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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 19:26

Steve Savage est un de ces extraordinaires blogueurs états-uniens qui allient vastes connaissances et dons pour la communication. Formé en pathologie végétale, il compte plus de 30 années d'expérience dans les technologies agricoles. Il a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de méthodes de biocontrôle), et comme indépendant depuis 13 ans. Il cultive aussi une petite vigne dans son jardin près de San Diego (Californie).

 

Nous publions deux de ses textes , avec son aimable autorisation.

 

Le premier est tiré et quelque peu adapté de :

 

http://appliedmythology.blogspot.fr/2014/01/an-example-of-how-much-pesticides-have.html

 

Les graphiques ont été produits par M. Savage sur la base des données de CalPIP corrélées aux données sur les superficies des California County Ag Commissioners Reports.

La traduction est de Wackes Seppi

 

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Les pesticides ont bien changé !

 

Les pesticides utilisés par les agriculteurs pour protéger leurs cultures ont bien changé au cours des dernières décennies. Les améliorations dans des domaines aussi divers que la pharmacie et l'électronique sont pour nous choses normales, mais qui connaît les développements positifs en matière de produits phytosanitaires ? Le changement a commencé avec l'institution de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) en 1970 et l'élimination concomitante de beaucoup de vieux pesticides problématiques. Il y a aussi eu un flux régulier de nouveaux produits avec un profil de sécurité et d'efficacité plus favorable.

 

Pour documenter cette évolution, j'ai décidé d'utiliser des informations historiques pour une de mes cultures favorites, le vignoble de qualité. La Californie a mis en place un système de déclaration d'usage de pesticides en 1990. Les données permettent donc de suivre l'évolution sur 22 ans. J'ai choisi cinq comtés qui représentent l'essentiel des vignobles de qualité de la North Coast (Napa, Sonoma, Mendocino – 49.250 hectares en 2011) et la Central Coast (Monterey, Santa Barbara – 25.200 hectares en 2011).

 

Les parasites et maladies de la vigne sont nombreux et variés : insectes, acariens, nématodes, maladies cryptogamiques, ainsi que virus dont il faut contrôler les vecteurs. Les mauvaises herbes sont aussi un problème. Les cépages traditionnels étant hautement appréciés, l'amélioration des plantes traditionnelle n'est pas une solution. Comme pour les autres cultures, le contrôle de ces parasites et maladies ne se limite pas à l'emploi de pesticides. Néanmoins, ceux-ci seront toujours un outil indispensable. Ce contrôle est important pour les rendements et pour la qualité, ainsi que, dans certains cas, pour la pérennité d'une vigne plantée à grands frais. Comme pour les autres cultures, la lutte contre les parasites et maladies contribue également à une utilisation efficace d'autres ressources comme les terroirs, l'eau et aussi des intrants coûteux comme les matières fertilisantes et le carburant, ainsi que le travail.

 

Heureusement, les agriculteurs disposent aujourd'hui de pesticides qui sont à la fois efficaces et relativement sûrs – bien plus sûrs que ceux d'il y a quelques décennies, et bien plus sûrs que la plupart des gens ne le pensent.

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Évolution de l'utilisation des pesticides

 

 

Évolution de l'utilisation de pesticides sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha)

 

Comme on peut le voir du graphique ci-dessus, l'utilisation des pesticides (en livres/acre ou kg/ha de matière active) a baissé depuis 1995. Toutefois, les quantités sont plutôt grandes par rapport à d'autres cultures – 44 à 110 kg de matière active par hectare et par an (la récente polémique sur l'utilisation de pesticides sur des pépinières de sélection de maïs à Kauai (Hawaï) portait sur quelque 2 kg/ha/an). Il y a là une raison simple : le soufre.

 

 

Évolution de l'utilisation de pesticides sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha ; courbes, de haut en bas : total ; soufre ; autres produits foliaires ; produits appliqués au sol)

 

Il y a une maladie cryptogamique, l'oïdium, qui atteint la vigne même dans les conditions sèches de l'été californien. Le soufre élémentaire, appliqué sous forme de poudre sèche ou de poudre mouillable a été la solution dominante depuis des dizaines d'années. Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, le soufre représente la plus grande partie de la charge très importante en pesticides, particulièrement dans les années 1990. Le soufre est considéré comme un « produit naturel » et est par conséquent autorisé en agriculture biologique. En fait, c'est à peu près tout ce qu'un vigneron peut utiliser en biologique pour lutter contre cette maladie. Il doit être appliqué fréquemment et à des doses très importantes. Le soufre est considéré comme relativement peu dangereux, mais c'est un irritant pour la peau et l'œil, ce qui n'est pas anodin pour les travailleurs de la vigne. J'ai passé beaucoup de temps dans les vignes et le soufre rend les conditions de travail déplaisantes. La tendance du soufre à la dérive est aussi très gênante pour les riverains.

 

On notera que la quantité des « autres produits foliaires » augmente après 2000. C'est en grande partie la conséquence des solutions modernes pour la lutte contre l'oïdium, lesquelles ont permis de réduire considérablement l'utilisation du soufre.

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Évolution de l'utilisation des pesticides autres que le soufre

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides foliaires autres que le soufre et des pesticides appliqués au sol sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha)

 

Si l'on considère les pesticides autres que le soufre, on constate que les quantités ont plus que doublé pour les produits foliaires, et diminué d'un facteur 4 pour ceux appliqués au sol entre 2000 et 2011 (dernière année disponible). Mais, évidemment, quand il s'agit de pesticides, les « kilogrammes » ne veulent pas dire grand chose. Les pesticides diffèrent considérablement du point de vue de la toxicité aiguë.

 

L'EPA classe les pesticides en quatre catégories sur la base de leur toxicité (explication à la fin du billet). La toxicité aiguë par voie orale est une composante majeure du système :

 

Catégorie I : « hautement toxique », DL50 inférieure à 50 mg/kg de poids corporel (pc)

Catégorie II : «modérément toxique », DL50 comprise entre 50 et 500 mg/kg pc

Catégorie III : «légèrement toxique », DL50 comprise entre 500 et 5000 mg/kg pc

Catégorie IV : «pratiquement non toxique », DL50 supérieure à 5000 mg/kg pc.

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L'image courante des pesticides

 

Lorsque les gens entendent « pesticides », ils s'imaginent souvent quelque chose de hautement toxique, comme les vieux insecticides organophosphorés (OP). Le graphique ci-dessous montre le pourcentage des traitements (des pulvérisations, pas des kilogrammes) effectués avec ces sortes de produits. On observera que les OP de catégorie I n'ont jamais représenté plus de 6 % des traitements et sont sous la barre des 1 % pour les 10 dernières années pour lesquelles on dispose de données. Même la catégorie II (pesticides modérément toxiques) n'a jamais été d'un grand poids dans les traitements. Ces dernières années, il sont descendu à des niveaux historiquement bas. Ces produits représentent une fraction encore plus petite en termes de volume (moins de un pour cent pour chacune des 22 années). En conséquence, l'image que se font la plupart des gens des « pesticides » correspond en fait à un type de produit très rare en termes d'utilisation.

 

 

Évolution de l'utilisation des insecticides organophosphorés sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : pourcentage des applications totales)

 

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L'évolution du mix de produits appliqués sur la vigne par catégories de l'EPA

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides autres que le soufre sur les vignobles de qualité californiens, par catégorie de l'EPA (en ordonnée : pourcentage du volume total appliqué)

 

Le graphique ci-dessus montre l'évolution de la proportion de chaque catégorie EPA de pesticides autres que le soufre appliqués sur la vigne. La catégorie I, même étendue aux pesticides autres que les organophosphorés, n'a jamais représenté plus qu'une petite fraction de ce qui est épandu. Si nous avions des données remontant aux années 1960 et 1970, ce serait peut-être davantage ; mais cela fait bien longtemps que l'on n'utilise plus beaucoup ces produits hautement toxiques sur la vigne et la plupart des autres cultures.

 

Les pesticides de la catégorie II ont représenté une bonne partie du mix jusqu'à récemment. L'EPA les appelle « modérément toxiques ». Cela peut paraître effrayant. Mais beaucoup d'aliments et de boissons contiennent des substances qui tombent dans cette gamme de toxicité, telles la capsaïcine des piments (140 mg/kg) et la caféine (191 mg/kg). Plusieurs produits utilisés sur les vignes en culture biologique entrent aussi dans cette catégorie [Selon l'INERIS, en fonction de l'espèce et du sel de cuivre étudié, les valeurs de la DL50 aiguë par voie orale sont comprises entre 15 et 857 mg de cuivre/kg de poids corporel]. Quoi qu'il en soit, c'est une catégorie qui tend à s'amenuiser.

 

Les pesticides de la catégorie III de l'EPA sont « légèrement toxiques ». Des produits naturels très familiers comme l'acide citrique, l'acide acétique, la vanilline, et même le sel de table entrent dans cette catégorie. L'utilisation de cette catégorie de produits a augmenté quelque peu.

 

Les produits de la catégorie IV sont classés comme « pratiquement non toxiques » ; ce sont eux qui ont connu la croissance la plus rapide depuis le milieux des années 1990. Beaucoup de produits ayant remplacé le soufre, ou les anciens organophosphorés, tombent dans cette catégorie. La vraie face des pesticides modernes, ce sont ces matières relativement bénignes, pas ce que la plupart des gens s'imaginent.

 

Les catégories II, III et IV représentent un mix de produits synthétiques et de produits naturels qui pourraient se qualifier pour la viticulture biologique. La surface en vignes biologiques est petite ; mais pour cette culture comme pour d'autres, il y a un chevauchement important des gammes de produits utilisés dans l'un et l'autre mode de culture.

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Une autre manière de voir les données

 

 

Évolution de l'utilisation des pesticides foliaires autres que le soufre sur les vignobles de qualité californiens (en ordonnée : en livres/par acre – 1 lb/acre = 1,10 kg/ha ; courbe du haut : en livres réelles ; courbe du bas : en livres pondérées en fonction de la toxicité)

 

Les catégories de l'EPA sont plutôt larges ; une autre manière d'aborder la question consiste à « pondérer » les volumes en fonction de leur toxicité orale relative. Dans le graphique ci-dessus, j'ai pris les chiffres pour les pesticides foliaires autres que le soufre et je les ai multipliés par 500/DL50 orale aiguë. 500 mg/kg est la limite entre les catégories « légèrement » et « modérément toxique ». Ainsi, un produit avec une DL50 de 4000 mg/kg compte pour 1/8 de son poids. Un produit très toxique ayant une DL50 de 40 mg/kg vaut 12,5 fois son poids.

 

Cette approche permet de voir que même si on a appliqué près de trois fois plus de produits foliaires autres que le soufre sur la vigne ces dernières années, il n'y a pas vraiment eu d'augmentation de la « charge toxique » globale.

 

Les 22 années pour lesquelles on dispose de données ont vu quelques modifications considérables dans la nature des pesticides utilisés. Il s'agit ici d'une culture et d'un produit très spéciaux (et délicieux), mais la tendance n'est pas propre à la vigne. Cela correspond à beaucoup de travail accompli par divers acteurs de la filière, du domaine tant public que privé. Ce travail fera l'objet du prochain billet.

 

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La mesure de la toxicité aiguë : quelques éléments

 

La toxicité est une notion multidimensionnelle, mais il s'agit fondamentalement de savoir si quelque chose est toxique quand on la consomme. C'est une préoccupation dans le cas des résidus de pesticides. La toxicité orale aiguë est déterminée en administrant des quantités croissantes de la substance chimique à une population de rats ou de souris. La dose, rapportée au poids corporel de l'animal, qui tue 50 % des sujets est appelée DL50 (dose létale 50). Elle est exprimée en milligrammes de produit par kilogramme de poids corporel. Plus la valeur est grande, moins la substance est toxique.

 

À titre d'indication, la DL50 aiguë par voie orale du sel de table est de 3.000 mg/kg pc. Pour une personne de 60 kilos (la référence habituelle en toxicologie), cela représente 180 grammes de sel (en France, le sel est généralement vendu en conditionnements de 250 ou 500 grammes, ou 1 kilo). Pour la même personne, la dose toxique de caféine (DL50 aiguë par voie orale = 191 mg/kg pc) entraînant la mort une fois sur deux serait de 11,5 g – de l'ordre d'une centaine de tasses de café. Mais, dans les deux cas, il faudrait que le sel ou le café soient consommés très rapidement pour ingurgiter la dose. Les insecticides les plus toxiques jamais utilisés avaient une DL50 aiguë par voie orale de 5-10 mg/kg pc. La plupart des pesticides actuels se situent à plus de 5.000 mg/kg pc (catégorie IV) et sont moins toxiques que le sel, le vinaigre, l'acide citrique, la vanilline et beaucoup d'ingrédients de produits alimentaires familiers.

 

 

Steve Savage

 

 

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commentaires

http://www.jumpeo.fr 25/11/2015 04:41

En somme, si on comprend bien, trop d’allemands, et pas assez de français, aux yeux de SLC !

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mps 01/08/2014 08:35

Une plaquette de Vapona, il y a 30 ans, et on ne trouvait plous une mouche à 100 m à la ronde ! Aujourd'hui, ces plaques jaunes sont pour les mouches de vrais parcs récréatifs, et après une semaine, on ne déplore aucun décès !

Le principe de précaution a surtout développé des produits sous-performants.

Listo 22/03/2014 16:46

Je rejoins sceptique sur le besoin d'information de qualité, particulièrement pour ce qui concerne l'agriculture. Il est très difficile de s'informer ce qu'est VRAIMENT l'agriculture aujourd'hui, loin des visions fantasmées et de toute diabolisation. Une analyse du même genre sur une grande culture genre blé ou maïs serait vraiment appréciable pour en finir vraiment avec les idées reçues. D'ailleurs, Savage l'a-t-il faite? Je trouve que cela affaiblit son propos de se limiter à la vigne en Californie. Pourquoi le choix de cet exemple? Est-il choisi parce qu'il est significatif ou parce que les changements ne sont pas aussi spectaculaires pour d'autres cultures?

Wackes Seppi 25/03/2014 18:06

Oui, une analyse du même genre sur une grande culture serait vraiment appréciable. Le problème est à mon sens celui des données statistiques. M. Savage a utilisé le cas de la vigne de la North Coast précisément parce qu'il disposait des séries statistiques.

Les changements seraient-ils moins spectaculaires pour d'autres cultures? Je n'en sais rien. Mais il ne fait aucun doute que les molécules les plus préoccupantes sont progressivement éliminées. Et que, malheureusement, en France, on fait grâce à Écophyto (et à des ministres passés ou présents écolo-bobos) une fixation sur le nombre de traitements – les IFT et les NODU – plutôt que sur les effets sanitaires et environnementaux (EIQ).

robot 11/03/2014 22:46

Très intéressant, mais afin de pouvoir utiliser cet article dans un cours par exemple (je suis enseignant en biologie) il serait utile de connaître les sources des données utilisées
cordialement

Wackes Seppi 11/03/2014 23:26

C'est indiqué en introduction : Les graphiques ont été produits par M. Savage sur la base des données de CalPIP (California Pesticide Information Portal) corrélées aux données sur les superficies des California County Ag Commissioners Reports.

http://calpip.cdpr.ca.gov/main.cfm

http://www.nass.usda.gov/Statistics_by_State/California/Publications/AgComm/Summary/index.asp

Je suis les écrits de M. Savage depuis un bon bout de temps. Très franchement, c'est un très gros calibre.

Septique 10/03/2014 18:52

@jmdesp
Le sel tue, dites-vous, mais aussi le sucre, l'alcool, le tabac. Sans oublier l'amour immodéré (ajouté aux précédents), et la bagnole.
C'est vrai, tous ces ingrédients ne sont pas fournis par la nature, et les hommes vont les chercher où ils les ont découverts. Malgré tous ces poisons, l'espérance de vie est passée de 35 à 40 ans, à 80 ans, et elle est bien plus rigolote!
La vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible.

jmdesp 10/03/2014 10:31

Savage prend le sel comme exemple du produit "inoffensif", mais je pense qu'il vaut mieux souligner qu'on comprend maintenant que c'est un tueur redoutable. Une étude l'année dernière l'a estimé responsable de 2,3 millions de morts par an, cf http://newsroom.heart.org/news/eating-too-much-salt-led-to-nearly-2-3-million-heart-related-deaths-worldwide-in-2010

C'est aussi un toxique particulier pour les sols, une quantité minime peut réduire la production agricole pour des années.

Sceptique 06/03/2014 11:17

Voilà la meilleure orientation possible pour les Imposteurs: cesser de s'occuper des cinglés qui tiennent le crachoir, et informer leurs troupes de l'existence d'autres vérités, interdites en France, mais autorisées ailleurs. Bonne continuation!

Anton Suwalki 09/03/2014 13:05

Merci pour votre conseil éditorial,Sceptique.