSER, on pourrait collecter au moins 300 signatures sur n’importe quel sujet, et donc « prouver » qu’il n’existe aucun consensus en science. Le débat en sciences n’est pas toujours tranché, et le consensus qui existe à moment donné sur un sujet n’est jamais considéré comme définitif. Un consensus artificiellement proclamé par une partie pour faire taire ceux qui ne seraient pas d’accord serait à l’évidence dangereux. Mais de quoi eux, parlent-ils exactement ?

Le consensus n’est pas un vote, c’est un processus, et il ne peut se construire qu’entre gens qui parlent le même langage, et sont capables de se mettre d’accord sur une méthode. Le consensus n’est possible qu’à partir du moment on l’accepte que l’expérience reproductible soit le juge de paix dans le débat scientifique. Le consensus qui a débouché des plus grandes controverses scientifiques a toujours, en dernière analyse, reposé sur ce juge de paix. Or, on peut évidemment douter de la capacité et/ou de la volonté de certains des pétitionnaires à accepter une telle méthode.

C’est ce qui transpire d’ailleurs de l’article publiée par ESEu : il est bien difficile d’envisager un consensus avec des adeptes du dialogue de sourds….

Dialogue de sourds

On ignore si l’article publié dans ESEu, soumis le 1er octobre 2014 et accepté le 19 décembre a fait l’objet d’une relecture par les pairs. Si tel était le cas, il s’agissait d’une relecture bien distraite : une relecture pas assez attentive, par exemple, pour relever que des références citées en fin d’article ne sont pas utilisées dans le texte (6)…

Lorsqu’on lit « une telle absence de consensus sur la sécurité [des OGM] est également mise en évidence par l'accord des décideurs de plus de 160 pays (..) d'autoriser une évaluation minutieuse au cas par cas de chaque OGM par les autorités nationales à déterminer si la construction particulière satisfait aux critères nationaux de sécurité », on comprend assez aisément l’impossibilité de la discussion. D’un côté, il y a le monde rationnel de l’évaluation au cas par cas, dans lequel eux ne voient que la preuve de l’absence de consensus. D’un autre, il y a leur approche, «la sécurité des OGM », en général qui présuppose un danger spécifique des OGM, ce qui relève a priori d’une approche irrationnelle.

Personne n’a jamais dit qu’aucun problème ne pourrait se poser avec aucun OGM. Ce qui fait largement consensus parmi les spécialistes concernés par le domaine, c’est justement une approche au cas par cas, et la vérification dans chaque cas que l’OGM est aussi sûr que son équivalent non-OGM, ne diffère de celui-ci que par le(s) transgène(s) insérés, et que les protéines codées par celles-ci ne sont pas dangereuses, par exemple, pour la santé du consommateur, animal ou humain.

Risquons un parallèle :

De nombreuses réactions chimiques produisent de l’eau.

Par exemple :

1) 2 C4H10 + 13 O2 → 8 CO2 + 10 H2O

2) 2 C2H6O2 + 5 O2 → 4 CO2 + 6 H2O

Un consensus devrait tout naturellement se dégager : l’eau dans la réaction 2) est obtenu par un procédé différent de celui de la réaction 1), dans les deux cas, il s’agit bien d’eau. Il reviendrait à la charge de celui qui rejette le consensus de prouver que l’eau de la réaction 2) n’est pas équivalente à la première. S’ils étaient à même de montrer que la géométrie des molécules est différente d’une réaction à l’autre, leur revendication serait alors légitime. Or jusqu’à preuve du contraire, il n’exsite qu’une seule configuration spatiale pour les molécules d’eau.

On est en droit d’exiger des pourfendeurs du consensus sur la sécurité des OGM le même type de preuve : à eux de démontrer ceux qu’ils présupposent, à savoir qu’en dépit de la preuve par l’équivalence en substance ou par des techniques de profilage plus fines (7), une différence importante échapperait aux scientifiques qui ruinerait l’approche traditionnelle (la plus rationnelle jusqu’à preuve du contraire) et justifierait de soupçonner a priori les OGM, quels qu’ils soient. Or, les auteurs sont incapables de citer la moindre étude qui les autoriserait à instiller un minimum de doute.

La pauvreté des arguments et des preuves

Alors finalement, qu’ont-ils à opposer à un « faux » consensus sur la sécurité des OGM ?

Concernant les risques environnementaux, les auteurs mettent en avant des faits connus et que personne ne conteste : l’apparition de résistance de ravageurs des cultures, des effets sur une faune non ciblée, l’apparition d’herbes résistantes aux herbicides associés aux plantes qui les tolèrent… Tout cela fait partie de problèmes prévisibles et prévus pour tous ceux qui comprennent les lois de l’évolution, et qui n’ont rien de spécifique aux cultures de plantes génétiquement modifiées.

Il est assez risible que l’article verse au dossier à charge un article dont la conclusion doit très certainement leur déplaire : « Cependant, les mauvaises herbes résistantes au glyphosate ne sont pas encore un problème dans de nombreuses régions du monde, et des leçons peuvent être apprises et les mesures prises pour assurer la viabilité de glyphosate. Une leçon importante est que le maintien de la diversité dans les systèmes de gestion des mauvaises herbes est cruciale pour le glyphosate soit durable. Le glyphosate est essentiel pour le présent et l'avenir de la production alimentaire mondiale, et l'action pour garantir sa viabilité pour les générations futures est un impératif mondial » (8).Nous n’irons peut-être pas jusque là, mais c’est franchement drôle.A croire que les auteurs ne sont pas capables de lire un « abstract » jusqu’au bout…

Concernant l’impact sanitaire des plantes génétiquement modifiées et des aliments qui en sont issus, les auteurs allèguent un équilibre entre le nombre de « groupes de recherche » qui concluent à la sécurité des OGM actuellement autorisés, et ceux qui soulèvent des problèmes graves. Aucune précision sur ces fameux groupes de recherche (si nombreux…) qui soulèvent ces problèmes graves… Quoi qu’il en soit, mettre en doute la sécurité des OGM sur la base des études entièrement débunkées de Séralini et al. Malatesta, ou pire encore, celle de Judy Carman (9), voilà qui apporte la preuve de l’absence totale de crédit des auteurs de l’article et des signataires. Ils n’ont donc toujours rien de nouveau à se mettre sous la dent, les pauvres.

Certes, comme l’affirme l’article, « il n’existe pas d'études épidémiologiques portant sur les effets potentiels de la consommation d'aliments GM sur la santé humaine ». Encore faudrait-il leur rappeler que l’utilité de telles études ne se justifierait qu’en cas de doutes sérieux sur l’innocuité de tel ou tel OGM. Rappelons également que tous les prétendus cas de problèmes sanitaires agités par les anti-OGM, tels que les allergies de personnes ayant mangé des tacos « contaminées » au maïs Starlink, se sont à chaque fois dégonflés comme des baudruches (10).

Et s’il n’existe pas d'études sur la santé humaine, il existe au moins le test grandeur nature concernant les animaux d’élevage qui ,aux USA, sont aujourd’hui presque tous nourris ou complémentés avec des aliments issus de plantes génétiquement modifiées. Mais là encore, les auteurs font la fine bouche, au prétexte que les études disponibles n’ examineraient que « des paramètres d'intérêt pour l'industrie alimentaire l'agriculture, tels que la production de lait et le gain de poids ». Peut-on imaginer qu’ils acceptent de reconsidérer la question à la lumière de la plus récente étude publiée sur le sujet (11) ? Il est permis d’en douter.

Alors, au final, cette pétition , un pavé dans la mare ? Non, tout au plus un gravillon dans une flaque d’eau.

Anton Suwalki

Notes :

(1) http://www.enveurope.com/content/27/1/4

(2) http://www.agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agronomie,53/ste%CC%81phane-foucart-ou-l-art-de,961.html

http://imposteurs.over-blog.com/2015/01/rendements-du-mais-transgenique-petite-partie-de-ping-pong-avec-stephane-foucart.html

(3) http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/ce-qu-agrapresse-n-a-pas-dit-au-sujet-de-charles-benbrook,588.html

http://www.enveurope.com/content/27/1/4

(4) http://imposteurs.over-blog.com/article-31975573.html

(5) http://www.isias.lautre.net/spip.php?article484

(6) Par exemple la référence n°4 : Lynas M: GMO pigs study – more junk science. Marklynas.org 2013, 12 June [http://www.marklynas.org/2013/06/gmo-pigs-study-more-junk-science/]

(7) Assessment of GE food safety using '-omics' techniques and long-term animal feeding studies, Agnes Richroch, New Biotechnology 30 (4): 349-354

Selon cette étude, l’approche en termes d’”omics” révèlent que la transgénèse a moins d’impact en termes d’expression des gènes et de composition des plantes que les modes d’obtention traditionnels.

(8) Evolved glyphosate-resistant weeds around the world: lessons to be learnt, Stephen B Powles, Pest Management Science,Volume 64, Issue 4, pages 360–365, April 2008

(9) http://www.imposteurs.org/article-judy-a-carman-le-seralinisme-fait-une-emule-en-australie-119976261.html

(10) Investigation of Human Health Effects Associated with Potential Exposure to Genetically Modified Corn ,Centers For Disease Control,USA (2001)

(11) Prevalence and impacts of genetically engineered feedstuffs on livestock populations, A. L. Van Eenennaam and A. E. Young, Journal of animal science, 2014.

Cette étude examine de nombreux paramètres qui attestent que la santé des animaux ne s’est pas dégradée depuis qu’ils sont nourris aux OGM, bien au contraire .

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commentaires

http://www.timecraftgame.fr 11/01/2016 09:49

Question Anton Suwalki/Stéphane Adrover, Benjamin Sourice n’a strictement rien démasqué.

Cctv Dvr 05/01/2016 09:20

This is very insightful post and working as eye openers for the online learners. Keep sharing here

http://www.bellerive-restaurant.fr 25/11/2015 03:59

Ceci, sans compter l'interdiction des propos injurieux, diffamatoires, dont l'article était abondamment pourvu.

Arthur 27/03/2015 16:47

Je trouve qu'on t'entends pas trop la ramener sur la classification du glyphosate dans les substances cancérogènes par les anarcho-communistes écolos du CIRC, Anton... Surprenant... Je m'attendais pourtant a un article incendiaire sur le complot ecolo-communiste... La ca tarde un peu... On a perdu sa verve anti-ecolo soudainement? Je trouve ca dommage... Toujours a taper sur les écolos quand c'est facile et que ca t'arrange... mais la silence??? Pourquoi? Des commentaires? Wakes Seppi? GFP? Savez quoi? En fait dans le fond je crois que vous etes plus biaises scientifiquement que le dernier des tocards de chez Greenpeace ou WWF... Probablement les plus piteux avocats des OGMs qu'il m'ait été donne de rencontrer..

Wackes Seppi 30/03/2015 16:26

Je suis très sincèrement désolé de vous décevoir, M. Arthur.

Je n'ai pas de préjugés et, contrairement à maints « journalistes » et autres rédacteurs précoces, j'ai le respect du lecteur ainsi que de la vérités des faits. Aussi, je ne commenterai cet événement qu'après avoir fait le tour de la question (pour autant qu'on puisse le faire, le CIRC n'ayant pas encore – bizarre, bizarre – publié sa monographie) et bien mûri mon opinion.

Mais je me permettrai de diagnostiquer d'ores et déjà vos lacunes :

1.  Le glyphosate n'a pas été classé « dans les substances cancérogènes » mais dans les « cancérogènes probables ». Il y a une nuance de taille qui, manifestement, vous échappe.

2.  Le CIRC n'est pas peuplé d' « anarcho-communistes écolos » mais d'agents dont la plupart sont compétents, et généralement très compétents.

3.  La décision de classement n'a pas été prise par les agents du CIRC, mais par un groupe d'experts dont la composition n'est pas entièrement connue.

Quant au manque d'éducation et de savoir-vivre – le vôtre –, cela se passe de commentaire.

Mais je ne doute pas – sur la base des lacunes d'information, de compréhension et de jugement précitées – que vous êtes parfaitement outillé pour évaluer nos biais scientifiques à l'aune du « dernier des tocards de chez Greenpeace ou WWF ». C'est donc que vous trouvez qu'il y a des tocards dans ces « organisations »... Décidément, vous avez une haute opinion de vos congénères.

Anton Suwalki 28/03/2015 09:54

Curieux ces familiarités, on a gardé les cochons ensemble ?
D'autre part je n'ai rien contre la critique, à condition qu'elle soit en rapport avec l'article
Enfin, tu n'es pas si mal tombé, reporte-toi par rapport au glyphosate à l'article qui sera mis en ligne ce week-end

www.DesireLeather.com 24/03/2015 10:02

Viewing your professional post! Your writing is sufficient and fantastic .

Avenir 06/04/2015 17:24

Quelle tristesse d'observer une telle ignorance à propos des dégâts causés par les OGM ! Si tout était si "clean" pourquoi ces polémiques? Les écolos n'ont rien à gagner à se battre si ce n'est notre avenir ; les industriels ont au contraire beaucoup d'argent à gagner en défendant leurs produits sans aucune préoccupations pour notre avenir ! Beaucoup de choses ont été oubliées...