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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 14:27
Article retouché le 15/10/2014

Idiot : un décret pour combattre un mythe

Raison, as-tu encore un avenir dans ce monde ? Parfois on arrive à en douter, au détour par exemple de l’amendement déposé par Cécile Duflot, qui vise à créer un délit d’obsolescence programmée , et adoptée par l’assemblée nationale (1). Apparemment, les députés n’ont rien d’autre à faire que de légiférer contre un mythe (2) . Il y a quelques mois encore, Benoit Hamon, ministre de la consommation de l’époque, avait réussi à s’opposer à cette ineptie avec un brin de lucidité. Ce scandaleux sursaut d’intelligence se devait d’être au plutôt réprimé, voilà qui est chose faite.

On pourrait en rire, si on ne soupçonnait pas que les associations de consommateurs vont s’engouffrer dans cette brèche, et le casse-tête pour ceux qui auront en charge de faire appliquer la loi d’établir le délit.

Plus inquiétant, le locavorisme

Si l’adoption de ce décret est ridicule et témoigne du déclin de la raison chez ceux qui nous gouverne, d’autres projets, inspirés par la même idéologie sont beaucoup plus dangereux. En particulier, celui que les nostalgiques d’un bonheur situé dans un passé imaginaire nomment « relocation de l’économie» , ou « produire et consommer local ». Cela concernerait en premier lieu le domaine alimentaire. Les anglo-saxons ont nommé ce mouvement le locavorisme.

On pourrait imaginer que ce genre de programme est circonscrit aux cercles de la DeepEcology. Pourtant Chantal Jouanno, ancienne ministre UMP, affichait récemment sa sympathie pour ce genre de projet grandiose, affirmant vouloir une région Ile de France « presque autosuffisante sur le plan alimentaire » (3). Et de fait, les services de l’état et les collectivités locales se sont lancés depuis dans des plans volontaristes, mais heureusement très inefficaces jusqu’ici, de relocalisation de l’économie. Dans ces milieux tenus à un minimum de réserve, on euphémise et on requalifie cela « privilégier les circuits courts » (4).

Pourquoi très inefficaces et pourquoi heureusement ? Inefficaces parce que les promoteurs de ces idées géniales se heurtent encore au mur de la réalité, et que ces actions ne peuvent avoir qu’un résultat très marginal. Heureusement, parce que si les intégristes qui sévissent partout jugeaient que le changement ne vient pas assez vite et décidaient de passer à la vitesse supérieure, la catastrophe serait assurée.

Comment expliquer que personne ne semble vraiment réaliser le danger ? Il est pourtant assez simple de démontrer que la relocalisation de l’économie, et surtout de l’agriculture (seul domaine que nous traitons ici), ne garantit en rien une amélioration sur le plan écologique, notamment en remettant en cause les circuits d’approvisionnement qui correspondent à une certaine rationalité. Mais surtout, produire et consommer local, ça veut dire produire beaucoup moins, et en fait de consommer local, c’est un régime de disette assuré. Comme au bon vieux temps…

L’intérêt de la spécialisation agricole

Il semble à la portée de tout le monde de comprendre que la cartographie agricole d’un pays (voir première carte ci-dessous) dépend certes en partie de l’histoire, mais surtout de données physiques : abondance ou rareté des terres, topographie, qualité des sols, conditions climatiques etc..Progressivement, les régions agricoles se sont spécialisées suivant leurs avantages. Cette spécialisation obéit en grande partie à la loi des avantages comparatifs découverts par l’économiste Ricardo : quand bien même une région possèderait des rendements supérieurs dans tous les domaines agricoles par rapport aux autres, elle aurait tout de même intérêt à se spécialiser dans les domaines où elle est le plus efficace et à échanger avec les autres. De la même façon qu’un cuisinier plus efficace dans tous les compartiments de son métier qu’un commis de cuisine a tout de même intérêt à en embaucher un, à lui déléguer les tâches les plus simples pour se consacrer aux opérations les plus complexes.

Il y a certes quelques niches agricoles qui échappent à la loi générale : ainsi, quelques vignobles prestigieux peuvent se contenter de rendements 10 fois inférieurs à la moyenne parce que des consommateurs fortunés acceptent de payer plusieurs centaines d’euros la bouteille de vin. Mais pour garantir une consommation de masse abondante, la spécialisation est une nécessité.

Seule une étude très détaillée, nécessitant de collecter et d’exploiter une énorme quantité de données, permettrait d’évaluer ce qu’il en coûterait de revenir à des systèmes d’approvisionnement des consommateurs réduits à un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour d’eux. Il n’est toutefois pas difficile de comprendre que cela impliquerait une disponibilité alimentaire très réduite tant en termes de quantité que de variété, comme il y a de cela quelques générations à peine. Le phénomène serait aggravé par le fait que si dans le passé, le locavorisme était imposé par des contraintes matérielles et économiques (notamment les coûts de transport des marchandises), il devrait désormais reposer sur la contrainte politique, sur l’assignation du consommateur à une zone d’approvisionnement donnée.

Illustration : la culture du blé tendre.

Prenons une des grandes cultures de l’hexagone, le blé tendre. Supposons que nos locavores envisagent le département comme périmètre où l’on produit et on consomme local. Seule exception, nous envisagerons que les 8 départements de l’Ile de France sont réunis pour en faire un seul, d’une dimension viable (12 000 km2). Comparons la situation actuelle et ce que donnerait un plan à la Jouanno d’autosuffisance pour le blé tendre, pour l’Ile de France et pour chacun des autres départements français. Les données utilisées proviennent d’Agreste (ministère de l’agriculture-2013), de l’Insee –(2011), et de Corine Land Cover (base de données géographiques sur l’utilisation des sols- 2006).

En 2013, la France métropolitaine a produit 360 millions de quintaux de blé tendre sur une surface agricole d’environ 4,9 millions d’hectares (Mha), soit 18% de la surface agricole utilisée (SAU), surfaces dédiées à l’élevage comprises. On produit ainsi 5,7 quintaux par habitant. Le rendement moyen est de 74 q/ha, mais il varie de 35 q/ha en Haute Corse à 93 q/ha dans la Somme. Sans surprise, dans les départements où les rendements sont les plus faibles (en dessous de 50q/ha), la part des cultures de blé tendre dans la SAU est marginale voir quasi-nulle, comme l’est leur contribution à la production nationale.

Imaginons maintenant que chaque département (dont le super-département Ile de France) soit contraint à l’autosuffisance. Pour garantir partout la quantité de blé actuellement disponible par habitant (nb : 5,7 q/ha), la surface théorique totale devrait passer de 4,9 Mha à 5,6 Mha, soit une augmentation de 14%. C’est déjà beaucoup, mais ce calcul n’est que théorique.

Une relocalisation de la production en réalité impossible

En effet, du fait même de la spécialisation actuelle, certains départements qui consacrent peu ou très peu de leur SAU à la culture du blé tendre devraient reconvertir une grande partie de leur SAU, au détriment d’autres cultures. Pire, pour l’Ile de France et 4 départements représentant ensemble 17.667.000 habitants au total, les surfaces cultivées nécessaires devraient représenter plus de la totalité de la surface agricole actuellement utilisée. Non seulement on ne pourrait rien produire d’autre que du blé, au moins sur la période de culture de celui-ci, mais dans ces zones, il faudrait augmenter l’emprise agricole, au détriment des espaces naturels ou des zones bâties (voir deuxième carte ci-dessous) .

Pourtant, ces évaluations restent encore très optimistes par rapport à la réalité. Il est plus que probable que dans la majorité des cas, les terres additionnelles seraient beaucoup moins productives, voire totalement inadaptées pour ce type de culture.

Ajoutons enfin que le locavorisme, ouvertement synonyme de rejet de l’agriculture intensive, prône tout naturellement l’agriculture biologique. Or, le rendement moyen du blé tendre biologique représente moins de la moitié du rendement en agriculture conventionnelle (5). Pour l’Ile de France (41q/ha en bio contre 83q /ha en conventionnel) , il faudrait donc encore multiplier par au moins deux le surfaces allouées à la culture de blé tendre : on arrive au chiffre astronomique de 1,6 millions d’hectares (16000 km2) . Soit beaucoup plus que la superficie totale de la région…

Conclusion provisoire

On peut, sans pouvoir donner de chiffre précis (6), extrapoler l’exemple des cultures de blé tendre, car la problématique est la même pour tous les produits agricoles. Certaines zones, plus aptes à la polyvalence, s’en tireraient moins mal, mais globalement, on peut s’attendre à un effondrement sans précédent de la production agricole.

Pour l’instant, la politique qui consiste à « privilégier les circuits courts » relève surtout d’un folklore inutilement gourmand en subventions. Mais autant s’interroger dès maintenant sur ce qu’il en coûterait d’aller plus loin dans l’application de cette folle utopie qu’est le locavorisme.

Anton Suwalki

NB : je tiens à la disposition des lecteurs les données collectées sur le blé tendre et mes calculs.

Notes :

(1)http://www.imposteurs.org/article-obsolescence-programmee-les-produits-tombent-ils-en-panne-juste-apres-la-fin-de-la-garantie-108683052.html

(2) http://www.nextinpact.com/news/90140-un-amendement-contre-l-obsolescence-programmee-adopte-a-l-assemblee.htm

(3) http://imposteurs.over-blog.com/article-le-velot-d-or-a-chantal-jouanno-46806412.html

(4) http://www.haute-normandie.developpement-durable.gouv.fr/plan-d-actions-pour-la-croissance-a1816.html

http://alimentation.gouv.fr/privilegier-les-circuits-courts-a

(5) http://www.franceagrimer.fr/content/download/24612/204265/file/ENQ-GRC-Vari%C3%A9t%C3%A9sRendBio-A2012.pdf

(6) on essaiera de s’y coller ultérieurement…mais c’est une tâche longue et ardue.

Produire et consommer local , la folle utopie écolo
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commentaires

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Bill 01/12/2014 23:18

L'argumentation repose sur la caricature du courant "consommer local", qui ne prône l'auto suffisance que marginalement. C'est pourtant votre principal levier critique. Une fois de plus, vous faites preuve d'une idéologie radicale inquiétante.

Vic 07/11/2014 12:23

Merci pour cet article.
C'est cela qui amène le débat et fait avancer les choses !

- Ne faudrait-il pas prendre en considération la proportion énorme de gaspillage alimentaire qui pourrait être largement diminuée et changerait inévitablement les chiffres, en faveur peut-être du "locavorisme" ?

- En ce qui concerne l'importation/exportation là encore des modifications pourraient changer la donne : Nous ne sommes pas obligés de manger des tomates l'hiver... Bien que les méthodes de conservation nous le permettent, sans avoir à compter autant sur l'importation...

Myle 04/11/2014 22:35

Bonjour,

Juste pour signaler un coquille en début d'article :
"Ce scandaleux sursaut d’intelligence se devait d’être au plutôt réprimé,..."
"au plus tôt" serait mieux ;-)

Merci pour cet admirable blog !

Curieuse 18/10/2014 12:17

"Pour l’instant, la politique qui consiste à « privilégier les circuits courts » relève surtout d’un folklore inutilement gourmand en subventions"

Est ce possible d'avoir une idée du comparatif entre les subventions gourmandes pour les circuits courts actuellement et celles offertes à la production intensive agricole spécialisée localement ?

Listo 16/10/2014 18:38

Factsory, ce que vous reprochez à la TAC c'est comme reprocher à la loi de la chute des corps de négliger la force du vent. . On applique la loi et ensuite en tenant compte du reste on obtient un résultante. Cela ne rime à rien d'amalgamer tous les phénomènes possibles et imaginable dans une théorie qui prétend en décrire juste un.
Prenez en compte transport, dépendance et tout ce que vous voudrez. Cela contrebalancera peut-être l'effet de l'avantage comparatif mais l'avantage comparatif sera là quand même dans le résultat final.

factsory 15/10/2014 11:09

Ah… la théorie des avantages comparatifs. Cette fameuse (fumeuse ?) théorie suppose deux choses, passées sous silence : la gratuité (ou le très faible coût des transports) ; et l'équivalence entre un produit fabriqué dans un pays A et dans un pays B. Il est assez facile de voir que ces hypothèses ne tiennent pas dans la réalité. À voir de quel côté se situe réellement l'utopie.
1. Le transport n'est pas (et de moins en moins) gratuit. Les transports reposent à plus de 90% sur le pétrole dont le prix a été multiplié par plus de 5 en l'espace d'une quinzaine d'années.
2. Par exemple du vin de France et de Russie sont-ils équivalents ?

Enfin c'est cette théorie qui a poussé certains pays à se spécialiser (par exemple dans le café) plutôt que de continuer à cultiver des céréales qu'ils pouvaient consommer. C'est là un des facteurs explicatifs des émeutes de la faim : le renchérissement du coût des céréales a renchéri le coût des importations dont dépendaient ces pays. Brillant.
Ne pas produire chez soi, c'est dépendre des autres et du prix des céréales sur le marché international, des affinités diplomatiques fluctuantes, ou des conflits éventuels… Bref en matière de sécurité de l'approvisionnement c'est assez mauvais.

Wackes Seppi 16/10/2014 00:00

Pensez-vous que l'on peut encore convertir le Clos-Vougeot en polyculture-élevage avec tout ce cuivre dans le sol ? Le cuivre ? En termes économiques un désavantage compétitif...

Wackes Seppi 15/10/2014 23:56

La théorie des avantages comparatifs est peut-être fumeuse, et quelques fois prise en défaut, ou encore d'application peu évidente, la réalité économique (et en arrière-plan la réalité agroclimatique) ne l'est pas.

Je pense que vous surestimez le coût du transport.

Vous posez la question de l'équivalence des vins de France et de Russie. La technicité française, les traditions et surtout la réputation donnent un avantage comparatif sur les marchés.

Les cultures d'exportation ont très mauvaise presse dans certains milieux. En général ce sont cependant d'excellentes « affaires » par rapport à des cultures vivrières, lesquelles ne sont pas forcément évincées du paysage. Les émeutes de la faim, c'était essentiellement dans les villes de pays qui ne sont pas autosuffisants pour les denrées de base, style Egypte.

Mais vous avez raison d'écrire que la dépendance alimentaire, ce n'est pas terrible. Il faut savoir que l'Europe est importatrice nette. Convertie en surface cultivée, la dépendance européenne équivaut à la surface de l'Allemagne selon une étude qui mériterait d'être mise à jour :

http://www.agrar.hu-berlin.de/fakultaet/departments/daoe/ihe/Veroeff/opera-final_report_100505.pdf

Le drame français est qu'au lieu de prendre la mesure de l'enjeu – y compris celui de nourrir 9 ou 10 milliards d'êtres humains en 2050 et celui de permettre à nos enfants d'être compétitifs sur le marché mondial – les idéologues qui nous gouvernent (ou prétendent nous gouverner) développent des théories fumeuses et promeuvent des politiques qui péjorent notre position.

factsory 15/10/2014 21:55

@Astre Noir
Je n'ai pas dit qu'elle est tout le temps fausse. Les hypothèses que je mentionne ont peu d'influence à un niveau… local ! Donc la théorie s'applique très bien à un niveau local et de moins en moins bien avec les distances qui augmentent. Et en quoi suis-je caricatural ?

factsory 15/10/2014 21:54

Rien à y faire ?
Si une région se spécialise dans le blé et que l'autre se spécialise dans l'élevage, il y a besoin de plus de transport pour faire transiter le blé et la viande de l'une vers l'autre.
Et si les deux régions sont proches, peu importe. Si ce sont des pays éloignés, ça devient non négligeable. Même chose pour le blé produit. Il n'aura pas nécessairement les mêmes qualités nutritives dans les deux pays. En spécialisant dans un seul pays on peut perdre un blé de meilleure qualité (provenant de l'autre pays qui s'est spécialisé dans autre chose).

Astre Noir 15/10/2014 15:08

Il est évident que la théorie des avantages comparatifs n'est jamais strictement et intégralement appliqué.
Mais cela n'empêche pas que globalement, elle est valable.
Puisque vous avez décidé d'^tre caricatural, je vais l'être aussi...
Imaginez vous qu'un des propriétaires du Clos de Vougeot décide de diversifier sa production, et arrache une partie de ses vignes pour en faire une exploitation de polyculture-élevage...

Vous voyez bien que si la théorie des avantages comparatifs n'est pas absolument vraie tout le temps en en tous lieux, il y a des moments où elle s'applique quand même

Listo 15/10/2014 14:56

Factsory, vous faites une bien étrange présentation de la théorie des avantages comparatifs. Elle ne fait nullement les hypothèses que vous prétendez, elles n'ont rien à y faire. Elle montre simplement un avantage économique potentiellement fort, et peu intuitif, au commerce international.
Cet effet est ensuite à mettre en balance avec d'autres quand on passe au choses concrètes.

Wackes Seppi 14/10/2014 17:56

J'ai suivi d'un oeil un peu distrait, beaucoup désabusé et infiniment choqué les débats de l'Assemblée nationale sur la loi sur la transition énergétique.

On ne saurait dire ce qui est le plus choquant entre l'irresponsabilité de certaines propositions – en grande partie adoptées ! – et l'invraisemblance de ce château de cartes de bien-pensance qui s'écroulera à la première brise (et même sans : une fois adopté, « on » s'empressera de l'oublier...).

Il fut un temps, nous avions un Commissariat au plan qui fixait de grandes orientations et lançait les bases de vastes programmes, généralement sur cinq ans. On pouvait critiquer, ironiser... Mais il y avait une combinaison de vision, de réalisme, de cohérence et de technicité, chacune à des degrés variables mais néanmoins élevés.

Aujourd'hui, nous avons confié à des ministres ingouvernables et à des parlementaires démagogues, tous généralement incompétents, le soin de fixer des objectifs jusqu'à l'horizon... 2050. Dans le cadre de jeux de pouvoir et d'influence totalement déconnectés des réalités.

.

S'agissant du « produire et consommer local », ce n'est plus une folle utopie « écolo », à moins de considérer que les partis non spécifiquement écolos aient été contaminés et noyautés (ce qui est le cas...). L'utopie, malheureusement, a une assise bien plus large et, encore plus malheureusement, se substitue au réalisme. Quelles collectivités locales pourront s'opposer aux demandes d'utilisation de produits locaux dans les cantines scolaires ? Et au subventionnement, sous une forme ou une autre, de productions non rentables... puisqu'il faut bien alimenter les cantines ?

.

Le blé n'a pas été le meilleur exemple pour le caractère persuasif du billet ci-dessus. Il a néanmoins l'immense avantage de permettre un chiffrage du fait de l'existence de statistiques plutôt détaillées.

.

À propos, une saine lecture : L'Expansion de ce mois-ci, l'utopie Dufumier face au réalisme Lambert, ou :

http://danielleauroi.fr/wp-content/uploads/2014/10/Article-lExpension-011014.pdf

durant t 14/10/2014 15:58

ah oui j'ai oublié un exemple isarien:
dans une commune de l'Oise ( Chiry Ourscamp) il y a une entreprise qui produit environ 500 tonnes de pâtes chaque jour.
le blé dur utilisé provient de la Brie et de Vendée.
pourtant les producteurs isariens ( les céréaliers) seraient capables d'en produite( eux ils font du blé panifiable vendu pour les producteurs de mon coin, en Egypte).
si ces blés durs veanaient de l'Oise, la machine économique serait identique mais par contre on risquerait d'avoir un peu moins de camions sur les routes ( ou de péniches sur les canaux si le blé circule par voie fluviale ou de trains si transport par le chemin de fer)
cordialement

durant t 14/10/2014 15:52

bonjour,
je suis un lecteur attentif de vos articles qui ont très souvent raison.
Cependant est ce normal de faire venir des tomates du sud de l'espagne pour les manger dans l'Oise , ou de faire faire deux fois le tour de l'Europe à de la viande de cheval pour la placer dans des lassagnes au boeuf ?
Il y a certaines productions comme les fruits et les légumes qui ont tout à gagner à rester locales car des circuits courts favorisent les qualités gustatives ( les tomates du maroc quand elles arrivent sur la table d'un hollandais , elles ont plusieurs milleirs de km et plusieurs jours de frigo) .
mettre en compétition des producteurs qui se trouvent à l'autre bout du monde ne servent que les financiers et les gros capitalistes...
continuez à nous faire de bons artciles.
cordialement
thierry durant

Astre Noir 19/10/2014 19:27

Votre pain vient d'un paysan boulanger qui produit son propre blé, certes...
Mais votre paysan boulanger, il peut fournir combien de personnes ? Et combien d'habitants dans votre région ?
Avant de vouloir généraliser, il faut réfléchir un peu

bob 17/10/2014 20:20

@ Wackes

À propos des grandes boites de négoce basées en Suisse, voici un documentaire sur le marché des matières premières.

http://youtu.be/xmgRafdvr7w

bob 17/10/2014 17:31

@Durant

Si nos aïeux mangeaient local ce n'était pas pour le goût délicat des légumes du fond du garde manger en mars, ni pour le bien-être animal des troupeaux dans une grange non chauffée par -25C. Le locavorisme est une lubie de citadin qui travail dans le tertiaire, secteur où la délocalisation est extrême. Ce joyeux locavore oublie que grâce à son ordi il manipule des flux physique à l'autre bout du monde. On frole la schyzophrénie quand ce dernier localise sont panier bio local avec un smartphone produit en chine et constitué de terres rares congolaises... Enfin la réalité agricole prouve qu'il peut être avantageux pour les agriculteurs de produire pour l'étranger. Si certains pays du Sud produisent du café, les producteurs de soya non-OGM du Canada produisent la matière première du tofu dont raffole l'Asie. En fait du locavorisme à grande échelle ça existe déjà, ça s'appelle de la culture vivrière + économie non marchande. Je doute que le locavore de salon tolère un tel changement.

Wackes Seppi 15/10/2014 22:37

Fastoche, dans un autre domaine.

L'arc lémanique (Genève-Lausanne) est un des centres mondiaux du négoce de matières premières. Un tiers des volumes de pétrole mondiaux se traitent à Genève.

Les citernes de Vernier... c'est pour la consommation locale...

Astre Noir 15/10/2014 15:03

@ durant t

Vous écrivez :

"faire faire deux fois le tour de l'Europe à de la viande de cheval pour la placer dans des lassagnes au boeuf "

Vous avez bien fait de choisir cet exemple, parce que c'est un très mauvais exemple, facile à démonter.
Le fameux exemple de la nourriture qui fait des milliers de km avant de finir dans notre assiette.
Tout ça parce qu'un intermédiaire basé au Luxembourg a acheté une cargaison de viande avant de la revendre à un transformateur situé dans le sud de la France.

Et vous croyez donc que la marchandise est allée au Luxembourg avant de revenir en France.

Mais réfléchissez un petit peu. L'intermédiaire est un trader, son but est de faire le maximum de profits, le plus vite possible. Et vous croyez que ce trader va se payer le luxe d'avoir des entrepôts frigorifiques, de payer le transport ?

Vous rêvez ! Tout ce qu'il possède, le trader, c'est une table, une chaise, un téléphone et un ordinateur. La marchandise qu'il achète, elle n'est pas transférée physiquement. Elle reste dans son entrepôt initial jusqu'à ce qu'il ait trouvé un acquéreur. Et parfois, la revente se fait dans l'heure qui suit l'achat...

Je pense que ce serai intéressant de démonter ce grand mythe des produits qui traversent 2 fois l'Europe avant de finir dans notre assiette. En général, on se rendrait compte qu'il ne s'agit de rien d'autre que de transfert de propriétés, entre un intermédiaire espagnol, un luxembourgeois et un italien, sans que la marchandise n'ait bougé d'un millimètre...

Anton, Wackes, ça vous tente de vous pencher sur le problème ? ;-)

Wackes Seppi 14/10/2014 21:13

Oui, c'est normal de faire venir des tomates du sud de l'Espagne, ou même du Maroc, pour les consommer dans la région parisienne.

Comme l'a expliqué M. Suwalki ci-dessus, les régions se sont spécialisées en fonction de leurs avantages comparatifs. Et on peut ajouter que les « délocalisations » sont devenues de plus en plus lointaines avec le développement des moyens de transport, combiné avec une organisation conséquente des marchés.

Pour prendre l'aspect « écologique », la tomate marocaine, c'est une culture sous abri simple, pour une production quasiment toute l'année, suivie d'un transport sur quelque 2000 km en semi-remorque de 40 voire 44 tonnes. La tomate parisienne, ce serait une culture sous serre chauffée, pour une partie de l'année seulement. Le bilan énergétique est loin d'être favorable à la production locale. Et c'est sans compter les coûts annexes, comme les infrastructures, et les surcoûts d'échelle d'une production émiettée sur le territoire.

Il y a à boire et à manger ici :

http://randd.defra.gov.uk/Default.aspx?Module=More&Location=None&ProjectID=15001

Et pour le transport :

http://www.iamm.fr/ressources/opac_css/doc_num.php?explnum_id=8925

.

« des circuits courts favorisent les qualités gustatives » ?

Vrai et faux à la fois. Et cela ne concerne pas tous les produits.

Le produit qui vient de loin doit pouvoir supporter le transport sur une longue distance, ce qui détermine ses caractéristiques variétales et le stade de maturité à la cueillette. C'est souvent au détriment du goût. Mais le circuit court qui approvisionne un point de vente (par exemple un supermarché) dans lequel les produits doivent être stockés et manipulés et sont tripotés par les clients ne peut guère faire mieux. Il y a des circuits – courts ou plus longs – qui privilégient la qualité et le goût, par exemple pour la fraise : il faut y mettre les moyens et les prix.

Le petit producteur qui vend sur un marché ou en paniers ? Il doit arbitrer entre la satisfaction gustative/culinaire et ses impératifs de production et de commercialisation.

.

« mettre en compétition des producteurs qui se trouvent à l'autre bout du monde ne servent que les financiers et les gros capitalistes... » ?

Ça, c'est de la bouillie pour les bobochats. Où sont les financiers et les gros capitalistes qui se font leur blé sur le dos de, disons, les producteurs de pommes chiliens ? Il y a une réalité incontournable : la pomme chilienne doit être compétitive sur le marché, disons, français par rapport à la pomme française. Cela peut tirer les prix vers le bas, produire des situations catastrophiques pour les producteurs et les filières de production, mais guère de profits démesurés. En revanche, la spéculation en période de pénurie... quand il y a compétition entre acheteurs et non entre producteurs...

pascal 14/10/2014 09:13

oui, mais on exporte la moitié de ce blé. Donc là votre raisonnement ne tient plus. Je consomme au maximum local et surtout j'ai diminué drastiquement la viande. Mon pain vient d'un boulanger paysan qui produit son blé. Certes, tout n'est pas envisageable, pour le moment, mais on fait ce qu'on peut. Quant à la diversité ? FAux problème quand on voit ce que consomme le français moyen pas de souci à se faire !

Groupe de parole à visée thérapeutique 14/10/2014 04:15

Je vous applaudis pour votre exercice. c'est un vrai œuvre d'écriture. Poursuivez

Groupe de parole à visée thérapeutique 14/10/2014 02:00

Je vous applaudis pour votre critique. c'est un vrai charge d'écriture. Développez

Astre Noir 13/10/2014 15:55

Pour finir, deux articles intéressants sur les AMAP :

Un article réaliste écrit par deux agronomes :
http://www.laviedesidees.fr/L-autosuffisance-agricole-des.html

et une réponse caricaturale d'un idéologue :
http://www.laviedesidees.fr/Amalgames-sur-les-Amap.html

Astre Noir 13/10/2014 14:31

Sinon, un commentaire sur le fond de l'article.
Intéressant, mais souffrant d'un biais de raisonnement.

En effet, vous raisonnez comme si toute la production française de blé tendre était consommée localement.
Or ce n'est pas le cas, puisque sur environ 35 millions de tonnes de blé tendre produites chaque année sur le sol français, environ 16 millions de tonnes, soit pas loin de la moitié sont exportées.
Or si on se place dans une logique localovore, il ne doit plus y avoir d'exportations. (Ce qui, entre parenthèses, condamne à la famine les pays qui ne sont pas autosuffisants en matière alimentaire).
Il faut donc raisonner sur la consommation de blé tendre en France.
Et voir si tous les départements pourraient être autosuffisants. Et là, on tomberait rapidement sur des impossibilités : en particulier les départements méditerranéens qui sont très peuplés (Bouche du Rhône, Alpes Maritimes, par exemple) mais qui ne présentent que de très faibles terres à blé (rendement moyen de l'ordre de 40 qx/ha dans ces régions) et de très faibles surfaces de ces cultures.
Reprenons l'exemple des Alpes Matritimes :
D'après l'INSEE (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=5&ref_id=agrtc10104), il yavait en 2013 la bagatelle de......(roulement de tambour)... 8 (huit, deux fois quatre) hectares cultivés en blé tendre dans les Alpes Maritimes, qui ont produit 304 quintaux de blé tendre.
Pour une population permanente des Alpes Maritimes d'un peu plus d'un millions d'habitants, ça nous fait une dose de blé par habitant de 27 g par an...Quant aux touristes, ils ont intérêt à venir avec leur propre pain.

Astre Noir 13/10/2014 12:27

Sur le mythe de l'obsolescence programmée, voir le billet d'Alexandre Delaigue, sur Econoclaste, qui a déjà quelques années, mais qui est toujours d'actualité :
http://econoclaste.org.free.fr/econoclaste/?p=7583

Sébastien 13/10/2014 11:25

Bonjour,
est-ce que ce n'est pas un peu excessif, voir manichéen (?) de considérer qu'il faut absolument produire l'intégralité des besoins d'une région au sein même de la région ?
Il s'agirait plus de consommer local, dans la mesure des possibilités de la région, juste tendre vers une réduction des distances là où on a les moyens de l'appliquer, sinon tant pis, on fera avec.