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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 08:50
Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.

Il arrive que Stéphane Foucart, auteur d’une chronique hebdomadaire dans la rubrique Planète du Monde, prenne quelques libertés avec les faits. Ses récentes affirmations sur l’évolution de rendements du maïs transgéniques outre-Atlantique ont fait l’objet d’une réfutation par la lettre d’Agriculture et Environnement, publiée par Gil Rivière-Wekstein. Loin de reconnaître son erreur, qui aurait pu être mise sur le compte de la précipitation ou d’un biais de confirmation, Foucart a réagi sur Twitter d’une façon qui permet de douter de sa bonne foi.

Tout est parti d’un article de Stéphane Foucart dans le Monde du 28 octobre 2014. « Technologie n’est pas magie », nous rappelle justement le journaliste. Nous ne nous attarderons pas sur le commentaire du petit livre « vif, iconoclaste, et injustement négligé depuis sa parution en avril » dont il est question au début de sa chronique, mais sur l’exemple qu’il a choisi pour illustrer son propos :

« L’exemple des plantes génétiquement modifiées est à ce titre éloquent. Le sentiment que l’Europe a perdu gros avec son refus obstiné de ces cultures est si puissant que les apôtres de la transgénèse ne trouvent pas de mots assez durs. (..) Pour une culture comme le maïs, dont les rendements sont historiquement comparables des deux côtés de l’Atlantique, l’introduction, au milieu des années 1990, des variétés transgéniques aux États-Unis (insecticides et/ou tolérantes à un herbicide) n’a pas eu d’impact positif sur les quantités de pesticides utilisées, pas plus que sur les rendements – ceux-ci augmentent d’ailleurs plus vite en Europe de l’Ouest qu’en Amérique du Nord ! »

Bien que les transgènes introduits dans le maïs n’aient pas pour vocation première d’augmenter les rendements, cette allégation nous a paru surprenante, compte tenu des données dont nous disposions. Mais la manipulation des faits apparaît immédiatement lorsqu’on se penche sur le graphique fourni par Foucart à l’appui de cette allégation, reproduit ci-dessous (1ère figure ).

L’art foucardien de faire parler les courbes, décrypté dans Agriculture et Environnement

Il ne faut pas longtemps pour comprendre la méthode foucardienne. Ce graphique, extrait d’une étude d’un chercheur néo-zélandais(1), Jack Heinemann, a d’ailleurs été analysé et démystifié dans la lettre d’Agriculture et Environnement de décembre 2014 (2).

« (..) si la tendance calculée sur la période allant de 1960 à 2010 montre bien une croissance légèrement supérieure des rendements ouest-européens par rapport à ceux des États-Unis, c’est simplement parce que l’auteur a délibérément noyé les quinze dernières années de données postérieures à l’introduction des OGM (1996-2010) dans une série de cinquante observations.

La seule façon de vérifier les allégations du Pr Heineman consiste à diviser la série en deux périodes : avant et après l’introduction des OGM. C’est-à-dire avant et après 1996 (figure 2). Et là, les résultats sont effectivement « stupéfiants », pour reprendre les termes chers à Stéphane Foucart ! Obtenus par la même méthode de « régression linéaire », ils donnent pour la période 1960 à 1995 une progression de 1,4 q/ha par an pour l’Europe de l’Ouest, contre 1,1 q/ha pour les États-Unis. Incontestablement, l’Europe faisait mieux que les États-Unis. Or, la tendance s’inverse depuis 1996 ! La progression des rendements chute en effet en Europe de l’Ouest, avec seulement + 0,7q/ha par an en moyenne, contre +1,6 q/ha par an aux États-Unis. En clair, les gains de rendements sont divisés par deux en Europe, tandis qu’ils augmentent nettement aux États-Unis, dépassant les 1,4 q/ha que connaissait l’Europe avant 1996. »

En reprenant les données de la FAO utilisées par Heineman, on vérifie bien que depuis l’introduction du maïs transgénique , l’évolution tendancielle des rendements est nettement favorable aux USA (2ème figure): soit tout le contraire de ce qu’affirme Foucart, à la suite de Heineman ! Foucart aurait pu d’autant plus facilement se ranger aux conclusions d’A&E que l’article précisait de manière très honnête qu’« il serait tout aussi abusif d’imputer cette tendance aux seuls caractères génétiquement modifiés du maïs cultivé. La réalité́ est bien entendu plus complexe»

L’art foucardien de s’enfoncer un peu plus

Le journaliste scientifique du « journal de référence » aurait-il été victime du biais de confirmation, s’appuyant sur les données manipulées sans les vérifier par Heineman parce qu’elle confirmaient ses idées préconçues ? Il lui aurait suffi de reconnaître sa « précipitation » et de publier un correctif. Il s’en est pourtant abstenu…

Mais c’est surtout un échange sur Twitter qui nous en dit long sur l’état d’esprit de Foucart :

- Tweet d’un certain Yannick Nassol :

Pour nier une tendance, rien de tel que de la couper en rondelles. Climat, OGM, même combat : agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agr… @AEGRW
cc @sfoucart - 19 janv.

Réponse de Foucart :

@factsory @AEGRW oui c'est trop drôle. il suffit d'ajouter 2011 et 2012 (données disponibles) pour détruire ce cherry picking pathétique.

Autrement dit, Foucart n’est pas capable de reconnaître une erreur pourtant évidente, et en rajoute au point de s’enfoncer un peu plus ! Accuser A&E de cherry picking, c’est d’ailleurs particulièrement risible de la part de quelqu’un qui n’y a vu que du feu à propos de l’étude de Séralini sur le maïs NK603 et le Round-Up (3).

Incompréhension réelle, ou mauvaise foi ?

Partant de données non falsifiées, il y a deux manières de tricher en science :

1) Faire du cherry picking, autrement dit sélectionner les éléments en fonction d’une conclusion préétablie et ignorer tous ceux qui vont à l’encontre de cette conclusion. C’est la méthode Séralini, et il n’y a évidemment rien de tout cela dans l’article d’A&E.

2) Ou au contraire diluer l’information pertinente, ici l’évolution des rendements avant et après l’introduction des cultures de maïs transgénique, pour cacher la conclusion dérangeante : accélération des rendements aux USA qui adoptent massivement les plantes génétiquement modifiées, ralentissement en Europe où ces culture restent très minoritaires. C’est la méthode Heinemann/Foucart.

Distinguer les deux sous-périodes, ce n’est pas faire du saucissonnage, c’est le B A-BA de la démarche scientifique qui semble échapper à Foucart : seule cette méthode permet de voir comme évolue un phénomène lorsqu’on fait varier le paramètre auquel on s’intéresse.

Mais la réponse de Foucart trahit davantage de la mauvaise foi qu’une réelle incompréhension de la démarche : « il suffit d'ajouter 2011 et 2012 (données disponibles) pour détruire ce cherry picking pathétique », nous dit-il. Si on comprend bien, soit on accepte les courbes de Heinemann sur 1961-2010, soit on peut « couper en rondelles », mais à condition de rajouter 2011 et 2012… Pathétique !

Or, si l’article d’A&E portait sur la période 1961-2010, c’est tout simplement parce que c’était la plage temporelle choisie par Heinemann et Foucart. Mais pourquoi ajouter simplement les données de 2011 et 2012, et pas celles de 2013, elles aussi disponibles sur le site de la FAO ? On a trop peur de comprendre : 2012 est une année catastrophique pour l’agriculture américaine, à cause d’une sécheresse exceptionnelle. Cela, Foucart le sait bien, car c’est écrit dans Le Monde, et lui même y a consacré un article (4). Du fait de cette sécheresse exceptionnelle, les rendements du maïs aux USA (77Q/ha) sont les plus bas enregistrés depuis l’introduction du maïs transgénique. Une aubaine pour Foucart ! Par contre, les rendements redeviennent normaux en 2013, donc il ne les prend pas en compte. N’est-ce pas justement cela, le cherry picking ?

Une tendance plombée par une année exceptionnellement mauvaise, les résultats restent néanmoins en faveur des USA

Nous avons vérifié en quoi la prise en compte des années 2011-2012, puis 2013, modifiait les tendances. Et en effet, les résultats catastrophiques de 2012, suffisent à eux seuls ramener l’évolution tendancielle des rendements aux USA à son niveau d’avant 1996. Rien d’étonnant, la baisse de 2012 représente la moitié de la variabilité annuelle cumulée de la période précédente. Pour autant, l’évolution des rendements reste favorable aux USA par rapport à l’Europe de l’Ouest (tableau).

Et ce n’est pas tout : en 2014, les rendements, données désormais disponibles sur le site de l’USDA (5) s’élèvent à 107 Q/ha ,soit le plus haut niveau de tous les temps. Bonne nouvelle pour les agriculteurs américains, mauvaise nouvelle pour Foucart, dont on attend les commentaires avec impatience.

Conclusion

Cette petite partie de ping-pong commence à nous plaire. Foucart renverra-t-il la balle ?

Dans cet article, nous ne prétendons tirer aucune conclusion définitive à partir d’une tendance observée sur deux décennies. Les constats que l’on peut faire sont forcément fragiles, comme le démontrent la prise en compte de deux ou trois années supplémentaires. Les mais génétiquement modifiés actuellement cultivés ne sont pas forcément mieux armés contre les aléas climatiques, car telle n’est pas leur vocation. En conséquence, quelques années successives de sécheresse suffiraient à annuler l’avantage du maïs transgénique cultivé outre Atlantique par rapport au maïs conventionnel de l’Europe de l’Ouest. La réponse à cela sera dans l’introduction de plantes résistantes à différents stress climatiques , qu’elles proviennent de l’amélioration variétale classique ou de la transgénèse.

Notre soucis était tout simplement de rétablir des faits maltraités par Stéphane Foucart. Cela n’est certes pas la première fois. Mais sa réaction sur Twitter semble malheureusement indiquer qu’il agit en toute connaissance de cause, et qu’il n’est pas près de changer de méthode. La légèreté est une chose, la mauvaise foi est bien pire.

Anton Suwalki

Notes :

  1. L’article de Heinemann et la fameuse courbe consultable en ligne : http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14735903.2013.806408 - .VL9yN2NlTe0
  2. article reproduit sur le site d’A&E:

http://www.agriculture-environnement.fr/dossiers,1/agronomie,53/ste%CC%81phane-foucart-ou-l-art-de,961.html

  1. une étude au « protocole expérimental particulièrement ambitieux » estimait le journaliste

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/19/un-ogm-de-monsanto-soupconne-de-toxicite_1762236_3244.html

(4) http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/18/une-secheresse-historique-aux-etats-unis_1735196_3244.html

http://pm22100.net/docs/pdf/presse/02_LE_MONDE/130109_2012_annee_record_catas_aux_USA.pdf

  1. http://www.nass.usda.gov/Charts_and_Maps/graphics/cornmap.pdf

Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.
Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart.

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commentaires

http://www.auberge-catalane.fr 11/01/2016 09:50

Question Anton Suwalki/Stéphane Adrover, Benjamin Sourice n’a strictement rien démasqué.

http://www.sosirradies31.fr 25/11/2015 04:00

Il lui aurait suffi de reconnaître sa « précipitation » et de publier un correctif.

world cup 2015 live 17/02/2015 05:25

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Ptaah 03/02/2015 11:02

sfoucart, le mec qui bloque sur Twitter dès qu'on met en évidence ses erreurs.

plombier paris 12eme 02/02/2015 12:48

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

bob 30/01/2015 15:27

Comme le signale Protéos, seul le profit à l'hectare permet de comparer 2 systèmes de production de maïs très différents. L'Europe le cultive sous un climat océanique, les exploitations sont de taille familiale, une partie des champs est irriguée , le choix plus limité en produit phyto et des subventions. En Amérique, le climat est continental, plus grandes exploitations, l'irrigation est marginale, l'itinéraire cultural est plus simple (semis direct, atrazine, roundup et on récolte) mais le soutien à l'agriculture est plus limité. De plus les prix du maïs sont bas, ce qui n'incite pas les agriculteurs américains à investir dans le rendement du maïs.

bob 30/01/2015 14:54

Excellent article. Les traits OGM servent avant tout à sécuriser le rendement: semences traitées pour protéger la germination, tolérance aux herbicides pour contrôler les mauvaises herbes et résistances aux insectes. Ce qui permet au rendement d'augmenter c'est la bonne vieille amélioration variétale. Des hybrides qui ne versent pas, qui supportent des populations élevées (plus de 35 000 plants/acre) sur des rangs étroits (20 pouces), et même qui s'accommodent de certains carences en éléments mineurs. L'excellent livre Le Maïs de Jean Paul Renoux montre que le cout de production de la tonne de maïs française est plus élevé que le cout américain (presque 50€ de plus)...

Bill 26/01/2015 22:38

Apparemment, le rendement à la tonne n'est pas la panacée
http://organic-center.org/reportfiles/YieldsReport.pdf
Impatient de vous lire expliquer que, forcément et comme à votre habitude, plus c'est forcément mieux.

un physicien 24/01/2015 19:28

Ajuster à des données une courbe formée de deux segments est valide, mais admettre une discontinuité entre les segments ne l'est pas ! Si on impose la continuité, l'effet sera faible, peut être pas significatif. Les modifications génétiques qui ne sont pas destinées à améliorer le rendement n'améliorent pas le rendement ...
Ce qui devrait surtout retenir l'attention dans ces courbes est la remarquable progression de ce rendement depuis 60 ans. A quoi est-elle due ? Qu'en aurait-il été avec du "bio" ?

Wackes Seppi 27/01/2015 14:25

La réponse (à M. Bruno) est dans l'article :

« Dans cet article, nous ne prétendons tirer aucune conclusion définitive à partir d’une tendance observée sur deux décennies. [...] Notre soucis était tout simplement de rétablir des faits maltraités par Stéphane Foucart. »

Wackes Seppi 27/01/2015 14:24

Bonjour,

J'ai du mal à trouver dans votre dernier commentaire la démonstration d'un manque de rigueur de ma part, ou de M. Suwalki.

Je peux vous suivre entièrement dans votre analyse des faits. Les bémols portent sur l'interprétation.

Vous écrivez :

« Si Heinemann affirme le point 2, on ne peut pas lui donner tort à ce niveau d'analyse. Peut-on aller plus loin par des analyses statistiques ? Je pense que NON » ?

Le problème ici, est que M. Heinemann ne s'est pas limité à une analyse statistique dont il souligne du reste les faiblesses pour ce qui est de la substantifique moëlle, à savoir des enseignements à en tirer. Il a écrit, et je recite :

« These results suggest that yield benefits (or limitations) over time are due to breeding and not GM, as reported by others (Gurian-Sherman 2009), because W. Europe has benefitted from the same, or marginally greater, yield increases without GM. »

C'est précédé, essentiellement, par :

« Comparing W. Europe with the United States for the entire period 1961–2010 (Figure 1), the average yields were not significantly different (ANOVA: F1,98 = 0.53; P = 0.47). »

C'est ce que M. Suwalki a désigné par « diluer l’information pertinente ».

M. Heinemann a aussi écrit :

« Although GM maize varieties have been in commercial production for most of the measured period since 1985, the linear regression of maize yield in W. Europe from 1985 to 2010 (y = 1156x + 66699, R² = 0.75) again shows that the slope of increase per year is steeper in W. Europe than the United States (y = 1053.4x + 67302, R² = 0.55).

Là encore, il a fait prévaloir son militantisme anti-OGM. Du reste, il écrit dans le paragraphe suivant :

« Unfortunate weather variations, such as two contiguous years of water stress in the United States, can overwhelm the subtle contributions of a generally good technology. » A-t-il vérifié si ce facteur avait eu une incidence significative ? Non.

.

« ...il est évident qu'il s'est passé "quelque chose " en Europe vers 1965... »

Je n'aurai pas la prétention de répondre avec autorité. L'histoire de la génétique du maïs est parsemée de sauts très importants. 'INRA 260', hybride trois voies est arrivée sur le marché en 1960 (les hybrides étaient à l'époque essentiellement doubles). 'LG 11', restée dans les mémoires, est arrivée en 1970. 'Dea' (1980) a aussi apporté un grand gain de productivité. Les premiers hybrides précoces ont été diffusés à partir de 1957, ce qui a permis l'extension du maïs au nord de la Loire.

.

« Votre analyse par intervalles souffre des mêmes travers. »

Ce n'est pas la mienne.

Quant à M. Suwalki, il a bien pris soin de préciser :

« Dans cet article, nous ne prétendons tirer aucune conclusion définitive à partir d’une tendance observée sur deux décennies. [...] Notre soucis était tout simplement de rétablir des faits maltraités par Stéphane Foucart. »

Bruno 26/01/2015 23:39

Je suis d'accord avec physicien. Le coup de la discontinuité ne me choque pas tant que ça, mais contredire Foucart en comparant deux pentes sans même tenir compte du bruit, c'est pas très honnête. On aurait pu s'intéresser au rapport de pentes USA/Europe en faisant varier l'année de séparation, ça aurait été déjà un peu plus intéressant. Au final, on sait que les OGM n'ont pas été conçus pour améliorer les rendements, alors pourquoi essayer de démontrer une tendance oul'autre ?

un physicien 26/01/2015 12:52

Bonjour
Si on considère les DONNEES représentées sur la figure, on peut faire quelques remarques :1) le rendement en Europe était nettement inférieur jusque vers 1965, 2) depuis les deux courbes fluctuent l'une autour de l'autre sans qu'aucune prenne le dessus de façon évidente, 3) le rendement croit de façon régulière, 4) mais avec de fortes fluctuations. Si Heinemann affirme le point 2, on ne peut pas lui donner tort à ce niveau d'analyse. Peut-on aller plus loin par des analyses statistiques ? Je pense que NON .
Les fortes fluctuations proviennent sûrement de la météo, et je ne suis pas sûr que la météo obéisse à des lois statistiques bien connues, ni même constantes dans l'intervalle considéré. Et la croissance globale provient de l'amélioration des pratiques qui ne résulte pas, après 1965, de quelques révolutions mais d'un grand nombre de petites évolutions, dont personne ne peut prétendre connaitre la statistique et qui n'ont aucune raison de conduire à une croissance linéaire. Tout ajustement empirique sera donc forcément très dépendant de paramètres choisis arbitrairement. Un premier exemple est les ajustements de Heinemann : il est évident qu'il s'est passé "quelque chose " en Europe vers 1965 et que selon qu'on inclut ou non les années 60-65 le résultat sera différent et que cela ne permet aucune conclusion sur les années 2000 ! Votre analyse par intervalles souffre des mêmes travers. L'évolution en Europe serait ralentie après avoir connu un saut colossal en 1995, saut qui serait lié à l'introduction des OGM en Amérique ???
J'apprécie beaucoup votre démarche globale d'élever le niveau de rigueur, permettez moi de vous signaler quand vous vous en éloignez

Wackes Seppi 25/01/2015 15:07

« Ajuster à des données une courbe formée de deux segments est valide, mais admettre une discontinuité entre les segments ne l'est pas ! »

J'ai du mal à comprendre.

Sur le plan théorique, la moindre des choses est de vérifier une « intuition » lorsqu'on croit déceler dans une série série statistique l'existence d'un point de rupture. C'est encore plus vrai quand le point de rupture correspond, comme dans ce cas précis, à un saut technologique.

Or les auteurs de la pseudo-étude scientifique ont prétendu évaluer ce saut technologique. Ils écrivent : « Starting with maize, how has the commitment to GM crops benefitted the US agroecosystem? ».

Mais ils se sont attachés à « démontrer » leur a priori, à savoir que la révolution GM n'a pas été profitable, et ce, par une comparaison entre les États-Unis d'Amérique et l'Europe occidentale (qui se résume dans les faits à l'Allemagne et la France) portant sur une très longue durée, sans faire la distinction entre deux périodes.

M. Proteos a tort quand il écrit qu'on peut rester « assez pantois devant la possibilité d'évaluer l'impact des OGMs sans isoler d'une manière ou d'une autre la période où ils sont présents! » À moins de considérer que son affirmation est un énorme euphémisme. Car Heinemann et al. se sont livrés à une véritable fraude. Cette fraude, c'est le « diluer l’information pertinente » de M. Suwalki.

Mais il a raison de souligner, en résumé, que les rendements évoluent aussi en fonction d'autres facteurs. Et c'est là un deuxième chef de fraude à l'encontre de Heinemann et al. et, au minimum, de complaisance des relecteurs. Les écarts de rendement et les écarts de variations de rendement sont bien trop faibles pour que l'on puisse ignorer ces facteurs. Facteurs de confusion qui peuvent être différents d'un continent à l'autre.

Il faut lire pour saisir l'énormité du propos : « Comparing W. Europe with the United States for the entire period 1961–2010 (Figure 1), the average yields were not significantly different (ANOVA: F1,98 = 0.53; P = 0.47). These results suggest that yield benefits (or limitations) over time are due to breeding and not GM, as reported by others (Gurian-Sherman 2009), because W. Europe has benefitted from the same, or marginally greater, yield increases without GM. »

Pour rappel, le maïs GM a franchi la barre des 50 % de taux d'adoption aux États-Unis d'Amérique en... 2005 (en gros 20 % de HT et 30 % de Bt – voir par exemple « Genetically Engineered Crops in the United States », Jorge Fernandez-Cornejo, et al.).

J'ajouterai que les auteurs ont aussi témoigné de leur militantisme dans cette phrase : il n'y a pas eu de « commitment », d'engagement. Les obtenteurs (« semenciers ») ont mis des variétés GM sur le marché. Les agriculteurs ont choisi. Sans aucune contrainte. Et notez aussi l'unicité de la citation... Gurian-Sherman... un coreligionnaire.

.

« Les modifications génétiques qui ne sont pas destinées à améliorer le rendement n'améliorent pas le rendement ... » ?

C'est vrai pour le potentiel de rendement. Ça ne l'est pas forcément pour le rendement réel, au champ. Dans le cas du Bt, par exemple, les rendements au champ sont augmentés quand il y a pression de ravageurs et que le Bt apporte une meilleure réponse à cette pression que les solutions précédentes (qui pouvaient être une absence de lutte).

Réduire les pertes c'est... augmenter les rendements.

.

« Ce qui devrait surtout retenir l'attention dans ces courbes est la remarquable progression de ce rendement depuis 60 ans. A quoi est-elle due ? »

La génétique, valorisée par des agriculteurs performants déployant des techniques de plus en plus fines et pointues. Pour partie aussi l'évolution du climat.

La maïs est une plante fabuleuse. Mais les bobos français, y compris au gouvernement et dans les hautes sphères administratives, ne le savent pas.

.

« Qu'en aurait-il été avec du "bio" ? »

Le « bio », c'est la renonciation aux technologies modernes du point de vue de la génétique (pas d'OGM, bientôt pas d'« OGM cachés », quoique*...), de la fertilisation (pas d'engrais de synthèse), de la protection des cultures (pas de produits phytosanitaires de synthèse, enfin, avec quelques arrangements avec le dogme**) et, collatéralement, à certaines techniques de culture (notamment les techniques simplifiées de travail du sol, plus difficiles voire impossibles en « bio »).

Les rendements en « bio » sont systématiquement inférieurs au « conventionnel », et plus variables du fait de la renonciation à des outils essentiels de sécurisation de la production.

En blé, en France, les rendements sont régulièrement au-dessus de 70 quintaux à l'hectare en « conventionnel » (75 quintaux en 2014, mais qualité très hétérogène). En « bio », ils sont de l'ordre de 30 quintaux (25 quintaux en 2014 selon les premières estimations). Mais attention : les chiffres ne sont pas directement comparables.

En, maïs, les rendements frisent les 100 quintaux à l'hectare en « conventionnel » (100,8 quintaux en 2014, année record). En « bio », ils sont de l'ordre de 60 quintaux, souvent moins.

Et dire que le maïs est une plante honnie des bobos... Et que le « bio » est encensé...

Quelques lectures :

http://www.franceagrimer.fr/content/download/24612/204265/file/ENQ-GRC-Vari%C3%A9t%C3%A9sRendBio-A2012.pdf

http://www.franceagrimer.fr/content/download/32223/289876/file/15%20-%20Vari%C3%A9t%C3%A9s%20et%20Rendements%20c%C3%A9r%C3%A9ales%20BIO.pdf

http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/les-bles-bio-en-recul-pour-la-960,960.html

http://rhone-alpes.synagri.com/synagri/pj.nsf/TECHPJPARCLEF/13657/$File/Fiche_AB_mais%20bio.pdf?OpenElement

______________

*  Pour beaucoup de plantes cultivées à l'heure actuelle, les variétés sont souvent sinon presque exclusivement des « OGM cachés » ou des descendants d'« OGM cachés ». C'est le cas de la principale variété de blé cultivée en « bio », 'Renan'.

**  Que celui qui trouve de la bouillie bordelaise « naturelle » se manifeste !

Proteos 23/01/2015 19:32

En sus de tout cela, les rendements à l'hectare ne sont pas ce qui dirige les agriculteurs mais le profit à l'hectare.

En effet, si les conditions de culture du maïs se dégradent vis-à-vis des autres cultures, les terres les moins productives en maïs vont voir d'autres cultures. Toutes choses égales par ailleurs, ça tend à améliorer les rendements. Inversement, si le profit qu'on peut tirer du maïs augmente, des terres marginales vont être mises en culture, ce qui tend à les faire baisser.
Or, il s'avère que la culture du maïs (et du soja) se sont répandues aux USA dans des régions où elle était autrefois absente. http://appliedmythology.blogspot.fr/2014/08/do-gmo-crops-foster-monoculture.html

Je reste tout de même assez pantois devant la possibilité d'évaluer l'impact des OGMs sans isoler d'une manière ou d'une autre la période où ils sont présents!

Wackes Seppi 23/01/2015 17:37

Un journaliste scientifique compétent – et même incompétent – commence par vérifier la liste des auteurs. Car c'est le b.a.-ba du journalisme scientifique.

Jack Heinemann ? Un compagnon de route de M. Gilles-Éric Séralini, certes moins prestigieux puisqu'il ne lui a pas été décerné un Prix du scientifique international de l'année. Mais tout de même, aussi véhémentement opposé aux PGM... Un professeur de biologie moléculaire et de génétique, ce qui ne le prédispose pas vraiment à faire autorité sur des statistiques de rendement du maïs.

Quatre auteurs sur cinq qui se réclament du Centre for Integrated Research in Biosafety de l'Université de Canterbury ?

Un auteur, Jiajun Dale Wen, se réclamant du Third World Network, une officine d'activisme ?

Un journaliste scientifique compétent – et même incompétent – vérifie aussi la crédibilité de la revue (prétendument) scientifique.

« International Journal of Agricultural Sustainability » ? Même si on admet que la multiplication des revues bidons pose un problème pour le choix des titres, il faut admettre que celui-ci suggère un biais. Facteur d'impact : 1.746. Autant dire nul.

Deux faits qui auraient dû déclencher une sonnerie d'alerte...

Un journaliste scientifique compétent – et même incompétent mais consciencieux – lit l'ensemble de l'article – surtout après avoir entendu les sonneries d'alerte – pour se faire une opinion générale. La partie sur l'utilisation des pesticides, particulièrement capillotractée, aurait dû faire retentir le tocsin...

Un journaliste scientifique compétent – et même incompétent mais tconsciencieux – vérifie aussi la suite donnée à l'article qu'il utilise. Il se trouve qu'il y a eu une réponse mise en ligne le 28 juillet 2014, donc trois mois avant la publication de l'article dans le Monde :

http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14735903.2014.939842#tabModule

Par extraordinaire, la réponse provient de l'université dont relève M. Heinemann. Ce n'est pas innocent...

Et il se trouve que cette réponse expose des faiblesses de l'article initial – pour ne pas dire la fraude – d'une manière accessible à quiconque est doué de bon sens.

Il y a certes une réponse à la réponse :

http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14735903.2014.939843#tabModule

Mais un journaliste scientifique compétent – et même incompétent mais tout de même capable de lire – se serait vite rendu compte que les auteurs de l'article initial (l'un a été perdu en cours de route...) ergotent, nient l'évidence, et même tentent d'induire les lecteurs en erreur en inversant l'ordre des bâtons dans le graphique des rendements par décennie.

Un journaliste scientifique compétent, etc. fait aussi un petit tour sur la toile. Il se trouve que l'auteur de la réponse, M. Luis Alejandro Apiolaza, explique sa démarche avec un sens consommé de la pédagogie :

www.quantumforest.com/2013/07/my-take-on-the-usa-versus-western-europe-comparison-of-gm-corn/

Ce qui est du reste étonnant, c'est que l'article de blog précède d'un an environ la réponse dans IJAS. Procrastination de la part de l'éditeur ? Gêne devant une mise en charpie ? C'est ce que suggère le commentaire de Luis du 2013/11/20 at 12:16 pm.

Gédéon 23/01/2015 15:32

Très bon article. J'ai apprécié la petite partie de ping-pong (ou de boomerang) sur le cherry picking . Aussi, j'ai bien aimé votre analyse qui constate que le fait de "diluer les informations pertinentes" permet à la fois de cacher ce qu'on veut cacher et d'accuser ses détracteur de cherry picking. Double effet kiss-cool (j'y aurais même pas pensé).

Prochaine étape prévisible :
Bien que vous ayez pris soin dans cet article de bien préciser que les données actuelles ne permettent pas de lier la bonne évolution des rendements du maïs américains au caractère transgénique des cultures, je suis persuadé que vous aurez droit des sarcasmes sur ce thème. Je crains qu'on vous reproche d'avoir lié les deux pour survendre les PGM et tromper le public ...

Mais, pour ceux qui savent lire, ce ne serait qu'une confirmation de votre conclusion.